Vitrine n° 1 (salle I) du musée de Saint-Germain
2. Retouches est le terme consacré pour désigner certains détails de la taille des silex.
DISCOURS D OUVERTURE
ne se rencontrent plus , ou du moins n’ont pas encore été siynalés ni on France, ni dans les pays voisins. Voilà un fait indiscutable. Faut-il en conclure que ces minéraux nous étaient apportés d'Orient, du Caucase, par exemple, où a été constaté un gisement de callaïs jusqu’ici le plus rapproché de nous? Faut il faire venir le jade de l’extrême Orient? La chose est probable, mais seulement probable. En inférer que les populations de l'époque des dolmens étaient en rapport avec ces pays lointains ou en venaient directement, on peut le supposer; l’affirmer serait dépasser les droits d’une saine critique.
Certaines questions d’un caractère bien plus grave et plus général ont été, à tort, selon nous, tranchées affirmativement.
L’homme a vécu incontestablement à l’époque quaternaire, disons, pour être moins vague, a été le contemporain des grands animaux éteints, le mammouth et l’ours des cavernes. Aucune objection ne s’élève plus de ce côté.
Mais cet homme qui a laissé sa trace dans les aliuvions diluviennes ou diluvium de la Gaule est-il bien l'homme primitif? A-t-on le droit d’en faire le type de ce qu’a été, partout, l’humanité à ses débuts? Des anthropologistes l’ont admis sans même exprimer un doute. Il est permis de ne voir encore là qu’une conjecture, conjecture à notre avis très discutable et que nous discuterons.
L’homme des cavernes est supérieur en industrie à l’homme des aliuvions; l’homme des dolmens à l’homme des cavernes; les générations qui ont connu les métaux aux générations qui ne connaissaient que la pierre polie. Il y là progrès continu. Ce progrès est-il le fait du perfectionnement du développement normal de la race ou des races primitives, dont nous avons, dès le principe, constaté l’existence en Gaule, ou le fait d’inllucnces étrangères incessamment renouvelées. Quelles questions sont plus controversables ! Une école pourtant les résout, sans hésitation, dans le sens du progrès continu de la race.
A une certaine époque nous trouvons en Gaule de nombreux objets de bronze, d’abord sous les dolmens, puis dans le
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lil des rivières, au pied des arbres, enfouis sous dos tas de pierres ou des tumulus qui ne sont pas destumulus funéraires. Les mœurs générales n’en semblent pas d’ailleurs sensiblement modifiées. Est-on autorisé par ce seul fait à doter la Gaule d’un âge du bronze à l'instar du Danemark, afin de compléter chez nous, comme dans les Etals Scandinaves, la série doctrinale des trois âges: âge de la pierre, âge du bronze, âge du fer, afin de maintenir l’existence toute théorique d’une loi générale de développement uniforme dans toute l’Europe?
Nous nous refuserons à cette complaisance envers la théorie.
Cette doctrine est d’autant plus dangereuse pour la science qu’elle est présentée comme seule logique et scientifique . Nous la combattrons.
Nous disions à ce sujet, dès 1873, dans un rapporta la Commission des missions.
« Il peut y avoir en géologie une loi immuable pour la suc- « cession des terrains de toute l’écorce du globe, terrains pri- « maires, terrains secondaires, tertiaires et quaternaires; il « n’existe pas de loi semblable applicable aux agglomérations « humaines, à la succession des couches de la civilisation. « Affirmer que toutes les races ont passé nécessairement par « les mêmes phases de développement et parcouru tous les « états sociaux que la théorie veut leur imposer, serait une très « grave erreur. »
Nous n’avons pas changé d’avis depuis le Congrès de Stockholm.
