partie du bassin, ainsi que le village où reside
1 Ce nom, donné autrefois par les pêcheurs basques, signifie péninsule
l'aristocratie de la Gaspésie. Dans le port de Gaspé se jettent la rivière du nord-ouest et celle du sud-ouest. L'entrée de la dernière forme le bassin, qui a moins d’un mille de longueur, et dont la profondeur varie de cinq à neuf brasses d’eau. Ce port intérieur peut recevoir une flotte considérable ; il renferme dans ce moment plusieurs navires et une goëlette du gouvernement, placée sous la direction du capitaine Bayfield et employée à faire le relèvement des côtes du district. Le grand port connu autrefois des Français sous le nom de baie du Pénouïl, jouissait d’une certaine importance, il y a un peu plus d’un siècle. En 1745, M. de Beauharnois, gouverneur - général du Canada, proposait au ministre de s’en occuper. ‘ On pourrait absolument, ” écrivait-il, ‘“ faire faire un établissement à Gaspé. Il y a, dans le fond de la baïe de ce nom, un beau hâvre appelé la baie du Pénouil ; les plus gros vaisseaux y
seraient en sûreté... On a vu à Gaspé et aux
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environs jusqu'à quarante et cinquante navires de pêche ; elle commence ordinairement du quinze au vingt juin, et finit au quinze et vingt novembre et même plus tard. Le climat est à peu près semblable à celui de Québec. On assure que les terres qui sont dans le fond de la baie du Pénouïl sont passablement bonnes.
Le nommé Harbour, canadien, y a une habitation, où il a cultivé du blé, qui est venu à maturité, ainsi que le blé sarrasin et les légu-
mes de toute espèce.”
Plus de deux siècles avant la date de cette lettre, les Français avaient visité la baie du Pénouil et en avaient pris possession. En 1584, Jacques-Cartier fut forcé de s’y réfugier et se mit en rapport avec les naturels qui demeuraient dans le voisinage. Sa petite flotte était mouillée à l'entrée de la baie de Gaspé, lorsque le vent soufla avec tant de violence qu’un de
ses navires perdit une ancre. ‘“ Pour ce,” dit-il,
“ nous fut besoin passer plus outre en ce fleuve, quelques sept ou huit lieues pour gagner un bon port, où il y eût bon fond lequel nous avions été découvrir avec nos barques ; et, pour les mauvais temps, tempête et obscurité qu'il fit, demeurâmes en ce port jusqu'au vingt.
cinquième, sans pouvoir sortir.”
“ Cependant nous vimes une grande multitude d'hommes sauvages qui pêchaient des tombes, ! desquels il y a grande quantité ; ils étaient environ quarante barques, et, tant en hommes, femmes qu’enfants, plus de deux cents, lesquels, après qu’ils eurent conversé en terre avec nous, venaient privément au bord de nos navires avec leurs barques.................. Ils n’ont autre demeure que dessous ces barques, lesquelles ils renversent et s'étendent sous
icelles, sur la terre sans aucune couverture. ”
Avant de quitter le port, Cartier voulut plan-
ter une croix, sur la pointe de sable qui en
1 Selon Hakluyt, ce sont des maquereaux.
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La Gaspésie ferme l'entrée. “ Le vingt-quatrième jour de juillet, ” dit-il, “ nous fimes faire une croix,
haute de trente pieds, sur la pointe de l'entrée
de ce port, au milieu de laquelle mimes un
écusson relevé avec trois fleurs de lis, et dessus était en grosses lettres entaillées en du bois : Vive le Roi de France. Et après, la plantâmes en leur présence sur la dite pointe. Et, l'ayant levée en haut, nous agenouillons tous, ayant les mains jointes... de laquelle chose ils s'émer-
veillaient beaucoup. ”
Cartier avait choisi un site admirable pour y arborer l’étendard sacré dela foi. Erigé pour la première fois dans la Nouveile-France, la croix dominait d’un côté sur la magnifique baïe de Graspé, et, de l’autre, sur ce beau port, où, bien des fois, depuis, les bâtiments français et anglais sont venus chercher un abri contre les fureurs de la tempête. Les Gaspésiens parurent cependant s'inquiéter de cette prise de possession,
car, lorsque les marins français furent retournés