‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 13 sur 25 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

La Grande-Rivière—Un sourd—Tnstruction religieuse—Avantages matériels —Un catéchiste—Le naufrage anglais—Au pied de la grande échelle —Pointe-au-Genièvre—Richesses de la mer.

Juillet, 2.

Au point du jour, nous sommes encore près de l’île Bonaventure; heureusement, un fort vent du nord-est s'élève tout à coup, et nous porte dans l’anse de la Grande-Rivière, où nous jetons l'ancre, vers 54 heures du matin. Un coup de canon est tiré pour annoncer notre arrivée à M. Montminy, qui novs a laissés dans

le dessein de nous devancer et de préparer les

voies; personne ne paraît faire attention au

signal donné, et nous attendons patiemment

138 La CG'aspésie

qu'on veuille bien s'occuper de nous. Enfin, du barachois sort üun flette, conduit par un vieillard, qui fait jouer lentement ses deux rames. Nous le hélons à plusieurs reprises; mais il est trop occupé, et ne nous aperçoit qu’au moment où sa petite embarcation frappe contre la goëlette. Comment décrire sa surprise ? Sa tête est nue ; ses longs cheveux gris flottent au gré du vent, tantôt couvrant sa figure bronzée, tantôt se tordant et se dressant comme des serpents. La bouche béante, les yeux attachés sur Mgr. de Sidyme, il s'appuie sur une rame, tandis qu’il tient l’autre prête à frapper l’eau, au premier moment d'hostilité qu’il remarquera. —“ M. le missionnaire est-il arrivé ? ”—‘ Oui, oui; je le sais”’—" Avez-vous eu connaissance du prêtre ? ”—" Oui, oui, la plus belle voiture.” — Sans attendre d'autre question et sans donner d'explication plus claire, il fait volte-face, et mettant en jeu toute la vigueur de ses vieux bras, il fuit vers le goulet d’où nous l'avons vu

sortir.

fin, du 1 vieilrames.

mais il au montre la Sa tête au gré ronzée, des serttachés rame, èr l’eau, quera.

‘ Oui, \issance ure. — donner face, et s vieux ons vu

Au bout d’une demi-heure, une berge nous amène des gens plus raisonnables, et le mystère qui accompagnait les allures du premier visiteur s'explique. Il avait pris la Sara pour un des bâtiments qui font le trafic sur la côte ; sui-

vant sa coutume, il se rendait à bord pour

donner et recevoir les premières nouvelles, et prendre le petit coup d'eau-de-vie; lorsqu'il leva les yeux, il aperçut un évêque avec plusieurs prêtres, et reconnut sa méprise. Trèssourd, il ne put entendre les questions qui lui étaient adressées ; mais il sempressa de porter à terre la nouvelle de l’arrivée des étrangers, et de faire expédier vers eux la meilleure berge de l'endroit. Comme M. Montminy, retardé

par quelque contretemps, n’est pas encore rendu.

à la Grande-Rivière, personne ne nous y attendait.

Ce lieu de pêche, a sor barachois et sa rivière, dont l'entrée est rendue difficile par une barre

de sable. Le terrain est plat et peu élevé; depuis le mont Sainte-Anne, les hauteurs s’éloignent tellement de la mer, que d'ici on ne peut les distinguer.

Les nombreuses branches d’une même famille établie ic’ ‘sruis plus de cent ans, for-

ment la plus granue partie de la population.

-Il fut un temps, sur ia lin c' siècle dernier, où les côtes du golfe étaient rarement visitées par les missionnaires, qui ne pouvaient parcourir tous les établissements dans une seule année. M. Girouard fut, vers cette époque, chargé de déservir le littoral de la baie des Chaleurs et le district de Gaspé tout entier; plusieurs années auparavant, un de ses prédécesseurs, M.

