‹ La Gaspésie en 1888 [microforme]Chapitre 7 sur 12 · MEL · texte numérisé non relu

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regards vers la Nourrice p excellence du genre humain, (

Peut dire que la retraite de Morue de la Baie-des-Ch

tion de ce comté, qui, sans. cel:

serait toujours demeurée Pauvr et sous le joug de fer des mar Chands jersiais.

Nous Concinuons d'admirer Jes Payages pittoresques et grandio.

ses qui se déroulent, Sans interruption, à nos regards enchan.

tés. “La Nature est le trône extérieur de la Majesté divine,” a dit Buffon » Mais je crois que le main du Créateur a formé, sur tout ce littoral, des beautés, des Magnificences d'un cachet unique, de ces splendeurs que l'on ne saurait Oublier, que l'on ai- Fe foujogrs à revoir. On pour.

in. On ° | de la R rait répéter, en parlant de cet-

eurs a R te Suisse canadienne, et si Dieu

opula- Æ n'était pas Dicu, ces deux vers

cela, R de Racine:

auvre

Dans quel palais superbe et plein de

mar- [ma grandeur, Puis-je jamais paraître avec plus de er les [splendeur!

ndio- Ces paysages peuvent, du nter- moins, nous donner une idée des han- splendeurs célestes.

rône Ncus entrons à toute vapeur ne,” cans le port que l’on a nommé que Daniel. C’est un joli hâvre

sûr et à bon mouillage, entouré

ds de hautes montagres à formes uni- variées. Voyez, ici, à l’est, cell'on le que l’on a baptisée ‘du nom ai- de Cap de l'Enfer.

Port-Daniel eut un prêtre ré-

sident vers 1855. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, c'est M.

‘Beaulieu (Eusèbe), le chapelain -Ctuel de l'Hôtel-Dieu de Québec, qui fut le curé de cette paroisse. Ilétait le bien-aimé de ses ouailles, ce prêtre aussi humble que pieux, ce camarade de collège et co-paroissien par-dessus le marché.

M. Beaulieu avait recueilli et mis par ordre alphabétique des centaines d'expressions marquées au coin des couleurs locales. Au point de vue philologique, ce dictionnaire, fruit d'un

travail long et Patient, mérite

d’être publié.

Port-Daniel, avant de devenir paroisse, était une mission desservie par les curés de Paspébiac, à six lieues d'ici. . Deux camarades de collège ont été missionnaires de cette localité: ,M. Epi-

l'est du port pour continuer no-

phane Lapointe, mort à Rimouski, et M. Maxime Fortin, mort au Cap-Santé,

Il se trouve, parmi les prêtres comme parmi les laïques, de ces hommes qui ont le secret de se faire aimer partout où ils passent. Leur vivacité d’esprit, eur gaîté et leur bon coeur entraînent tout sur leur passage:

c’est un aimant pu “ant qui at-

tire vers lui les bons, les méchants, les indifférents. Tel était le secret de l'amitié profonde que M. Lapointe avait inspirée à Paspébiac, à Port-Daniel, à Rimouski et ailleurs. Que la terre soit légère à cet autre compagnon que nous aimions si bien au collège de Sainte-Anne !.

Nous dédoublons la-pointe de

tre ‘route vers le Bassin.de-Gaspé. Nous passons l’Anse-aux-

Gascons en partie Cachée par les falaises de cette partie de la Baie,

un phare, dont le gardisn nous salue de son pavillon et auquel

nous répondons par trois coups

de sifflet si aigus, si stridents,

qu'ils réveillent brusquement l’é-

cho endormi et se répercutent de

montagne en moñtagne,

La pointe que voici maintenant, c’est la Pointe-au-Maquereau, la ligne de division entre les comtés de Bonaventure et de Gaspé, formant à eux deux le territoire de la Gaspésie. Géogra-

phiquement parlant, c’est ici que finit la Baie-des-Chaleurs et que commence Je golfe Saint-Laurent.

