MORT DE CLÉMENT XI
Lassé de ces tergiversations incessantes, le duc d'Orléans se décide à passer outre; il donne l’ordre de conclure le marché, qui est signé, le 14 janvier 1721, par le cardinal Gualterio et le prince Baldassare Odescalchi, duc de Bracciano.
Les tableaux de la reine de Suède, au nombre de cent vingt-trois, sont cédés à haut et puissant prince Monseigneur le duc d'Orléans au prix de 93,300 écus romains (l’écu comptant pour dix jules), payables avant quatre mois.
Par un article secret, le prince Baldassare se fait donner, non plus deux mille louis d’or, mais mille seulement, il consent à faire cette diminution et à ne recevoir que trente et un jules par louis au lieu de trente-trois, suivant le cours commercial. « C’est une petite épargne, remarque Gualterio, mais elle sera toujours bonne pour l'emballage. » L'histoire des bordures est remise sur le tapis, elles sont cédées à l'acheteur qui, par surcroît, accepte trois petits tableaux de Raphaël : une Pierà, la Prière au Jardin des oliviers et le Portement de Croix.
Le duc d'Orléans eut grandement raison de ne pas attendre la permission papale pour conclure l'affaire. Clément XI a une rechute grave et meurt le 19 mars 1721, sans avoir donné satisfaction au prince et à Dubois. Afin de n'être point pris au dépourvu, le Régent, depuis le mois de juillet de l’année précédente, avait envoyé à Gênes des pierreries pour les « consigner au banc de Saint Georges » et pouvoir emprunter cent vingt mille écus jusqu'à ce que les changes revinssent à leur valeur. La crise financière l’obligeait à ce recours désespéré.
Les obstacles de tout genre se dressaient sur la route. Les pierreries étaient restées à Lyon, la peste qui venait d’éclater à Marseille ayant interrompu toute relation entre la France et l'Italie. Aussi Crozat, dès la signature du marché, fut-il chargé d’aller négocier l'emprunt dans les banques d'Amsterdam.
Le fait est confirmé par une lettre du comte d’Argenson à la marquise de Balleroy. Il lui écrit de Valenciennes le 6 mars 1721 : « Hier passa par
ici, pour aller en Hollande, M. Crozat le pauvre, avec une cassette légère
pleine de diamants, à ce qu’on dit, bien escorté par la maréchaussée... N’en parlez pas, car je serais un intendant perdu. Je crois qu’il va emprunter de l’argent sur les diamants du Régent pour en payer les tableaux d'Italie qu’a achetés Son Altesse Royale. »
En avril 1721, les fonds étaient prêts, mais, durant le Conclave, il n’y avait plus de souverain pontife, plus même de Gualterio -ou d’Albani, les cardinaux ne pouvant communiquer avec le dehors.
Crozat s’avise qu'il est possible de se passer d’exeat, soit en expédiant les meilleurs tableaux qui peuvent être portés sur le dos d’un mulet ou entre deux brancards, « tout comme si le duc [de Bracciano] les faisait sortir de son palais, pour les envoyer chez lui à Milan », soit que l’on profite de l’immunité du cardinal de Rohan, présent au Conclave, pour faire « escorter par son équipage les tableaux jusqu'aux confins de l'État ecclésiastique ».
Sur ce, le 13 mai, le cardinal Conti est élu pape sous le nom d’Innocent XIII. Il semble qu'enfin tout va marcher à souhait. Une partie de la somme due au vendeur ayant été payée, Poerson a libre accès au palais Odescalchi ; accompagné du chevalier Benedetto Luti, pour l'heure le peintre le plus notoire de Rome, il peut regarder certains tableaux à loisir et faire procéder à des restaurations nécessaires, par un nommé Domenico, « qui a un talent merveilleux pour raccommoder les tableaux qui ont souffert ». L'impression du directeur de l’Académie est fort juste : « Plus l’on voit, dit-il, ces merveilleux ouvrages, plus l’on les admire; mais, parmi ces belles choses, il y en a quantité de médiocres et une très grande quantité audessous de médiocre. Nous n'avons pas continué de faire cet examen, parce que, tout l'argent n'étant pas arrivé, l’on n’a pas jugé à propos de descendre les plus grands. Ainsi, il faut attendre que le payement soit fini pour les faire apporter, les examiner et se déterminer sur les mesures que l’on doit prendre pour les envoyer. »
La fameuse permission papale, dont on faillit bien se passer, est accordée en juin, le prix d'achat est soldé en juillet. Alors les restaurateurs se mettent à l’œuvre. Poerson donne sur ce travail d’intéressants détails, il s’agit de /a
Madonna del Passeggio, aujourd’hui considérée par certains comme un
PERSÉE ET ANDROMÉDE
Titien
u peint par Le