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l’homme tertiaire
2e Le lustre.
Les silex qui n’ont pas de patine sont on ternes et mats ou lustrés. La cassure fraîche est nette et mate. Il faut se défier des silex ayant celte apparence. Le vernis, le lustre s’acquiert par le temps et par le frottement. Le lustre ou vernis est donc un caractère d’authenticité. Mais on peut l’imiter. Tout silex non lustré, d’un autre côté, n’est pas pour cela nécessairement faux. 11 y a donc là un caractère moins certain. Toutefois un œil exercé ne s’y trompe pas (1).
Je ne crois pas qu’il se soit introduit de silex faux dans la collection du musée de Saint-Germain.
Comment se fait-il que des instruments d’un caractère aussi tranché, sur lesquels la trace du travail humain est évidente, n’aient pas été remarqués plutôt? Comment se fait-il qu'il ait fallu toute la ténacité et la foi de Loucher de Perlhes en sa découverte pour triompher de l'indifférence générale, qui devint un moment, même chez d'éminents esprits, une vraie opposition ?
C’est que trop souvent, quand notre attention n’est pas éveillée, nous avons des yeux pour ne point voir. C’est que nous sommes ainsi faits que les plus habiles, les plus observateurs, quand ils sortent de leur sphère, sont aussi aveugles que les plus ignorants. Il semble de plus que certaines vérités aient besoin d’arriver à maturité avant qu’on les cueille. On les entrevoit, d’abord, et l’on passe. Le jour n’est pas venu où l’humanité doit en faire son profil.
Loucher de Perlhes, cependant, avait eu bien des précurseurs: Mercati en 1717, de Jussieu en 1723, Mahudel (de l’Académie des Inscriptions) en 1734, Lytlelton, évêque de Carlisle, en 17GG, Esper en 1771, Frère enfin en 1800 ; sans parler des plus récents, Tournai, Christol, Ami Loué, Smerling.
1. Certains silex portent, de plus, à la surface, de petites tachas ayant l’aspect de brins de mousse, auxquelles on donne le nom de dendrites, de ôiv&pov (arbre). Ces petits cristaux se déposent lentement. Les contrefacteurs sont impuissants à les reproduire. Mais les dendrites sont rares.
ET l’homme quaternaire 4b
Ouvrez le t. XIII de /’ Archœologia Britannica (page 204 ), vous y trouverez une note de John Frère, concernant un nombre considérable de silex taillés découverts à quatre mètres de profondeur dans les carrières stratifiées de Iloxne ( Sulfok). « Le « nombre en était si grand que l'homme qui charriait l'argile
Silex de IIoxuc. (Moitié de la grandeur réelle.)
•> me dit qu'avant d’être prévenu que c'était des objets de curio- « site, il en avait vidé de pleins paniers sur la route voisine. » Plusieurs de ces silex sont depuis soixante-deux ans dans le petit musée de la Société des Antiquaires de Londres exposés à tous les yeux (i).
« Ces silex, ajoutait Frère, sont évidemment des armes de
I . Le professeur fait passer sous les yeux des auditeurs une photographie de deux de ces silex d’après la planche annexée au mémoire de Frère.
L HOMME TCT.TIAIRE
« guerre, » et il se demandait « s'il ne fallait pas les attribuer à « une antiquité très reculée , au delà même des limites du « monde actuel. »
L'importance des observations de Frère ne devait pourtant être reconnue qu'en 1800. L’honneur, vous le savez, en revient à Boucher de Perthes.
Nous voici enfin sur notre propre terrain.
Que savons-nous de ces populations antédiluviennes, suivant l’expression de Boucher de Perthes? Quelle partie de la Gaule ces populations occupaient-elles?
La Commission de Géographie historique a voulu s’en rendre compte. Elle a chargé l'un de ses membres, lel)r Hamy, de dresser la carte des découvertes de silex taillés appartenant aux terrains d'alluvion. Cette carte est la première de l’intéressante série que prépare la Commission.
Elle nous apprend que des silex paléolithiques (1) ont été recueillis dans les alluvions ou diluvium des vallées de : Y Escaut, de \'Aat delà Liane, delà Canche, de \a Somme (2), de \iillresle, delVD*c, del’O/jc, de Y Aube, d eYArmançon, delà Seine, de Y Elire, du Guioult (3), de la Loire, delà Vienne, de la Sèvre-Niortaise, de la Charente , de la Seugne, de la Dordogne et de la Garonne. Puis revenant à l’est: de la Saône, de la Üheune et de la Seille (4).
Ces vallées ou pour mieux dire les hauteurs qui les dominent étaient donc occupées par l'homme à l'époque où ces lleuves et rivières déposaient leurs alluvions.
Quelle idée devons-nous nous faire de la Gaule à celte époque? Dans quelles conditions l'homme y vivait-il?
Les faits les plus positifs, les plus indiscutables sont ceux qui ont rapport à la faune au milieu de laquelle vivait l’homme qui a taillé les silex du diluvium.
t. C’est le terme aujourd’hui consacré pour désigner les silex taillés à éclats en opposition avec les pierres taillées et polies dites néolithiques.
2. Tout le monde connaît les gisements de St-Aeheul et d'Abbeville.
3. La petite rivière du Mont IJol, où l’on fil de si intéressantes découvertes.
4. Les alluvions des vallées du Rhône, du Doubs et du Rhin n’ont point, jusqu’ici, à notre connaissance du moins, livré de silex taillés.
ET L HOMME QUATERNAIRE
C’est une vérité banale aujourd’hui, que ce premier habitant des Gaules était contemporain d’espèces éteintes et d’espèces émiyrées.
Espèces éteintes: Deux espèces à' éléphants, l’elephas primigenius ( mammouth ) et l’clcphas meridionalis ; deux espèces de rhinocéros , le rhinocéros tichorhmus, c’est-à-dire à narines cloisonnées et le rhinocéros merkii ; le grand cerf ou cerf d’Irlande (1), Yours et Y hyène des cavernes (2), le grand hippopotame (hippopotamus major de Cuvier) (3).
Espèces émiyrées :
L 'aurochs (bison Europœus), le bœuf musqué (bos moscatus), le lion (felis leo), le mme(cervus tarandus). Y antilope (antilope Saïga), le bouquetin (capra ibex), le chamois (antilope rupicapra), la marmotte (4) (arctomys marmotta); le ylouton (gulo), le spermophile (spermophilus), le lagopède (tclrao lagopus), le tétras des saules (telrao albus).
Mais, messieurs, on néglige de dire qu’à côté de ces espèces les unes éteintes, les autres émigrées à l’étranger ou seulement dans nos montagnes, un nombre bien plus considérable d’espèces dont les débris se rencontrent également dans le diluvium vivent encore dans nos bois et nos vallées à l’état sauvage, savoir; le hérisson, la taupe, la fouine, le putois, le blaireau, la belette, l’hermine, la loutre, la marte, l’écureuil, le rat, le campagnol, le mulot, le hamster, le loir, le chat, le lièvre, le castor, l’ours brun, le sanglier, le cerf, le daim, la chèvre, le cheval et plusieurs espèces de bœufs, probablement l’àne. On a également recueilli dans ces terrains des squelettes de lézards, de couleuvres et de grenouilles.
Ces listes ont, naturellement, été commentées par les paléontologistes. Leurs réflexions sont bonnes à recueillir et à méditer.
1. Parce qu'il se trouve eu grande abondance au fond des tombeaux d'Irlande.