‹ La Galère conjugaleChapitre 10 sur 24 · UN MARI AG K DE RAISON · texte numérisé non relu

UN MARI AG K DE RAISON

La dvnaftie des Barencie était trop monarchiste pour ne point être autoritaire. Chacun de ses membres n’admettait point que ses arrêts fussent un inftant conteités & exigeait une obéissance passive de tous ses alliés ou parents. Or, par cela même, l’union projetée avec le général de Mercurey faillit devenir la cause d’une rupture entre la mère, le fils & la tille :

La baronne voulait accélérer le mariage pour jouir plus promptement des cent mille livres de rente du comte;

Le chevalier voulait le faire trainer en longueur pour obtenir de l’amour irrité de son général une croix ou un grade;

La veuve de Jean voulait pleurer en liberté.

Ces trois volontés se contrecarraient mutuellement. Mais madame la baronne de Barencie n’avait point fait pour rien trois étapes à l’armée de Condé avec la légion de Mirabeau. Elle avait des allures

Un mariage de raison

militaires. Dans l’affaire du premier mariage de Laure, elle avait été vaincue, elle n’avait point cédé. Les atermoiements du chevalier lui parurent hors de saison &, qui plus eft, dangereux; elle brusqua le dénoûment.

Le général cuisait à petit feu. Jamais son cœur de hussard ne s’était trouvé soumis à d’aussi rudes épreuves. M. de Mercurey dépérissait à vue d’œil, & son brosseur rétrécissait tous les jours la boucle de son ceinturon. Il allait devenir le plus diaphane des officiers français, lorsque le hasard — cette divinité maligne qui prépare de longue main toutes les solutions heureuses — lui fournit l’occasion de se rendre particulièrement utile à la famille dans laquelle il voulait entrer.

Sa compagnie, & par conséquent celle du chevalier Arthur, reçut l’ordre de sc rendre à Versailles. ' >

La baronne, prétextant que l’air de la campagne serait excellent pour Espérance & rétablirait la santé chancelante de Laure, décida que, pendant la belle saison, elle viendrait s’établir dans le chef-lieu du département de Seine-&-Oise.

Pour une mère qui cherche à marier sa fille, la belle saison peut commencer au mois d’avril. Les espérances de son ambition lui font voir des feuilles là oü il n’exifte encore que des bourgeons. Le soleil du renouveau se dore & s’échauffe dans son imagination des rutilants rayons de l’or du gendre qu’elle convoite. Madame de Barencie, qui avait décidé que

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