Bourque, avait à visiter près de quatre cents lieues de côtes, dans la Nouvelle-Ecosse, le

Nouveau-Brunswick et le Canada. Aujourd’hui,

que les missions ont été divisées, le pasteur peut

élevé ;

s’éloi-

e peut

me fans, for-

tion.

lier, Où ses par courir année.

gé de s et le rs anrs, M.

cents se, le d'hui, peut

veiller plus aisément sur son troupeau, et l’instruction religieuse se répand dans toutes les parties du pays. Nous avons ici l’occasion d'observer tout le bien moral qui résulte de la présence du missionnaire au milieu de ses ouailles,

se Quant aux avantages temporels de la Grande- Rivière, ils sont considérables. Les terres y sont fertiles, et il est facile de les améliorer avec les monceaux de têtes de morues qui pourrissent près des vignots.. Aussi fructueuses qu’à Percé, les pêcheries exigent moins de frais, car la bouette est plus abondante, et les berges s’usent

moins vite.

Les embarcations sont beaucoup plus fortes que ceiles que nous avons vues jusqu'ici. La raison en est qu'à la Grande-Rivière, chaque pêcheur construit lui-même ses berges, et les fait très-solides, afin qu'elles durent plus longtemps.

| if.

pa if

Ici règne une aisance qu'on ne rencontre pas dans nos plus riches paroisses du district de Québec. Les marchands forains apportent des provisions en abondance, et quelquefois à assez bas prix, comme cela est arrivé cet été; en

retour, ils prennent de la morue marchande.

Néanmoins, les choses changent durant l'hiver, chez ceux qui ont manqué de prévoyance et d'économie ; ces derniers se voient souvent réduits à une grande gêne, nour avoir imité la cigale, au lieu de suivre l'exemple de la fourmi. Malgré ces exceptions au bien-être général, tous les habitants de la Grande-Rivière sont restés hors de la dépendance de la maison Robin, qui n'a pu établir ici sa domination, comme elle l’a fait à Paspébiac,

Notre hôte, Baptiste Couture-Bellerive, descendant du digne compagnon de captivité du P. Jogues, exige que nous prenions tous nos repas chez lui. L'état d'aisance dans lequel il

e pas ct de nt des assez té; en ande.

‘hiver, nce et ent rémité la ourmi.

al, tous restés in, qui

elle l’a

e, desité du

as nos

D uel il

La Gaspésie 143 vit, lui permet d'exercer une généreuse hospitalité. Il possède un établissement de pêche, qui lui donne d’amples revenus. Ce matin même, il a pris quatorze saumons qui, au prix d’un écu la pièce, lui font une assez bonne aubaine. Grâce à sa libéralité, le saumon sera

notre pain quotidien d'ici à quelques jours.

Trois lourds et forts fusils ornent sa grande chambre ; ils ont sept pieds de longueur, et c'est, nous dit-il, la taille ordinaire des fusils dans ces parages. Les occasions de satisfaire sa passion pour la chasse sont si fréquentes, que, chaque année, il met de côté une somme de vingt louis pour l'achat de poudre et de plomb. Pendant tout l'été, les anses voisines sont couvertes de gibiers noirs ; l'automne amène avec lui d'innombrables volées de canards et d'outardes. Et qui, à la vucode ces richesses de l'air et de l’eau, ne serait tenté de

se faire chasseur ? Quel cœur ne battrait

d'anxiété et de joie, en présence de ces phalanges, ailées, couvrant les battures et se jouant au milieu des joncs. Aussi dans ce lieu tous les hommes sont chasseurs. Beaucoup de mains dégirnies d’un doigt ou d'un pouce attestent cependant que, si la chasse a des délices, elle offre aussi des dangers. Par une coïncidence remarquable, les accidents de ce genre sont toujours arrivés le dimanche ou un jour de fête d'obligation.

