‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 3 sur 7 · DS 1S · texte numérisé non relu

DS 1S

la ville de Bathurst qui était l'ancienne Nipissiguit du gouverneur Denys. Nous aurions voulu parcourir ce lieu où s'écoulèrent quelques années de ia vie de cet honnête homme si tracassé dans ses entreprises, mais cet endroit ne faisait pas partie de l'itinéraire du Napoléon III, et nous étions à une longue distance de ce bassin, où Denys était venu chercher un refuge après l'incendie de son fort de Saint-Pierre en l'île du Cap Breton.

Nicolas Denys, né à Tour, avait à Bathurst “ sur les bords du bassin une maison flanquée de quatre petits bastions, avec une palissade de pieux de dix-huit pieds de haut et de six pièces de canon en batterie.” C'était là, que partageant son temps entre ses devoirs religieux et la traite, cet homme de bien s’amusait à écrire la description de l'Amérique Septentrionale, livre très exact au point de vue de l’hydrographie et de l'histoire naturelle. L'étude, la chasse, le jardinage étaient ses plaisirs favoris. Il nous semblait voir le vieux seigneur acadien se hâter de terminer un des chapitres de son livre pour descendre dans son jardin “semer ses pepins de poires ou de pommes,” ou le fusil sur l'épaule parcourir ses gréves à marée basse, et revenir bientôt ployant sous le gibier.

—J'admire cet homme, car c’est un des beaux types de notre passé, nous disait Agénor Gravel en faisant l'éloge de Nicolas Denys. Actif, entreprenant, excellent observateur, colon pratique

avant tout, il a plus fait pour l'Acadie que n'importe quel autre. Ce fut lui qui découvrit ces mine: de houille qu'il dit être aussi “bonne que celle d'Ecosse.” Ardent admirateur de la nature, il sut recueillir dans ses courses à travers les bois de précieuses notes sur nos essences forrestières. Entreprenant et chercheur intelligent, il s’occupait de tout ce qui pouvait développer les ressources de son gonvernement, faisant de la construction navale, exportant des mâts et des espars pour le marché français, et créant chez lui des salines où lo sol était “aussi beau et aussi bon qu’en Breuages,” pendant que ses voisins était obligés de compter sur les arrivages d'outre-mer pour faire leur provision de cette marchandise dispendieuse, partout où se font les pêcheries. Ces préoccupations suffiraient pour remplir la vie d’un homme ordinaire ; mais aux natures fortement trempées il faut la lutte sans trève, et pendant tout ce temps, Denys ne cessait d’être persécuté par les gens qui l’entouraient. On l’emprisonne, on le brûle, on le pille. Qu'importe ? dans 14 bonne comme dans la mauvaise foriune sa gaité le suit partout. Ilespère, il écrit, il met en ordre les notes d2 ses nombreuses explorations faites depuis Campseaux j’usques au Cap des Rosiers, 1 discourt sur l’histoire naturelle, tout en ayant soin de nous mettre franchement en garde contre son style, s'en excusant ‘“ sur ses occupations maritimes et une fréquentation de quarante ans

parmi les sauvages.” lour moi, continua Agenor Crevel, il me semble que Denys est passé tout entier dans son livre ; qu’il y a mis cette nature franche, brusque, originale que ces contemporains s'accordent à lui donner. Je le crois sur parole quand il me dit que de son temps les homards étaient tellement gros que “ leurs pattes ou mordants pouvaient tenir une pinte de vin.” Je m'incline respectueusement devant ce gourmet, quand il m'’assure que ce crustacé mérite le nom de “ perdrix de mer par sa bonté.” J’applaudis de tout cœur lorsque la nécessité le force à ajouter plus d’un plat à la cuisine bourgeoise de son temps. N'est-ce pas Denys qui a été le premier à avancer que la tète de la poursil “est meilleure que celle du mouton.” et que l’espadon “a le goût du veau ?” N'est-ce pas lui qui, après avoir décrit les grands bois, leurs richesses incomparables, les hâvres, les ressources minières, la faune de l’Acadie, nous confie discrètement qu’il y a dans son gouvernement “de petites tortues grandes comme le tour d'un chapeau et aussi bonne que poulets ?” Et quand il cause de chasse ou de pêche, quel horizon n'ouvre-t-il pas à ces piètres coureurs de bois de nos jours qui, s’esquintent toute une après-midi peur assassiner une perdrix ou faire lever une bécasse? Écoutez plutôt la description de ce qui se passait à Richibouctou en 1672:

