‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 57 sur 182 · LES CARRACHE A L’'EXPOSITION DE MANCHESTER · texte numérisé non relu

LES CARRACHE A L’'EXPOSITION DE MANCHESTER

comme le plus bel endroit du Srabat, de Pergolèse. » Le Journal de Paris du 2 floréal an VIIT (22 avril 1800) citait ce tableau comme la plus triste perte que la France aït faite, avec les Poussin et /4« Résurrection de Lazare, ajoutant qu’on n’aurait pas la douleur de voir mettre ces chefs-d’œuvre « à l’encan dans une ville étrangère, s'ils eussent appartenu à tout autre qu’à d'Orléans ».

À Manchester on en était encore là. Bürger a écrit là-dessus une page, non pas irréprochable, mais vraiment significative; elles sont curieuses, ces impressions d’un spectateur de « l’'emballement » de 1857 : « De tous les tableaux exposés à Manchester, celui qui a incontestablement le plus universel succès est un tableau d'Annibal Carrache..……. Il représente les Trois Marie entourant le Christ mort. Tous ces dramatiques personnages ont les mains en fourchette, jetées à l'aventure çà et là, et les doigts frénétiquement écartés, dans le style des Enfants terribles, de maître Daumier, tous ont les yeux écarquillés, les sourcils en l’air et la bouche ouverte... La douleur ne s'exprime pas uniformément par ces désordres exagérés de la figure humaine... Oh! la belle caricature à faire de ce tableau! On ne voit que des mains à cinq branches, toutes en lumière... tous les yeux pareils, vitreux et bordés de rouge; toutes les têtes pareilles, comme des têtes de bois, sculptées au couteau par un berger des montagnes. C'est un des chefsd'œuvre les plus célèbres d’Annibal Carrache..…. Sérieusement, c’est un tableau de première force : d’une science accomplie dans le corps du Christ, qui est étendu en travers sur le sol; d’un dessin correct et irréprochable; d’un ajustement de draperies on ne peut plus habile; d’un ménagement du clair-obscur supérieurement compris; d’une brosse exercée et qui touche où il faut, sans hésitation. De tout cela, je suppose bien que la foule ne se rend aucun compte. Mais elle est saisie par ces mains égarées qui lui sautent aux yeux, partout... et comment n'être pas attendri par ces yeux sanguinolents ! Hélas ! c’est cette funeste école bolonaise qui a tué l’école italienne... Quand un art commence, c’est la nature qui l’inspire; quand un art finit, il ne s'inspire plus de la vie; il pastiche les morts. »

F . Cv 2 st: G 4 à.

La contre-réforme était fort indifférente au Régent, les questions d’éclec- Lui

tisme ne lui étaient pas familières, mais le prince suivait le courant. Sa galerie comprenait un grand nombre d'œuvres bolonaises, un nombre cependant inférieur à celui des tableaux vénitiens qui dépassent la centaine.

Deux maîtres précèdent les Carrache, Francia et Innocenzio de Imola, mais nous n’avons même pas une gravure reproduisant {a Sainte Famille de l’un, où l’on voit, d’après la description de Dubois de Saint-Gelais, l’'Enfant- Jésus donnant une clef à saint Pierre, et /a Nativité de l’autre qui pourtant

est datée de 1518 et signée : /nnocentius Franchusius Imolensius.

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