Dans toutes les missions du golfe Saint- Laurent, pendant l’absence du prêtre, les catholiques observent fidèlement l’usage de se réunir le dimanche à la chapelle, pour y faire leurs prières. On y chante certaines parties de la messe, ainsi que les psaumes des vêpres. Un catér "ste est chargé de lire les prières à haute voix et d'instruire les enfants. Ces fonctions, sont confiées à un homme probe, et assez instruit pour pouvoir, tant bien que mal, lire les

es phaa jouant tous les e mains ittestent ces, elle acidence nre sont ir de fête

fe Saintes cathose réunir ire leurs ies de la res. Un s à haute onctions, assez ins-

lire les

La Guspésie 145

prières de la messe d’un bout à l’autre. Il est nécessaire de remarquer que cette dernière condition ne se rencontre pas souvent chez les pêcheurs de la Graspésie.—‘“ Débis pien tes années,” nous disait le père Stiver, allemand de naissance et lecteur de la Grande-Rivière, “ ché vais la brière ; ché leux parle du bon Tié ; à brésent chi sis renti. Ché sis fenu tans le bays, afec le réchiment tes planes. Il y a pien tes années ; car ch’ édais cheune carson, et ch ai quadre-fingt-teux ans.”—Les cheveux du bon vieux soldat, du régiment hessois ‘“ des

blancs, ” ont blanchi au service de la mission.

Aujourd’hui infirme et fort âgé, il ne peut plus lire ; mais il récite de mémoire les prières qu’il a si souvent répétées.

Longtemps après nous, arrive M. Montminy, ui, sûr de nous devancer, a passé la nuit à 1 ‘ ,

l’'Ance-à-Beaufils, près de Percé. À peine nous

a-t-il rejoints, qu’on vient le demander pour un &

malade, dont la maison est à quelques arpents

du lieu d'où il est parti ce matin. Comme sa présence est nécessaire à la Grande-Rivière, je crois devoir lui offrir mes services, qu’il ac-

cepte volontiers.

Il est impossible de faire le voyage en berge; le vent est contraire et souflle avec violence. Quant à la route de terre, on ne peut la parcourir qu’à pied, car la mer est le seul grand chemin qui soit ouvert aux voyageurs, dans cette partie du pays. D'ailleurs, il n’y a dans tout le voisinage qu’un seul cheval, et il n’a pas | encore été dompté. Qu'importe ? un sentier a été pratiqué dans la forêt en faveur des piétons, et, Dieu merci, je me suis accoutumé à faire de longues marches dans les bois de Saint-Isidore. Un guide m'accompagne; tous deux nous cheminons joyeusement, tantôt plongeant dans l’épaisseur de la forêt, tantôt suivant sur le sable

les bords de la mer. Après une course d'environ

rpents me Sa ivière,

vil ac-

berge; iolence.

la par- |] grand s, dans

a dans

n’a pas entier à piétons, faire de Isidore.

us cheans l'éle sable

environ

St re

dix milles, durant laquelle nous traversons les habitations de la Petite-Rivière, de la montée ‘u Cap, de l'anse du Cap et du cap Désespoir, nous arrivons chez le malade, qui est assez bien portant encore, et n’a guères à se plaindre que du poids de ses quatre-vingts ans. (C'est donc un voyage à peu près inutile; mais je ne puis regretter de l'avoir fait, car il m'a permis de visiter un lieu que depuis longtemps je désirais voir,

L'anse à Beaufils s'étend entre Percé et le cap nommé Des Espoirs par quelques géographes, et Désespoir par d'autres. Le dernier nom me paraît le plus convenable, car ce cap est devenu célèbre par plus d'un naufrage.

Il en est un surtout, dont le souvenir s’est conservé plein de vie parmi les habitants des environs. Sur la | pointe la plus avancée, à vingt pieds au-dessus | des plus hautes eaux, se trouvent les débris

d'un bâtiment, connu des pêcheurs sous le nom

de naufrage anglais. Pour le soulever jusquelà, la mer a dû dépasser de beaucoup ses limites ordinaires ; or il est à remarquer que, dans ces parages, les plus fortes marées ne font monter les eaux que de quatre ou cinq pieds. Les grands pères de la génération actuelle ont vu cette carcasse de bâtiment dans le même lieu, et l'ont entendu nommer le naufrage an-

glais.