Nous sommes dans les eaux du comté de Gaspé, représenté, à la Chambre locale, par l’hon. M.

Flynn, né au chef-lieu, à Percé.

Le comté a été représenté long temps par un homme qui s'est grandement distingué par son dévouement aux intérêts de ses électeurs. En effet, le comman-

dant Fortin, qui vient de mourir,

a plus fait, à lui seul, que tous ses prédécesseurs dans je comté de Gaspé. Plus loin, je parlerai du jeune député actuel, M.

Joncas, un autre Gaspésien fort remarquable. En attendant, di.

Sons que M, Riopel, et M. Martin . Feprésentent dignement Je comté

de Bonaventure, le premier, à la , Chambre fédérale, et l’autre à la :

chambre locale, tandis que M.

Flynn combat avec zèle et cons-.

cience pour les intérêts de Gaspé.

La Pointe-à-Genièvre forme. la première paroisse de ce comté, en partant de la Pointe-au-' Maquercau. Ce nom de Pointeà-Gerièvre n’était pas assez poétique pour l'oreille poétique des poétiques Jersiais: c’est ipourquoi ils lui ont substitué celui de New-Port !

‘ Îl y a ici un prêtre résident depuis 1878, à peu près. Avant cette date, c'était le curé du Port-Daniel qui venait faire. la mission à la Pointe-à-Genièvre > et, avant qu’il y eût un curé au Port-Daniel, c'était celui de la Grande-Rivière qui venait ici,

La pêche à la morue commence à peu près à cet endroit; mais elle n’est plus ce qu’elle était il y a 25 ou 30 ans.

La Pointe-à-Geniève a donné un avocat à Québec: M: Joseph Grenier, et un médecin au cheflieu (Percé) : M. Simon Grenier.

Ce sont deux cousins. On écrivait autrefois: Garnier. Qui a raison et qui a tort? Est-ce Grenier? Est-ce Garnier ?.....

Les poètes latins ont dit: “Habent sua fata libelli; mais il n’y a pas seulement les livres qui ont leur destinée: le. noms propres l'ont également, et nous

en avons une foule d'exemples

dans notre pays: Jobidon pour

Bidon; Gastonguay pour Guay,

et Grenier pour Garnier, ou Gar-

nier pour Grenier,

Nous filons vers Sainte-Adé.

laïde de Pabos (prononcez: ‘Pa.

bo). Nous passons la rivière du grand Pabos, dont on aper- Goit l'embouchure d'ici. Aurdessus, cette île que vous voyez & appartenu aux Jésuites et elle porte encore leur nom. Ces missionnaires avaient là une chapelle dont on voit encore les fondations.

Une compagnie anglaise (de Londres,) avait ici des proprié.

tés immenses qui, par les bons soins de ses agents, se sont fondues comme se fondent quelques flocons de neige sous un soleil du printemps. Quelque Jersiais, avec leur honnêteté caractéristique, ont eu l'honneur de contribuer à cette fonte étonnante et rapide des millions anglais,

Le premier journal (et le dernier jusqu’à présent) publié dar: s la Gaspésie, l'a été par cette mê:ne compagnie, sur le banc du Grend-Pabos, à l’est de la rivière de :e nom. Sur l'emplacement de cette imprimerie, est situé, aujourd’hui, l'établissement de pêche de M. Narcisse Tremblay, mon ancien écolier, à Percé, et devenu un brave et honnête habitant de cette côte.

Voyez-vous, descendant toujours, cette petite crique d'oji sort un filet d’eau ? C’est l’Anse-i:-la-Chaloupe:; et, sur le haut de la côte, est le Bureau de poste, tenu par M. Thomas SOouCy, venu d’abord de Saint-Michel de Bellechasse à la Grande-Rivière.

Il a eu des revers, des épreuves sez rudes. Son courage, cepen-

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dant, lui a fait surmonter tous es obstacles, et il voit, mainteant, de meilleurs jours.

