‹ La gastronomie (volume 2)Chapitre 26 sur 28 · I.F. POETE · texte numérisé non relu

I.F. POETE

Hélas! de tels sujets ne me conviennent pas ,

Et je n’ai pas de ftoftt pour les assassinats.

Je sais bien qu’aujourd’hui le parterre s’ennuie, Quand tout ne finit pas par une hérnorrlva{>ie :

.Te ferais malgré moi plaisanter mes liéros ,

Et les tiendrais toujours sains, gaillards et dispos.

T. A MUSE

Eh bien! puisque le sang te déplaît sur la scène , De Molière et Regnard aborde le domaine.

UE POETE

Eh! que faire après eux T Ils ont tout moissonné.

Il ne nous reste plus qu’un champ infortuné ,

Tout couYcrtdechardons, deronces, d’herbes fades.

POÉSIES

LA MUSE

On y trouve du moins quelques Garçons malades. *

LE rOETE.

Je voudrais faire rire, et je vois à regret Qu’on chercherait en vain

LA MUSE

Je ris de ton projet.

Le rire est condamné dans ce siècle risible:

Un bonne compagnie il n’est plus admissible;

Il est aux boulevards à peine pardonné;

Méprisé du beau sexe, il est abandonné

Aux bourgeois du marais, aux courtauds de boutiques

Qui n’ont pas le moyen d’être mélancoliques.

Titre d’une comédie nouvelle.

FUGITIVES

LE POETE

Je renonce à briller au théâtre français,

Si la tristesse seule y donne des succès.

L*. MUSE

Eli bien ! sur l’épopée il faut monter ta lyre ;

Fais un poëme.

LE POETE

Il faut que le public respire.

De poëmes sans fin nous l’avons harassé ;

On en a fait , je crois , quatre cents l’an passé. Moi- même j’ai grossi le catalogue immense De ces productions qui désolent la France:

J’ai, d’un ton didactique, appris à l’univers, L’art de boire et manger en quatorze cents vers: Tu le sais.

POÉSIES

XA. MTJ8E.

Je t’attends aux œuvres fugitives.

La Loire où le Lij^non n’ont-ils pas sur leurs rives Quelques Amaryllis , ou quelques Margotons Que l’on puisse adorer et poursuivre en chansons'? Aux lieux qu’ont illustrés les Hylas , les Sylvandre , On doit, même en vers durs, dire des choses tendres. L’amour te fournira mille termes charmants ,

Qui font des vers forts beaux, quoique vides de sens. A des amis, en l’air, adresse des épîtres;

Dis-leur qu’ils sont du goût les souverains arbitres. Ensuite, à leur défaut, réponds-toi poliment; N’épargne pas l’éloge à ton petit talent.

C’est ainsi qu’en usant d’innocents stratagèmes , Ceux qui manquent degloire en composent eux-mêmes Enfin , si ton esprit sec , aride et brutal ,

Ne peut arriver môme au plus froid madrigal,

FUGITIVES

Les Grecs et les Latins ont de quoi te suffire;

Ils sont là toujours prêts à se laisser traduire.

Je t’offre leur esprit pour le mêler au tien :

C’est un mélange utile, et qui ne coûte rien. Traduis-les en détail , pour épargner ta peine; Donnes-en des fragments une fois par semaine ;

Et bientôt , sans effort , avec l’aide du temps ,

Tu te feras un nom de fragments en fragments.

LE POETE

J’emploirais volontiers ce moyen salutaire,

Mais la langue des Grecs ne m’est pas familière;

Et souvent , pour comprendre un poëte latin ,

J’ai besoin d'implorer l’aide d’un calepin;

Je craindrais de tomber en d’étranges méprises ;

Et de faire aux anciens dire quelques sottises.

LA. MUSE

Je te tiens sur ce point suffisamment instruit.

On ne lit plus, mon cher, les auteurs qn’on traduit ,

24B poésies

Il vaut mieux s’en lier aux versions en prose.

Un poëte traduit librement , et pour cause ;

Il imite plutôt. Aux auteurs imités,

Il ne manque jamais <le prêter des beautés

Horace, Juvéïial , Ovide et leurs semblables ,

A force d’être beaux ne sont plus connaissables.

LE POETE

J’adopte sur le champ ce commode travail. Horace me fournit une épître sur l’ail ; J’emprunte une tempête , un combat de Virgile ; Je cherche dans Homère une fureur d’Achille ; Je choisis dans Ovide, entre mille morceaux, Une métamorphose, un fragment de chaos

LA MUSE

C’est assez; te voilà dans un chemin facile. Libre d’invention , ton esprit est tranquille.

Dans le premier musée entre sans compliment , Et demande à ton tour à briller un instant;

FUGITIVES. 24g

Lis flu haut d’une estrade, entre quatre chandelles, Tes oeuvres à la fois antiques et nouvelles.

Par des gestes galants , par des airs gracieux ,

Des Saphos du quartier fixe sur toi les yeux.

Leurs mains à l’applaudirse tiendront toujours prêtes,

Les bravos partiront de toutes les banquettes

Que sait-on... quelque jour, dans un heureux moment, La chose peut aller jusqu’au couronnement.

POÉSIES

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