‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 33 sur 182 · PAUL VÉRONÈSE · texte numérisé non relu

PAUL VÉRONÈSE

Laissons de côté Salviati et Schiavone, encore que de ce dernier nous ayons découvert deux tableaux : un Christ mort (Stafford House) et un Pilate qui se lave les mains (Bridgewater House) où ils font nombre, et occuponsnous de Paul Véronèse qui, autant que le Titien et le Tintoret, était un des peintres préférés de Philippe d'Orléans.

Nous ne savons pas s’il existe de meilleur Véronèse que la réduction, avec

de légères variantes, des Pèlerins d'Emmaüs (Stafford House). C’est probablement la première pensée de la grande toile du Louvre, tant il y a de fraicheur et de délicatesse dans ce petit tableau rapporté d'Italie par Crozat et acheté à la famille Muselli pour laquelle il fut peint. Les gravures de la Galerie du Palais- Royal et du Recueil Crozat ne rendent rien de ce chef-d'œuvre qui vaut par la belle orchestration des gris et la perspective aérienne, mettant chaque personnage dans son atmosphère depuis la fillette accroupie au premier plan jusqu’à la femme vue derrière le Christ et se détachant sur une colonne. C’est le tableau idéal de musée, on l’embrasse d’un seul coup d’œil et on l’isole facilement de ses voisins.

On ne saurait dire cela des quatre grands panneaux allégoriques de la National Gallery (le Respect, l'Amour, le Dégoat, l’Infidélité) qui sont mal à l’aise dans un entassement, provisoire croyons-le, d’une salle de la National Gallery où, pour comble de malheur, il y a encore des toiles sur d'immenses chevalets. Ces panneaux, au Palazzo Riario, étaient disposés en plafond — à quoi, du reste, ils étaient primitivement destinés — et, au Palais-Royal, ils

ornaient le dessus des quatre portes du salon octogonal, c’est là que se trou-

vaient les plus belles œuvres de l’école vénitienne et deux superbes Rubens.

De plus, ils sont maintenant surchargés de cadres lourds et affreux, et cela achève de les rendre moins accessibles. Très utiles les musées, c’est incontestable ; hélas ! combien peu sont des sanctuaires où les trésors soient mis en valeur, où l’on songe que les tableaux, pour vivre, ont besoin d'air, tout comme les fleurs!

On a donné à ces allégories des titres commodes. Dans l’/nventario de Christine, elles étaient décrites plutôt que nommées, c’est qu’aussi bien elles sont assez énigmatiques. Dubois de Saint-Gelais, en se fondant sur la ressemblance des têtes de l’homme et de la femme, qui sont les mêmes dans chacune de ces compositions, voit entre elles un lien : les différentes phases d’une existence maritale où le Respect, l'Amour, le Dégoût et l’Infidélité marquent

d’assez ordinaires étapes. Il prévient toutefois que le spectateur explique ces

histoires chacun suivant « sa manière de penser ». La littérature a certaine-

ment sa part dans cette affaire, comme dans /e Printemps de Botticelli, et

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