Nous voici à Sainte-Adélaïde de Pabos, qui a été une mission du curé de la Grande-Rivière.

Cette paroisse ne date que de

Il y a comme neuf ans, M. A.

Audet, aujourd’hui à Sainte-Félicité (le Petit-Matane d’autrefois), était le curé de Sainte- Adélaïde. Doué d’une âme ai-

mante, affable, humain, jamais les malheureux n'ont trouvé ce prêtre insensible à leurs prières.

Sa charité était tellement grande qu’il donnait tout et vivait comme il le pouvait, dans un était voisin de la misère; mais cet état de gêne, qu’il s’imposait par amour des pauvres, formait

son plus beau titre aux yeux de

‘Celui qui récompense même un

verre d’eau donné en son nom.

Aussi, le souvenir de ce curé est ÿravé en lettres d’or, en caractères ineffaçables, dans le coeur de ces pauvres pêcheurs.

A un mille de l’église de Sainte-Adélaïde, et tout prés de la rivière du Petit-Pabos, vous voyez la demeure de M. Thoras Tremblay, inspecteur d'école.

Il y a un quart de siècle à peu près, autorisé par l’hon. M.

Chauveau, alors surintendant de l’Instruction publique, je m’empressais d'annoncer à mon ami, M. linstituteur Tremblay, à la Grande-Rivière, qu’il devait pro- Chainement me remplacer dans .

la charge d’inspecteur d'écoles que j'occupais depuis quatre ans,

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étant appelé par M. Chauveau au Bureau d'Education, à Mon:tréal, pour y remplacer Joseph Lenoir, poète distingué qui venait de mourir au milieu de sa carrière. M. Tremblay hésita à donner son consentement à cette nomination pour des raisons de délicatesse qui lui font le plus grand honneur. N'ayant pas eu l'avantage de faire un cours classique, il craignait de ne pouvoir remplir convenablement les devoirs de sa charge. La suite a prouvé que les appréhensions de M. Tremblay ne se basaient que sur son grand fonds de modestie. Excellent instituteur, il devait devenir, avant longtemps, un de nos meilleurs inspecteurs d'écoles; et, sous le rapport du zèle et des peines infinies qu’il

> donne, il n’a peut-être pas son gal. Ce n’est pas lui qui visite, pour la forme et à Ja vapeur, rois ou quatre écoles par jour.

oute une journée, quelquefois É :

eux, c’est le moins qu’il donne à 4 examen d’une école. Puis, ila 4 rganisé des conférences en fa- | eur des instituteurs et des :

stitutrices auxquels il parle ‘dagogie et tout ce qui touche leur noble mais ingrate pro- | PssiOn. * Si M. Tremblay ne fait point "+ es rapports écrits avec toute pureté de style que pourrait ur donner Villemain, il a, com- € Compensation, le dévouement pnstant à ses devoirs, un zèle cessivement rare parmi ses pnfrères, et il a, de plus, l’amour > son état. D'ailleurs, deman-

dez à toutes les personnes 1n truites du comté de Gaspé, « commençant par MM. les curé ces amis sincères de l’école, qu’elles pensent de M. l’Inspe teur Tremblay, et elles vous r pètront ce que je viens de dire

Nous ne sommes plus qu’à tro ou quatre milles du village de Grande-Rivière. Voyez-voi d'ici cette maison, là, sur le bo:

de la falaise, qui respire un graï air d’aisance et de propreté, q rappelle les maisons coquett de nos habitants à l’aise d'en b:

de Québec ?.... Le propriétai de cette maison, des dépendance qui l'entourent , et de la fern défrichée jusqu’à perte de vu est une leçon vivante pour | pêcheurs de la Grande-Rivière