—J'y ai demeuré une fois huit jours, vers la

Saint-Jean, dit Denys, pendant quoi tous les matins et tous les soirs, nous voyions passer des bandes de tourtes dont les moindres étaient de cinq à six cents; les unes se posaient dans les prairies, les autres vis-à-vis sur une pointe de sable; de l’autre côté de la rivière elles ne demeuraïient pas posées plus d’un quart-d’heure au plus, qu’il en venait d’autres bandes les rejoindre au même lieu, et les premières se levaient et passaient outre. Je vous laisse à penser s’il en fut tué en quantité et s’il en fut mangé de toutes façons. Si les tourtes nous tourmentaient par leur abondance, les saumons nous donnaient bien plus de peine, car il er entre dans cette rivière une si grande quantité que la nuït l’on ne peut dormir tant est grand le bruit qu'ils font en tombant sur l’eau, après s'être élancés en l’air, ce qui vient de la peine qu'ils ont eu à passer sur les platins, pour le peu d’eau qu'il y a. Après quoi ils s’égaient lorsqu'ils rencontrent plus de fond.”

Ces causeries, commencées devant Caraquette, devaient se terminer en route. Le Napoléon III s'était remis sous vapeur: nous cinglions vers le fond de la Baïe-des-Chaleurs. Large de quinze milles à son entrée, entre l’île de Miscou et la Pointe-au-Maquereau, cette baie atteint un développement de vingt-sept milles vis-à-vis Bathurst, et n’a plus que huit milies en approchant Dslhousie, endroit où elle reçoit les eaux du Ristigouche, Ce n'est qu’à cent dix milles

de Miscou que cesse l'influence de la marée sur la baie, et cette dernière compte un circuit de 135 milles nautiques, en prenant toujours Miscou comme le point du départ, et le cap d’Epoir comme celui de l’arrivée.

À mesure que nous remontions ce véritable golfe, les vues les plus variées et les plus admirables fuyaient derrière nous. Bientôt en détournant l’île au Héron nous finimes par être arrêtés par Dalhousie, petite ville de 2068 âmes, jetée en sentinelle avancée sur l'extrême frontière du Nouveau-Brunswick. Dalhousie occupe une position avantageuse pour le commerce de bois, et sa situation au milieu d’un pays renommé pour ses ressources agricoles, ainsi que sa proximité du Ristigouche et de la Baïe-des-Chaleurs, lui assurent un brillant avenir. Son port est à l'abri de tous les vents, mais ses quais pourraient être plus solides et mieux faits. Trois églises protestantes, une catholique, un palais de justice, une prison, des hôtels, d'assez jolies résidences complètent la physionomie de la ville, située au pied d’une chaîne de montagnes. À une courte distance de Dalhousie, en suivant la grève, le voyageur rencontre un curieux lusus naturæ. C’est une colonne de pierre qui, vue de profil, ressemble à une femme qui bâille. Le peuple lui a donné le nom de la Vieille. Un bouquet d’arbrisseaux couronne le chef de cette respectable dame, et s’agite doucement au souffle de la brise, pendant

qu'immobile et toujours grave, la vieille songe aux peccadilles qui lui ont valu son malheureux sort, et regrette silencieusement quelques péchés de jeunesse qui doivent remonter à l’époque où Ovide écrivait chez les Thraces l’histoire des Métamorphoses.

Le peu de temps que nous passâämes à Dalhousie fut employé à visiter cet endroit, et à regarder les points de vue qu'offre à l’amateur la petite colline qui court derrière la ville. De cette éminence nous embrassions les alentours, et nous voyions le Ristigouche sortir des paysages montagneux qui le gardent de chaque côté, pour venir déverser ses eaux dans la Baie-des- Chaleurs. Navigable jusqu’à une distance de 135 milles, cette rivière a 220 milles de longueur : quatre tributaires d’à peu-près 60 milles de parcours l’alimentent, et avec ses affluents, le Ristigouche arrose une superficie de 6,000 milles carrés (1). Rien n'égale les effets de paysages qu'offrent ces rives au touriste, conduit là par sa bonne fortune. Les chasses ainsi que les pêches du Restigouche sont célèbres dans les annales du sport. L'aspect féérique de ces bois, rougis par les premières morsures de l’automne, faisait écrire à Macgregor une belle page. Je traduis de mémoire :

—-Les forêts vierges @2 l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique du Sud ne m'ont jamais laissé

(1) Ce salcui a été fait prr M. Perley, auteur d'un livre intitulé : Reports on the sea and river fisheries of New-Brunswich.

