DE TELL-EL-KAD1 A S AF ED
À travers des bois de jujubiers nous arrivons bientôt à Tell-el-Kadi. Il y avait là, diton, dès le temps d’Abraham, une ville bâtie dans le cratère éteint d’un volcan. Ses fondateurs l’appelaient Laïch. Prise par les Hébreux, sous Josué, elle fut allouée à la tribu de Dan et en porta le nom. Ce nom, qui veut dire juge, reparaît dans la désignation moderne : Tell-el-Kadi signifie, en arabe, le tertre du juge. Un tertre, une source, voilà tout ce qui reste de Laïch.
Ces eaux qui, pendant des siècles, ont abreuvé une cité, ne nourrissent plus que deux arbres magnifiques, un chêne et un frêne. Plus loin, elles forment un petit lac
tout bordé d'un épais fourré de menthe. Considérée comme la seconde source du Jourdain, cette eau est délicieuse de limpidité et de fraîcheur. La tentation de faire une longue halte en ce lieu était grande; mais les nécessités de l’itinéraire adopté pour la journée nous forcèrent] à y renoncer.
Il faut s’être senti rôtir ou plutôt calciner à grand feu par le soleil d’Orient, il faut avoir respiré cet air de fournaise, dénué de toute trace d’humidité, pour apprécier la valeur, le charme indicible des eaux courantes sous ce ciel embrasé, sur cette terre dévastée par l’aridité. Mais aussi, que la • végétation est splendide au bord d’un de ces cours d’eau! Quelle verdure touffue, à la fois fraîche et foncée, ombreuse et luisante, luxuriante et grasse ! De près et de loin, ces plantureux feuillages exercent une attraction presque irrésistible sur le voyageur haletant, lorsque les pierres incandescentes lui brùient les pieds et lui envoient au visage des réverbérations qui le torréfient. Mille et
mille passages de tous les poëmes et de tous les livres de l’Asie, du Koran, de la Bible, où il est fait mention de verdure, d’ombre et d’eau, restent pâles et vagues pour les hommes de l’Occident et du Nord qui, une moitié de l’année au moins, ont la tête dans le brouillard et les pieds dans la glace ou la boue. Est-ce une exagération de dire des poëtes et des orateurs de l’Asie antique, que. leur parole est de feu? N’est-il pas pitoyable de voir, tantôt des théologiens de sacristie, tantôt des philosophes de l’école de Postdam raisonner froidement, sèchement sur les images enflammées, les ardentes métaphores de ces enfants du soleil, et en extraire, les uns des dogmes précis, les autres des sujets d’épigrammes ignares et de lazzi? Bien des gens, quand ils citent la Bible ou la traduisent en style moderne, ressemblent à des artificiers qui, avant de mettre le feu à leurs pièces, les tremperaient soigneusement dans l’eau, de peur de se brûler les doigts. Dieu sait si le digne Lemaistre de Sacy lui-même a mérité ce re-
proche. Voici, à propos d’eaux vives et d’arbres verts, du soleil ou des astres, d’espérances patriotiques ou de catastrophes nationales, quelque brûlante prosopopée d’un prophète ou d’un apôtre; arrive un savant docteur de Berlin ou d'Edimbourg, un père thomiste ou un jésuite qui déduira pesamment de ces vivants emblèmes, des arguments pour ou contre un dogme scolastique. Ils me rappellent qu’on accusait Marivaux de peser des riens dans des balances de toile d’araignée; mais ils lui empruntent ces balances pour y peser des tisons qui flambent.
Ce qui est beaucoup moins grave, mais quelquefois plaisant, c’est l’embarras de certains littérateurs quand ils trouvent dans un livre anglais une citation biblique que tout le monde comprend au delà de la Manche, mois qui demeure pour eux de l’hébreu.
