LE DOMINO NOIR
Chanté par Mm« Damoread-Giivti, an théâtre de rOpéra-Gomiqae.
Paroles de M. Scribe, musique de M. D.-F.-E. Auber
Ah! quelle nuit!
Le moindre bruit Me trouble et m'interdit, Et je m'arrête, hélas !
A chaque pas.
Soudain, j'entends De lourds fusils, au loin, retentissants, Et puis, qui vive ! hola t Qui marche là?
Ce sont des soldats un peu gris, Par un sergent ivre conduits ; Sous un sombre portail, soudain, je me blottis. £t grâce à mon domino noir, On passe sans m'apercevoir.
Tandis que moi, Droite, immobile et mourante d'effroi, En mon cœur, je priais
Et je disais :
O mon Dieu, Dieu puissant»
Sauve-moi de tout accident.
Sauve rhonneur du couvent!
Ils sont partis, Je me hasarde, et m'avance et frémis ; ^ais voilà qu'au détour D'un carrefour, S'offre à mes yeux (Jn inconnu, sombre et mystérieux, Ati ! quelle est ma frayeur, C'est un voleur 1 Il me demande, chapeau bas, La faveur de quelques ducats; Et moi, d'un air poli, je lui disais tout bas : Je n'ai rien, monsieur le voleur.
Qu'une croix de peu de valeur.
Elle était d'or, Je la cachais, et de mon mieux encor; Le voleur, malgré ça.
S'en empara.
Et pendant ce moment, mon Dieu, disais-je en tremblant Sauve l'honneur du couvent!
♦ En cet instant.
Passe en chantant, Un jeune étudiant,
Le voleur, à ce bruit.
Soudain s'enfuit ; Mon défenseur S'approche alors : calmez votre frayeur, Je ne vous quitte pas,- Prenez mon bras.
Non, non, monsieur, seule jMraî.
— Non, Sénora, bon gré, mal ffré, Jusqu'en votre logis, je vous escorterai.
— Non, non, cessez de me presser.
— Calmez- vous, je vais vous laisser.
Mais un baiser, Un seul baiser, comment le refuser ?
Un baiser, je le veux;
n en prit deux.
Et pendant ce moment, mon Dieu, disais-je en tremblant, Sauve l'honneur du couvent !
La musique chez MM. Brandus et Ce, 103, me Richelieu.
Le Domino Noir, opéra-comiqae en 3 actes, en vente, à Paris, chez M. Tresse, éditeur, 2 et 3, galerie de Chartres, Palais-Royal. Prix : 60 cent.