CHAPITRE QUATRIÈME
Percé et ses souvenirs historiques — La fête de Saint-Pierre — L'hiver et le printemps à Percé — La morue marchande et la morue de réfection — La maison Robin — La Table de Rolland — L'ile de Percé, et sa république — Les chercheurs d'œufs — Départ — Ile de Bonaventure.
Bâti sur deux anses, que sépare le Mont-Joli, le village de Percé se présente fort bien, et de fait le district de Gaspé n'offre rien de plus pittoresque. En dédoublant le cap Bérée, nous apercevons l’anse du nord-ouest qui se déploie devant nous. Au rivage, sont les nombreuses embarcations employées pour la pêche ; sur la terre, le premier plan est occupé par les chafauds et de longs vignots ; au-delà sont les habitations dont chacune est environnée d’un petit champ,
en arrière, sur une colline, sont placés l’église
et le presbytère. Le terrain s'élève graduelle-
ment, à mesure qu'il s'éloigne de la mer, et déroule à la fois toutes les parties de ce tableau, encadré par un demi-cercle de montagnes, audessus desquelles se dresse la Table de Rolland ou le mont Sainte-Anne. Plus près de nous, est l’île de Percé dont les deux arches se dessinent sur l’azur de la mer ; on dirait les restes d’un pont bâti par une race de géants, pour unir l’île de Bonaventure au Mont-Joli, dont le beau
lateau vert s'incline légèrement vers l’anse. [=]
Sur la crête du Mont-Joli, un groupe nom- * breux d'hommes et de femmes paraît occupé à nous souhaiter la bienvenue ; quelques hourrahs parviennent faiblement jusqu'à nous ; une fumée blanchâtre jaillit en tourbillonnant, et le grondement du canon, répété puisamment par les échos, porte l’épouvante au milieu des habi- ‘ tants ailés du cap Percé, qui s'élèvent par nuages et remplissent l'air de leurs cris aigus.
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À peine avons-ncus jeté l'ancre, qu'une chaloupe de la douane arrive près de la goëlette, pour conduire à terre l'Evêque et sa suite. Le prélat est reçu au rivage par la population entière, qui se presse autour de lui pour demander sa bénédiction.
À l'exception de monseigneur Turgeon,aucun de nous n’a encore passé une nuit à terre, depuis notre départ de Québec. Nous allons enfin être hébergés, et la nuit et le jour, dans le presbytère de Percé Quand on n’en a pas fait l’expérience, l’on ne saurait se figurer combien il est doux, après avoir été bercé par les vagues pendant deux semaines, de tomber dans un lit où l’on peut sommeiller en paix, sans craindre d’être jeté sur le plancher par un caprice du vent ou de la mer.
La maison du missionnaire est suffisamment spacieuse pour un homme qui n’est pas exposé
à recevoir de visites. L'église, édifice de bois, est assez commode à l’intérieur, mais défigurée à l'extérieur par un maussade clocher, que couronne une boîte faite sur le plan d’un bonnet quarré. Près du flanc de l’église, un mamelon de forme régulière s'élève à une trentaine de pieds de hauteur ; il sert de piédestal à une grande croix, sous l'ombre de laquelle viennent reposer après la mort les catholiques de Percé. Comme en creusant au pied du mamelon, l’on a trouvé des objets qui n'ont dû servir qu'à des sauvages, l’on a cru qu'il avait été élevé pour rappeler la mémoire de quelque capitaine renommé des temps anciens.
Percé fut visité en 1584 par Jacques Cartier, qui donna le nom de cap des Prés, soit au cap Percé, soit au Mont-Joli. Depuis la fin du seizième siècle, ce lieu n’a cessé d’être fréquenté
parles pêcheurs français, qui y prenaient le
poisson en abondance et y trouvaient de grandes
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commodités pour le faire sécher. Il est même très-probable qu'ils y allèrent à la suite du voyage de Cartier. Après la fondation de Québec, Champlain, à plusieurs reprises, envoya des chaloupes à Percé, soit pour obtenir des provisions, soit pour faire passer en France des lettres ou des messagers par les derniers navires de pêche.