Le cap Désespoir s’avance au large, vis-à-vis l'extrémité méridionale de l’île de Bonaventure. Entre ces deux pointes et Percé, se déploie une

belle nappe d’eau, remarquable par ses mirages.

Suivant les traditions locales, des merveilles,

plus inexplicables que les effets du mirage, se sont passées sur ces eaux, et ont été plusieurs fois renouvelées durant le siècle dernier et

dans les premières années de celui-ci.

# Parfois,” rapporte la chronique de ces temps, “ le pêcheur, qui s’est arrêté près du naufrage

-à-vis ture.

e une ages.

eilles, re, Se sieurs

er et

n mps, frage

anglais, assiste à des scènes merveilleuses ; une étrange vision se déroule sous ses yeux. Les eaux sont unies comme une glace, et le temps parfaitement calme. Tout à coup la mer se soulève et s'agite au large; les vagues se dressent comme des collines, se poursuivent, se brisent les unes contre les autres. Soudain, audessus de ces masses tourmentées, apparaît un léger vaisseau, portant toutes ses voiles dehors et luttant contre la rage des ondes bouillonantes. Aussi rapide que l’hirondelle de mer, cumme elle, il touche À peine les eaux. Sur la dunette, sur le gaillard, dans les haubans, rartout, se dessinent des figures humaines, dont le costume antique et militaire convient à des soldats d’un autre siècle. Le pied posé sur le beaupré et prêt à s’élancer vers le rivage, un homme, qui porte les insignes d’un officier supérieur, se tient dans l'attitude du commandement. De la main droite, il désigne au pilote le sombre cap,

qui grandit devant eux; sur son bras gauche

s'appuie une forme drapée de longs voiles blancs.

“ Le ciel est noir, le vent siffle dans les cordages, la mer gronde, le vaisseau vole comme un trait; encore quelques secondes et il va se broyer contre les rochers. Derrière lui, une vague, une vague aux larges flancs, se lève, s’arrondit et le porte vers le cap Désespoir. Des cris déchirants, au milieu desquel on distingue une voix de femme, retentissent et se mêlent aux bruits de la tempête et aux éclats du tonnerre.

‘“ La vision s’est évanouie, le silence de la mort s'est étendu sur ces eaux ; le vaisseau, le pilote, l'équipage épouvanté, les soldats,

l'homme au geste altier, la forme aux longs

voiles blancs ont disparu ; le soleil brille sur une mer calme et étincelante ; les flots viennent mollement caresser le pied du cap Désespoir.

Le pêcheur est resté seul à côté des varangues vermoulues du naufrage anglais.”

if

voiles

es COTcomme ] va se ui, une e lève, sespoir.

| on disit et se K éclats

e de la aisseaU, soldats,

longs ille sur riennent ésespoir.

rangues

La C'aspésie 151

La tradition rapporte qu’en 1111 un orage effrayant jeta, sur les rochers du cap, un vaisseau anglais chargé de soldats.

Cette année-là, une flotte anglaise remontait le Saint-Laurent sous les ordres du général Walker ; elle portait un corps de sept à huit mille hommes, commandé par le général Hill, frère de madame Masham qui venait de remplacer la duchesse de Marlborough dans la faveur de la reine Anne. Outre plusieurs régiments de vétérans et quelques compagnies des gardes royales, il y avait sur cette flotte un grand nombre de familles, qui se rendaient au Canada pour y habiter, tant: était grande la ‘onfiance des Anglais dans la réussite de leur entreprise. Des officiers et beaucoup de soldats étaient aussi suivis de leurs femmes et de leurs enfants.

La consternation régnait dans Québec, où l’on

se rappelait les angoisses et les souffrances en-

durées par les habitants de cette ville, lorsque

Phips l'avait assiégée en 1690.

Conservant peu de confiance dans les secours

humains, les Canadiens eurent recours à Dieu ; pendant que les hommes se préparalient à combattre, les dames se réunissaient dans l’église de la basse-ville, pour implorer la protection

de la sainte Vierge auprès du Dieu des armées.

