‹ La gaudriole de 1860Chapitre 77 sur 112 · ADIEU DE L'ETUDIANT A SA GRISETTE · texte numérisé non relu

ADIEU DE L'ETUDIANT A SA GRISETTE

AiB : Que je voudrais avoir encor virtgt ans. Ou : Ten souviens-'tu ?

Te souviens-tu... disait à sa grisette

Un étudiant sans soucis d'avenir...

Comme autrefois, dans ma pauvre chambrette,

Je savourais le nectar du plaisir :

Comme autrefois, pour combler ton ivresse,

J'oubliais tout et fortune et vertu..,

bis.

Alors... alors... j'ignorais la tristesse...

Rosi ta !... dis-moi... t'en souviens-tu?

9 j bii

Je t'admirais, tressant ta chevelure, Qu'entre mes doigtsj'aimais tant à rouler; Je me plaisais à froisser ta parure, A voir ton œil des feux d'amour briller.

Alors le sang me bouillait dans la veine, J'étais heureux du bonheur d'un élu, Car de mon cœur je t'avais fait la reine...

ORosita!... dis-mois... t'en souviens-tu?

Sur mes genoux... ou bien sur ta couchette... Combien de fois j'escomptai tes désirs?

Combien de fois la muraille indiscrète A révélé nos baisers, nos soupirs ?

Ma Rosita!... si gentille... et si folle...

Que d'heureux jours... avec toi... j'ai vécu... Le vieux latin... généreux et frivole,..

Aimait alors... dis-moi... t'en souviens-tu?

J'avais vingt ans... j'ignorais la misère...

Et de l'amour je cherchais les secrets...

Comment songer à l'existence mère.

Quand cet enfant nous ouvre ses bosquets?

Rien ne venait assombrir l'existence...

Ce beau roman... lélas! je l'ai tout lu...

De ces instants parfumés d'eypérance, Rosita I... dis-moi... t'en souviens-tu?

Te souviens-tu comme j'adorais l'ombre, Quand le soleil brillait à nos carreaux?

Mais à présent, que t6ut me parait sombre, Je n*aime plus à fermer les rideaux, Car il me fcat la chaleur bienfaisante En souvenir d'un doux rêve perdu.

Pour te parer d'une robe charmante, J'étais joyeux... dis-moi... t'en souviens- tu?

Oh! bien souvent j'ai fermé ton corsage, Et tout cela me valait un baiser...

J'en prenais deux... tu m'appelais volage, • Moi j'en riais... et toi... de m'accuser!...

Dans ton miroir j'épiais ton sourire, Quand sur ton cou j'ajustais ton fichu...

Kn ton regard qu'il m'était doux de lire...

Rosita!... dis-moi... t'en souviens-tu?

Et puis un jour, ô ma bonne grisette!

Sans nul espoir il fallut me quitter...

Ce matin-là, négligeant ta toilette, Entre mes bras tu te pris à pleurer... De longs soupirs oppressaient ta poitrine...

De nos adieux... je me sens tout ému...

Lorsque mon cœur vers le passé s'incline, | j^-^ J'entends ces mots : De moi te souviens-tu? \

Eugène Peqand, étudiant.

ii>

Page 1