Je sieur Nicolas Denys ayant obtenu de la compagnie de la Nouvelle-France toutes les côtes qui bordent le golfe Saint-Laurent, depuis Canseau dans l’Acadie jusqu’au cap des Rosiers, visita cette portion de ses domaines et essaya de la faire valoir ; il envoya quelques navires à Percé, mais sans retirer beaucoup de profit de ces voyages, parce qu’il ne pouvait surveiller ses employés. Ses affaires allèrent si mal, qu'il fut ruiné. Alors le gouvernement français, pour le tirer d'embarras et pour satisfaire aux justes demandes de plusieurs armateurs, fit rentrer
dans le domaine royal cette immense étendue de pays, et en compensation accorda à son fils, Richard Denys de Fronsac, des terres dans la baie et sur la rivière de Miramichi. Plus tard, le sieur de Fronsac obtint la concession de Percé et du territoire avoïisinant, où il attira sept à huit familles qui s’y arrêtèrent ; mais cette petite population était à peine perceptible pendant l'été, au milieu des cinq ou six cents hommes qui se rendaient à Percé pour y faire
la pêche.
Monseigneur de Laval crut devoir s'occuper des besoins spirituels de cette portion éloignée de son troupeau ; en 1678, il chargea de cette mission les Pères Récollets, qui bâtirent une chapelle à Percé même, et une autre à l’île de Bonaventure sous le vocable de Sainte-Claire. Aux deux premiers missionnaires, succéda, en 1675, le P. Chrétien LeClercq, qui a écrit sur le Canada, deux ouvrages, aujourd'hui fort
ndue 1 fils, ns la tard, on de attira mais ptible cents
faire
rares, La Gaspésie et Le Premier Etablissement de la Foi dans la Nouvelle-France.
Après que Guillaume d'Orange se fut emparé de la couronne de son beau-père, Jacques Il, des armateurs anglais profitèrent des troubles soulevés à cette occasion, entre la France et l'Angleterre, pour détruire les établissements français en Amérique et essayer de s'emparer du Canada. Percé fut attaqué à l’improviste.
Le P. Jumeau. récollet, raconte cet épisode de l'histoire de la Gaspésie, qui se passait au mois d'août 1690.
“ Deux frégates anglaises,” écrivait-il, “ parurent sous le pavillon de France, à la rade de l'ile Bonaventure, et par ce stratagème se saisirent aisément de cinq navires pêcheurs, dont les capitaines et les équipages, alors entièrement occupés à la pêche, furent obligés
de se sauver à Québec, rarce qu'ils n'étaient
pas en état de se défendre. Les ennemis de
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l'état ayant tenté une descente à terre...
pillèrent, ravagèrent et brûlèrent les maisons des habitants, qui sont bien au nombre de huit ou dix familles, et qui pour la plupart s'étaient déjà réfugiés dans les bois Je frémis d'horreur au simple souvenir des impiétés que ces scélérats commirent dans notre église, qui leur servait de corps-de-garde. Ils brisèrent et foulèrent aux pieds nos images ; les tableaux de la sainte Vierge et de saint Pierre furent tous deux criblés de plus de cent cinquante coups de fusil Pas une croix n’échapnpa à leur fureur, à la réserve de celle que j'avais autrefois plantés sur la Table à Rolland, qui, pour être sur une montagne de trop difficile accès, subsiste encore à présent toute seule, comme le monument sacré de notre christianis- Ils mirent le feu aux quatre coins de notre église, qui fut bicntôt réduite en cendres,
de même que celle de notre mission en l’île de
Bonaventure.”
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Juin, 29.
Ainsi, il y a déjà bien longtemps que la première chapelie de Percé, placée sous la protection de saint Pierre, était détruite par des anglais ; deux ou trois autres chapelles l'ont, tour à tour, remplacée, et, chaque année, malgré tous les changements, la fête du grand apôtre s’est célébrée ici avec une joie ordinairement vive, et souvent bruyante. Aujourd'hui, que la solennité est rehaussée par la présence d'un évêque et de plusieurs prêtres, l’église est envahie par une foule compacte de fidèles, désireux de fêter leur patron et d'assister aux exercices de la visite épiscopale.
