‹ La GalactorrhéeChapitre 60 sur 70 · SYPHILIS RECENTE · texte numérisé non relu

SYPHILIS RECENTE

Nous ne connaissons qu’une seule observation de galactorrhée au cours de la syphilis secondaire et elle a pour particularité d’intéresser un homme. Elle nous paraît assez difficile à expliquer. L'auteur, après avoir éliminé les diverses causes possibles :

— ulcère vénérien à streptobacille.

— gonococcie aiguë qui, malgré l'atteinte prostatique, ne lui paraît pas avoir eu un retentissement sur la fonction testiculaire, pose le diagnostic de mastite syphilitique différant des autres cas bien connus de mastite syphilitique par la présence du colostrum. Mais c’est précisément cette sécrétion colostrale qui nous intéresse.

L’examen du malade donne à l’auteur l’impression qu’il s’agit « beaucoup plus d'une hyperplasie fonc- « tionnelle que d'une altération syphilitique, hyper- « plasie qui semble due à une dérivation fonction- « nelle d'origine endocrinienne. Cette arythmie « fonctionnelle étant conditionnée par une lé$ion « d’origine toxique ou inflammatoire ou syphilitique, « d’une ou plusieurs glandes à sécrétion interne ».

Or, il est évident que le tréponème peut agir sur tous les tissus, glandulaires aussi bien que nerveux.

Plusieurs hypothèses sont alors possibles :

— Altération syphilitique du parenchyme glandu-

laire de l’hypophyse ou des testicules,

— Plaque de méningite syphilitique secondaire

ayant intéressé le trajet de l’arc nerveux,

— Atteinte des testicules par le gonocoque.

Il nous semble cependant que l’origine syphilitique de la lésion est probable, étant donnés les résultats très rapides du traitement spécifique, mais nous ne sommes pas en mesure de tirer de conclusion quant au mécanisme de la sécrétion colostrale.

6) - MALADIE D'HODGKIN

Le chapitre galactorrhée-maladie d’Hodgkin constitue un des chapitres les plus intéressants de cette étude, les 3 observations apportées étant toutes trois inédites.

Malheureusement, nous ne possédons aucun élément certain nous permettant de relier directement la galactorrhée à la maladie de Hodgkin.

En effet, 2 malades ont été autopsiées et, au cours seulement d’une de ces autopsies, celle de la malade du docteur Etienne May, le système nerveux et les glandes endocrines ont été prélevés. Or, nous l'avons vu, l’examen histologique des organes prélevés ne permet de tirer aucune conclusion certaine quant à l’origine de la galactorrhée, le système nerveux et l’hypophyse, les ovaires et les glandes endocrines (thyroïde, surrénales) étant apparus indemnes de toute infiltration lymphogranulomateuse. Cependant, la relation de cause à effet entre le tableau clinique endocrinien et la lymphogranulomatose est établie par les effets remarquables du traitement. La radiothérapie a entraîné, outre une amélioration manifeste, des symptômes hodgkiniens proprement dits,

la disparition de la galactorrhée, la repousse des poils et un peu plus tardivement le retour des règles.

Quant aux renseignements obtenus par l'étude des troubles endocriniens associés à la maladie d’Hodgkin, si quelques-uns sont très intéressants à noter, ils ne nous permettent en aucun cas d'établir une filiation certaine entre la maladie d’Hodgkin et la galactorrhée. En effet, nous n’avons retrouvé dans la littérature aucune observation de galactorrhée hodgkinienne et, dans l’ensemble, le bilan endocrinien de la maladie d’'Hodgkin n’est pas encore très fourni.

Arthur Gemmel (Brit. Med. Journ., 1923) a longuement étudié la sécrétion ovarienne dans le cadre de la maladie d’Hodgkin. Il attribue la résistance relative de la femme par rapport à l’homme à lhormone ovarienne. De l’étude des statistiques portant sur la fréquence de l’aménorrhée dans la période préévolutive de l’'Hodgkin et la fréquence avec laquelle les malades font remonter le début de leur affection à une grossesse, il tire la conclusion suivante :

« Ne contractent la maladie d'Hodgkin que les « femmes ayant des troubles de la sécrétion ova- « rienne. »

Cette conception ne manque pas d’intérêt, mais il est impossible actuellement. de lui accorder autre chose que la valeur d’une hypothèse.

Supino (Tumori, 1934) n’a trouvé dans la littérature que 6 cas de localisation à l’ovaire de la lymphogranulomatose.

Il nous a semblé intéressant de signaler ici les quelques observations de maladie d’Hodgkin avec atteinte endocrinienne, deux cas de diabète insipide, celui de :

— Desbuquois (Bull. et Mém. Soc. Méd. Hôp. Paris, 1935) signalant l’évolution d’un diabète insipide caractéristique, avec chute des poils, 9 mois après une première poussée évolutive &’Hodgkin chez une femme de 32 ans. Le diagnostic de localisation intracérébrale comprimant la région hypophysaire ou infundibulotubérienne (sans modification radiologique de la selle turcique) est appuyé par une amélioration passagère considérable apportée par la radiothérapie hypophysaire, mais n’a malheureusement pas pu être confirmé par l’examen anatomique, car l’autopsie n’a pas été pratiquée.

