‹ La GastronomieChapitre 10 sur 31 · XII NOTICE · texte numérisé non relu

XII NOTICE

lique du siècle, qu'il n'estima jamais parce que jamais il ne put la comprendre.

Je sais que bien des cœurs malades et encore amoureux de cette désolation immense de l'âme, décrite en des termes si magnifiques et si déchirants dans les Méditations de Lamartine, dans le René si triste et si beau de Chateaubriand, et dans /'Obermann désespéré de Sénancour, feront un reproche à Berchoux de l'avoir méconnue. Mais son livre n'est point fait pour ces désolés. Et le moyen d'être triste quand on veut célébrer les plaisirs de la table? D'ailleurs, pourquoi en vouloir à celui qui n'a jamais été malade de ce mal dont nous avons tous plus ou moins souffert, poètes ou prosateurs, une fois dans notre vie, de cette maladie du doute, qui a été une véritable épidémie au XIXe siècle ?

Revenons donc au gai repas auquel Berchoux nous convie, et où nous verrons présider tour à tour le goût et l'esprit français. Remarquez ce portrait du cuisinier tracé par notre poète, et dites si ce n est pas là celui que vous avez rêvé pour votre service. Le Parasite pouvait-il être mieux peint? Et quelle heureuse réminiscence dans cette parodie des vers de Boileau:

Jouissez lentement, et que rien ne vous presse... Gardez qu'en votre bouche un morceau trop hâté Ne soit en son chemin par un autre heurté.

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