LE FAUX ESPAGNOL REÇOIT LE BAPTÊME DU FEU
Madame de Barencie tint ses engagements. Elle partit comme elle était venue, avec armes & bagages, seulement avec un peu moins d’armes & beaucoup plus de bagages.
Délivrée de tout ennui de ce côté, Laure reprit courage, & les prophéties de sa mère s’effacèrent de sa mémoire. Rien ne disparaît plus aisément qu’une fâcheuse impression.
Cependant madame Borel n’avait point fait maison nette uniquement pour être agréable à Jean; &, comme ce dernier ne lui communiquait rien de ce qu’il préparait pour devenir un grand homme, que même il n’avait point l’air de songer à sa promesse de le devenir, elle ne voulut point lui laisser le temps de s’endormir dans les délices de Capoue. Elle ignorait la patience, & son esprit pratique comptait peu sur les bienfaits imprévus de la Providence. Elle s’empressa donc de coordonner ses idées d’avenir.
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Elle voulait parvenir. Son expérience très-restreinte & sa dose exagérée d’illusions lui suggéraient une foule de projets. Parvenir, c’eft la science de la mesure & de l’équilibre; madame Borel ne s’en doutait guère. Elle s’était créé un objectif & se figurait que, pour l’emporter d’assaut, il suffisait que son mari voulût comme elle. Peu lui importaient les obftacles, les ronces & les épines du chemin. Ils n’exiftaient pas pour elle. Son imagination sautait par-dessus à pieds joints , & tout était dit.
Cependant, sans certitude précise & simplement par désir charitable de chagriner sa fille, la baronne avait formulé sur Jean une grande vérité. Il était plus amoureux qu’artifte.
Les préoccupations de l’homme marié, du père de famille, faisaient dévier chez lui l’inspiration. Sa trop grande activité de professeur favorisait sa paresse de compositeur.
On a élaboré au coin du feu, ou inter pocula & scyphos , des théories ingénieuses sur l’incubation des génies & le perfectionnement du talent, toutefois on n’eft pas encore arrivé à entraîner les musiciens, les peintres & les littérateurs comme les chevaux de course.
A force de travail, de persévérance & de volonté, Jean, enfant prodige & adolescent remarquable, avait appris un métier difficile & les éléments de son art; mais la maturité de l’âge n’apportait pas
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les fruits qu’avaient fait espérer ses premiers succès. Depuis qu’il lui fallait aborder les régions éthéréennes de l’art, depuis qu’il lui fallait créer, sa volonté, sa persévérance, son travail, demeuraient impuissants.
Il se pouvait bien que les tracas journaliers de la vie entrassent pour beaucoup dans les raisons de son inhabileté & que la muse se montrât syftématiquement rebelle au bourgeois tout aux intérêts de sa maison. Mais n’était-il pas admissible aussi que la nature de Jean, douée d’une grande facilité d’assimilation, ne fût pas apte à la production? Madame Borel ne se donnait même point la peine d’établir cette diftinCtion entre le savoir & le pouvoir. Ce que son mari promettait avant son départ pour Rome, il devait le tenir maintenant. Les circonftances seules avaient enrayé son imagination & sa verve qui, délivrées de leurs entraves, pouvaient désormais prendre leur essor.
Elle n’admettait même point qu’elles se fussent usées ou rouillées dans l’inaétion.
Ce qu’elle comprenait, c’eft qu’on ne court pas impunément deux lièvres à la fois, & qu’il eft impossible de suivre une va fie idée musicale en donnant des leçons huit heures durant tous les jours.
Elle fut la première ù le faire remarquer à Jean :
— Mais de quoi vivrons-nous, répondit celui-ci, si je renonce ù mes élèves?
— J’ai mon plan, répliqua Laure, je le crois bon.
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— J’en doute fort! fit Jean en secouant la tête; pour manger, il faut de l’argent; pour payer son terme, il en faut encore; n’importe pour quoi, il en faut toujours, & je ne connais pas d’autre moyen de s’en procurer que de travailler.