— D’Amore (Gazz. d'Osp., mai 1932). Dystrophie adiposo-génitale avec diabète insipide et hemianopsie bitemporale due à une lymphogranulomatose maligne de l’hypophyse chez une femme de 30 ans. Diagnostic rendu très vraisemblable par l’aspect radiologique de la selle turcique, "très déformée, irrégulière, mais là encore hypothèse non confirmée par un examen nécropsique.

Si ces deux observations nous permettent de supposer que l’hypophyse peut être envahie par le tissu lymphogranulomateux, elles ne nous apportent cependant aucun renseignement indiscutable. Seule, une observation de Tillgren (Brit. Journ. of Dermatology, 1935) de lymphogranulomatose bénigne ou ma-

ladie de Schaumann avec diabète insipide et légères modifications radiologiques de la selle turcique, permet d'affirmer la localisation hypophysaire, l’autopsie ayant montré une réaction lymphoïde considérable avec cellules géantes, sans nécrose, du lobe moyen de l’hypophyse.

Si cette observation rend vraisemblable l'atteinte de l’hypophyse dans les deux cas précédents, elle ne permet aucune conclusion sérieuse puisqu'il ne s’agit pas de la même maladie.

— Costanzi (Diagnosi, août 1929), dans un article sur les hémopathies avec altérations endocrines, rapporte deux observations intéressantes :

— l’une est celle d’un homme de 55 ans qui, au cours d’une maladie d’Hodgkin, confirmée par une biopsie, a présenté diverses manifestations particulières :

chute des poils (peut-être due à un prurit ‘très intense durant déjà depuis un an),

modification des mains à type acromégaloïde,

épaississement de la peau, devenue brune dans les parties découvertes,

plaques de pigmentation ardoisée sur les lèvres ;

— J’autre, celle d’une femme de 20 ans, chez qui le diagnostic d’Hodgkin demeure très vraisemblable malgré l’absence de biopsie. Cette malade a présenté au cours de l’évolution : un arrêt complet des règles, alors que la palpation abdominale profonde permettait de sentir des masses latéro-vertébrales,

une chute complète de tous les poils en quelques jours (précédée par un prurit intense),

une pigmentation de la peau dans ses parties découvertes,

une déformation des ongles, avec épaississement de leur bord libre.

L’auteur insiste sur le caractère particulier apporté à ces deux observations par l'atteinte des glandes endocrines. S

Les phénomènes hématologiques ayant précédé les troubles endocriniens, l’auteur attribue aux ganglions un rôle de filtre, et estime que l'atteinte endocrine est une atteinte toxique due à ce que les ganglions une fois envahis par la lymphogranulomatose, ne peuvent plus continuer leur rôle.

Mais il convient de remarquer que l’autopsie n’a été pratiquée dans aucun des deux cas, il devient dès lors impossible d'affirmer quelles furent en réalité les atteintes endocriniennes.

— De cette étude, il résulte que nous devons être très prudents dans l’interprétation de la galactorrhée au cours de la maladie d’Hodgkin et qu’une fois encore nous sommes réduits aux simples hypothèses.

Par quel mécanisme la maladie d’Hodgkin peutelle provoquer l'apparition de la galactorrhée ?

L'hypothèse de linfiltration lymphogranulomateuse de différentes glandes endocrines, dont l’hypothèse est bien certainement la plus séduisante et celle qui nous vient d’abord à l’esprit. Malheureusement, l'examen histologique de l’hypophyse de notre ma-

ou

lade a été très décevant, et il semble que l’on doive chez elle abandonner cette hypothèse, à moins que lon admette — étant donné qu’au moment de sa mort, la galactorrhée n'existait plus — qu’une infiltration lymphogranulomateuse des glandes endocrines a pu exister puis disparaître.

— Faut-il renoncer à établir une relation directe entre la lymphogranulomatose et des troubles endo-

criniens, et incriminer les perturbations générales apportées dans l’organisme par la maladie d'Hodgkin ?

Les infections, les intoxications altèrent bien souvent ou mieux suppriment la fonction menstruelle. Le même mécanisme peut êfre en cause dans la lymphogranulomatose "et il se peut que les troubles des phanères et la galactorrhée ne soient qu’une simple conséquence de l’aménorrhée.

Faut-il faire jouer, avec Gemmel, un rôle prédominant aux troubles de la sécrétion ovarienne et se demander si les troubles endocriniens ne sont pas primitifs et ne constituent pas le terrain sur lequel se développe la maladie d’'Hodgkin ? |

Entre ces dernières hypothèses, il reste bien difficile de faire ün choix tant qu’on n’aura pas apporté de nouvelles observations de ces formes endocri-

niennes de la lymphogranulomatose maligne.

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