Ajoutons que, malgré l’abondance des faits recueillis, beaucoup de nos séries sont encore géographiquement très incomplètes. Dans certains départements on a beaucoup travaillé, beaucoup cherché. Dans d’autres les chercheurs et les travailleurs ont été plus rares. Le coup d’œil n’a pas été chez tous aussi sùr, les renseignements aussi précis. Les conclutions générales tirées des faits doivent donc avoir, le plus souvent, le caractère de vérités provisoires, s’il est permis d’associer ces deux mots. En tète de chaque affirmation ces mots
DISCOURS D OUVERTURE
doivent être, presque toujours, sous-entendus : « dam l’état actuel de la science. »
Les résultats dont nous vous avons esquissé le tableau doivent eux-mêmes être acceptés sous cette réserve.
En présence de cet état encore flottant de la science, qui sur tant de points n’est pas encore fixée, notre premier soin, notre premier devoir sera d'établir pour chaque période une statistique exacte des faits, statistique numérique, statistique géographique.
Pour chaque époque et chaque ordre de faits nous fixerons ces résultats sur des caries, dont nous mettrons bientôt des spécimens sous vos yeux.
Quelques-unes do ces cartes sont très éloquentes. Exécutées d’après les registres de la Commission de géographie historique, dont la mission est de résumer les travaux de ses correspondants, ces cartes sont une œuvre impersonnelle offrant, par conséquent, toute garantie d’impartialité. On ne peut les accuser de complaisance en faveur d’aucun système.
Vous aurez communication des registres qui ont servi à constituer les cartes.
Mais tous ces documents sont muets sauf les inscriptions; comment les ferons-nous parler?
Pour les époques primitives nous consulterons les ethnographes; nousfeuilleterons les récits des voyageurs. L’homme sauvage, par bien des côtés se ressemble, d'une extrémité du monde à l’autre, partout où il se rencontre. Il ne différait guère dans l’antiquité. Nous arriverons, par comparaison, à des conclusions au moins vraisemblables.
Pour les époques plus avancées, quand la Gaule commence à être en contact avec les grandes civilisations de l’Asie, nous aurons recours aux monuments encore existants de ces vieilles civilisations. Nous interrogerons les ruines de l’Asie Mineure et de l’Assyrie, les cimetières païens du Caucase. Nous recueillerons pour le discuter lemoindre texte des auteurs anciens. Le respect des textes, si dédaignés par l’école pré 'historique, est un des premiers devoirs del’archéologue-bistorien .
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C'osl du rapprochement des textes et des monuments que jaillit la vérité.
Le désaccord momentané des textes et des monuments ne nous effraiera pas. Il sera pour nous un avertissement, un encouragement à de nouvelles investigations. Nous serons, sous ce rapport, sous tous les rapports dois-je dire, d’une entière sincérité avec vous comme avec nous-mème, ainsi qu’il conviententre travailleurs qui ne cherchent que la vérité. Nous nous efforcerons de vous présenter chaque question sur toutes ses faces, établissant, autant que possible, ce qui est certain, ce qui est douteux, ce qui nous paraît probable, ce qui est prouvé, ce qui est encore à l’étude. Ici nous constatons des faits, nous ne faisons pas un système.
Nous provoquerons vos observations et nous en tiendrons compte.
Les doctrines absolues, les systèmes qui se tiennent tout d'une pièce sont destinés, d’ordinaire, nous ne l’ignorons pas, pour un temps au moins à plus de succès. Nous nous rappellerons que « si ces systèmes sont fort commodes, ils ont le tort grave « de conduire fatalement à l’erreur en brisant des rapports « vrais, en imposant des rapprochements faux. »
Nous chercherons avant tout à être utile.
Une dernière lèche nous restera à remplir: vous initier aux côtés pratiques du métier d’archéologue.
Cinq leçons, à cet effet, seront données soit dans les salles, soit dans les ateliers du musée de Saint-Germain.
Nous choisirons ultérieurement ces jours, de concert avec vous. Nous y étudierons :
1° La question de l’organisation des musées archéologiques, du classement et de l’exposition des objets, delà forme des vitrines, du montage des petites pièces et des étiquettes.
2° Nous traiterons, ensuite, la question plus délicate de la réparation et de l’entretien des antiquités de bronze et de fer, question capitale pour tous ceux à qui sont confiées de grandes collections.