Tell-el-Kadi m’en a rappelé un exemple bizarre. La cité disparue avait été célèbre comme Banias en qualité de ville-frontière ; quand on voulait dire : toute la Palestine, on disait : depuis Dan (au Nord) jusqu’à Béer-
sébali (ville de l’extrême sud). Lors de la première vogue des romans de Walter Scott, un traducteur français s’arrêta interdit au
moment où le roi Jacques d’Ecosse (dans les Aventures de Nigel) dit à maître Heriot, son orfèvre : On en parlerait depuis Dan jusqu"1 à Bëersébah , exactement comme il eût dit : From Jolinny O^Groats to Land' s End. Après avoir probablement cherché longtemps ces deux mots sur la carte de la Grande-Bretagne, notre translateur donna hardiment ces termes inconnus pour deux noms de fleuves. Il avait cru reconnaître le Don en la ville de Dan ; il désespéra de Béersébah, plus étrange encore, et en fit un fleuve, par analogie, si bien qu’il traduisit bravement : « On en parlerait depuis le Don jusqu’au Béersébah. >
Le même jour où nous avions vu Tell-el- Kady, nous amena à Hounin, château du moyen âge dont il reste de grandes salles obscures. Il est admirablement situé sur une éminence. On y prend à rebours la belle vue qui, à Banias, nous avait ravis. Elle n’est
pas moins attrayante sous ce nouvel aspect, elle embrasse les marais appelés Ardel- Houleh et tout le nord de la Galilée jusqu’à Soubeibeh. Un bois touffu de chênes verts revêt le penchant de la colline que nous gravîmes ensuite. La vue s’étend toujours plus loin : à nos pieds, une longue vallée verdoyante où serpente le Jourdain, le lac Houlé qui semble une lame d’argent, tout encadrée d’herbes paludéennes; en arrière, le mont de Banias où le château n’est plus qu’un point blanc; l’Hermon se dresse sur un plan plus éloigné, l’Antiliban se hérisse de cimes plus en arrière encore; à gauche, complétant ce merveilleux paysage , les crêtes rosées du Liban.
Ce lieu cependant ne nous retint guère. Nous étions attirés par l’ancien sanctuaire de la tribu de Nephtaii, dont le nom même signifie un lieu saint, Kèdès ou Kadech. Nous y vîmes les ruines de deux édifices religieux, probablement juifs, et une plateforme ou terrasse sur laquelle étaient réunis de nombreux sarcophages. Quelques-uns,
chose rare, sont à deux places et ont dû contenir deux cadavres côte à côte, mais séparés par une cloison taillée à même dans le bloc. Cette ville, entourée de térébinthes. comme au temps de Jahel, la perfide héroïne du livre des Juges, a laissé des vestiges plus considérables qu’aucune autre cité galiléenne. C’était une des villes lévi tiques et de refuge; c’est-à-dire, d’une part, un lieu d’habitation pour une partie des familles de Lévites, et de l’autre, un lieu d’asile. Le vengeur du sang (Goel), c’est-à-dire le plus proche parent d’un homme assassiné, n’avait pas le droit de poursuivre le meurtrier dans cette enceinte consacrée; institution humaine qui tempérait dans la loi mosaïque les cruautés de la loi du talion.
Il est difficile de décider à quelle époque appartiennent les ruines de Kédès. Des jambages de porte, hauts de vingt pieds, indiquent une construction juive, probablement une synagogue. Cependant des colonnes, des chapiteaux, dérivent de l’art grec ou romain. Ce lieu n’est pas encore assez connu ; des
fouilles bien dirigées pourraient y donner des résultats importants.
Kédès est célèbre comme la patrie de Barak, leChôfet (suffète), juge ou plutôt chef militaire , quhnspirait la prophétesse Déborah. Cette dernière était, comme on le sait, unpoëte admirable dont il nous reste un fragment plein d’éclat, et il faut l’avouer, de férocité. Josèphe, l’historien, qui nomme cette ville Cydessa etKedasa, l’appelle « un village méditerranéen de Tyréens, toujours en guerre avec les Juifs. » Titus s’y retira avec son armée en revenant de Giscala (Djich).
