PAUL VÉRONÈSE. — ALLÉGORIES
dans les allégories absurdes que la divine Isabelle d’Este commandait à Pérugin, à Mantegna ou à Costa, et c’est pourquoi nous avons quelque peine à comprendre. Du moins, avec Véronèse, complice peut-être et agent tout à la fois, les pages sibyllines sont encore des pages où les yeux trouvent quelque plaisir, ce n’est point comme dans ce ridicule Combat des Vices et des Vertus (Louvre), le plus mauvais tableau du Pérugin, inspiré, dicté et surveillé presque dans ses moindres détails par la duchesse de Mantoue, ainsi que nous le révèle son dernier biographe, M. Robert de la Sizeranne.
Les quatre motifs de Véronèse sont d'inégale valeur, le plus beau est le Respect : une femme presque nue est couchée sur une draperie rouge, un homme — vêtement jaune traversé d’une écharpe bleue — indique par son geste qu'il ne veut pas troubler le repos de la charmante dormeuse, malgré l’amour qui l’entraine vers elle. C’est comme la lutte entre le pouvoir de la beauté et le respect qui lui est dû. On dirait bien le premier acte de cette légende dont chacune des parties, animée par la présence d’amorini symboliques, raconte l'histoire toujours la même de l'Éternel féminin.
Au second acte, la dormeuse est réveillée; elle est parée magnifiquement de brocart or et rouge, son compagnon a un manteau d'un vert sombre, ils sont au pied d’une sorte d’autel où, sur un globe, trône Vénus qui leur tend une couronne de myrte. Tous deux tiennent une branche d’olivier tandis que l’amorino déroule une chaîne qui doit lier les deux époux et fixer leur Arnour.
Que s'est-il passé? l’homme presque nu est couché sur un drap rouge, l'amorino le piétine avec fureur, la séduisante Vénitienne s'éloigne, suivie d’une confidente qui porte une hermine, image de la pureté. Elle s'éloigne avec indignation et Dégoüt.
Enfin, nous revoyons la belle, nue comme au premier acte, se présentant de dos — un dos superbe, modelé en pleine lumière. Elle est entre deux hommes, le héros des scènes précédentes et un autre plus jeune, elle donne la main au premier, regarde le second et lui passe un billet doux. C’est l’Infidélité. Telle est cette synthèse où l'artiste a trouvé prétexte à magnifiques
décorations.
ASE