‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 103 sur 182 · VENTE DES TABLEAUX FLAMANDS ET HOLLANDAIS · texte numérisé non relu

VENTE DES TABLEAUX FLAMANDS ET HOLLANDAIS

cédés à nul autre que lui. Cette menace a l'effet désiré; le lendemain même les trésors sont portés dans un grand magasin, proche le Palais-Royal.

De nouvelles difficultés surgissent. Slade, tout en surveillant l'emballage, se voit entouré par une troupe fort hostile de gens, — des artistes pour la plupart, qui veulent s'opposer à la sortie de tant de richesses. Quelques-uns tâchent de savoir par quelle route les caisses partiront, — le mot d'ordre donné aux emballeurs est Calais — mais Slade les dirige, par la Seine, sur le Havre d’où elles gagnent la côte anglaise et arrivent chez lui à Chatham. C’est là que tout d’abord le négociateur les expose dans sa galerie. « Pendant quelques mois, dit-il, je pus faire les honneurs de mon butin à mes amis et clients, et, vu les risques auxquels je m'étais exposé, j'étais très fier de ma conquête. »

Ce fut d'avril à juin 1793 que se fit, à Londres, la véritable exposition, dans les anciens bâtiments de l’Académie royale de peinture, Pall Mall, par les soins d’un M. Wilson. Voici le texte exact du rarissime catalogue de cette vente : The Orleans Gallery now exhibiting at the Great Room late the Royal Academy, n° 125 Pall Mall, April 1793. Printed by J. Smeeton, n° 148 Saint Martins Lane, Charing Cross, 8°. L’exemplaire du British Museum porte quelques annotations. L'entrée était payante, la vente se faisait à l'amiable {by mutual contract), sur une estimation fixée d’avance. Les Londoniens vinrent en foule et, pendant la dernière semaine, la recette des entrées quotidiennes fut de cent livres sterling (2,500 fr.) bien que chaque visiteur ne payät qu'un shilling. C’est là que Lord Darnley acquit la Thomyris de Rubens, le comte de Carlisle, le Snyders de Van Dyck et W. Smith, le Moulin de Rembrandt.

Mais le bon public fut indignement trompé. L'État général officiel de 1788 comprenait cent quarante-sept tableaux des écoles du Nord, le catalogue de 1793 n’en comptait pas moins de deux cent cinquante-neuf. C'était une augmentation de plus d’une centaine de toiles venues l’on ne sait d’où. Grâce à la Description de Dubois de Saint-Gelais et à l'État général, on voit facilement quelles furent ces additions souvent très audacieuses. Nous

relevons cinq Rubens de plus, deux Van Dyck, sept Teniers, un ou deux

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