ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous ne ferons ici que l'anatomie pathologique grossière, celle constatée au point de vue opératoire, n’ayant pu faire l'examen histologique de pièces. Dans les formes de début, lorsqu'on débride les plaies et qu'on suit les trajets fistuleux, on constate tout le long de ces trajets des lésions de sphacèle présentant une teinte grisâtre, verdâtre; on voit S’écouler un pus sanieux, de couleur sale, fétide, mélangé à des gaz. Mais, lorsque après avoir débridé, on déborde largement les lésions, on constate le bon état relatif dés muscles sous-jacents qui gardent leur couleur et leur vascularisation normales; ils saignent abondamment après abrasion des détritus sphacéliques qui restent superficiels. Cette phase anatomique correspond évidemment à la phase de gangrène gazeuse qui reste une affection purement locale, sans atteinte grave de l’état général.
Dans notre deuxième forme clinique, les lésions anatomiques sont déjà plus avancées, les lésions de sphacèle plus profondes. On retrouve plus difficilement, quand
on abrase les détritus sphacéliques, les tissus sains. Dé plus il existe toujours un œdème considérable des üssus avoisinant la plaie, œdème dont la sérosité est mélangée à des gaz. Les muscles n’ont plus leur coloration rouge ordinaire; ils sont plus pâles, dissociés par l’œdème; mais ils ont encore une certaine consistance, ne s’effritent pas sous la pince et la sonde cannelée. Il existe presque toujours des fusées purulentes dissociant le tissu cellulaire et les muscles. Les vaisseaux sont en thrombose incomplète car l’abrasion des tissus sphacélés s'accompagne toujours d'une hémorragie assez abondante. Le membre atteint conserve sa chaleur normale.
Dans latroisième forme, lésion véritablement constituée de gangrène gazeuse massive, les tissus changent : complètement d'aspect. La peau est épaissie, souvent de façon considérable, et largement distendue par l'œdème. La surface de l’épiderme est soulevée en bulles remplies de sérosité roussâtre; ces phlyctènes en crevant laissent à nu le derme qui apparaît coloré d’une teinte plus ou moins verdâtre. Le tissu cellulaire est largement envahi par une sérosité rougeâtre d’œdème. Les muscles sont mous, sans aucune consistance; ils ne se contractent plus, n’offrent aucune réaction, ils se dissocient avec la plus grande facilité, comme du carton mouillé, ou plutôt du coton brûlé par un trop long séjour à l’étuve.
On a pu comparer leur aspect à celui de conserves avariées. Le fait frappant est la possibilité de dissocier avec la plus grande facilité les tissus gangrenés. Les
vaisseaux, artères ou veines, sont thrombosés; l’inci-
tn ie
sion ne donne point d'hémorragie et dans un cas (observation n° X VIIT) il fut possible de faire une amputation haute de cuisse,en plein tissu de gangrène, presque sans hémorragie, malgré que la fémorale ne fût pas comprimée. Cette artère était complètement thrombosée et sa recherche rendue extrêmement difficile au milieu de ces tissus. La section des muscles n'était pas douloureuse et la réaction qui existe souvent au moment de la section du sciatique ne fut pas constatée.