Pendant que nous nous entretenions de ces souvenirs historiques en nous reposant sous les térébinthes, nous étions nous-mêmes en butte à la curiosité éveillée de quelques bergers. C’étaient de jeunes garçons à deminus qui, en gardant leurs moutons, filaient de la laine bleue. Le fil s’enroulait sur deux baguettes en croix qui leur servait de quenouille et déteignait sur leurs doigts qui étaient d’un bel indigo. Il semble, en Europe, qu’un homme se déshonorerait ou se rendrait.
ridicule s’il s’astreignait à un travail si féminin ; mais nos rudes adolescents de Kédès n’avaient assurément rien d’efféminé, et cette industrie primitive rendait leurs longues journées de garde moins vides et plus productives. Le préjugé, qui, chez nous, interdit au sexe fort de faire œuvre de ses dix doigts, n’est-il pas renouvelé des Grecs? Hercule ne peut filer qu’aux pieds d’Omphale, et encore n’échappe -t-il pas au ridicule, tout demi-dieu qu’il est. Quant à moi, bizarrerie de voyageur ou non, je pense que bien des réunions de famille, des causeries d’amis, des soirées à la campagne, seraient plus agréables si les hommes avaient, comme les femmes, le droit d’occuper leurs mains. Au moins, quand on tient un crayon, a-t-on un prétexte pour se taire parfois et même pour ne pas tout entendre. Que de platitudes de moins à écouter, hélas ! et à dire peut-être!
Nos jeunes bergers filaient leur laine comme des matrones de la Rome antique ; mais on n’eût pu dire d’eux : domum mansit ; car leur domicile est en plein air. Ils étaient
armés; chacun d’eux, pour protéger ses agneaux et ses chèvres contre les chakals, les hyènes et les oiseaux de proie, portait une fronde à sa ceinture. Partout , en ce pays, les pierres abondent, et nos pâtres, sur notre demande, nous firent juger de leur talent. Lancée de très-loin, la pierre frappait le but avec une précision presque infaillible et une raideur à tout rompre. Un Goliath, malgré sa taille de géant, sa hallebarde et sa grande épée, ferait bien de se défier de ces enfants ; pourvu qu’il eût un casque sans visière, nos nastoureaux de Galilée le tueraient à grande distance ; et il leur suffirait, pour l’attaquer, d’avoir dans leur panetière, comme David, cinq cailloux bien choisis dans le torrent.
Pour nous. Européens, accoutumés à la vie civilisée des grandes villes, et à tout ce qu’elle a de conventionnel, l’existence à demi sauvage de ces enfants de l’Orient était un spectacle qui nous étonnait et nous attirait. Us ont peu d’idées, ils sont ignorants et grossiers; mais leur saine virilité se développe
largement au sein d’une rude nature. Ils ont beaucoup à nous envier; mais nous ne pouvions nous empêcher de leur envier aussi quelque chose de leur simplicité vigoureuse, de leur agreste liberté. Par la vie supérieure de l’intelligence et de l’âme, à peine sont-ils hommes. Mais nous, dans notre existence fébrile et compliquée, le sommes nous tout à fait? Où est la vie normale et complète, simple sans inanité, puissante sans surexcitation artificielle? Elle n’est à coup sûr ni dans le tourbillon parisien ni sur les coteaux de Nephtali? Où la chercher?
Pour camper le soir dans un lieu nommé Alma, nous nous élevons rapidement à travers une contrée montagneuse des plus accidentées, longeant des vallées profondes, larges en haut et qui au fond ne sont plus que le lit étroit et tortueux de quelque torrent presque toujours desséché. D’étranges compatriotes nous attendent dans un village nommé Déchôn, dont les toits, au lieu d’être plats, comme partout en Syrie , ont une double pente. Les habitants sont des Algériens qui
ont émigré pour ne pas devenir Français cependant, ils savent fort bien nous reconnaître pour de quasi-concitoyens, et en profitent pour mendier. Un de ces quémandeurs nous montre des papiers ; ils sont français et fort en règle. On y atteste à tous venants que cet homme est noble et a droit au titre héréditaire de chérif. Si noblesse signifie antiquité et race, il est incontestable que tous les souverains d’Europe et leurs courtisans, un Talbot ou un Montmorency, sont des gentilshommes bien nouveaux en comparaison d’un Cohen juif descendu d’Aaron, ou même d’un portefaix arabe, au turban vert, descendu par les califes, de Fatmé, la fille de Mahomet.