Cependant la flotte anglaise était entrée dans le golfe Saint-Laurent, sans éprouver aucun accident ; alors les brumes et les calmes commencèrent à retarder sa marche. Dans la crainte que les vaisseaux et les transports ne se séparassent les uns des autres, l'amiral fit jeter l'ancre dans la baie de Gaspé. Le vingt août, il se remit en route par un fort vent de l’ouest ; mais les brumes se répandirent de nouveau sur la mer, et quelques vaisseaux durent s’écarter des autres et être poussés vers le golfe. Peu après, une violente tempête s'éleva ; le

otection

, armées.

rée dans br aucun nes CcoMma crainte se sépafit jeter ot août, e l’ouest ; nouveau rent s’é-

le golfe.

leva; le

vent venait du nord-est, et porta une partie de la flotte sur les rochers de l’île aux Œufs où huit transports furent perdus ; neuf cents hommes, tant officiers et soldats que matelots, périrent au milieu des brisants. Des femmes et des enfants se trouvèrent aussi enveloppés dans cette terrible catastrophe. L'on constata plus tard, par des objets de piété, qui furent trouvés dans les caisses jetées à la côte, que plusieurs familles catholiques avaient péri dans le naufrage,

Suivant les chroniques de la Gaspésie, ce fut la même tempête, qui porta sur la pointe du cap Désespoir le vaisseau dont les restes sont

connus sous le nom de naufrage anglais.

Vers neuf heures du soir, j'avais terminé mon voyage de vingt milles, et j'arrivais à la Grande- Rivière, tout à propos pour m'embarquer sur une berge, qui allait conduire monseigneur de Sidyme à la goëlette.

ÉÉER

oo om ms men à Ego UE EST OR RE D : : 7 AFS nr mg à LEA

iles

ai HAL:

F4 ÿf] 1:

th

“0 fe te

ess

enr

ce nn

Juillet, 3,

Nous laissons la Grande-Rivière au bruit d'une vive fusillade, comme à l'ordinaire, Un des longs fusils, trop fortement chargés, se brise entre les mains d’un jeune homme, qui est debout dans une berge, au milieu de dix ou douze personnes ; quelques éclats passent près de la tête de M. Montminy, assis à côté de l’imprudent tireur. Par bonheur, personne n’est blessée: ses voisins rient du mouvement de terreur causé par l'accident, et continuent de faire feu avec le même entrain, ayant le soin de mouiller le bout du canon de chaque fusil, afin de produire une détonation plus bruyante.

Nous sommes embarqués ; mais le ventne veut encore rien faire pour nous ; en attendant sa décision, la mer se charge de nous donner un avant-goût de ce qu'elle nous réserve au

large ; une grosse houle tourmente la Sara, qui

bruit naire.

argés, mme, milieu éclats , A88i8 nheur, nt du bnt, et ntrain, on de nation

entne

s’agite et s’impatiente. C’est le résultat du gros | Il a | El été si violent, qu'une berge conduite par des |

vent qui a soufflé depuis quelques jours.

jersiais a chaviré avant-hier ; les naufragés, habitués à ce contretemps, se réfugièrent sur la quille de leur embarcation et attendirent patiemment qu'on allât les délivrer.

Souvent il arrive des accidents de ce genre, par suite de l’imprudence et de la vanité des jeunes pêcheurs, qui craindraient de passer pour des poltrons, s'ils diminuaient de voiles

lorsque la brise fraîchit.

Peu après midi, un faible vent contraire nous permet de nous élever en mer; mais nous n’y gagnons rien, car les courants qui sortent de la baie des Chaleurs nous rejettent du côté de Percé. La chaloupe est mise à l’eau, et quatre rameurs essaient de remorquer la goëlette vers le large. C’est peine inutile; elle est refoulée

vers la côte, contre laque'le les vagues se brisent

avec violence. Déjà nous n'en sommes plus qu'à trois ou quatre encablures, lorsque le capitaine rappelle les rameurs, fait jeter deux ancres, et se résigne À attendre, en ce lieu périlleux, des circonstances un peu plus favorables pour continuer le voyage.