Venu de Kamouraska, ïily

comme vingt-quatre ans, M. Desjardins (c’est le nom du propriétaire de ce bel immeuble que vous apercevez du pont du bateau) n'avait à son avoir que deux bras vigoureux, un grand amour des travaux des champs, beaucoup d'énergie et une nom-:

breuse famille. Lui et les plus âgés de ses enfants se mirent à défricher cette nouvelle terre et à recommencer la vie. Ils laissèrent à leurs voisins le soin d’engraisser les marchands jersiais de leurs sueurs au moyen de la pêche à la morue : ils se livrèrent exclusivement à la culture de leur ferme. Au bout de dix ans, M. Desjardins était, lui et sa famille, à l’abri du besoin, et le prix de sa terre était déjà payé.

Aujourd’hui, il est parfaitement

à l'aise, à côté de pêcheurs qui, au lièu de voir leur position s’améliorer, l’ont vue s’amoindrissant d’année en année. D'un au-

tre côté, ce que M. Desjardins et .

sa famille ont acquis, ont trouvé sur leur terre, est à eux seuls et pour eux seuls: ils peuvent se moquer impunément de la race de vampires qui suce le sang des pauvres pêcheurs et les tient toujours sous leur” joug de fer.

Voyez, examinez l'apparence des terres voisines de cette famille de laboureurs, voyez ces terres ayant le même sol, la méme fertilité, le même climat et les mêmes moyens de culture. :

voyez, dis-je, et comparez, puis dites s'il est plus avantageux de pêcher ou de cultiver la terre ; dites, si les esclaves des Jersiais

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ne sont pas malheureux par leur faute.

Ce que je viens de dire de M.

Desjardins peut également s’appliquer à M. Japhet Sirois, qui, lui aussi, ne s’est occupé que du travail de son état et s’est vu amplement récompensé de son labeur et sans profit pour la race exécrée, dix fois trop grasse déjà.

M. l'abbé Normandin est le curé de la Grande-Rivière et Je vicaire forain de Mgr. Langevin Pour cette partie reculée de son diocèse. Ce prêtre a l'amour des âmes confiées à sa charge. Il voudrait les conduire toutes au but suprême de la vie: vers Dieu, et son zèle dans ce sens ne connaît point de borne, Si je crai- &nait pas d'employer une expres-

sion profane, je dirais que, sous

l’eriveloppe de ce curé d’apparence froide, fermente une âme affaméé de la gloire de Dieu et du bonheur de ses semblables.

M. Normandin est l'ami dévoué de la colonisation dans sa paroisse. Dire ce qu’il a fait et

ce qu’il fait tous les jours pour

sa colonie dé Saint-Isidore, dans les concessions, fondée par son prédécesseur immédiat, M. le curé Saucier, serait amoindrir, à ses yeux, son mérite. Ces hommes que l’amour du prochaïn inspire ressemblent aux avares qui n'aiment pas même que l'on parle de leurs trésors enfouis, de crainte d’éveiller l’attention des

voleurs. : Pour un motif plus é-

levé, les hommes de Dieu : n'aiment pas, non plus, que les pro-

fanes parlent de leurs trésors amassés sous l'oeil de Dieu -seul, de crainte de se voir enlever une parcelle de leur mérite. Respectons leur motif et taisonsnous sur ce point.

La Grande-Rivière, depuis qu’on s’y occupe moins de pêche et plus d'agriculture, est devenue une des plus riches paroisses (sinon :la plus riche) du comté de Gaspé: c'est aussi la plus populeuse. Il y a de fort bonnes terres en arrière, qui n’attendent que la hache du colon pour don.