On nous dit que le nom de Déchôn est une allusion au mot Dag (poisson), et cela en l’honneur de quelques poissons qui nagent en paix dans le bassin d’une source, sans laquelle ce village ne pourrait exister. Si ces poissons ne sont pas l’objet d’un culte idolâtre, ils sont au moins entourés d’une vénération superstitieuse comme si la source dépendait de leur conservation. Il en est de
meme pour d’autres poissons qu’on m’a mon très près de Constantinople au couvent arménien de Balouklu et qui sont les héros héréditaires d’une légende relative à la prise de Constantinople par Mahomet II. M. Renan cite aussi une mosquée près de Tripoli, où des poissons reçoivent des honneurs presque religieux, si ce n’est un culte {Mission P hènic. , p. 130). Ce sont là des exemples fort curieux de pénétration d’une religion par une autre, puisque voici l’idolâtrie phénicienne reparaissant chez des Musulmans , qui sont en général les plus ardents ennemis de tout culte rendu à des objets matériels, surtout vivants.
Les peuples riverains de la Méditerranée ont longtemps adoré des dieux et surtout des déesses à demi-poissons comme Dagon, Astarté ou les Sirènes. Ils n’ont pu entièrement se débarrasser de ces superstitions qu’entretiennent la vie des marins, nécessairement éloignés de la famille et de la femme, les longues veilles de la nuit étoilée, le silence et les bruits mystérieux de grandes mers
calmes, les tumultes effroyables de la tempête et le sentiment d’un immense péril, toujours possible, souvent menaçant. Le culte de la femme absente s’est longtemps mêlé à celui des étoiles qui rassurent et dirigent le nocher, et des poissons qui représentent la vie aquatique ou monotone. La plupart des sanctuaires païens au bord de la mer étaient dédiés autrefois à Dercéto, Atergatis, Astaroth, Aphrodite ou Vénus, tour à tour femme marine ou étoile, et souvent à demi-poisson. Ils sont consacrés presque tous aujourd’hui à la vierge Marie, étoile de la mer , Maris Stella. L’image grossière du poisson a disparu ; la femme et l’astre subsistent seuls. Mais nous venons de citer les vestiges encore existants du culte du poisson , soit chez des mahornétans, à Tripoli et Déchôn, soit chez des chrétiens à Balouklu.
Le lendemain, une chevauchée de deux heures et demie nous mène à Yaroun. Plantations de figuiers, champs de tabac, travaux des aires, nous montrent une terre cultivée et une population laborieuse. Il est
amusant de voir des enfants de dix à seize ans, garçons on filles, debout sur le traîneau de bois qui dépique le blé, lançant leur cheval au grand trot dans un cercle perpétuel, et se tenant fermes, les bras et les jambes raides, sur leur cahotant équipage. On dirait une course de char antique ; et souvent les jambes nues, les cheveux au vent, un manteau rouge qui flotte en arrière, donnent au jeune cultivateur quelque chose d’un héros grec. Ces traîneaux grossiers sont formés de planches légèrement cintrées et percées de trous rectangulaires dans lesquelles on enfonce à coups de marteau des morceaux de basalte semblables à des scories. Ils dépassent le niveau inférieur du bois, et par leur dureté, par leurs angles saillants, aident à broyer les gerbes, à déchirer les épis, et en font jaillir les grains.
