‹ La gastronomie (volume 2)Chapitre 27 sur 28 · A M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

A M. DE CHATEAUBRIAND

ÇuAND l’impie a rempli la terre De ses déplorables erreurs ;

Quand sa morale mensongère A porté la mort dans les cœurs ;

Aux lieux môme où la foi languissait expirante , Qui vient la ranimer d’une voix si touchante ? Qui peut tromper l’espoir de l’incrédulité?

Quels accords ont frappé mon oreille charmée, Dès long-temps inaccoutumée Aux accens de la vérité ?

D’où partent ces traits de lumière Dont s’alarme l’impiété ?

Est-ce nn mortel qui nous éclaire Dans ce siècle d’obscurité ?

FUGITIVES

aSi

Que dis-je 1 Dieu lui-même à l’oi'gueil de notre âge De ton heureux génie oppose le langage,

Et soutient tes efforts contre l’iniquité.

Ce Dieu , quand il lui plaît , dans la nuit où nous sommes , Sait marquer les écrits des hommes Du sceau de la divinité.

Au temps d’une heureuse innocence ,

D’une vive et sainte ferveur,

L’homme fidèle à sa croyance ,

Dans la simplicité du cœur,

Aimait la loi du ciel sans raisonner sur elle;

Mais quand des novateurs l’audace criminelle A par-tout propagé des doutes affligeants ,

Le seigneur par ta bouche a voulu les confondre,

Et te réservait pour répondre A leurs f unestes arguments.

Eh quoi ! le perfide sophisto

POÉSIES

De ses desseins poursuit le cours ! '

Il s’étonne, niais il résiste A l’empire de tes discours !

Avec quelle raison stérile et misérable Ose-t-il attaquer ta raison qui l’accable ?

Mais la honte s’attache aux dogmes des pervers.

Quand tu fais triompher une cause sacrée ,

La leur déjà déshonorée Est le jouet de l’univers.

Par quelle justice immuable,

L’esprit dont ils sont orgueilleux Ne produit-il rien de durable,

Ilien qui puisse vivre après eux?

Ils n’ont que des talents dignes de leurs systèmes ,

Sans grâce , sans couleur, et glacés comme ciix-mèmes L’athéisme trompé dans son vague désir,

.Touit à peine un jour d’un succès équivoque ,

FUGITIVES

Et dans le néant qu’il invoque,

Ses oeuvres vont s’ensevelir.

Qu’est devenu ce grand génie,'

De sa secte digne soutien ,

Qui fut pendant sa longue vie Le fléau du monde chrétien?

Son nom , qui devait vivre au rang des plus illustres , Déjà privé d’honneur, mourra dans quelques lustres ; T ont accuse à la fois ses talents corrupteurs ;

Et tant d’écrits brillants, tant de titres de gloire, Ne sauveront pas sa mémoire De l’opprobre tle tant d’erreurs.

De quelle admirable éloquence Est doué l’homme du Seigneur,

Qui d’une sublime espérance Nourrit son esprit et son cœur!

Sa plume est étrangère aux coupables maximett

POÉSIES

Qui caressent le vice et colorent les crimes.

Des solides vertus, dont la source est aux deux Le charme inexprimable embellit ses ouvrages Et son nom traverse les âges ,

Toujours plus grand, plus glorieux.

Mais les suffrages de la teiTe ,

Aliments de l’orgueil humain,

Sont la récompense vulgaire De plus d’un profane écrivain.

Tu ne t’enivres point tle cette renommée. Fugitive faveur, passagère fumée.

Qui donne un vain éclat, ennemi ilu bonheur j Elle ne séduit point le grand homme modeste, Epris de la gloire céleste Qui découle du Créateur.

Dans cette féconde carrière Que ton livre ouvre à nos esprits, Ifeureux qui cherche la lumière

FUGITIVES

Dont brillent tes nobles écrits Quelle immense richesse à mes yeux se découvre? Quel spectacle pompeux m’éljlouit!... Le ciel s’ouvre, Il me laisse admirer les trésors de la foi ;

J’entends des chœurs divins l’éclatante harmonie , Et les bornes de mon génie Semblent reculer devant moi.

Dieu de bonté. Dieu de puissance,

Des mondes immortel auteur,

Rends-moi digne de ta croyance ,

Digne de chanter ta grandeur.

Puissent mes vers heureux, nourris de ta parole , S’élever jusqu’à toi ! L’ambition frivole D’occuper l’avenir ne me touchera plus.

A U dédain des mortels mon talent s’abandonne ; J’aurai mérité la couronne Que tu gardes à tes élus.

Page 1