Pendant l'hiver, Percé est un village isolé, renfermant environ cinq cents âmes; la population est composée de Canadiens, de Jersiais et d'Irlandais. Comme ce poste est à cent cinquante lieues de Québec, pendant la saison des frimas et des glaces on n'y reçoit qu'une seule
fois des nouvelles de l'étranger; elles sont apportées par un courrier, chargé de communiquer les révolutions du monde civilisé aux habitants de cette plage endormie. Toute la nature y paraît alors accablée par le sommeil de la mort ; le commerce est enseveli sous des amas de neige, qui ne disparaissent qu’au mois de mai; des bancs de glace s'accumulent près du rivage et s'étendent au loin sur la mer; des vents lourds et froids soufflent constamment. Mais, dès les premiers jours de juin, l'aspect a complètement changé; des goëlettes et des
navires arrivent chargés de marchandises ; ils
versent sur le rivage une population nouvelle, qui apporte la vie et le mouvement. Les achats se font, les marchés se concluent, les embarcations sont gréées pour la croisière, les rêts et les seines se déroulent sur le rivage ; au milieu des hommes occupés de leurs préparatifs, tourbillonne la cohue des enfants, des chiens et des
flâneuses. a-dessus du bruit discordant des
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spect a et des es ; ils velle, achats barcarêts et milieu , touret des t des
voix humaines ét canines, domine la voix solennelle de la mer, battant en mesure contre les falaises du cap Percé et du Mont-Joli. Bientôt de nombreuses berges sont poussées au large, pour recueillir les richesses de la mer. Pendant toute la journée, le pêcheur est occupé sans relâche à tendre ses lignes, à les retirer, à arracher les hamecçons du gau de la gloutonne morue. Il n’a pas le temps de songer à prendre le repas du midi: ÿ : permet seulement, lorsque la faim se fait sentir, de rompre un
morceau de pain, qu’il avale tout en continuant son travail.
Au coucher du soleil, les berges se dirigent vers la terre. Si le temps est calme, des chants joyeux accompagnent le bruit cadencé des rames. Le vent souffle-t-il ? Sur tous les points de l’horison, vous apercevez des taches blanches se croisant, s'éloignant se rapprochant ; tantôt elles se cachent, tantôt elles reparaissent bril-
lantes sur le dos de la vague. Elles grossissent ; des cris de joie annoncent la rentrée au port ; les berges vont se. ranger auprès des chafauds, pour y décharger le produit de la pêche, et le pêcheur descend à terre, ravi d’avoir ses coudées franches, après être resté pendant toute une journée, resserré dans l’étroit espace de sa nacelle,
Alors commence le travail des gens de terre ; hommes, femmes et enfants s'occupent à piquer la morue, à la décoller, à la trancher, à la saler ; il leur faudra, dans les semaines suivantes, l’étendre, la piler, et lui faire subir de nombreuses
manipulations, avant qu’elle puisse mériter le q titre de morue sèche. P te
La morue sèche est ou marchande ou de réfec- ei tion, suivant qu'elle a été traitée avec plus ‘ou q
moins de soin. On dit que la morue est marchande, lorsque, après la préparation, la chair ne présente ni taches, ni coupure, ni meurtris-
sissent ; 1 port ; Lafauds, e, et le ses count toute -e de sa
le terre ; à piquer la saler ; ntes, l’éibreuses
ériter le
e réfecplus ‘ou bst marla chair
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sure ; elle se vend plus cher que l’autre, et est destinée aux marchés du Brésil, de l'Espagne et de l'Italie, La morue de réfection est gardée poûür le Canada et les Indes Occidentales. Elle forme la principale nourriture du pêcheur gaspésien ; il laissera de côté la morue marchande, comme trop insipide, et choisira pour son dîner celle dont la chair tachetée dénote que les mouches y ont déposé leurs œufs. Ces matières étrangères produisent de la fermentation dans les parties voisines et leur donnent un goût plus piquant.