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l'impression que me font ces hautes futaies du Nord, où toutes les essences se mêlent, s’enchaînent et donnent un cachet de grandeur incomparable à la solitude qu'elles occupent. Au Canada, une grande variété de pins, de hêtres, de bouleaux, d’érables et d’autres bois, étendent leur ombre séculaire sur les rives des lacs et des fleuves, couvrent les plaines et balancent leurs têtes jusque sur la cîme des monts. L'artiste le plus enthousiaste ne pourra jamais rendre avec trop de couleurs les beautés que l’automne secoue alors sur les feuilles et sur les arbres ; et rien sous les cieux ne peut se comparer à cette pompe éblouissante. Mais ce que le peintre ne peut faire, deux ou trois nuits de gelée l’accompliront. L'immense royaume de la verdure se transformera soudain ; et sur chaque feuille viendront se poser des nuances incomparables, où l’œil étonné rencontrera l’écarlate, le violet, les ruissellements de l'or, les fraîcheurs du cramoisi, les éclats de l’azur, les profondeurs du sombre et du noir. Un seul arbre ne change pas au milieu de ces miroitements, de ces éblouissements de Ja couleur.

C’est l’arbre de la mélancolie, l'arbre du nord par excellence, le sapin. Lui seul reste toujours sombre, toujours fidèle à ses couleurs de deuil, pendant que les autres font sourdre de partout dans la vallée comme sur la montagne, ces surprises et ces beautés dont le règne végétal aime tant à se parer sous nos climats hyperboréens,

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avant de tomber assoupi dans les bras de l'hiver.

Cette peinture n'est-ce pas l’automne tel qu’il se montre chaque année à nos regards éblouis ? cet automne que notre peintre Kreighoff a su retenir sur ces tableautins qui se vendent au poids de l'or, maintenant que l'artiste est mort! De son vivant, ils n'ont eu que le mérite de passer à travers mille incrédulités, et de révéler à l'Europe des effets de couleurs et d'études forestières inconnus jusqu’à ce jour !

Un peu plus haut que Dalhousie se trouvent les pointes à la Garde et à la Batterie, deux noms qui, je l'avoue, sentent fort la poudre. Au voyageur qui passe par ces lieux, on montrera quelques vieux boulets, S'il a la curiosité de s'informer d’où viennent ces projectiles, le paysan interpellé lui dira tranquillement :

— Du fond du Ristigouche, monsieur.

Comme si cette rivière avait le privilège exclusif de cacher sous ses eaux noires et profondes des bombes et des biscayens.

Les mieux renseignés vous parleront d’une bataille qui eut lieu ici du temps des Français. Ne demandez pas davantage. Cent ans et plus ont passé par là, et dans un siècle bien des choses s'éloignent, s’effacent, s'oublient. D'ailleurs les guérets qui recouvrent les abandonnés sont riches et productifs : que faut-il de plus au paysan? Mais pour celui qui aime le passé, qui tient à l’histoire de son pays, ces deux pointes de terre

rappellent un poignant souvenir. C’est là que s’est déroulé un des derniers épisodes du grand et douloureux drame de la reddition de la Nouvelle-France.

Le chevalier de Lévis se préparait à prendre sa revanche de la défaite de Montcalm, en infligeant à Murray la rude lecon de la bataille de Sainte-Foye. La lutte étrange que faisait en Amérique une poignée de Français manquant de vivres, de souliers, n'ayant que des couteaux à emmancher au bout de leurs fusils en guise de baïonnettes, commençait à faire du bruit en Europe. On se demandait quels pouvaient être ces fous sublimes qui se battaient pour “ quelques arpents de neige ” ; et on avait même chuchoté la chose à Versailles. Or, il se trouva que ce soirlà Louis XV avait le vin généreux. Il demanda si les Canadiens tenaient toujours bon de l’autre

côté de l'Atlantique, et sur réponse aflirmative,

Sa Majésté donna l’ordre de leur faire parvenir des vivres et du renfort. Le roi du lupanar et des ruelles venait de se rappeler qu'il était aussi le roi de France. Il daignait enfin songer à de pauvres gens qui, après tout, étaient de ses sujets; et un de ses officiers, M. de Danjac, fut chargé de mener un convoi à ceux qui ne se préparaient plus qu’à mourir dignement au nom de la patrie française.

