‹ La gastronomie; poemeChapitre 18 sur 33 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

J E jouissais tranquillement de ma gloire , monsieur, clans la petite chambre où je me suis retiré, lorsque votre critique est venue m'y trouver. Hélas ! elle a détruit toutes les illusions qui m'entouraient , et je me suis trouvé tout à coup dans une solitude affreuse.

Je ne chercherai point à me défendre des qualifications que vous me donnez , trop légèrement ])eut-être : mais puisque vous les avez empruntées d'un auteur célèbre , il n'y a rien à dire. Je ne mets d'intéi'êt qu'à mon poënie, qui m'est plus cher que la vie; je passe donc contlamnation sur tout le reste. Cependant je vous demande grâce pour ma famille , qui est fort honnête, et qui est bien innocente dans cette affaire, puisqu'elle a toujours cherché k me détourner du commerce des Muses , avec lesquelles elle n'a jamais eu de communication directe. Je vous conjure de ne pas la rechercher îi

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cause de moi , et de ne point rejeter sur mes père et mère les fautes que je puis avoir commises contre les règles de la versification et de la littérature. Quant à moi , qui me suis livré au public par la voie de l'impression , il est bien juste que vou» vous empariez de mon ouvrage pour le critiquer. Je sais que , pour le faire avec fruit , il faut nécessairement que vous commenciez par jeter de la défaveur sur ma personne-, et c'est ce que vous avez opéré adroitement, en me traitant de cuistre , de cocher de fiacre , de iermisseau et de chien, hargneux , qui sont des titres fort désagréables , je vous assure, et qui tii-ent bien plus à conséquence que vous ne pensez , auprès des personnes sur-tout qui ne savent pas que ce sont des termes d'usage.

Je hasarde un mot en faveur de mon poëme. Je débute , il est vrai , par dire que je ne suis point jaloux ; mais si j'ai eu quelques mouvemens de jalousie , ce ne peut être contre vous. Vos vers , que vous dites être entre les mains de tout le monde,

ne sont point encore tombés entre les miennes ; je n'ai lu de votre composition que les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire : je n'ai pas lieu , il est vrai, d'en être pleinement satisfait-, mais je n'en rends pas moins justice à votre talent ; je TOUS reconnais pour mou maître , pour mon régent, et je me courbe sous la verf^e de votre critique, avec toute l'humilité d'un vermisseau.

J'ai pris sur moi, je l'avoue, d'avancer que les cochons rôtis qu'Eumée ofhit à Ulysse sentaient la fumée. Je conviens qu'Homère n'en fait aucune mention, non plus que madame Dacier, qui n'aurait pas manqué de traduire aussi la fumée, s'il y en avait eu, car elle a traduit littéralement ; mais j'ai dû présumer les cas , d'après toutes les probabilités et d'après les faibles connaissances que je puis avoir en cuisine. Il est difficile , en effet , qu'une pièce aussi volumineuse qu'un cochon puisse cuire convenablement à la broche , sans contracter xm goût de fumée : d'ailleurs, ce goût n'était point désagréable aux Grecs , et je ne xae suis pas élevé

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jusqu'à faire un poëme, sans savoir que les anciens avaient l'habitude de suspendre presque toutes leurs viandes à la cheminée pour les taire fumer : mon assertion n'a donc rien de trop aventuré.Vous pouvez , du reste , consulter tous les rôtisseurs de Paris ; aucun d'eux assurément ne se chargera de vous faire rôtir un cochon tout entier, en vous garantissant la fumée. Vous auriez bien voulu aussi me chicaner sur le taureau bouilli donné par Ajax. Ce fait parait d'abord plus suspect encore , puisque cela suppose une marmite énorme, et dont il n'y a point d'exemple dans les modernes; mais heureusement le texte est précis.

Je ne pense pas avoir eu tort de dire que les Orientaux donnèrent les premiers modèles des fricandeaux. Il est ceriaiu quiis surent les premiers employer le lard. Sans doute ils le faisaient avec moins d'art que ^ous , et peut-être ne connaissaient-ils pas l'usage de ces petites Jardoires avec lesquelles en a commencé à piquer le veau d'une manière aussi ingénieuse que délicate, dans le beau

siède de Léon X , auquel je ne disputerai pas l'avantage d'avoir porté les fricandeaux à leur perfection.

Quant à la ville que donna Antoine à son cuisinier pour récompense, je conviens que l'histoire ne fait point mention des alentours. De bonne foi , comme vous le dites , je les ai ajoutés pour rimer avec les amours. Cependant il estprésumable que la ville en question avait quelques dépendances nécessaires; et il est impossible que le cuisinier d'Antoine , en vertu de la donation à lui faite , n'eût pas au moins le vol du chapon autour de sa propriété.

C'est à tort , monsieur , que vous m'accusez de dénigrer le beau sexe et de rire aux dépens de la mélancolie. Voyez mon dessert , où j'ai dit;

Messieurs , avez-vous In la nouvelle brochure i* Que de Liens sout promis à la race future ! Une Fenime nous dit et nwus prouve en effet Qu'avant quelques mille ans l'homme sera parfait ; Qu'il devra cet état à la mélancolie.

Oa sait que la tristesse annonce le génie. Nous avons déjà fait des progrès étonuans: Que de tristes écriis ! que de tristes romans î Des plu? uoires horreurs nous sommes iJoIâtfes, St ia mélancolie a gagaé nos théâtre*.

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