1er le pain et l'abondance,

On parle encore, dans cette paroisse (et l’on parlera long temps de lui) de M. l’abbé Sau-

cier, le professeur de M. Nor-

mandin, comme je l'ai déjà dit,

Jamais prètre, je le crois .gincèrement, n'a mieux possédé Je coeur de ses paroissieng que ne l’a fait ce curé regretté. La sé- Paration fut cruelle: mais elle était nécessaire: Mgr. de Rimouski, excellent juge des hommes, voulait utiliser, sur nn autre théâtre, les grandes connais.

sances et les talents administratifs de M. Saucier, qui devient, en quittant la. Grande-Rivière, le directeur du Séminaire de Rimouski. +53

Il est impossible de parler de cette belle et grande paroisse de la Grande-Rivière sans dire au moins quelques mots de M. L.-

‘Zéphirin Joncas, né et élevé ici.

Le plus bel éloge que l’on puisse faire.de. ce Gaspésien se trou-

ve dans ses propres écrits, qui décèlent un talent bien au-des.

sus de l'ordinaire comme écrivain, Son éloge se trouve encore dans la manière habile avec laquelle il a représenté la Canada à l’exposition Internationale des Pécheries, à Londres, il y a à peu près cinq ans, et dans les Connaissances profondes qu'il possède sur nos ressources, en général, et surtout sur celles de nds pêcheries. Les conférences qu'il a données à Londres et ailleurs, et que les autorités ont fait imprimer, proûvent surabondamment ce que je viens de dire.

D'un autre côté, M. Joncas, Par sa position et sa conduite, s'est placé à la tête des hommes

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d'élite de la Gaspésie, Ni là, ni ici, personne ne peut le surpasser par l'intelligence, comme personne ne lui est supérieur en respectabilité. Il fait honneur de toutes mar ières au comté qui lui a donné le jour. De fait, les

. Gaspésiens, qui ont l’avantage de

l'instruction, comme M. Joncas, l’'Hon. M. Flynn, M. Grenier, avocat, M. le Dr Grenier (deux cousins) etc., ont démontré que Dieu a donné là les talents et l'intelligence comme partout ailleurs, dans notre pays.

Nous nous dirigeons vers le cap d’Espoir vu du Désespoir:

les étymologistes ne sont point d'accord sur ces deux appella-

Nous passons, après avoir

quitté le village - de la Grande- Rivière, l’Anse-au-Loup, la rivière de la Brèche-à-Menon, la Montée, puis voilà le cap d’Espoir (je préfère cette appellation) avec ses flancs rouges et son sommet couronné d’un phare.

Pour l'étymologie vraie ou supposée du nom de ce cap, pour la légende qui s’y rattache, et pour bien d’autres choses se rapportant à la Gaspésie, je renvoie le lecteur aux nombreux écrits de M. Jnncas. |

À propos de phare, un farceur à bord raconte l’histoire de l'évêque anglican Mountain.

Cet évêque descendait un jour sur la côte du Labrador. A quelques milles de la pointe de Monts, apercevant la lumière de

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cet endroit, il dit au capitaine, un Canayen, s'il vous paît:— Tiens.! voilà un phare— Ah!

reprend'le brave capitaine, vous appelez ça un phare, en anglaise

..En français, on appelle ça lune: Litousse (light-house).

On dit que ce capitaine est mort très vieux eb sans se douter que le mot litousse fût un mot miemac.

À un demi-mille du cap d’Espoir, on voit l’église catholique de:l'endroit, jeune paroisse d’u- :

ne vingtaine d'années. Avant 1869, le Cüp ou l’Anse-du-Cap était une mission desservie par les curés de Percé. .

J'ouvre ici une paranthèse pour -demander à M. F.-X. Toussaint, professeur de l'Ecole Normale Laval, pourquoi il s’est

nn | permis, dans sa géographie, de traduire Anse-du-Cap (appella-

tion connue avant qu'il y eut *

des Anglais sur la côte de Gaspé) par Cape Cove, et pourquoi

a-t-il rendu par Griffin Cove

l'appellation si belle et si fran-

çaise de Anse -à -Gris- Fonds ?