— Es-tu sûr de ton opéra? reprit madame Borel sans se préoccuper des objections de son mari.
— Dame! dit le musicien hésitant, je le crois asse% réussi.
— Assez réussi, ce n’eft pas assez, c’eft tout à fait réussi.
— On eft mauvais juge dans sa propre cause, ajouta Jean, payé pour se défier de lui-même.
— Tu as raison! répondit Laure; on ne saurait s’entourer de trop d’avis. Tu as entre les mains le double de ta partition. Donnons une soirée, invitons des artiftes, — tu n’en vois pas assez, c’eft un mal dans ta position. — Fais entendre ton opéra à tes camarades & demande-leur après un avis franc & sincère.
— C’eft une idée! dit Jean embrassant sa femme.
— Et une bonne! ajouta cette dernière; suis toujours mes avis & tu ne t’en trouveras pas plus mal.
Jean vivait très-retiré, très-en dehors du monde artiftique; il avait négligé ses camarades, d’abord par amour, ensuite par triftesse. Assez poète & assez jaloux pour aimer ù cacher son bonheur & le conserver pour lui seul, il avait le cœur trop haut pour colporter ses douleurs chez, des indifférents.
Tous ses anciens compagnons d’étude le croyaient & le disaient heureux; ils se figuraient qu’il avait fait un riche mariage & qu’il était assez fortuné pour s!abftenir de produire. On l’accusait même de fierté.
Les quelques amis qui s’étaient risqués à pénétrer dans son intérieur avaient été mal accueillis; par crainte de livrer ses secrets, Jean ne les avait point retenus ni engagés à revenir le voir.
Dans la corporation musicale, on le traitait de parvenu & d’ariftocrate. Néanmoins, il ne lui fut point malaisé de combiner une lifte pour cette fameuse soirée, dont madame Borel, en sa qualité de première inftigatrice, entendit faire une véritable fête.
Elle calcula que sa chambre à coucher & le cabinet de travail de son mari, démeublés & joints à son salon par l’enlèvement des portes de communication , pouvaient contenir, en les serrant un peu, cent cinquante personnes environ. Elledécida, en conséquence, qu’il convenait d’en inviter le double.
Jean, qui savait la peine que donne la bataille de la pièce de vingt francs, supputa le nombre de louis qu’absorberaient l’aménagement de l'appartement, l’éclairage & les rafraîchissements. Madame • Borel haussa les épaules. Ces calculs n’étaient-ils pas indignes d’un artifte? Mais comme elle possédait assez d’adresse pour faire accepter ù son mari l’ini-
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tiative de ce quelle concevait, tout marcha selon ses désirs.
La location des luftres, l’achat des bougies, le compte du glacier, le tapissier & le domeflique de supplément, devaient emporter plus d’un mois des bénéfices de Jean. Mais qu’importe?
Il faut semer pour recueillir, & le premier succès, — peut-être celui de Marine & Cavalerie , — payerait amplement toutes ces avances faites à la gloire.
Contre l’ordinaire, les invités de Jean furent dociles à sa requête. Les mots de soirée musicale , écrits en grosses lettres sur les billets d’invitation, ne produisirent point l’effet d’un épouvantail; &, quinze jours après la conversation que nous venons de transcrire, deux cents auditeurs se pressaient autour du piano de l’auteur du Faux Espagnol.
Au premier rang, on remarquait naturellement le poète à la plume duquel on devait le livret que l’on sait.
M. Tancrède Desjardins était un grand jeune homme sec, blême, dont les longs cheveux retombaient en cascades sur le collet un peu gras de son habit bleu à boutons de métal. Par ses convictions, il appartenait à l’école des troubadours; comme talent, il ne relevait que de la sienne propre. Excellent garçon né pour faire un admirable comptable dans l’adminiffration des contributions indirectes.
