‹ La GaliléeChapitre 3 sur 8 · GO · texte numérisé non relu

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mentation que nous admirions dans les débris de la première synagogue.

Le culte Israélite possède encore dans la contrée des sanctuaires dignes d’intérêt. En deux heures de route nous arrivâmes de Kefr- Birein à Meiroun, où nous vimes non-seulement une porte de synagogue antique analogue aux précédentes, mais un édifice érigé sur la tombe d’un rabbin fameux, Chomrôn, et de son fils. On prétend à tort que celles des deux grands rivaux parmi les docteurs de la loi, peu avant notre ère, Hillel et Chammaï, sont àMeiroun ; on affirme, cependant, qu’elles existent encore et ne sont pas fort éloignées. Celle de Chomrôn est un lieu de pèlerinage très-fréquenté par les Israélites. On ne voit pas les deux tombeaux ; on entre seulement dans une sorte de chapelle qui les précède et où brûlent des lampes funéraires; attenant à cette salle, est une série de chambres ou logements surmontés de dômes, que la munificence des Juifs tient à la disposition des pèlerins de leur race. Une pratique bizarre se renouvelle tous les ans en

mémoire des saints rabbins enterrés en ce lieu. A jour fixe, on se réunit en leur honneur et l’on apporte des cachemires de prix, des robes de soie, de velours, quelquefois brodées d’argent ou d’or, en un mot, les plus riches vêtements qu’on peut se procurer. Après les avoir plongés dans un bain d’huile on les brûle au-dessus de la tombe dans une sorte de cheminée en entonnoir (comme celles des vieilles maisons du Yexin). C’est une sorte de sacrifice non sanglant, mais, matériellement, de fort mauvaise odeur, qui est censé honorer les deux savants morts.

Un usage pieux, beaucoup plus économique, très-répandu dans tout l’Orient, et connu même des Romains et des Grecs, c’est celui d’attacher, soit sur un tombeau, soit à un arbre sacré, des lambeaux de vêtements, ou, quelquefois, des fils de laine; nous avons vu en maint endroit des exemples de ce genre, depuis certaines tombes d’Alexandrie jusqu’à un figuier d’Aphka près de la source de l’Adonis, dans le Liban. En ce dernier endroit

il est très-probable que cette pratique tra-

ditionnelie n’a jamais été interrompue depuis la plus haute antiquité que Fhistoire connaisse. N’est-il pas étrange de voir des superstitions semblables se perpétuer, non-seulement de génération en génération, mais de culte en culte?

Meiroun est peu éloigné deSafed, une des quatre villes saintes du judaïsme moderne. Cette dernière n’est nommée ni dans l’Ancien Testament ni dans le Nouveau. Seule, la Vulgate en fait mention dans le livre de Tobie ; on l’a identifiée cependant, mais sans preuves, avec la fabuleuse Béthulie de Judith. Maison prétend que Jésus l’avait en vue et peut-être la montra de la main, quand il dit : « Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. » Il est certain, au moins, qu’on aperçoit Safed de tous côtés , à de grandes distances, surtout du lac de Génésareth et de ses rivages.

Bâtie en amphithéâtre, elle a cruellement souffert en 1837 d’un tremblement de terre. Les maisons situées le plus haut s’écroulèrent tout à coup sur celles qui s’élevaient à

leurs pieds et les effondrèrent ; aussitôt une véritable avalanche de murs éboulés et de toits arrachés roula d’étage en étage sur le flanc de la montagne, renversant tout sur son passage, accumulant ruines sur ruines, et écrasant, dit-on, 4,000 personnes de tout âge et de tout sexe.

La population de Safed est fort peu pittoresque. J’y retrouvai parmi les hommes l’habitude assez singulière qu’ont les Juifs de Pologne de laisser tomber le long de leurs joues, depuis les tempes jusque sur le cou deux longues mèches de cheveux souvent plats et luisants. De plus, les Israélites qui habitent Safed ne se coiffent pas, comme les autres Orientaux, du turban, du tarbouch de drap rouge ou de la simple kouffieh (écharpe de soie ou de laine qui se drape autour de la tête et s’attache avec une corde en couronne). Ils se sont avisés d’emprunter à l’Europe la plus disgracieuse de ses modes ; ils portent notre affreux chapeau noir, en tuyau de poêle, rendu plus ridicule par le contraste de tout le reste du costume.

qui est à peu près levantin. Que'ques-uns, il est vrai, arborent sur leur tête un épais et très-large bonnet de fourrures. Ce qui explique ce mélange d’habillements de l’Orient et de l’Occident, c’est que la population de Safed a fait en Russie et en Pologne un séjour de quelques siècles, et a rapporté d’un climat tout différent des mœurs et des vêtements qui s’accordent mal avec ceux de sa vraie patrie.

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