PREMIÈRE PARTIE
Généralités APERÇU HISTORIQUE
ALTHAUSEN suggéra en 1937 d'employer la galactosémie provoquée pour aider au diagnostic de l’hyperthyroïdie [2]. Il semble ignorer qu'avant lui d’autres auteurs avaient étudié les troubles du métabolisme du Galactose chez les hyperthyroidiens. H1Ro- SE, dès 1912, signalait que les hyperthyroïdiens présentaient une galactosurie provoquée anormale | 124]. Cet auteur pratiqua, dans des affections extra-hépatiques, le test de Galactosurie que BAUER avait proposé six ans plus tôt [24-25]. Après administration de 25 gr. de Galactose dans 100 à 150 cc. d’eau, il nota chez les 9 basedowiens éprouvés, un taux de Galactose compris entre Oo gr. 60 et 1 gr. 89, dans les urines recueillies pendant un délai de quatre heures après l’ingestion. Le chiffre moyen était de 1 gr. 15; 4 sujets avaient un taux supérieur à 1 gr. 30. Parmi
les différents sujets non insuffisants hépatiques qu'il avait étudiés, les Basedowiens présentaient la galactosurie la plus élevée. Srrauss [234], l'année suivante et BAUER, peu après (cité par STRAUSS) signalaient également des troubles très fréquents de la galactosurie chez les hyperthyroïdiens. Depuis ces constatations, il était classique de ne pas pratiquer le test de BAUER dans la maladie de Grave, pour évaluer des troubles hépatiques.
FIESSINGER note à plusieurs reprises cette cause de perturbation du test dans ses articles. Dans le but de déterminer l’origine de ces perturbations, il étudia, en 1033, avec son élève NAVILLE [83] la galactosémie provoquée par ingestion, chez le chien recevant de la thyroxine. La technique du dosage employée n'est pas indiquée, et on peut se demander si la valeur de la galactosémie n’est pas tirée arbitrairement des modifications de la glycémie totale après ingestion de galactose; s’il en est ainsi, les résultats sont entachés d'erreur et doivent être interprétés avec prudence, comme nous le verrons au chapitre des techniques. Les auteurs injectent à un lot d’animaux O Mgr. O4 à O mgr., 06 de thyroxine par ke. de poids; ils constatent après ingestion de 2 gr. de galactose par kilo de poids corporel une élévation notable de la galactosémie à la 60° et à la 90° minute. Avec des doses de thyroxine supérieures, ils obtenaient au contraire un affaissement de la courbe. Enfin, si on prolonge pendant un mois les injections (les doses ne sont pas précisées) la courbe s'élève de plus en plus.
Avant d'adopter définitivement la galactosémie comme test d’hyperthyroïdie, ALTHAUSEN étudia, avec Miss STOCKHOLM, l'influence de la glande thyroïide sur l'absorption intestinale de diverses substances [3]. Des rats recevant Oo mgr.,1 de thyroxine pendant 12 jours, un autre lot d'animaux normaux et enfin d’autres ayant subi une thyroïidectomie, constituaient les sujets d'expérience. Ils étaient sacrifiés uné heure après ingestion de galactose et le dosage du galactose restant dans leur tube digestif était pratiqué. L'absorption était calculée en tenant compte du poids du corps de l'animal avant toute intervention. Ils obtinrent les résultats suivants: l’administration de thyroxine augmentait d’une façon marquée l'absorption des hexoses. Cette absorption accélérée ne semblait pas dûüe à une des causes suivantes : diminution des glucides de l'organisme, augmentation du métabolisme basal, augmentation du courant sanguin, peristaltisme intestinal ou évacuation gastrique rapide, modification de la perméabilité de la muqueuse intestinale. Toutes ces anomalies avaient été reproduites isolément sans qu’une accélération marquée de l’absorption soit observée. Seule peut-être l'augmentation du peristaltisme gastrointestinal jouait un faible rôle. Les auteurs concluaient que la thyroxine stimule spécifiquement l'absorption des substances susceptibles de phosphorylation. Deux ans plus tard, ALTHAUSEN publiait de nombreux résultats du test au galactose « nouveau test diagnostique des maladies de la thyroïde [6].
LE TEST GALACTOSE
Le galactose avait été choisi de préférence à un autre hexose, pour évaluer la vitesse d'absorption intestinale. Il est très bien toléré par le tube digestif: il traverse la muqueuse dans les mêmes délais que le glucose; parvenu dans le sang circulant, il est facilement identifié et dosé; enfin, parmi les autres hexoses, il est le plus difficilement métabolisé par l’organisme, il n’est pas retenu au niveau des tissus. Le dosage dans le sang était préféré au dosage dans l'urine, la galactosémie donnant une idée plus précise du métabolisme du sucre ingéré.
40 gr. de galactose dissout dans 400 cc. d’eau sont donnés après une nuit de jeûne. Du sang est prélevé avant l’ingestion et 5, 15 30, 60 et 120 minutes après l'ingestion. Le glucose du sang est éliminé par fermentation et le sucre restant représentant le galactose est ensuite dosé.
Chez l'individu normal, la galactosémie maxima survient entre 30 et 60 minutes; elle ne dépasse pas, dans 80 %, des cas, O gr. 30; en moyenne, elle est d’à peine Oo gr: 20. Chez les hyperthyroïdiens dans plus de 90 % des cas sur 130, la galactosémie était supérieure à 40 cg. par litre atteignant jusqu'à 160 cgr. par litre.
Pour ALTHAUSEN, le test est plus sensible que l’élévation du métabolisme basal; il est particulièrement utile dans les hyperthyroiïdies légères. Mais il n’est pas toujours proportionnel à l'intensité du dysfonctionnement lorsque celui-ci est marqué. Bref,
ce test semblait d’une grande fidélité. Il fut bientôt étudié par d’autres auteurs. En France, RIVOIRE en fut le promoteur en 1942, mais semble avair été peu suivi; sous son inspiration DESTRES consacra à son étude sa thèse inaugurale.
Nous voudrions étudier principalement à la lumière des divers travaux publiés, la valeur de l'épreuve proposée par ALTHAUSEN, dans l’hyperthyroïdie. Nous envisagerons successivement les techniques utilisées, les résultats obtenus, la part respective de la traversée intestinale et de l'étape hépatique Nous tenterons en conclusion de fixer la place que peut avoir ce test.