La morue verte ne s'apprête qu'en automne, quand les pluies deviennent trop fréquentes, pour qu'on puisse la faire sécher ; on se contente de l'ouvrir, de la décoller, de la nettoyer et de la saler ; elle est alors prête à être empaquetée.
Malgré l'abondance de la morue, il arrive
souvent que des familles du pays n'ont pas de
on, Corse der Grise Less mere
poisson pour le carème. Comme des navires demeurent à la côte aussi longtemps que le permet la saison, les pêcheurs leur fournissent de la morue jusqu'au dernier moment, dans l'espérance qu’il restera toujours assez de temps pour faire les provisions de la maison. Mais les approches de l'hiver, qui forcent les bâtiments de commerce à s'éloigner, obligent les pêcheurs à mettre leurs berges en lieu de sûreté ; et de la naît la disette de poison, parmi ceux qui en fournissent abondamment aux pays
étrangers.
Trois compagnies occupent une large part du commerce de poisson, dans le district de Gaspé ; ce sont les maisons Robin, Janvrin, Buteau et LeBouthillier. MM. LeBouthillier et Buteau se sont associés depuis peu d’années.
Le chef-lieu de leurs opérations est à Percé, d’où ils exportent surtout la morue de réfection. M. LeBouthillier dirigeait auparavant dans ce pays les affäires de la maison Robin.
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cé, d’où ion. M.
ce pays
Il y a soixante ans, un jeune homme de Jersey, nommé Charles Robin, vint s'établir à Percé, où il n’y avait encore que quelques habitants. A l'intelligence et à l’activité de ses compatriotes, il joignait une instruction supérieure. Il s'engagea avec succès dans le commerce du poisson, et ses affaires s’étendirent graduellement. Autour de son établissement, se réunirent plusieurs jersiais, ainsi que quelques familles irlandaises, canadiennes et acadiennes.
Percé prenait un accroissement rapide. Vers 1808 et 1809, lorsqu'en Europe la population des campagnes, arrachée aux travaux de l’agriculture, se portait en masse dans les camps, le prix des vivres devint très-élevé ; la inorue se vendit alors jusqu’à six louis le quintal. Aussi les profits du commerce furent si considérables pour M. Charles Robin, qu'il ne savait
plus où placer ses capitaux. Il s’associa ses
neveux, qui avaient les goûts et les talents de
leur oncle et qui continuèrent les affaires.
Quoiqu'il soit mort depuis dix-neuf ans, les opérations de la compagnie sont encore conduites dans le même esprit qui a présidé à sa formation.
Cette maison possède trois grands établissements, un à Percé, un à Grande-Rivière et le principal à Paspébiac. Aucun des propriétaires
ne réside sur les lieux. M. Philippe Robin
voyage en France et en Italie ; de là, par lettres
il communique ses plans et ses ordres, que M. Jacques Robin, résidant à Jersey, est chargé de faire exécuter. Dans le district de Gaspé, les affaires sont dirigées par six commis, placés deux par deux. Ces employés doivent être célibataires, ou bien, s'ils sont mariés, ils ne doivent point avoir leurs femmes auprès d'eux. On leur a imposé un réglement très-sévère, entrant dans les plus minutieux détails de la
conduite à tenir, et spécifiant même les plats
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qui, chaque jour, doivent être servis à la table, Si ce réglement était fidèlement observé, leur cuisine ne serait pas dispendieuse. Quoique les émoluments des commis soient faibles, jamais, cependant, maître n’a été mieux servi que ne le sont MM. Robin. Choisis vers l’âge de quatorze ans, et formés pendant quelque temps auprès des chefs, ces employés sont envoyés dans les établissements de Gaspé, où les intérêts de la compagnie semblent s'identifier avec les leurs. Tous les deax ans, un des commis de chaque magasin va passer l'hiver à Jersey,
afin de rendre compte de l’état des affaires.