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il s’était voué au culte des muses, parce qu’il avait obtenu un huitième accessit de vers latins en seconde au collège Henri IV, & que son patrimoine le lui permettait. Il s’appelait Thomas Desjardins & non Tancrède; mais, à sa sortie du collège, il opéra cette subflitution qui lui donnait l’air plus troubadour. De plus, il se croyait l’oeil fatal, & portait sur sa poitrine d’homme un sachet contenant des feuilles desséchées, cueillies sur la tombe de Torquato Tasso.
Non loin de lui, on voyait madame de Barencie & son fils, invités par convenance & venus avec des projets épigrammatiques; des critiques influents en quête de caricatures artiftiques avant la lettre; des chanteurs, des compositeurs & des virtuoses à la mode, remplissant une corvée dans l’espoir d’une réciprocité prochaine, & enfin quelques anciens amis & amies de jeunesse de madame Borel.
Il ne faut point oublier dans cette foule les camarades de Jean, curieux de visiter les splendeurs des appartements du prix de Rome auquel le prestige de son talent avait fait ouvrir les portes les plus défendues de I’ariftocratie, les portes du mariage.
Le bel Arthur & la majeftueuse baronne trouvaient ce monde-là bien au-dessous d’eux.
— Vraiment, disait la vieille dame, c’était bien la peine de nous chasser pour recevoir pareille société; des gens de rien, qui doivent empefler la pipe ou le cigare!
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— Et les femmes, répondait le garde du corps, des élèves du Conservatoire ! Sans doute des filles de concierges accompagnées de leurs aimables parents; comme c’efl agréable pour des gens comme nous de se rencontrer avec de pareilles créatures! Encore, ajoutait tout bas le galant officier, si on les rencontrait, ces petites, à Idalie ou au Sentimental , on leur dirait deux mots volontiers; mais ici, ça fait pitié!
Jean, délicieusement ému par la vue de sa femme en toilette de bal, mourait de peur à l’idée que Marine & Cavalerie pouvait recevoir un échec devant elle.
Pourtant, à son arrivée, Tancrède Desjardins, en lui serrant la main,lui avait dit de l’aird’un conspirateur au quatrième aile d’un mélodrame :
— Cela marchera! J’ai amené huit amis qui enlèveront les finales.
Le maeitro encore anonyme, serré dans sa cravate blanche et dans son habit noir comme dans un corset de jeune-première, regardait Laure pour se donner du courage.
Madame Borel poussait la science de la toilette jusqu’à ses dernières limites, c’eft-à-dire jusqu’aux limites nécessairement reftreintes que lui imposait la modicité de scs revenus. La fée Coquetterie l’avait visitée le jour de sa naissance; elle connaissait tous les petits secrets qui embellissent les parures les plus ordinaires. A ses oreilles, des boutons de bril-
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lants d’une vingtaine de louis valaient mille e'cus. Sa robe de tarlatane blanche unie empruntait à sa grâce personnelle des splendeurs inouïes. Laure ondulait dans son corsage, frissonnait voluptueusement sous les fleurs de sa coiffure; elle s’électrisait dans son salon. Elle respirait là dans son élément.
L’éclat des bougies, la comédie du monde, les nuages brillants qui chargent l’atmosphère d’une fête convenaient à madame Borel & doublaient sa santé, son esprit & sa beauté. Le luxe l’encadrait admirablement. Jean, craintif & amoureux, eût préféré mille fois un téte-à-tête avec sa femme à l’obligation d’exécuter les principaux morceaux de son œuvre.
Tremblant, la sueur au front, il plaqua enfin quelques vigoureux accords pour répondre au silence qui suivit son inllallation au piano. Les sourires sardoniques de la baronne & du chevalier vinrent le poursuivre derrière son pupitre, mais la gracieuse & rayonnante apparition de Laure le réconforta aussitôt.
— Oh! pensa-t-il, si mon opéra était mauvais! si ma femme allait me mépriser maintenant!...
