‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 8 sur 182 · MISSIONS DE DUBOIS · texte numérisé non relu

MISSIONS DE DUBOIS

inédite de Crozat (British Museum) le passage suivant : « S. A. R. est consolée de deux tableaux de Van Dyck que la feue Reine de Suède avait cru avoir et qui se sont trouvés n'être que de Bourdon. Elle vient d'acquérir cinq grands portraits, figures en pied, de Van Dyck qui étaient au Palais Mazarin et qui sont merveilleux. » (3 février 1722.)

Crozat, qui, on va le voir, fut l'ambassadeur privé du royal collectionneur en Italie pour traiter une affaire des plus importantes et des plus difficiles, rapporta de son voyage le petit et superbe tableau des Pêèlerins d'Emmaüs de Paul Véronèse, aujourd’hui chez le duc de Sutherland, à Stafford House. Vers la même époque, c’est-à-dire en 1716, se négocia par les soins du futur cardinal Dubois la vente des Sept Sacrements de Poussin (provenant de M. de Chantelou) qui avaient passé en Hollande. Ces compositions d’un si haut intérêt, et fameuses dans l’œuvre du grand peintre, le Régent y tenait surtout comme prince français ; elles furent payées 120.000 livres et sont maintenant à Bridgewater House, chez le comte d’Ellesmere.

Dubois passa six mois en pourparlers avec le comte de Stanhope, ministre de George I”, et réussit à faire signer la première entente cordiale (Triple alliance, 4 janvier 1717). Mais durant tout ce séjour dans les Pays- Bas, l’homme de confiance du Régent garda le plus strict incognito, allant d’auberge en auberge sous le nom de Saint-Albin et se donnant tantôt pour un malade en voyage, tantôt pour un amateur en quête de livres ou de tableaux. Il avait certes une besogne écrasante, témoin un rapport de cent soixante-dix-sept pages, célèbre dans les archives diplomatiques, sur le seul début de ses opérations. Mais il tenait à jouer sa comédie au sérieux, et il est certain qu'il acheta pour le compte de son maître d’autres peintures que celles de Poussin. Lesquelles? Aucun document ne nous le dit. Il n’est peut-être pas trop hasardeux de supposer que ce furent le splendide portrait de Gisze par Holbein (Musée de Berlin) et le Moulin de Rembrandt, dont la curieuse histoire sera contée plus loin.

Enfin le Régent n'eut ni cesse, ni repos qu’il n’eût obtenu des chanoines

de la cathédrale de Narbonne la Résurrection de Lazare de Sébastien del

Piombo qu'il avait admirée probablement à son retour de Turin, en 1706, alors que, pour se remettre de ses blessures, il faisait un séjour aux eaux de Balaruc. Il semble que les chanoines firent longtemps la sourde oreille; ils se laissèrent pourtant séduire, en 1722, par une somme de 20.000 livres, plus une copie qui remplace toujours l'œuvre disparue, maintenant à la National Gallery. Cette copie est de Carle Vanloo; dans un beau cadre de bois doré et sculpté, elle sert de retable à la chapelle de Saint-Martin, dite aussi de Lazare.

Mais le coup de maître du prince fut l'acquisition de plus de cent tableaux qui étaient à Rome et avaient appartenu à Christine de Suède.

Cette reine, morte le 19 avril 1689, au Palazzo Riario, avait nommé légataire universel son ami, le cardinal Azzolino, lequel ne survécut à sa bienfaitrice que de quelques mois — jusqu'au 8 juin. La fortune du prélat devint celle d’un sien neveu (on disait volontiers que c'était son fils) le marquis Pompeo Azzolino, qui fit faire des démarches auprès de Louis XIV pour lui vendre les trésors dont il venait d’hériter.

Le Roi se défendait à cette époque (1689) contre la ligue d’Augsbourg et s'était mis au régime de la dévotion et des économies; il répondit luimême à notre ambassadeur à Rome, le cardinal d’Estrées : « Vous n’avez qu'à remercier le sieur Azzolin de sa bonne volonté, les dépenses que je suis obligé de faire à présent étant plus pressantes que l'achat des meubles et tableaux de la reine de Suède. »

Le neveu du cardinal Azzolino prit patience durant de longues années ; en 1696 il trouva enfin un acquéreur, c'était le prince Don Livio Odescalchi, due de Bracciano, neveu d’Innocent XI; il lui céda les tableaux (deux cent quarante en tout), tapisseries, statues, médailles, pour la somme de 123.000 écus romains, environ 500.000 livres de la monnaie d’alors, et plus de deux millions de notre monnaie actuelle. Même pour le temps, cette somme était bien minime quand on pense à la richesse des collections possédées par la fille de Gustave-Adolphe.

Pour donner une idée de la seule galerie de tableaux, il faut rappeler

au moins comment la reine sut profiter des hasards de la guerre et flatter,

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