On mit à la voile. L’Atlantique fut franchie à petites journées ; car, rien ne pressait en ces temps-là. On s’'amusa même à appuyer la chasse

à quelques voiles ennemies sur le banc de Terreneuve; bref, on flâna tellement en route, qu'arrivée dans le golfe Saint-Laurent, la flottille française se heurta contre une escadre ennemie, supérieure en nombre, Reconnaissant son infériorité, M. de Danjac évita le combat, réussit à se dérober à l'Anglais, se réfugia dans la Baiedes-Chaleurs, et finit par remonter le Ristigouche jusqu'à la Pointe-à-la-Batterie, où il trouva quinze cents Canadiens, Acadiens et sauvages qui se mouraient de faim. Des canons et des vivres furent transportés à terre. On construisit à la hâte un bastion, et un piquet d'observation fut placé à la Pointe-à-la-Garde, endroit d’où l’on peut embrasser l'embouchure du Ristigouche.

À peine ces précautions étaient-elles prises, que le capitaine Byron se présenta à l’entrée de la rivière, et par une habile manœuvre de nuit réussit à faire doubler la Pointe-à-la-Garde aux frégates anglaises le Fame, le Dorsetshire, l’Achille, le Scarborough et le Repulse. Dès le petit jour la bataille s'engagea entre ces vaisseaux et les navires français, mouillés près de la Pointe-à-la- Batterie. Ces derniers étaient le Machault de 32 canons, l'Espérance de 80 canons, le Bienfaisant de 22 canons et le Marquis de Marloze de 10 canons. Les Français avaient l’infériorité du nombre. Après cinq heures de combat, deux de leurs navires étaient complètement désemparés et brûlés. Laissés à leurs propres forces, le Bienfa:sant et le Marquis de Marloze se replièrent alors

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sur le village sauvage, pendant que leur retraite était protégée par une petite batterie jetée à fleur de terre. Placée en face de la Pointe-à- Martin, elle tirait sans cesse sur l’escadre de Byron, lui faisant des dégats considérables et frappant à plusieurs reprises ses œuvres vives. Mais un à un les artilleurs français finirent par tomber sous les balles des marines anglais, placés à l'affût dans les hunes et sur les vergues; la Pointe-à-Martin fut alors franchie à son tour, et bientôt une triple volée de boulets vint saborder le Marquis de Marloze, qu'une fausse manœuvre jeta sur le rivage, en face de la chapelle de Ristigouche. Il ne restait plus que le Bienfaisant pour tenir tête aux cinq frégates anglaises. Sommé d'amener son pavillon, le capitaine descendit froidement dans la sainte-barbe, et quelques instants après le navire français sautait avec son équipage. Byron était vainqueur. (1)

Irrité par cette résistance inattendue, et fort de la consigne qui avait été donnée l’année précédente par Wolfe, de détruire ce qui—le long de la côte — appartenait aux habitants du pays envahi (2), Byron se rendit jusqu’à la Pointe-à-

(1) L'abbé Ferland croit que ce capitaine Byron était le célèbre circumnavigateur qui fut aussi le grand-père de lord Byron.

(2?) Le lecteur peut se faire une idée de cette consigne, en lisant les extraits suivants du journal d’un oflicier anglais qui assistait au siège de Québec :

‘ The 15th, Capt. Gorham returned from an incursion, ot which expedition he gave the following account : “ That on the 4th of August they proceeded down to Saint-Paul’s bay,

Bordeaux, où était le village français de la Petite Rochelle, mit le feu aux maisons et dispersa les habitants dans les bois. En 1855, les ruines de la Petite Rochelle étaient encore visibles. En fouillant la terre on retrouve des sabres, des mousquets, des pistolets, de l’argenterie et des bijoux, témoins muets d’une époque de lutte et de rancune nationales, aujourd’hui disparues pour jamais de l'Amérique du Nord.

Il entrait dans la destinée du commodore Byron de faire tout le mal possible aux débris de la colonie acadienne. Le 15 septembre 1768, de Bougainville avait fait voile de France, emmenant avec lui aux îles Malouines plusieurs familles expulsées d’Acadie, “ espèce d'hommes laborieux, intelligents, dit-il, et qui devait être chère à la France par l’inaltérable attachement

where was a parish. containing 200 men, who had been very active in distressing our boats and shipping. At three o’clock in the morning, Capt Gorham landed, and forced two'of their guar is, of 20 men each, who fired smartly for some time; but that in two hours he drove them all from their covering in the wood, and cleared the village which they afterwards burnt ; it consisted of about 50 fine houses and barns ; destroyed most of their cattle. That from thence they proceeded to Mal Bay, ten leagues to the eastward on the same side, where they destroyed another very pretty parish, drove ofthe inhabitants and stock without any loss; after which they made a descent on the south shore, opposite the isle of Coudre, destroyed part of the parishes of Saint-Ann’s and Saint-Roc, where were many handsome houses with good farms, and loaded the vessels with cattle and then returned from their expedition.

