‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 10 sur 25 · LES · texte numérisé non relu

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Sciences WEBSTER, N.Y. 14580

à leurs navires, un capitaine sauvage, accompagné de ses trois fils et de son frère, vint protester contre l'occupation de son pays ; c’est du moins ce que comprit Cartier. Vêtu d’une vieille peau d'ours, le chef se leva avec dignité dans son canot, et fit une longue harangue, durant laquelle, tantôt il montrait la croix, tantôt il étendait la main vers les terres voisines, comme pour déclarer qu'elles lui appartenaient. Quand il eut péroré à sa fantaisie on l’attira, ainsi que ses compagnons sur un des navires, où, après lui avoir remis quelques présents, Cartier lui expliqua qu'il désirait mener en France deux de ses fils. Pour les engager à faire ce voyage, on revêtit chacun d'eux d’une chemise et d’un sayon de couleur; on leur mit sur la tête une toque rouge et on leur passa au cou une chaîne de laiton. Ainsi affublés, les jeunes gars ne pouvait plus contenir leur joie ; et, sous l'inspiration du moment, ils consentirent

à suivre leurs magnifiques patrons. Taiguragny

et Domagoya distribuèrent leurs vieux habits

La C'axpésie 95

à leurs parents ; le lendemain, ils faisaient leurs adieux et laissaient leur sauvage patrie, pour aller visiter le beau pays de France.

Lorsque, l’année suivante, le navire de Cartier débouquait du canal qui court entre l’île d'Anticosti et la côte du nord, pour entrer dans le grand fleuve, les deux jeunes gaspésiens, se balançant dans les haubans, saluaient la chaîne bleuâtre des montagnes du sud, aux cris joyeux de Honguedo ! Honguedo ! Malgré les splendeurs qu'ils avaient entrevues dans les vilfes européennes, ils portaient leurs regards avec bonheur vers la terre de leurs ancêtres. Et ils avaient le droit de Ja contempler avec un juste orgueil, car la France ne leur avait rien offert de plus majestueux que les monts Notre-

Da: e, de plus noble que la baie de Gaspé, de

plus beau que le bassin sur les eaux duquel ils

avaient souvent, dans leur enfance, poussé le léger canot de leur père, le vieux chef de Honguedo.

Comme il y a déjà trois cents ans que ces faits se passaient, et qu'ils ont perdu l'attrait de la nouveauté, il sera peut-être mieux de laisser le seizième siècle pour rentrer dans le dix-

neuvième.

Pendant notre visite aux fourneaux, le vent a changé de direction, de sorte que nous pouvons en profiter pour retourner au mouillage de Douglastown. Cette partie du voyage est rendue peu agréable par quelques fortes ondées ; cependant nous oublions presque ce contretemps, en prêtant l'oreille à la belle voix d'un de nos bateliers, qui répète avec goût quelques chants mélancoliques de la vieille Irlande. Né dans la Gaspésie ce jeune homme les a reçus de ses parents, et il les conserve comme de précieux souvenirs de la terre que

ses pères ont habitée.

La pluie continue à battre le pont de la |

goëlette, et nous nous félicitons de nous être

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us être

mis à l'abri, lorsqu'un sauvage, grimpant par dessus le plat-bord, se présente au milieu de nous ; il balbutie quelques mots, moitié français, moitié anglais, qui, mal articulés, ne peuvent guères nous expliquer l’objet de sa visite. M. F. est heureusement muni d'une assez bonne provision de micemac, et il s’en sert pour questionner notre homme. Après un long interrogatoire, on conclut qu'une femme sauvage est malade, tout près du lieu que nous venons de quitter, dans le port de Gaspé ; en vrais Micmacs, pour envoyer chercher un prêtre, ses amis ont attendu le jour et le moment où le vent favorable allait engager le capitaine V. à ‘Oulla,” répond Alguimou, étendant le cou, comme une

lever l'ancre. — ‘“ Où est la malade ! ” —

tortue qui veut reconnaître le terrain ; “ Oulla,”

repète-t-il en recommençant sa pantomine.—

“ Ce doit être à une bonne distance,” remarque

M. F.; ‘“ oulla signifie /d-bas ; et, chez eux,

là-bas veut dire qu'il faut aller plus ou moins E

loin, selon que le cou est plus ou moins tendu. Or vous voyez qu'il a fait tout ce qu'il a pu pour Monsei-

se l’arracher du milieu des épaules.’ gneur de Sidyme se décide à aller administrer la confirmation à ia malade; il est accompagné de messieurs F. et Montminy, dont les services sont requis en même temps. Ils ne reviennent

de leur excursion que tard dans la soirée.

Juin, 28.

De grand matin, la Sara s'ébranle pour quitter la baie de Gaspé. Dans sa course autour de la pointe Naint-Pierre, elle est serrée de près par un cul-de-poule américain ; les deux goëlettes se penchent, étendent leurs longues voiles, et glissent sur les flots comme des oiseaux de mer. On les dirait douées d'intelligence, tant elles semblent faire d’efforts pour se devancer l’une l’autre, tant elles paraissent se passionner dans la lutie ; chacune met dehors oute sa puissance de vitesse, pour ne point

endu.

pour onseiistrer >agné rvices nnent

céder à sa rivale. La course se termine près du village de la Malbaie, où les deux concurrentes viennent s'arrêter bord à bord, sans que l’une

puisse réclamer l'avantage sur l’autre.

La chapelle de la Malbaie est bâtie sur un côteau qui domine le village, et d’où la vue s'étend au loin sur la mer. Vers l’ouest, une terre basse, coupée par un barachois et offrant quelques habitations éparses, forme le fond de la baie, qui a une lieue de longueur sur trois lieues de largeur. A l’autre bord de cette belle nappe d'eau, se dressent des montagnes brisées, au-dessus desquelles s'élève le mont Sainte- Anne, et dont les derniers contreforts forment l’île de Percé et celle de Bonaventure.

Cette baie a porté dans l'origine le nom de baie des Molues ou Morues, parce que ce poisson s'y prenait en abondance par les pêcheurs basques, normands et bretons. Les anglais ont changé les mots, baie des Molues, en Molue bay,

puis en Malbay ; ce dernier nom a été accepté par les pêcheurs français du pays, et aujourd’hui il est le seul qui soit généralement connu.

Nous sommes reçus chez Guillaume Girard,

premier marguillier du lieu, quoique encore

protestant. Girard est un des plus riches pêcheurs de la Malbaie. Arrivé pauvre de l’île de Jersey, à force d'activité et d'industrie, il est parvenu à réaliser une petite fortune. Outre ses propriétés foncières, il possède dix-sept berges, qui depuis le printemps ont déposé sur ses vignots mille quintaux de morue. La morue est fort abondante dans les eaux voisines ; souvent elle s’y jette en si grande quantité, qu’elle est poussée au rivage. Dernièrement on en a trouvé des masses considérables, qui, en poursuivant le capelan, s'étaient aventurées dans la rivière de la Malbaiïe, et étaient restées à sec sur le sable. |

Comme cette mission est peu étendue, nous en repartons le même jour pour Percé.

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