Quand on se fait géographe et qu'on est de sang français, on devrait, ce me semble, respecter les noms donnés par nos ancêtres et se montrer moins gourmand de traductions aussi baroques; car Griffin, à l’Anseà-Gris-Fonds arrive là comme une poignée de cheveux dans un plat de bonne soupe. Ce man-

-que de souvenir n’est pas plus

permis à un professeur-géogra-

phe qu’à aucun autre mortel. :

A une petite distance du Cap,

se trouve l’Anse-du-Cap, .que

et 72 . ; =:

tout le monde ici, appelle de cette manière, moins, cependant les Jersiais, cette race de Français abâtardis, qui lui ont donné le nom de-Cape Cove. Est-ce d'eux que M. Toüssaint a emprunter tous les noms français mutilés, défigurés, massacrés, que l’on trouve dans sa géographie? Si tel est le cas, il peut se vanter d’avoir été faire ses em- ‘prunts à une source diablement impure,

‘ À l’Anse-du-Cap demeurait feu M. Thomas Sauvage, conseiller législatif jusqu’à quelques mois avant sa mort, A:

propos, une historiette bien vraie et passablement idrôle.

On sait que M. Sauvage, bonne pâte d'homme, n'était point le loup sous le rapport de l’ins-

truction et de l'intelligence. Ce n'est point, je crois, manquer

de au respect dû à ses mânes sf À ant j'affirme que François d’Agues- pu = seau lui fut de beaucoup supéri- À sé ur. On se rappelle que, peu 4 ren de temps après l'avènement de sd M. Mercier au pouvoir, M. Saw ais vage résignait sa position de és, cohseiller législatif, pour aucu- “À Fee ne autre considération, que son . 4 8e grand âge, disait-on, d'un côté, À — tandis que d’aucuns affirmaient E.

que M. Sauvage se retirait à la 4 ait façon d’Esau avec son plat de pe se lentiles.

.. Quoi qu'il en soit de ces deux . asse’tions contraires, à la réu- Len nion des Chambres, en mars, M. Sauvage était encore à Quéés. bec, et il se dirigeait tout bon-

nement vers son siège, a Con-

seil, lorsque quelqu'un lui fit observer qu'il n'avait plus de

" droit à ce siège. “Mais, dit M.

Sauvage, avec son accent jersiais bien prononcé, il est à moi le siège, puisqu'ils m’avions pas tout payé.”

M. Sauvage, pour faire de son nom un nom anglais, signait Savage; mais le nom de son père, de son bisaïeul, etc.

était Sauvage, et ils n'étaient pas plus sauvage que leur rejeton pour cela.

. Voici l’Anse-à-Beau-Fils, le Cap-Blanc, le Cap-Rouge, puis Percé !

Sous le rapport historique, .. Percé est le Québec de la Gas-

pésie. C’est, de plus. l'endroit où; le, Créateur a jeté à pleines mains des. beautés d’une natu-

dans leurs genres, Il est passé ici plusieurs curés dis'inrués par leur zèle et leur: vrtus, crtre autre M.

Bossi, aujou:d'hui Mgr Bossé.

Srrêtons-1ous ici ‘un instant, et inclinonznous devant ce nom ec celni de ces missionnaires intrépides qui, sous sa direction éclairée, ::availlent au salut des âmes sur la Côte du Nord, pays sans chemin, isolé et vauvre.

Les noms de tous ces fiers soldats du Christ résumera, plus tard, presque toute l’histoire de cette Côte immense s'étendant depuis l'embouchure du Saguenay jusqu’au Labrador. Le Portuguais Cortéréal, au lieu d’appeler cette terre, terra de laborador (terre de labour) J'ay-

re sauvage, sublimes et uniques

rait nommé, s’il eût pu .lire dans l'avenir, la terre du dévoûment sublime; et il n'y a rien d’exagéré dans cette expression aux yeux de celui qui a visité la Côte du Nord et qui a pu voir par lui-même toutes les fatiguer, toutes les misères auxquelles s’y soumettent avec joie: ces missionnaires possédés de l’amour de Dieu et des âmes rochetées de son sang... Quand nous avons fait une aæumône suivant nos moyens, pour le soutien de ces “fous sublimes”, nous avons fait bien certainement une bonne oeuvre; mais que notre oeuvre paraît infime, de peu de chose, quand on la compare (comme j’ai pu le faire moi-même) à l'oeuvre de Mgr.

