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LAGAMI
OU L'OISEAU-TROMPETT E.
(PSOPHIA CREPITANS.)
L'acaur, qui est de la grosseur d’un faisan, ressemble à la grue par sa marche et son port.
Sa longueur totale est d'environ vingt-deux pouces, et sa hauteur (de. puis la terre où portent ses pattes jusqu’au sommet de la tête) est d’environ dix-huit pouces.
Son bec, cylindrique-cônique, convexe, un peu pointu, à mandibule supérieure plus longue que l’'inférieure, est d’une couleur vert-sale ou noirâtre, et sa longueur est de dix-huit lignes ; ses narines , situées vers le milieu du bec, sont ovales et très ouvertes; sa langue est cartilagineuse , plate et frangée à son sommet. Les orbites des ÿeux sont nues et rougeâtres, et l'iris d’un jaune-obscur.
La tête, et les deux üers du col, en dessus et en dessous, sont garnis de plumes courtes, frisées et semblables à un duvet bien serré et très doux au toucher ; les plumes du bas du col sont plus grandes, non frisées et d’un violet-noir. Les plumes de la gorge et du haut de la poitrine forment une plaque d'environ quatre pouces d’étendue dont les couleurs varient, suivant la projection de la lumière, entre le bleu et le violet, le vert, le pourpre et le jaune-verdâtre-doré , et ont l'éclat et le reflet métallique. Le bas de la poitrine, le ventre, les flancs, les cuisses , sont noirs; les plumes en sont longues, douces au toucher, et leurs barbes ont peu d’adhérence les unes avec les autres. La couverture du dos est noire par le haut, d’un roux-brülé vers le milieu, et grise sur le reste et sur la queue, mais cette dernière couleur est due aux couvertures supérieures des ailes et de la queue qui sont très amples; si
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on écarte ces plumes, on en trouve dessous qui sont nôires et couvrent le dos. Les ailes et la queue sont noires; celle-ci, qui ne dépasse pas les ailes pliées, et qui est cachée sous les couvertures qui l'excédent, n'a qu'environ trois pouces de longueur. La longueur des jambes, jusqu’au ventre, est de huit pouces et demi; elles sont verdâtres, revêtues d’écailles, comme dans les gallinacés, mais dégarnies de plumes jusqu’à deux pouces au-dessus des genoux. Les pieds cendrés-brunâtres, ou verts, dénués de membranes, robustes, hauts de cinq pouces, ont trois doigts antérieurs et un doigt très petit par derrière et un peu élevé de terre. Les ongles sont courts, pointus et noirs. Sous les pieds, près du talon il y a des durillons ronds.
L’Acami habite aux Antilles et dans les contrées chaudes de l'Amérique méridionale. Il se tient dans les parties les plus couvertes des grandes forêts, et loin des lieux habités. Il vit en troupes de dix à douze individus, etsouvent on le rencontre sur les lieux élevés. Il se nourrit de fruits sauvages et de grains. Il marche et court plus qu'il ne vole, et sa course est aussi rapide que son vol est pesant; il ne s’éléve jamais qu’à quelques pieds. Il dort, comme la cigogne, appuyé sur un pied et la tête retirée dans les épaules. Lorsqu'il est surpris, il fuit en courant, et jette en même temps un cri aigu semblable à celui du dindon.
Sans ouvrir le bec il fait entendre de cinq à sept fois, avec précipitation , un son sourd et profond qui peut, dit M. de Buffon, « provenir de «la plus grande étendue de son poumon et des cloisons membraneuses « qui le traversent. » Lorsqu'il pousse son cri, on voit son ventre et sa poitrine se remuer. |
La FEMELLE gratte la terre au pied des grands arbres , et la creuse pour y déposer ses œufs : elle ne fait point de nids. Elle pond de dix à seize œufs (ce nombre est proportionné à son âge ); ces œufs sont presque sphériques, plus gros que ceux des poules, et d’une couleur vert-clair. Les jeunes conservent leur duvet, ou plutôt leurs premières plumes effilées, plus long-temps que les poussins et les perdreaux ; on en trouve qui les ont longues de près de deux pouces. Ce duvet est très serré, très fourni, et très doux au toucher. Les vraies plumes ne viennent que quand ils ont pris plus du quart de leur accroissement. La chair de l’AGAMI, et sur-
L'AGAMI ou L’'OISEAU-TROMPETTE. 3
tout des jeunes, a un goût assez agréable, mais elle est séche et ordinairement dure.
L’AGAMI s’apprivoise et se familiarise aisément. De tous les oiseaux, c’est celui qui a le plus d’instinct, et le moins d’éloignement pour la société de l'homme. IL paroît être dans l'espèce volatile ce que le chien est parmi les quadrupédes. Comme le chien , il est susceptible d'éducation, et donne, de même, des marques d'affection et d’attachement. Il obéit à la voix de son maître, le suit, en recoit des caresses et lui en rend, ou le prévient; il lui en prodigue de vives à son retour quand il a été absent. Autant il est sensible aux caresses qu’on lui accorde, autant il est susceptible de jalousie contre ceux qui pourroient les partager. S'il prend quelqu'un à quignon, il le chasse à coups de bec dans les jambes , et le reconduit fort loin, toujours avec des démonstrations d'humeur et de colère qu’on ne peut attribuer (suivant M. de Buffon) « qu’au caprice de « l'oiseau , déterminé peut-être par la figure déplaisante, ou par l'odeur « désagréable de certaines personnes. » Il arrive, sans être appelé lorsqu’on est à table : alors il chasse tous les animaux domestiques, il poursuit même les nègres nouveaux-venus qui font le service, il se rend maître de la chambre avant de demander à manger. Il est courageux et ne fuit jamais. Les chiens de taille ordinaire sont obligés de lui céder. Il sort seul, s'éloigne sans s’égarer, et revient chez son maître.
M. de Buffon dit avoir été assuré qu’on pourroit apprendre à l’'AGAMI à garder et conduire un troupeau de moutons. Si l’on en croit les voyageurs, cet oiseau a l’instinct de faire sortir, le matin, les dindons, canards et autres oiseaux domestiques, et le soir d’obliger les traîneurs de rentrer. Pour lui, il ne se renferme pas, il se couche sur le toit de la basse-cour , ou sur quelque arbre voisin.
Privé, il mange volontiers du sarrazin, du pain et même des petits poissons et de la viande.
En un mot, l’AGAMI est un esclave fidéle, intelligent, docile, aimant, dont les habitudes sociales offrent un animal si intéressant, qu’on ne peut s'empêcher de renouveler le vœu de M. de Buffon pour qu’on s’occupe des moyens d’acclimater en France cet oiseau et d’en voir multiplier l'espèce. ;