‹ La Gangrène Des MembresChapitre 19 sur 34 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Desprès. — Bulletin de la Société de Chirurgie

de Paris, 1884.)

V... Alfred, vingt-sept ans, garcon de café, était entré à l'hôpital de la Charité le 29 mai 18, dans le service de M. Desnos, avec des douleurs dans le membre inférieur droit qui avaient été prises pour des douleurs de névralgie sciatique, et un refroidissement des pieds et des doigts.

Examiné à nouveau par M. Desnos et par moi, nous conclumes à une gangrène imminente dupied probablementliée à une ariérite ; le malade était d’ailleurs syphilitique, il avait un chancre de la couronne du gland en voie de réparation et des plaques muqueuses de la gorge et de l'anus en voie de cicatrisation. Je fis d'abord cesser le mercure et tenir le malade en observation.

Le ro juin. le refroidissement dela jambe droite fut suivi de l'apparition de la gangrène du gros orteil, avee douleurs qui enlevaient tout sommeil. La gangrène gagne Favant-pied, malgré l'application de bandes de vésicatoires sur le trajet des artères de la jambe et de l'artère crurale.

A ce moment le malade fut admis dans ma salle et j'attendis, peu porté par expérience aux amputations pour les gangrènes spontanées des membres. J'étudiai le malade. Quoiïqu il fût syphilitique, il mangeait encore un peu, il avait

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38 degrés le soir et 37 degrés le matin : ni sucre ni albumine dans son urine : il ne toussait pas et n'avait fait qu'une grave maladie, un rhumatisme articulaire, il y a cinq ans. Alors je me décidai à une amputation ; mais quelle amputation ?

C'est ici que j'appelle l'attention de mes collègues.

Pour une gangrène du pied ne dépassant pas l'articulation médio-tarsienne, je pratiquai l'amputation de la cuisse au tiers inférieur.

C'est de la sorte que j'espérai me mettre à l'abri des accidents inévitables et si connus à la suite des amputations pour le cas de gangrène.

Lorsqu'on n’amputepas très loin de la gangrène, on tombe (A. Bérard) sur de la gangrène profonde qui compromet le succès de l'amputation.

Le malade fut anesthésié au chloroforme le 16 juillet. A cause des douleurs intolérables qu’il éprouvait, il réclamait instamment une intervention. Amputation par la méthode elliptique.

Shock opératoire 39 degrés, puis 38 degrés le soir et 37 degrés le lendemain.

A lPautopsie du membre on ne retrouve ni embolie, ni oblitération artérielle ancienne, mais une coagu'ation récente dans les artères.

Aucune incrustation calcaire.

En résumé le diagnostic posé fut le suivant : gangrène spontanée chez un syphilitique, probablement artérite rhu-

matismale.

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