Bossé et de ses missionnaires |

ses On ne peut s'empêcher de reconnaître, en face d’un aussi

grand spectacle enfanté par l’a-

mour du prochain, qu’il est des hommes qui semblent désignés pour jouer des rôles héroïques dans la vie; leurs actions ont pris l’habitude de l’héroisme, tout comme d’autres prennent l'habitude de l’égoïfsme: et ces hommes, dont le caractère est d'une autre trempe que celui de la moyenne de l'humanité, ce sont . nos missionnaires qui, n'ayant d’autres armes que la croix et leur bréviaire, ont porté la parole divine sur toute l’étendue de ce vaste continent, sous la zone glaciale comme sous la zone torride. Ces hommes affamés de l’amour de leurs semblables, se sont nom.

més Dolbeau, Jogues, Lalemant, de Laval, Marquette, Labrosse, de Quen, Proyancher, Héhert, Racine, Fæucher, Mälo, etc.

Aujourd’hui, ils se nomrnent Laflèche, Taché, Lacombe, Arnaud, Lacasse, Bossé, etc.: ét, dans cent ans c’ici, les noms de | ces dérniers auront passé À l'Histoire avec cette auréole de dévoñment et de sainteté qu'on accorde avec justice à leurs devanciers.

Chose étrange au point de vue hümain, mais nullement surprenant au point de vue de ces courageux missionnaires :

on attend beaucoup d’eux parce qu'ils n’ont jamais failli à ‘eur tâche, surhumaine à nos yeux, mais toute naturelle à ées hommes de Dieu. Personne

LE TISRT 7588

r'est surpris d'apprendre les gandes choses qu'ils ont accamplies; personne n’est étonné de voir leur courage réel aux hegres du danger. Tous ne comprennent pas la source où ils puisent cette force admirale; mais tous s’étonneraient de ne pas la leur voir dans l’occasion.

Quelques-uns, mesurant à leur aune, ont pu dire: “Ce sont des hommes vaniteux; leur mobile est peut-être celui de la renommée”. On ne s’est pas trompé: ces missionnaires, en effet, sont très vaniteux: mais Jeur vanité est de ne pas paraître vains, travaillant comme ils Je font sous le regard seul de Dieu, dans le silence dans l'isolement, loin du bruit et seulement pour

la gloire du Maître. Doués de hautes facultés, ils cherchent toujours et sans cesse les moy-

ns de les employer au service des autres; ils ont des idées élevées sur la plupart des hujets, et ils ont la vanité de croire qu’ils pourront atteindre l’idéal qu’ils ont choisi comme type: le renoncement aux biens de la terre. Ils sont intrépides dans }2 combat de tous les jours, contre la faim, ja chaleur accablante: et cette intrépidité, ils la trouvent, en partie, dans le vrai courage qui les anime, et, en partie aussi, dans ce noble sentiment du devoir qui les rend trop orgueilleux pour fuir; mais, en somme, héroïque par tempérament et grâce à un

singulier mélange d'orgueil, de

force et de vertu chmétienr.2, ils

nt accomplissent des actes réelle.

y- ment sublimes. Ce sont pres-

te que toujours et ce que l’on peut

de ppeler des hommes remaiqua-

- bles, car leur vie laborieuse et 4 i- leur influence légitime attirent É:

- l'attention par leur grandeur, à = et, souvent, quelque chose dans

8 la simplicité de l’aspect de ces

8 ) pauvres curés-voyageurs les

8 distingue de la moyenne, à pre-

" mière vue.