Un des grands principes de MM. Robin est de ne permettre aucune innovation. L’on rapporte bien des traits de leur attachement à l'ordre établi; je n’en citerai qu’un. Leurs navires de cabotage doivent se terminer en cul-
de-poule ; il y a peu d’années, leur principal
charpentier, faisant un brick pour le service de
la côte, crut devoir lui donner une poupe quarrée, parce que le bois qu’il employait favorisait cette forme. Quelques mois après, il reçut l’ordre de le défaire, et de le rebâtir à poupe allongée; les chefs joignaient une injonction sérieuse de
conserver rigoureusement les anciens usages.
Après les offices de la fête de saint Pierre, nous allons visiter la Table de Rolland; une
gorge profonde nous conduit jusqu'au plateau
qui la couronne. Le sommet de cette montagne
est à douze cent trente pieds d’élévation audessus du niveau de la mer. On peut le distinguer à une distance de quarante milles, lorsque le temps est clair; aussi de ce point élevé la vue est magnifique. Le regard plonge sur Percé avec ses vignots, ses maisons, ses deux anses bordées de berges, sur le Mont-Joli, le cap Percé et l'ile de Bonaventure, humblement couchés au pied du géant. Vers la droite,
une ligne bleuâtre se confond avec la mer, et
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sages.
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marque la direction que suit la côte, depuis la grande Rivière jusqu'à la pointe au Maquereau ; sur la gauche, la vue embrasse la Malbaie, ainsi que la baie de Gaspé, et va se reposer sur les hauteurs du Fourillon. Le sommet de la Table de Rolland forme un plateau dont une partie est unie, dépouillée d'arbres et couverte d’une herbe épaisse. Ce tapis vert est diapré de modestes fleurs, parmi lesquelles s’est glissée la blanche primevère trouvée par le botaniste Michaux, sur les bords du lac Mistassin.
Nous revenons de notre excursion aérienne assez tôt pour rencontrer, à la table de M.
Montminy, le représentant du comté de Gaspé, M. LeBouthillier, homme distingué par son
urbanité, son activité et ses connaissances.
Suivant lui le comté possède environ six cents berges de pêche ; les profits sont tels, à certaines époques que vers la fin de juin, dans le seul port de Percé, la valeur du poisson qui se prend chaque jour est d'environ cinq cents louis.
Des fenêtres du presbytère, l’on aperçoit clairement le plateau verdoyant de l’île de Percé. Il est semé de points brillants, tantôt stationnaires, tantôt mobiles ; ce sont les habitants ailés de ce lieu, les uns couvant leurs œufs dass la sécurité la plus profonde, les autres veillant sur la famille nouvellement éclose. Cette viile aérienne se divise en deux quartiers bien distincts, celui des cormorans et celui des goëlands. Si un individu d’une des tribus ose franchir la limite assignée à ceux de sa plume, cet empiètement n’est jamais toléré en silence. Un cri formidable, formé de milliers de cris, retentit dans les airs, et se fait entendre quelquefois à la distance de plusieurs milles ; une nuée, semblable à un brouillard épais de neige, s'élève au-dessus du camp souillé par la présence de l'étranger. Les envahisseurs sont-ils nombreux; une colonne se détache de la masse des habitants du territoire menacé, et, décrivant un
demi-cercle, va attaquer les ennemis sur les
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derrières. Comme les défenseurs de la patrie sont toujours forts sur le sol natal, les étrangers doivent céder et déguerpir devant les coups de bec et les malédictions de leurs adversaires. Cette petite guerre entraîne de fréquents combats, car à peine se passe-t-il un quart-d’heure, sans que des cris aigus nous avertissent que la discorde à lancé ses brandons parmi la gent volatile.