Yaroun ( Iron ) possède des ruines importantes, trop peu étudiées jusqu’à présent. A gauche de notre route s’élèvent trois petites collines ou mamelons. Le premier porte un énorme sarcophage renversé sur le flanc,
dans lequel deux ou trois individus s’abritaient contre le soleil ; nous y avons vu aussi l’angle sculpté d’un fronton, et une tombe ou citerne, à ouverture horizontale, ce qui est extrêmement rare ici; nous regrettâmes de ne pouvoir l’explorer. Sur le second mamelon est bâti le village moderne. Sur le troisième sont les restes d’une grande église grecque et de ses dépendances, probablement un couvent. Nous distinguons aisément les trois portes de la façade, les trois nefs et un triple abside demi-circulaire. Sur le sol gisent des chapiteaux corinthiens dont chaque face est ornée d’un emblème différent ; la première porte une croix grecque; la deuxième un vase où boit un oiseau; la suivante deux pampres à grosses grappes qui s’élèvent d’un vase; la dernière un disque; est-ce une simple rosace ou une représentation de l’hostie? Le tout est fruste et d’ailleurs très-mal sculpté. Nonseulement l’emplacement de l’église est jonché de débris, mais tout auprès se trouve une grande dépression du terrain où abondent des fragments de soffites à comparti-
ments, des tronçons de colonnes, des chapiteaux et des soubassements, ces derniers d’une forme extrêmement laide et fautive, ils se rétrécissent considérablement vers le milieu de leur hauteur, ce qui leur ôte l’apparence de solidité que doit avoir une base.
Il est à désirer qu’on fasse une étude approfondie de ces vestiges du catholicisme byzantin ou grec. Le vieux cheik du village,
Heimen-Jousouf. qui nous offre le café dans sa demeure, se plaint de n’avoir que des visiteurs fort rares. Ce que nous appellerions son antichambre ou le vestibule de sa maison sert d’étable à un chameau blanc. La femme du cheik est coiffée, à la mode du pays, de deux larges et lourds rouleaux de grosses monnaies d’argent, qui lui entourent le visage du front au bas des joues; son enfant porte une sorte de casque ou de bounet uniquement composé de petites pièces d’or et d’argent percées d’un trou et cousues les unes aux autres.
De Yaroun, il nous fallut moins d’une heure pour arriver à Kefr-Birein, beaucoup
plus connue. On y voit les restes de deux synagogues qui vraisemblablement datent de la renaissance juive dont la Galilée fut le théâtre et qui jette un certain éclat vers le quatrième siècle après Jésus-Christ. L’un de ces édifices n’est plus représenté que par une porte isolée dans la campagne. Elle a la forme de la lettre grecque Et; le linteau dépasse à droite et à gauche les deux jambages. Ils sont décorés d’ornements sculptés d’un goût exquis, lesquels montent et descendent en suivant les contours de la porte, accomagnés d’une longue inscription hébraïque. Nous n’avons pu la déchiffrer; mais il n’est pas exact qu’elle commence comme on l’a dit par le mot Chalom, salut ou paix; ce mot existe, mais dans le cours de l’inscription. Les arabesques ou guirlandes qui, sur plusieurs rangs, suivent les contours de la porte, fourniraient à nos ornementistes des motifs d’une grande élégance. L’art judaïque , étroitement limité par l’interdiction absolue des formes humaines ou animales, se montre ici ingénieux et plein de grâce; il a su inventer
des dessins charmants, tantôt par des entrecroisements de lignes purement géométriques, tantôt par des formes empruntées avec goût à la nature végétale. Ce n’est pas toujours, il faut le reconnaître, anéantir lart que de l’enfermer dans des limites restreintes; l’ornementation juive dont nous avons ici un exemple est vraiment de l’art.
Non loin de cette porte se trouvent des chapiteaux singuliers et de mauvais goût. Ils ont appartenu à des colonnes engagées l’une dans l’autre, deux à deux, et qui occupaient probablement une encoignure ; le plan du double fût a la forme bizarre d’un cœur.
Une autre synagogue, beaucoup mieux conservée, sert de maison d’habitation. Un vestibule à colonnade précédait la façade; il est représenté par une seule colonne entière et de nombreux fragments; La façade subsiste, percée d’une porte médiane en plein cintre, de deux portes en n, décorées différemment, et de deux niches à frontons triangulaires, mais ce qui reste de sculpture est bien loin de l’élégance correcte et de la délicatesse d’orne-