= Telle est et telle fut, en quel-

, ques mots, la vanité des missi-

; nnaires de nurre continent de-

puis bientôt trois siècles; et ceux d'aujourd'hui, s'inspirant aux mêmes sources que leur prédécesseurs, n'ont point dégénéré.

Revenons maintenant, à Per-

VE O e (W "+ bme (D

. cé, le chef-lieu du. comté de Gaspé.

Jeireproduis iei la description.

que. je faisais de ce lieu enchanté, en 1858 et en. 1859. Ces é-

Le rocher qui a donné son hom à notre village, est une véritable curiosité naturelle. Sicué à quelques toises seulement de la terre ferme, il s’y trouve relié en quelque sorte par une batture que laisse entièrement à sec la marée basse, et sur laquelle on traverse en sûreté.

Cette chaîne vient reprendre le Mont-Joli, qui sernble avoir été ainsi séparé par quelque érosion lente ou spontanée que je ne me charge pas d’expliquer.

La hauteur de ce rocher bizarre est de 800 pieds: sa lar- “Seur de 1 aïpent, et sa longeur

taillés perpendiculairement et, en certains endroits, ils surlombent de plusieurs pieds. La pierre, de couleur rougeâtre, est ici granitique, là calcaire, et plus loin schisteuse; mais, vers la base, à l'endroit baigné par la mer, c’est le roc vif silonné de veines blanches qui divisent la masse en plusieurs pièces, emblant être autant de frag- ‘1ents réunis.

Le Percé, vu de loin et dans son ensemble, présente la forme d'un carré long régulier; mais examiné de près et en détail, vous: découvrez, de chaque côté, JCæuCoup de cavités et de saillies aux formes fantastiques et .

variées, Vous vous sentez mal à l'aise, vous jetez la vue au-

de 4 à 5 arpents. Ses côtés sont -

dessus de vous, suspendue sur votre tête, cette masse énorme qui semble vouloir vous écraser.

N'étant qu'un atome à côté de cette montagne escarpée, l’idée de notre incapacité et ide notre néant se présente tout naturellement à ntore esprit et l’on est comme forcé de s’écrier: “Dieu seul est grand et tout-puissant dans ses oeuvres!”

Mais l’étonnement redouble lorsqu'on arrive vis-à-vis de l'endroit où la Nature a percé à jour toute l'épaisseur de ce roher, pour y laisser admirer une immense ouverture que l'on aperçoit à plusieurs lieues sur l'eau.

Cette ouverture mesure plus de 60 pieds de haut sur 80 de large,

- et elle a la forme d’une arche

parfaite. A mer basse, on passe à pied sec sous cette voûte; à mer haute, on la traverse en canot, et même en bateau de pêche Voguant à toute voile. L'air qu'on y respire est beaucoup plus froid que l'air extérieur, êt l’on ressent un malaise indicible quand, pour la première fois, on entre dans cette gueule béante, plus loin et presque semblable à qui aurait fourni une belle description à Virgile pour sa déscente aux enfers.

Le sol, dans cette ’1otte, est jonché de coquilles bivalves, d’os de poissons, de Carcasses de ho- Mards, entassés pêle-mêle dans les anfractuosités du roc. Ilya aussi des matières fécales, espè- Ce de guano, des oiseaux qui ha-

bitent les sommets du rocher.

Sauf quelques incrustations et saillies assez rares, la face intérieure de cet antre est parfaitement unie.

Il y avait autrefois une autre ouverture située à quelques pas de celle que je viens de vous dépeindre. Elle s’est effrondrée, il y a déjà piusieurs années, avec un fracas épouvantable et sans causer, heureusement, aucune perte de vie.

L’ascension du Percé est très difficile, pour ne pas dire impossible. Il n’y a que la ntrtie d” nord-ouest qui offre quelque chance à l’escalade et encore n’est-ce pas sans de grands dangers. Quatre ou cinq curieux intrépides, téméraires même, s’y sont aventurés à l’aide d’échelles

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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