Les deux républiques, dont le territoire réuni couvre environ deux arpents en superficie, étaient autrefois protégées par l’escarpement de leur rocher, et vivaient à l'abri des incursions de l'homme. Le nid paternel se léguait de génération en génération ; le goëland et le cormoran élevaient leurs enfants, au lieu où ils
avaient eux-mêmes becqueté la coquille pour
se glisser dans le monde. Ce monde cependant changeait autour d'eux; c'était bien toujours le
même ciel; c'était bien la même mer se brisant, F
furieuse, contre les solides fondements de leur citadelle, et roulant des montagnes d’eau sur les rivages des deux anses. Mais, là-bas, à . quelques centaines de toises, le monde n'était plus le même. La forêt était tombée; des
fumées s'élevaient au-dessus de quelques ca-
banes habitées par l’homme blanc; la grève
avait cessé d’être solitaire; les vagues soulevalent des embarcations, à la coque noire, aux ailes blanches et aux longs mâts. La république était menacée ; ses lieux de pêche étaient envahis par des barbares, qui plus d’une fois
firent couler le sang des anciens possesseurs de l’île.
Du moins, s’il fallait aller chercher le poisson à une plus grande distance, cormorans et goëlands le pouvaient encore manger en paix, au sommet inaccessible de leur rocher. Trompeuse sécurité ! pour les goëlands, comme pour les
hommes, il n’est rien d'immuable sur la terre.
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Vers l’an 1805, quelques milliers d'années après l'établissement en ce lieu d’un descendant du premier goëland, deux hardis pêcheurs se déterminèrent à escalader cette forteresse, jusqu'alors réputée inexpugnable.
L'ile de Percé paraît avoir autrefois été liée avec le Mont-Joli; elle n’en est séparée que
i par un étroit canal, qui assèche à basse mer.
La longueur du plateau est d'environ huit arpents, et sa largeur n’est guère que de soixante à quatre-vingts pieds. Dans tout son pourtour, le
rocher n’est qu’une falaise continue, dont la
Rhauteur moyenne est de deux cent quatre-vingt-
dix pieds. L'œil perçant des deux pêcheurs avait souvent mesuré toutes les difficultés qu'ils encontreraient à escalader cette muraille, pour arriver jusqu'au sommet. Un seul point leur résentait une chance de succès. Près d’une les arches, à quarante pieds de la base, le ocher fait une saillie, au-dessus de laquelle la
falaise rentre un peu, et offre quelque facilité à celui qui la voudrait gravir. Mais cette route était trop douce pour les alertes pêcheurs; ils en choisirent une autre, propre à décourager un chamois. Des rames, fortement liées ensemble, sont appliquées contre la face du rocher. Au moyen de cette échelle improvisée, ils franchissent la partie la plus ardue de la montée ; puis, s’attachant aux anfractuosités de la pierre et se soulevant à l’aide des arbrisseaux qui prennent racine dans les fissures, ils parvien-
nent jusqu'au plateau.
Pour Duguay et Moriarty, ce fut un beau jour que celui où ils purent se glorifier d’être arrivés les premiers au sommet de l’île de Percé. Il existait bien une vague tradition qu'à certaines époques, un jeune homme aux formes herculéennes, à l’allure surhumaine, avait paru sur le cap ; mais ces rêveries superstitieuses ne
servaient qu'à donner un nouveau relief à la
hardiesse des simples mortels, qui avaient osé
acilité à e route urs ; ils ourager ées enrocher.
ils franmontée ; la pierre aux qui
parvien-
n beau r d'être e Percé.
qu'à cerTformes ait paru buses ne ief à la
lent osé
braver le (Génie du cap Percé, jusques dans
son aire inaccessible.
Ce que l'amour de la gloire avait fait entreprendre à ces deux hommes, l'esprit d'intérêt et d'imitation le fit ensuite tenter à beaucoup d'autres; une fois la marche tracée, la moitié des difficultés s’évanouissait. Les noriveaux venus toutefois crurent devoir prendre la route regardée comme trop facile par leurs dévanciers. Tous les ans, quelques jeunes gens allaient enlever les œufs, et ramasser la plume
des habitants du rocher.