Les balancements saccadés et non interrompus de la Sara produisent de mauvais résultats sur un des nôtres, qui jusqu'à ce jour s'est montré fort solide ; pour arrêter le mal de mer dès son début, il prend le sage parti d'aller dormir. Quant aux autres voyageurs, qui commencent à avoir le cœur marin, ils s'occupent à faire la pêche ; en moins de deux heures, ils ont jeté sur le pont une quarantaine de morues, dont les souffrances sont abrégées par le couteau. Mathieu leur tranche la tête, les éventre, et sale les chairs pour le jour où la pêche sera mauvaise ; il réserve les têtes pour en faire un salmigondis, que les pêcheurs de

plus capiicres, [leux, pour

rromsultats

s'est e mer d'aller

comupent eures, e mopar le e, les

où la s pour

rs de

Jersey nomment la quiode, et dont ils sont fort friands.

Vis-à-vis de notre mouillage, et près d’un ruisseau nommé la Pêche-à-Manon, une longue échelle est plantée verticalement contre la falaise. Un cultivateur irlandais, établi près de ce lieu, s’en sert pour transporter le varech, qu'il étend comme engrais sur sa terre. L’échelle est trop rapprochée de nous, pour que nous ne la voyions pas d’un mauvais œil ; qu'un seul anneau des chaînes qui retiennent les ancres, soit trop faible pour résister aux secousses causées par les vagues, et la goëlette est dans un instant broyée contre les rochers.

Malgré le voisinage peu rassurant de la grande échelle, nous ne pouvons nous empècher de jouir avec délices de cette belle soirée. L'atmosphère est pure et tempérée ; la voix de la mer a des sons graves, solennels, magnifiques. Une lueur argentée, produite par le

phosphore des eaux, brille sur la crête des vagues, et s'attache aux chaînes, qui apparaissent comme un réseau de feu. Des poissons, étincelants de lumière, se jouent autour de la goëlette; dans leurs ébats, ils laissent à leur suite une longue traînée d'étoiles ; la mythologie dirait que c’est une nouvelle voie lactée, tracée sur l’azur de la mer par le passage de la déesse Amphitrite. Cette lumière phosphorique éclaire suffisamment pour permettre de distinguer avec facilité les lettres d’un livre.

L'on a présenté beaucoup d'explications de ce phénomène. Ce qu'il y a de certain, c’est que ces étincelles sont produites par le mouvement et par le frottement. Elles brillent, lorsqu'une vague se brise, ou lorsque l’eau bat contre un corps solide. Ce n’est pas une lumière dense, mais plutôt le rapprochement de myriades de points lumineux, ressemblant à ceux qui s'échappent de tous les poils d’une peau de chat, lorsqu'on la frotte avec la main.

» des araisssons, de la . leur 1ytholactée, de la orique distin-

bons de

c'est

nouve-

t, lorsau bat imière le MmYy- A ceux

peau

Juillet, 5.

Un gros vent contraire, qui s'élève vers cinq heures du matin, nous permet de gagner la pleine mer. A force de louvoyer, nous avançons vers la Pointe-au-Grenièvre, nommée Newport par les Anglais. Sur la droite, nous laissons au fond d’une belle baie, l’établissement de Pabos, qui jouissait d’une certaine importance sous le gouvernement français. Il renfermait alors quelques magasins et une chapelle, aujourd'hui détruite. Huit familles irlandaises sont établies à Pabos ; elles se livrent à la culture et fournissent des pommes de terre à une partie des pêcheurs de la côte.

