A MON AMI R
Qui me demandait une Ode à l’Amitié.
IVI O N ami , tu voudrais une ode :
C’est m’imposer de rudes soins.
La demander est fort commode.....
La refuser ne l’est pas moins.
Je ne sais ]>oint , comme Pindare ,
Ce démon lyrique achevé ,
Monter à la hauteur d’Icare,
Pour retomber sur le pavé ,
Ou m’enolouiir dans le Ténare.
Je n’ai jamais su inettre en jeu Les deux, \es enfers, la nature.
Et dire que je suis un dieu.
o4 POÉSIES
Quand je suis une créature ]3e 1)ien misérable structure ,
Qui végète dans ce bas lieu ,
Et compose au coin de son feu Des vers de huit pieds sans césure , Que le ciel estime fort peu.
Je suis d’accord qu’on applaudisse A Pindare , à ses adhérens :
Ce sont de fort habiles gens ;
Mais que Pégase les bénisse.
Pour moi je n’ose prendre un ton Que lenîrait mon caractère;
Et pour les beaux yeux d’Apollon Je ne quitte jamais la terre.
Si je fréquente quelquefois
Les Neuf-Sœurs, soi-disant pncelles ,
Dans mon logis je les reçois ,
Je ne monte jamais chez elles.
FUGITIVES
J’ai chanté le dieu des repas ,
Mais loin de la double colline ,
Où je sais qu’on ne dine pas ,
Je lui préfère la cuisine...
Ainsi je dois à l’amitié Prêter un modeste langage,
Sauf à faire grande pitié Aux fiers Malslierbes de notre âge.
Pour peindre ce doux sentiment Que d’heureux rapports font éclore, Il n’est pas besoin du talent De Thomas ou de Matamore ; L’ami qu’on aime tendrement Se passe bien de métaphore ,
Et veut qu’on dise bonnement :
Je t'aime , et non pas je t’adore.
Naturel et simplicité ,
Ce sont les talents que j’implore. ...7
2o6 poésies
Je demande aussi la gaîté ,
Don plus recommandable encore.
Je ris des langoureux accents D’un Oreste à grands sentiments , Qui porte un cœur toujours malade, Et fait redouter à Pilade
Ses tragiques embrassements
Je termine ma période.
Je t'aime avec sincérité
Ce vers n’est pas trop exalté ;
II brillerait peu dans une ode ;
Il ne dit que la vérité.
FUGITIVES