3° La question de l’estampage des inscriptions attirera une
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autre fois notre attention. Nous ferons ou nous ferons faire des expériences sous vos yeux.
4° La poterie arrive presque toujours en fragments dans les musées. Nous vous apprendrons l'art de rapprocher ces fragments et de leur donner une consistance suffisante.
5° On ne devient pas mouleur en quelques heures et même en quelques semaines. Pourtant il est bon que l’archéologue soit familiarisé avec quelques procédés très simples. Nous nous efforcerons de vous procurer cette instruction élémentaire.
Telles sont nos intentions, nous ferons tous nos efforts pour ne pas rester au-dessous de notre tâche.
La prochaine leçon sera consacrée aux questions relatives à :
L’homme tertiaire et l’homme quaternaire en Gaule.
L'HOMME TERTIAIRE
ET
L’HOMME QUATERNAIRE1
Nous avons annoncé que, conformémen tau titre de ce cours, nous remonterions aussi loin que possible dans le passé.
L’homme, vous ai-je dit, existait et habitait les contrées qui sont aujourd’hui la France, à l’époque qualifiée successivement de diluvienne ou ante-diluvienne, d’époque des grandes alluvionset des glaciers, enfin par toute une école géologique A’ époque quaternaire , époque de transition entre la tertiaire et l’époque actuelle.
Je devrais donc commencer par vous parler de Y homme quaternaire.
Mais, messieurs, je suis obligé de remonter plus haut et pour ne laisser, au début de ce cours, aucune incertitude dans vos esprits, de m’engager pour un moment sur un terrain qui n’est pas le mien, mais qui m’est imposé par les circonstances.
La découverte de l’homme tertiaire n’a pas été signalée, seulement, par des savants isolés, bientôt désabusés à la suite d’un examen plus sérieux des faits, elle a été discutée dans trois congrès et, ce qui est plus grave, elle trouvait, en 1877, un
1. Deuxième Leçon clu Cours d’archéologie nationale, professée par l'auteur à l’École du Louvre.
L HOMME TERTIAIRE
patron inattendu on la personne de l’éminent professeur d’An- Ihropologie du muséum, M. de Quatrefages.
Voici ce que nous lisons, page 1 12 de sa remarquable étude sur l 'Espèce humaine (1).
« Ainsi l'homme existait, à coup sûr, pendant Y époque qua- « ternaire et pendant l’âge de transition auquel appartiennent « les sables de Saint-Prest. 11 a vu, selon toute probabilité , les « temps miocènes , et par conséquent l’époque pliocène en « entier. En d’autres termes, il a vu la plus grande partie « de l’évoque tertiaire. »
Ici, vous le voyez, l’auteur fait une légère réserve : selon toute probabilité. Mais celle réserve est singulièrement atténuée par les lignes qui précèdent sa déclaration.
« Au congrès do Bruxelles (2), dit-il, à propos des silex ter- <( tiaires de Thenay, j’étais de ceux qui crurent devoir réserver « leur jugement et attendre de nouveaux faits; mais, depuis « lors, de nouvelles pièces découvertes par M. l'abbé Bourgeois « ont levé mes derniers doutes. »
Dès l’apparition du livre j’exprimais à M. de Quatrefages le regret qu’il se fût autant avancé (3). Le patronage d’une vérité encore si nuageuse, si grosse d’hypothèses fantaisistes, pour ne pas user d’un mot plus vif, me semblait jurer avec le ton de sagesse et de mesure qui respire dans tout le livre.
Les hypothèses, les déductions hasardées devaient, en effet, faire leur chemin. Elles l’ont fait.
Un volume vient de paraître sous le nom de : Le Préhistorique, où la question de l'homme tertiaire n’occupe pas moins de cent pages.
Les conclusions de l'auteur, professeur d’anthropologie préhistorique à l’Ecole d’anthropologie de Paris, se résument dans les trois propositions suivantes (4) :