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LES COLLECTIONS FRANÇAISES À LONDRES

richesses. Pour les payer, il avait fait à son père une vente fictive d’un domaine près de Meaux. Cette vente rendit l’ancien financier suspect — on la considéra comme une soustraction aux biens nationaux, excellent prétexte pour traîner le ci-devant marquis à la barre du Tribunal révolutionnaire et pour le guillotiner. Il fut impliqué dans la conspiration dite du Luxembourg avec la duchesse de Noaïilles « octogénaire sourde et aveugle », le marquis de Talaru, etc..., et exécuté le 4 thermidor an IT (22 juillet 1794). François de Laborde rentra en France peu de jours avant le 18 fructidor an VI (4 septembre 1797), mais ce coup d'État lui fit abandonner tout espoir de reconquérir sa fortune. Il retourna à Londres (où il devait mourir le 3 octobre 1802, à l’âge de quarante-trois ans).

Ayant tout perdu, François de Laborde cherche des ressources ; il se décide à faire argent de sa galerie qui était ardemment convoitée par les marchands de Londres, de même qu'aujourd'hui les marchands de New- York ou de Philadelphie convoitent les dépouilles des châteaux anglais et français.

Depuis la dispersion de la galerie de Charles I‘, l'Angleterre ne possédait relativement que peu de tableaux italiens; une des conséquences assez imprévues de la Révolution fut donc de redonner à nos voisins le goût des maîtres de Venise, de l’école romaine et aussi de l’école bolonaïise. On sait avec quelle ardeur et quel succès, au moins jusque vers la fin du xix° siècle, ils ont fait la chasse aux chefs-d’œuvre. La Vational Gallery nous le prouve.

Or, c’est la collection du Régent qui favorisa cette renaissance et fut le splendide hors-d’œuvre offert à l'appétit des amateurs britanniques. « La chute du trône de Constantin, avait dit Rousseau, porta dans l'Italie les débris de l’ancienne Grèce ; la France s’enrichit à son tour de ces précieuses dépouilles. » Les rôles étaient changés, les conquérants n'étaient plus les Français, mais les Anglais. D’autres collections furent alors dispersées à Londres, devenu le grand marché européen, celle de Calonne avec ses Poussin, ses Claude, ses Murillo; celle de John Trumbull, composée de tableaux acquis à Paris, en 1795 et provenant des Pimodan, des Espagnac,

des Tallard, des Choiïseul-Praslin, des La Reynière ; celle de Bryan, où se

rencontraient des toiles ayant appartenu au duc de Noailles, au comte de Vence, à la comtesse de Verrue, et entre autres l’Apollon inspirant le poète, de Poussin, que le Louvre vient de reconquérir; celles de Delahante, de Le Brun, du général Sebastiani, du chevalier de Crochart, ces deux dernières formées en Espagne, enfin la collection de Lucien Bonaparte, prince de Canino, qui n’eut pas grand succès quand on apprit que vingt des meilleures toiles étaient restées à Rome.

Des mains de François de Laborde, les tableaux italiens et français passèrent donc dans celles de trois grands seigneurs anglais sans qu’ils eussent presque à délier les cordons de leurs bourses. La transaction est vraiment admirable et montre que pour être lord, on n’en est pas moins marchand. Jamais l'esprit pratique ne fut poussé plus loin, jamais on ne se para des plumes du paon à meilleur compte. Et voici comment les choses se passèrent.

Bryan, qui était un finaud de génie, se présente chez Laborde et lui propose la somme de quarante-trois mille livres sterling (1,075,000 fr.) de la part du duc de Bridgewater, du comte de Carlisle et du comte Gower, plus tard marquis de Stafford. L'offre est acceptée. Aussitôt nos gentilshommes écrèment la collection, choisissent ce qui leur convient, fixent chacun le prix de leurs achats qui se montent à trente-neuf mille guinées (1,022,750 fr.) et décident de vendre de gré à gré ce qui reste, mais sans encore retirer leurs dépouilles. Ils ont l’excellente idée de faire une exposition publique où figurera le dessus du panier, afin de mieux attirer les chalands; les vrais chefs-d’œuvre feront valoir les tableaux de moindre importance.

On ne trouva point une salle assez vaste pour contenir les trois cent quatre-vingt-seize tableaux, on en loua deux, l’une dans Pall Mall, chez Bryan, l’autre au Lyceum, dans le Strand. Les exhibitions s’ouvrirent simultanément le lendemain de Noël, le 26 décembre 1798, et durèrent six mois. Le droit d’entrée, assez élevé, était d’une demi-couronne (3 fr. 15), mais on spéculait à juste titre sur la curiosité. L'affaire avait été merveilleusement préparée, il n'était question, dans toute l’Angleterre, que de l’Orleans

Gallery. Le terrain ne pouvait être mieux préparé.

NN

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