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Ces trois derniers émigrés en altitude

l’homme tertiaire

Écoulons Paul Gên ais (1). « Dans la succession des faunes, « celle dont fait partie l'éléphant mammouth (la faune du « diluvium) est la moins ancienne et la dernière de celles qu’a « vu apparaître notre sol. Elle ne se distingue pas de celle qui « vit encore aujourd’hui. On le prouve en établissant que les <( espèces actuellement sauvages dans nos contrées en ont fait « partie et sont, par conséquent, de la même date que les ani- « maux éteints.

» Nous trouvons dans les dépôts diluviens des fossiles qui <« prouvent que le loup, Y ours ordinaire, le blaireau, Yau- « rocks , le bœuf, le bouquetin, le cerf, le daim , le chevreuil, « le sanglier , le castor , et presque tous les autres mammifères « actuels, étaient répandus dans nos contrées et qu’ils ont été « ensevelis dans les grandes alluvions en même temps que les <« grandes espèces dont la présence dans ces terrains avait « surtout préoccupé Cuvier. Ils ont donc été contemporains. »

Que nous dit d’un autre côté M. Schimper (2) dont l’autorité est si généralement reconnue? « C’est avec raison que dans « son traité de paléontologie Pictet réunit l'époque quaternaire i- à l’époque moderne. Il ri g a, en effet, aucun caractère paléon- « lologique qui autorise à les séparer. Un comprend sous la « dénomination de terrain quaternaire ou diluvium tous les « dépôts stratifiés ou non, marins, fluviatiles, lacustres, torren- <• licls ou glacières meubles ou incohérents qui se sont formés « entre la fin de la période pliocène (le tertiaire) et le com- « mencement de l'époque actuelle.

« Or ces dépôts, tout en contenant un certain nombre d’es- « pèces perdues, en renferment, d’autre part, de beaucoup « plus nombreuses qui vivent encore aujourd'hui. Dans les « plantes c'est même l'immense majorité des espèces qui a ré- « sislé à la destruction. Chose singulière, parmi les animaux, « ce sont surtout les petites espèces qui ont continué à exister, « tandis que les grandes ont généralement disparu. »

1. Paul Gervais, Recherches sur l’ancienneté de l’homme, p. 4.

2. Scliiinper, Truité de paléontologie végétale, t. 1, p. 120.

ET L HOMME yUATEltXAIKE

« D’ailleurs, cette extinction ne s’est pas produite brusquc- « ment, à un temps donné; mais elle a eu lieu lentement. « Certains types ont cessé d'exister de très bonne heure ; « d'autres ont vécu plus longtemps; d’autres enfin ont pour « ainsi dire disparu de nos jours. »

Un des caractères de la période dite quaternaire est ce qu’on appelle l’époque des glaciers. Bien des personnes sont portées à croire que la majeure partie de la Gaule, comme le Groenland aujourd’hui (1), était alors couverte d’une calotte de glace.

Bien n’est moins exact.

Nous pouvons sur ce rapport nous en rapporter à M. Gaston de Saporta, correspondant de l lnslitut, que ses qualités littéraires et sa brillante imagination n’empêchent pas d’avoir une certaine autorité dans la science (2).

« Ce qu’on a dit de l’abondance des glaciers et du froid « excessif de celle époque demeure vrai, à la condition, seu- « lemenl, de ne pas quitter le périmètre des anciens glaciers. « — La Théorie glacière absolue a été une illusion. Tous les « êtres que l’on supposait avoir disparu, par suite de la vio- « lence du froid, ont bien plutôt disparu lorsqu’un climat sec « et des saisons plus extrêmes (3) ont aggravé pour eux les « conditions de l’existence. — Peut-être même l'homme a-t-il « été le plus inexorable et le plus meurtrier des destructeurs , « dès qu’il s'est trouvé suffisamment en nombre. »

D’Archiac confirme ces assertions.

Parlant des terrains d’Auvergne étudiés par M. Pomel : « On ne trouve, écrit-il, clans ces atterrissements quaternaires « aucune trace de grandes catastrophes ni de grands boule- « versements ayant pu détruire ou modifier les conditions « extérieures, au point d’anéantir des générations d’animaux « ou d’en reléguer d’autres en pays étrangers. — Les espèces

1. On sait que le Groenland a eu autrefois une très belle végétation.

2. Gaston de Saporta, dans la lie vue des Deux-Mondes, 15 août 18t38.

3. La première partie de la période avait été très humide et le climat relativement sans variations.

L HO.MMIi TEKTIAIKE

« éteintes ont disparu par l’action de causes dont nous ne pou- « vous nous rendre compte , aujourd'hui.

« Dans le centre île la France (c’est toujours d’Archiac qui « parle), malgré l élévation des montagnes , il ny a pas eu de « phénomènes glaciaires. »

Et en ell'et, les belles cartes de M. Colomb pour les Pyrénées, de MM. Faisan et Chantre pour les Alpes, montrent que le grand glacier des Alpes ne dépassait pas Lyon, tandis que ceux des Pyrénées s'arrêtaient à Perpignan, d’un côté, à Lourdes de l’autre.

Or on sait, par expérience, que l’étendue de l’action des glaciers) est très limitée.

« A la Nouvelle-Zélande (1) tous les voyageurs depuis « Cook ont parlé avec enthousiasme des vigoureuses forêts de « la terre des /lois Verts , où le groupe des palmiers marie ses « riants bouquets au feuillage des fougères arborescentes. « Cependant, à quelques lieues seulement de ces richesses « végétales, ils voyaient se dresser les masses blanches des « Alpes du Sud, où les neiges perpétuelles commencent à « mille mètres seulement, en moyenne, au-dessus du niveau « de l'Océan. »

La température des vallées environnantes n’en est pas sensiblement modifiée.

Ces exemples expliquent, en partie, les faits dont Edouard Cartel se faisait l’interprète auprès de l’Académie des Sciences en 1858.

« On remarque, disait-il, à /’ époque quaternaire un mélange « singulier d’animaux du midi et d’animaux du nord. D'un <> côté YElephas meridionalis , le rhinocéros, l liippopotame, « de l’autre le renne, le bœuf musqué, le glouton et la mar- «< motte. »

Le tableau suivant de l’Europe à l'époque quaternaire , dû à la plume élégante de M. Gaston de Saporla, résume tout ce que nous en pouvons savoir.

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