D'abord la présence de l’homme effrayait si peu les oiseaux, que, pour arriver aux œufs, il fallait pousser la mère hors de son nid. Plus tard, la fréquence des visites avait fini par effaroucher les goëlands et les cormorans, et menaçait de les éloigner de leur antique empire ; heureusement, un réglement, fait par les magis-
trats du district de Gaspé, a depuis quelqnes
semaines, rétabli les habitants du cap Percé dans la jouissance paisible de leur domaine.
La pitié pour les opprimés n’était cependant pas le motif qui portait à les protéger ; il s’agissait plutôt de l'intérêt des oppresseurs. En effet, lorsqu'une brume épaisse se répand sur la mer voisine, comme cela arrive fréquemment, les cris des oiseaux du cap servent à guider les pécheurs surpris au large par l'obscurité, et à leur indiquer le gisement des terres. Les services rendus dans ces occasions, étant nombreux et importants, devaient engager à mettre un terme à la destruction de serviteurs si utiles à la communauté.
D'ailleurs ces ascensions hasardeuses exposaient inutilement la vie d’un grand nombre de jeunes gens, qui les entreprenaient avec plus
%. courage que de prudence. L'année dernière,
1 êe ces braves fut précipité d’une hauteur de
prés x cent pieds, par la chute d’une pierre,
p Percé
naine.
pendant il s’agis- En effet, ir la mer ment, les er les pèê- , et à leur s services nbreux et un terme iles à la
ses eXxpoombre de avec plus dernière, auteur de
Le pierre,
sur laquelle il venait de sauter. Accourus à son
secours, ses compagnons ne relevèrent qu’un cadavre tout broyé.
Cette année, un jersiais a perdu la vie, en se risquant à enlever des œufs, sur une pointe de rocher, à l’île de Bonaventure. Une corde passée sous les bras, il s'était fait descendre jusque vis-à-vis des nids qu'il voulait spolier. Tandis qu’il se hâtait d'emplir son panier, la corde, rongée par le frottement sur une saillie du roc, se rompit, et laissa tomber l’imprudent dénicheur, qui se brisa la tête contre les pierres du rivage.
La témérité n’est pas toujours punie avec la même sévérité. Tranquille Duguay, dont le nom vient d’être mentionné, désirait enlever les œufs d’une famille de margots, qui avaient posé leur nid dans une cavité, sur la face d’un cap. Pour y arriver, il grimpa à une hauteur de cin-
quante à soixante pieds, au moyen de quelques
arbres rabougris et des aspérités de la pierre. Comme la mère essayait de se défendre, il la saisit d'une main, tandis que, de l’autre, il mettait les œufs dans un sac. L'oiseau, dans ses efforts désespérés pour se dégager, réussit à crever un œil au maraudeur, dont la situation devenait fort périlleuse, puisque, par un seul mouvement mal assuré, il pouvait être lancé dans l’abîme béant sous ses pieds. En dépit de la douleur qu'il ressentait, celui-ci conserva son sang-froid, maiïntint sa position, et enleva tous les œufs. Puis, tenant toujours son ennemi par le cou, il descendit tranquillement au rivage par la voie difficile qu'il avait suivie pour
monter.
Du côté du Mont-Joli, le cap Percé est coupé à pic. Dans cette direction, le plateau se rétrécissant, s’avance de plusieurs pieds au-dessus de la mer, et se termine en pointe. ‘“ Vous
voyez cette pointe-là ;” nous disait un vieux
pêcheur; eh bien! il va iri nn ivrogne, qui
nt tit
pierre.
e, il la il metans $es sussit à ituation un seul e lancé dépit de erva Son eva tous emi par
rivage
je pour
st coupé se rétréu-dessus
« Vous n vieux
gne, qui
monta un jour sur le cap avec quelques bons lurons de son espèce, pour avoir le plaisir de s'enivrer là haut. Quand il fut gris, il gagea avec ses amis qu'il irait boire un coup sur la pointe du rocher. Il s’y rendit, but un coup, chanta le coq, fit trois sauts et s’en retourna,
sans accident. Le dieu des ivrognes le soutenait.” 2 ele / ne apnbans en 4 4l Aa À Man ads … A en éatsiatét »