Il fit alors comme le conscrit qui marche à l’assaut parce que la charge l’entraîne & que ses chefs le poussent; il domina ses terreurs & ses irrésolutions; il n’y avait plus moyen de reculer; il voulut que son exécution relevât ce que la composition pouvait avoir de défectueux.
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Après un nouveau temps donné au recueillement, il partit.
Les notes jaillirent alors sous ses doigts en gerbes toutù la fois capricieuses & correctes. La muse prit sans doute pitié de son amour & illumina son cerveau d’un rayon d’inspiration.
Sur le clavier, il refit son ouverture.
Sous la magie magnétique de la présence de la personne aimée, il transposa, changea, improvisa,
&. la sueur froide qui perlait sur son front sécha en quelques secondes; un feu divin empourpra scs tempes.
Les cheveux rejetés en arrière, la lèvre frémis- • santé, les yeux baignés dans les vapeurs de l’harmonie, il était vraiment beau; & lorsque après la dernière mesure du rinfor\ando final les applau. dissements — applaudissements sincères & de bon aloi, — éclatèrent danslcstrois salons, madame Borel ne put retenir un mouvement subit d’entraînement.
Malgré le monde, — malgré la crainte du ridicule, — elle s’approcha vivement de Jean &le baisa au front.
Une seconde salve de bravos frénétiques partis de ce public d'artilfes, public intelligent & oseur, qui excuse toutes les émotions pourvu qu’elles ne soient point feintes.
— Il ne manquait plus que cela, dit le chevalier à l’oreille de sa mère; ils s’embrassent en public comme des bourgeois! Pouah!
— Tais-toi, lui répondit la baronne, il se pourrait faire que ta sœur eût vraiment épousé un homme da génie, & alors...
— Et alor», interrompit le chevalier, elle n'en aurait pas moins fait un sot mariage.
— Et alors, continua la douairière de Barencie, ce n’eit plus son mariage qui serait sot, mais bien vous, mon fils!
De tous les assiltants, le bon Tancrède Desjardins était certes celui qui s’agitait le plus.
— C’eft tout simplement sublime, criait-il à tuetéte, c’eft vif, léger, & en même temps langoureux. Enfoncé les anciens ! enfoncé les perruques ! Vive à jamais Jean Borel !
Et il serrait les mains de Jean & celles de sa femme, & il gefliculait, & il pleurait, le digne garçon.
Les divers morceaux du Faux Espagnol ou Marine & Cavalerie , chantés par des élèves de Jean & accompagnés par lui, ne reçurent pas un accueil moins enthousiafle.
L’auditoire, bien disposé par l’audition de l’ouverture & monté au diapason, saisissait tous les traits heureux, toutes les phrases bien timbrées, toutes les mélodies un peu marquées. La fameuse séquedille de d’Artimont enleva tous les suffrages, & l’on bissa à outrance les couplets bouffes de Cabeftan.
— Si cet âne de directeur de l’Opéra-Comique
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était là, répétait Tancrède Desjardins, il rougirait de honte & nous mettrait en répétition demain avant le lever de l’aurore.
— Cela aura cent représentations, dit le critique de la Harpe d’azur, journal de modes & de musique.
— Dans trois mois on ne chantera que cela dans les ateliers & dans les salons! ajouta le rédacteur en chef de l 'Echarpe mélodique, journal de musique & de modes; on n’entendra pas autre chose sur les orgues de Barbarie pendant dix ans.
— Et si vous avez besoin d’un éditeur! fit l’aîné des frères Blagufgnard, nous sommes là. Sur votre premier bulletin de répétition, je vous achète votre partition.
Les frères Blaguignard, éditeurs de musique, étaient déjà célèbres, l’un par sa faillite, l’autre par son imbécillité à peu près complète.
Madame de Barencie vint joindre ses félicitations au concert unanime de louanges.
