‹ La Gaspésie [microforme]Chapitre 14 sur 25 · TT TE ES · texte numérisé non relu

TT TE ES

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d'uille, 6.

Les braves gens de la Pointe-au-Genièvre qui se pressent dans leur petite chapelle pour s'approcher des sacrements, sont aujourd’hui méconnaissables. Frottés, débarbouïllés, endimanchés, ils ressemblent à des chrétiens ordinaires ; leurs bonnes dispositions font regretter à l’évêque de Sidyme d’avoir à s'éloigner sitôt,

de ce lieu.

M. Montminy nous laisse pour retourner à

Percé ; la Pointe-au-Genièvre est sa dernièr mission du côté de la baie des Chaleurs. Son ministère est partagé entre une quinzaine de petits villages, épars sur la côte. Dès qu’une misérable chapelle est bâtie au milieu d’un groupe de maisons, le missionnaire doit la visiter deux ou trois fois l'an. Pendant ses

visites, qui durent de dix à quinze jours, il lui

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faut préparer les jeunes gens à la première communion, faire remplir le devoir pascal, réprimer les désordres, donner chaque jour des instructions, célébrer les mariages et baptiser les enfants nouveaux-nés, Comme les chemins ne sont ouverts que dans le voisinage immédiat de Percé, il doit faire ses voyages, en berge durant l'été, et sur des raquettes pendant l'hiver ; il doit traîner à sa suite ornements, pierre d’autel, vases sacrés, provisions de bouche. Retardé par le mauvais temps, parfois il ne trouvera personne pour le reconduire chez lui. Sa résidence, il l’établit dans quelque maison voisine de la chapelle, en choisissant, autant qu'il le peut, la plus honnête et la plus commode ; souvent, cependant, la meilleure est

encore bien triste.

Depuis la Malbaie jusqu'à la pointe au Maquereau, la morue se prend cn plus grande abon-

dance que dans tout le reste du district de

Gaspé. L'immense quantité de poisson qu'on pêche le long de cette côte, donne une idée des trésors recélés dans le sein de l'océan, et prouve qu'à la mer, tout aussi bien qu’à la terre, appartient le titre d’'a/ma nutrix. Le poisson d'eau salé dans ses différentes espèces, hareng, ma:quereau, morue, saumon, sardine, bar, anguille, ne forme-t-il pas, en effet, la principale partie de la nourriture des classes ouvrières, chez un grand nombre de peuples ? Aux riches la mer offre les mets les plus délicats; aux pauvres elle fournit des aliments sains et peu coûteux,

Combien de bêtes de la terre lui demandent leur subsistance, depuis l'ours blanc, qui prend son passage sur les glaces polaires, et s'amuse pendant son voyage à faire la chasse aux loupsmarins, jusqu'aux troupeaux Le pourceaux, qui nettoient les grèves et les débarrassent d'amas de poissons pourris et infects? Combien d'oi-

seaux lui doivent leur pâture ? les canards, les

qu'on ée des

Trouve

rds, les

outardes, les goëlands, les mouettes, les cormorans, les allouettes, les pluviers, se nourissent les uns de poissons, les autres de plantes ma-

rines, d'insectes, de coquillages.

C’est sur les bords de la mer surtout, que la corneille déploie toute son intelligence et toute son habileté pour la maraude. Comme elle aime à dîner selon son goût, elle prend le temps convenable pour choisir ses provisions. Volticeant sur les galets avec un air d’insouciance

complette, elle observe attentivement les pé-

cheurs au moment où ils retirent leurs filets

de l’eau. Quand elle s’est rapprochée d’eux

insensiblement et comme par distraction, elle

s'élance tout à coup sur quelque petit poisson

qui lui convient, et s'éloigne rapidement, pour

savourer en paix la proie si honnêtement ac-

Aquise.

Le capelan semble être un de ses plats favo-

ris ; lorsqu'il devient rare sur la grève et qu’elle

ne peut plus le manger frais, elle ne fait point

difficulté de recourir à celui qui sèche dans les

champs de pommes de terres. Au pied de chaque tige, le cultivateur a jeté quatre ou cinq capelans, qui servent à engraisser le sol et à fournir la sève de la plante. Dans les temps de disette, c’est le grenier de la corneille ; elle passe de rang en rang, examine soigneusement, tourne, retourne, et choisit enfin un poisson mieux conservé que les autres, Elle l’enlève dans son bec, et s'envole au rivage afin de préparer son repas, car il faut quelque apprêt pour rendre ce capelan, dur et sec, plus propre à son estomac. Quand elle a bien examiné les accidents de la grève, elle s'arrête à une flaque d’eau qui possède les propriétés requises, et y laisse tomber son poisson ; en attendant qu'il soit bien préparé, et pour aiguiser son appétit, elle se livre aux jouissances de la méditation et de

la promenade. De temps en temps, elle revient

qu’elle t point ans les ied de ou cinq sol et à y temps le; elle sement, poisson l’'enlève de préêt pour re à son es accie d'eau y laisse il soit tit, elle

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revient

tâter et tourner le capelan ; lorsque enfin elle le juge dans les conditions voulues, elle l’emporte pour le dépécer à loisir sur quelque rcoher solitaire.

Si la disette de poissons s'étend sur les champs et sur la grève, la corneille en est réduite aux coques, méprisées dans les temps d’abondance. Elle en choisit une qui, dès qu'elle se sent enlever, se renferme soigneusement dans son manteau. Soins inutiles! la corneille s'élève dans l’air avec sa proie, et la laisse tomber sur le roc; les écailles volent en éclats, et la pauvre coque, mise à nud, est

facilement déchirée par son bourreau.

Sur ia mer, comme dans l'air et sur la terre, les plus forts et les plus adroits vivent aux dé-

pens des faibles et des sots.

S aiser

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