ALLORI. — VÉNUS ET L'AMOUR 69 ALLORI
Après ces pseudo-Vinci et ces pseudo-Andrea del Sarto on ne trouve chez le Régent que cinq autres Florentins qui aient affronté le voisinage de l’exubérance vénitienne. Quatre d’entre eux : Rosso, Daniel de Volterre, G. Vasari et Orazio Lomi de’ Gentileschi nous échappent. Mais une œuvre importante d’Alessandro Allori, neveu du Bronzino, a survécu, elle est au Musée de Montpellier depuis 1887, la municipalité l’a payée dix mille francs à M. Cros, de Paris. C’est Vénus et l'Amour. Dubois de Saint- Gelais a fort agréablement décrit ce tableau : « La déesse est couchée de côté sur sa draperie qui est verte, elle a désarmé l’Amour qui la regarde tendrement et semble vouloir faire effort pour reprendre son arc... On voit deux colombes sur des roses qui se baisent amoureusement et au bas la pomme d’or. Le fond représente une roche percée en arcade avec de grands arbres fort touffus, au haut à gauche est un bout de paysage dans le lointain. » M. Louis Gonse juge Vénus et l'Amour en critique très averti. « C’est un morceau de belle tournure, dit-il, et capital dans l’histoire de l’école italienne, à la fin du xvr° siècle; je me demande même si ce nu remarquable, d'une saveur si harmonieuse sur son fond de draperie verte, — je dis remarquable, en me plaçant, bien entendu, au point de vue de l'art florentin décadent, — n’est pas le plus agréable tableau sorti de la main du neveu du Bronzino, et peut-être le meilleur qu’on puisse citer de cette époque. » Cette acquisition fait honneur à la ville de Montpellier qui, grâce à des dons généreux et des sacrifices d'argent, a su former
l'un des plus sérieux de nos musées provinciaux.