— Je vous ai toujours répété, dit-elle à Jean, que lorsque vous voudriez vous en donner la peine, le succès vous sourirait! Je suis bien heureuse de votre triomphe.
Les embrassements recommencèrent. La baronne embrassa Borel. Tancrède Desjardins faillit l’étouffer sur sa poitrine. Si l’on eût été moins à l’étroit, les élèves de Jean l’auraient porté sur leurs épaules autour de son salon.
Ce soir-là, c’était madame Borel qui était bien heureuse.
Toutes les femmes la considéraient avec envie. Elle ne pensait plus qu’étant demoiselle, elle portait de gueules au bar d’or & à la scie d’argent posés en pal, avec la devise : Je soutiens & divise! & le cri de guerre : Je barre! Ainsi! Cela lui devenait bien indifférent, maintenant que le Faux Espagnol ou Marine & Cavalerie venait de passer chef-d’œuvre par-devant une assemblée d’élite & de connaisseurs.
Avec l’ingratitude que l’on acquiert bien vite au contact des manifeftations du public, toute cette foule d’invités qui, après avoir patiemment écouté & très-largement loué l’œuvre de son mari, buvaient son punch & absorbaient ses petits fours, lui devenait indifférente; peu s’en fallait quelle ne lui fût insupportable. Elle avait hâte de se trouver seule avec Jean. Elle voulait le remercier des sensations toutes nouvelles de la soirée. Elle voulait éclairer à giorno cette première date heureuse de sa grandeur naissante.
Elle ne se définissait point la torpeur de Jean, qui se tenait silencieux & comme abîmé sous le poids de ses lauriers intimes. Elle l’eût désiré plus vaniteux, plus sûr de lui-même, recevant les compliments en homme qui sait qu’il les mérite, & qui, par conséquent, ne les trouve jamais assez hyperboliques, assez redondants. Elle l’eût voulu plus
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empressé auprès d’elle, plus expansif & plus abondant.
Les femmes ont une mobilité perpétuelle de nerfs qui leur permet de savourer, ù quelques inltants d'intervalle, les jouissances les plus différentes.
Madame Borel avait goûté dans la même soirée les plaisirs du monde & de la toilette, les joies ineffables de la gloire; elle se sentait encore de taille & de force à jouer son rôle de souveraine & à difler û son mari les édits que l’épreuve décisive de l’exécution du Faux Espagnol lui avait suggérés.
Elle aussi écoutait d’un air dillrait les compliments; elle aussi suivait, au milieu des derniers bruits de la fête, les voix inquiètes de son imagination.
Mais ces compliments que Jean trouvait exagérés, ces louanges qui paraissaient à son bon sens d’homme pratique plus lourdes que des pavés, ces applaudissements & ces bravos qui fatiguaient sa conscience d’artille peu satisfait de lui , madame Borel les jugeait fades, insipides, médiocres en comparaison de ceux qu’obtiendrait indubitablement la pièce lorsqu’elle serait vraiment jouée sur un vrai théâtre, devant un vrai public.
Où la patience & la diplomatie de Jean avaient échoué, l’impatience Si la brusquerie de madame Borel espéraient l’emporter sans retard.
Ce directeur introuvable, s’évanouissant comme le mirage trompeur du désert, cet imprésario mal-
veillant et sans parole, Laure croyait avoir trouvé le moyen de le contraindre; & elle mordait impatiemment le frein qui l’empêchait d’en conférer avec Jean.
Enfin le dernier invité se retira.
C’était Tancrède Desjardins. Le troubadour serait reflé encore une heure à causer de son bonheur & de ses espérances, si madame Borel ne l’eût poussé dehors.
— Vous viendrez nous demander à déjeuner demain matin, lui dit-elle en fermant sur lui la porte de l’appartement.
— Eh bien! fit-elle en 55e retournant vers son mari, es-tu content &. te repens-tu d’avoir suivi mon conseil?
— Oh! répondit Jean pressant sa femme dans ses bras, l’amour a fait un miracle.