Vis-à-vis de la Pointe-au-Cenièvre, s'avance

une chaîne de rochers, qui s'élèvent de douze à quinze pieds au-dessus de l’eau. Entre cette presqu'ile et la terre ferme, est un petit port,

dans lequel on pénètre par un goulet étroit et dangereux. Vers cinq heures du soir, nous ne sommes guères qu'à une demi-lieue de ce port, d'où sortent plusieurs berges, les unes pour

nous transporter à terre, les autres pour remorquer la goëlette.

7 Quelques chétives cabanes, un sol maigre, des rochers, des bouquets de sapins entre lesquels serpentent les sentiers qui conduisent à la chapelle et au rivage : voilà la partie inanimée de ce lieu. Quant aux habitants, ils bril- | lent plutôt par la bonne humeur que par la beauté des formes. Le teint cuivré, les pommettes saillantes, les cheveux noirs, longs et

raides, dénotent qu’il existe dans une partie de

Lo SE

la population un mélange de sang sauvage.

Négligemment vêtues, environnées d'enfants, dont la toilette est encore à faire, les matr : mettent le nez à la porte pour nous voir passer, et donnent tous les signes du plus grand éba-

hissement.

me

De leur côté, les hommes s'occupent à nous ménager des surprises; tapis au milieu des broussailles, ils attendent lc moment où nous passons près de leurs cachettes, pour décharger leurs fusils ; puis ils se montrent rayonnants de joie, à l’idée de nous voir étourdie. ,

Mgr. l'évêque de Sidyme est reçu par MM.

Montminy et N....., qui nous ont dévancés sur une berge de la Grande-Rivière. La chapelle, tapissée de gravures aux couleurs brillantes, se remplit en peu d’instants, et tous les assistants écoutent la parole de Dieu, avee une attention et un recueillement remarquables.

Comme l'heure avancée de la journée ne nous permet pas de prolonger la séance, après l’ins-

ction publique, nous retournons prendre

e sur la goëlette. Tandis que, arrêtés au

1 Ti n'y avait a'ors à la Peinte-au-Genièvre que douze ou quinze familles, qui depuis en: ‘6 en partie détruites par la petite vérole. D’autres les ont remplacées, sont étendues entre Pabos et la pointe au Maquereau En 1856, le no de familles s'élevait à 103.

here nee to

bord de la mer, nous attendons l’arrivée d’une chaloupe, un coup de filet, donné sous nos yeux dans le petit port, jette sur le sable un monceau de poisson : poules de mer, tanches, crapauds de mer, capelans, raies, plies, harengs, sardines, truites, loches, homards, se débattent pêle-mêle sur le rivage. Les pêcheurs choisissent le capelan pour bouéter la morue ; le reste est abandonné sur la grève, où les enfants d’une pauvre veuve trient ce qui leur convient pour le souper, sans songer à faire de provisions pour le déjeûner du lendemain ; ils savent que le lendemain pourvoira aussi à leurs besoins. Les

homards devieunent notre lot.

Ce sont de hargneux personnages que ces homards, toujours prêts à écraser ou à déchirer ce qui tombe entre leurs serres. Aussi leurs mauvaises habitudes attirent ordinairement sur eux des malédictions et des coups, quand ils se trouvent pris dans un filet ; et c’est vra'raent

d’une s yeux nceau 1ds de rdines, e-mêle le cat abanpauvre le sou- Dour le

le len- S. Les

ue ces échirer

leurs ent sur

ils se

a‘raent

à bon droit qu'ils y sont mal reçus, car leurs dures tenailles font de larges brêches au milieu des mailles.

Les eaux de la mer sont toujours fort limpides; selon certaines dispositions de l’atmosphère, elles le deviennent encore davantage, et perdent alors leur couleur verdâtre pour prendre une teinte d'azur, fortement prononcée. Nous avons ce soir l’occasion de faire cette remarque. Du pont de la goëlette, nous nous amusons à voir les tanches, nageant à quatre ou cinq brasses au-dessous de la surface, et se disputant la nourriture qui leur est jetée; nous pouvons même distinguer les herbes et les cailloux qui tapissent le lit de la

mer, à une profondeur de trente-cinq pieds.

pre

Page 1