“The same day, a party of highlanders came to the Isie of Orleans, from general Monckton’s encampment, in order to destroy all the Canada side.

“ On the 20th, the Louisbourg grenadiers began their march down the main land of Quebec, in order to burn and destroy all the houses on that side. On the ?4th, they were attacked

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de ces honnêtes et infortunés citoyens.” Mais ces malheureux ne jouirent de leur indépendance et de leur travail que peudant deux années, Un jour, ils virent ledestructeur de la Petite Rochelle entrer en rade, et prendre possession de leurs champs au nom du roi d'Angleterre.

L'année suivante, une colonie anglaise s’installait aux Malouines, et menaça les Acadiens de les jeter à la mer s'ils ne quittaient pas la place. Mis dans cette alternative, et n'étant pas les plus forts les propriétaires préférèrent céder la colonie à l'Espagne, qui en accepta la remise officielle faite par de Bougainville, commandant alors la Boudeuse. C’est ainsi que le bras de l'Angleterre allait atteindre jusque dans les solitudes de l’Atlantique du Sud les malheureux restes de la race Acadienne.

by a party of French, who had « priest for their commander, but our party killed aud scalped 30 of them and like-wise the priest their commander. The three companies of Louisboug grenadiers halted about four milles down the river, at a church called l’Ange-Gardien, where they ordored to fortify themselves till further orders; our people had several small parties, in houses, and the remainder continued in the church. The 25th they began to destroy the country, burning houses, cutting down their corn.

“The 3rd day of September, all the army left Montmorancy side they set all the houses and fortifications on fire, and then embarked ; in flat bottomed boats and came up above the fall.

“We burned and destroyed upwards of 1400 fine farm houses, for we, during the siege, were masters of a great part of their country along shore, and parties were almost continually kept out ravaging the country : so that’this tho’t it will take them half a century to recover the damage.”’—Manuscrils de la sociélé lilléraire el historique de Québec.

Le prêtre qui fut tué et scalpé par les Anglais était M. de Bécancourt; il est enterré dans l’église de la Bonne-Sainte- Anne du Nord.

Mais ces souvenirs du passé ne pouvaient m'empêcher de songer que le Ristigouche n'avait pas toujours été donné en partage aux horreurs de la guerre, et qu’il avait 6té aussi le témoin des prodiges que fait naître le respect de la parole du prêtre.

Il y a plus d’un demi-siècle, un missionnaire canadien avait été chargé par son évêque de la desserte des deux missions sauvages de Cascapédiac et du Ristigouche. La distance entre ces deux points était de cinquante-cinq milles, qu'il ne fallait pas hésiter à franchir par tous les temps, lorsque le service de Dieu l’exigeait. Ame fortement trempée, corps endurci à la fatigue, esprit toujours gai, le courageux missionnaire ne reculait devant rien, et la seule plainte qu'il ait jamais laissé tomber ftu cparoles du P. Le Jeune dont il se servait :

jour, dans une de ses lettres :

—" Coucher sur la terre couverte d'un peu de branches de pin, n'avoir qu’une écorce entre la neige et notre être, traîner notre bagage sur des montagnes, se laisser rouler dans des vallons épouvantables, ne manger qu’une fois en deux ou trois jours, quand il n’y a point de chasse, c’est la vie qu'il faut mener en suivant les sauvages. Mais on ne peut mourir qu’une fois, le plus tôt n’est pas toujours le pire.”

La tribu confiée au zèle apostolique de ce prêtre était celle des Micmacs, gens aux mœurs sévères, parlant une langue poétique et douce

qui se rapproche de celle des Grecs et des Latins (1), vivant de pêche et de chasse, durs à la fatigue, paresseux dans les temps d’abon-

(1) A ce propos, M. Dawson, principal de l'Université McGill, Montréal, fait de curieux rapprochements entre le Micmac et le Grec, dans l’appendice de son savant travail, intitulé ‘ Acadian Geology."

Entr'autres mots, il cite ceux-ci, d'après M. Rand qui a été

chargé de traduire la bible en Micmac :

Micuac.

Pulès, Padoos, Pegoon, Oo-lakun, Oktan, Alasoomk Comé, Epsit, Nekokul, Ekai, Keenum, Oo!ik, Keloos, Oonuks, Temsum, Moo, Kwis, Kakayak, Tokoo,

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