ÉCOLES BOLONAISE, GÉNOISE ET NAPOLITAINE
De tout temps les moutons ont suivi, tête basse, l’exemple de leur chef
de file ; l'apologie de Panurge et de son troupeau immortalise cette habitude.
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TRIOMPHE DES CARRACHE pe
On a éprouvé le besoin de la désigner sous un vocable anglais, le snobisme, mais le mal n'est pas nouveau. Le succès des Bolonais est dù au plus pur snobisme.
Sans rechercher les causes de la fortune si longtemps durable des Carrache, on peut rappeler quelques jugements fameux portés sur leurs œuvres. « Louis Carrache, écrit le président de Brosses à son ami Quintin (1739), est assurément un peintre du plus grand mérite. Si on en excepte Raphaël et le Corrège, je ne connais point de grands maîtres supérieurs à lui, ni qui aient réuni à un même degré plus de parties de son art, soit que l’on considère son dessin et son coloris, soit que l’on fasse attention à la quantité de ses ouvrages et à la variété de leur composition. Il a, de plus, le mérite d’avoir formé l’école de Bologne, la plus agréable de toutes à mon gré, et celle qui a produit le plus grand nombre de fameux artistes : Annibal et Augustin Carrache, les deux Guido (Reni et Canlassi), le Dominiquin, le Caravage, le Guerchin, etc. » Cet enthousiasme dura plus de cent ans, enrôlant tous les amateurs d'art, Stendhal, entre autres, qui, lorsqu'il parle peinture, dit les choses les plus étranges du monde, puisées sans discernement dans tous les traïtés du beau idéal. 1 n’entendait rien à la question et prenait plaisir à se l'expliquer à lui-même. Delaroche, ayant dans son hémicyele à réunir les chefs d’école, ne fait aucune place aux Carrache, seul des Bolonaïs le Dominiquin a grâce devant lui, la défaite est ainsi consommée au milieu du xx° siècle, mais précédée de quelle gloire !
Ces Carrache, techniciens exercés, pédagogues du pinceau, rhéteurs de l'esthétique, se disent capables d'égaler à volonté le Giorgione, le Titien, Véronèse, Michel-Ange, Raphaël et le Corrège; ils trouvent sans peine des adeptes, et d’admirateur en admirateur, réunissent bientôt tous les suffrages européens. Les galeries se peuplent de leurs œuvres et ne comptent que par la quantité de Carrache qu’elles possèdent.
M. Marcel Reymond s’est fait courageusement l'historien et l’exégète de cette école, il a démontré que, par son sérieux, elle correspondait à la
contre-réforme, à la renaissance religieuse provoquée par le Concile de
Trente, mais il est bien obligé, n’oubliant pas à quelles besognes libertines Annibal prêta son talent, de constater que les Carrache furent appelés à fonder un art chrétien à une époque peu propice malgré tout, et que leur tâche ils l’accomplirent avec leur raison plus qu'avec leur cœur. M. Marcel Reymond en arrive à une conclusion qui nous fait entrer dans le pire atelier, propagateur des pires semences, où se fabriquent les imageries pieuses inspirées, vivifiées encore de nos jours par des modèles bolonais. « Les dilettanti leur préféreront d’autres maîtres, mais eux ils conservent les secrètes faveurs de l'Église, et cela se comprend. L'école de Giotto, celle de Fra Angelico, aujourd’hui si justement admirées, sont d’un art encore inachevé et renferment en elles un principe d’archaïsme qui les rend incompréhensibles à la foule des fidèles. D'autre part, les peintures de la Renaissance, malgré leur beauté, peuvent déplaire parce qu’elles ne sont pas assez chrétiennes. C’est pour ces raisons que l’école bolonaïse, plus savante que l’école de Giotto et plus chrétienne que l’école du xvi° siècle, a conservé la faveur du monde chrétien. Il n’est, pour ainsi dire, pas un presbytère, pas un couvent, où l’on ne trouve quelque gravure d’une de leurs œuvres. Le nom de Carrache est encore populaire à l’égal de celui de Raphaël. » Cette page, publiée dans la Revue des Deux Mondes, en 1910, date un peu. Depuis presque dix ans, ne s'est-il pas créé une réaction, une nouvelle renaissance religieuse? Et ne voit-on pas de jeunes artistes exprimer leurs pieux sentiments à la moderne et même des ecclésiastiques renier enfin la beauté factice des Bolonais ?
Le dernier triomphe des éclectiques fut l’Exhibition de Manchester, en 1857. Les Trois Marie, d'Annibal Carrache, eurent une vogue prodigieuse; était-ce parce qu’on savait que le comte de Carlisle avait payé ce tableau plus de cent mille francs, le plus haut prix qu’ait jamais atteint un tableau jusquelà ? C’est un apport sérieux pour expliquer l’ébahissement des snobs, mais le sujet, dramatisé avec adresse, était aussi coupable. Au xvin° siècle, Gérard Antoine de Halem, jeune Oldenbourgeoïis, notait dans son journal, après une visite à la galerie d'Orléans : cette Descente de Croix « est la plus grande
parure de la collection... La scène est touchante, elle arrache des larmes,
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UNE SIBYLLE Tableau peint par Le Dominiquin (Collection Wallace. — Londres)
Photo Mansell, — Londres
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