‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 3 sur 182 · NAISSANCE DE LA GALERIE · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE LA GALERIE

uLriPLIÉES aujourd'hui par la mode, le snobisme et l’espoir

du gain, les Collections d'œuvres d’art sont nées d’un

désir tout naturel de parer les demeures, sans autre

souci que de masquer un peu la nudité des murailles.

Au moyen âge, alors que les tableaux n’existaient pas,

on avait simplement des tentures. Les salles royales

blanchies à la chaux ou lambrissées de chène étaient, aux jours de fêtes,

« encourtinées » de draps de cendal ou de soie; on les tirait de coffres qui suivaient les princes dans tous leurs déplacements.

Ces étoffes précieuses furent, avec le progrès, des tapisseries tissées aux F ; P ;

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armes et aux devises des rois et des seigneurs, comme celles de Charles le Téméraire qui, conservées au Musée de Berne, servaient à orner les tentes du fameux guerrier aussi bien que ses châteaux. Grâce à l’art de la fresque, qui des églises passe dans les palais, l'aspect change et les pans de murs s’animent de chroniques peintes comme à Schifanoia, près de Ferrare, et, plus tard, de mythologies symboliques comme à Fontainebleau où les portières de haute lisse alternent avec les peintures murales et compliquent agréablement la décoration.

D'autre part, les artistes évoluent et voici que naît un genre nouveau : le tableau de chevalet, religieux et profane; il entre dans la chapelle du palais et dans les appartements. Toutefois, la première idée de la vraie collection vint de l'habitude de grouper, par curiosité et aussi par orgueil, des portraits : ancêtres, hommes de guerre, hommes d'État. C'est ce que fit Paul Jove dans sa villa des bords du lac de Côme en créant le Musæum Jovianum, étudié jadis par Müntz. C’est ce que fit également Henry VII, à Whitehall, en réunissant toute une série de célébrités anglaises. Depuis, ils eurent plus d’un imitateur : Catherine de Médicis, qui dans « l’Hôtel de la Reine » possédait « trente-deux portraits en émail de divers princes, seigneurs et dames, enchâssés dans les lambris, » qu'avait exécutés Léonard Limousin; Duplessis-Mornay ; Paul Ardier, trésorier de l'Épargne ; Philippe de Béthune, frère de Sully; enfin le cardinal de Richelieu qui eut sa Galerie des Hommes illustres.

François I”, Philippe II, l'empereur Rodolphe IT, les ducs de Mantoue et de Modène formèrent, au xvi° siècle, de véritables musées dont quelques épaves seront signalées chez le Régent. Au xvn° siècle, Charles I* et Louis XIV se faisaient gloire d'un choix admirable de tableaux signés des grands maîtres. L’archiduc Léopold Guillaume, gouverneur des Pays-Bas espagnols, avait, à Bruxelles, une grande quantité de peintures, aujourd’hui pour la plupart au beau Musée de Vienne; les sept « vues » de Teniers, dispersées dans les pinacothèques de Munich, de Vienne, de Madrid et de Bruxelles, nous font connaître la disposition de ces richesses. Les minu-

tieuses études du peintre flamand nous permettent non seulement d'identifier

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