‹ La Gaule mérovingienneChapitre 21 sur 28 · Autel d'Aui-iol (V' siècle · texte numérisé non relu

Autel d'Aui-iol (V' siècle

métal siisponduos dans les entre-colonnemonts, riches ])rrsonts des souverains, les tours à hosties placées sur l'autel, les croix brillantes de gemmes, les calices d'or et d'argent. 4. Les autels. — L'autel in-incipal était ])lacé en avant de l'abside dans l'axe de la nef, car le siège de Févéque était placé au fond ; et de chaque côté de lui autour de l'abside se rangeaient les prêtres. S'il n'y avait à l'origine qu'un autel par église, il n'en était plus de même au YI siècle. Grégoire de Tours dit avoir célébré la messe sur trois autels dans l'église de Berny ; et le pape Grégoire le Grand mentionne dans une de ses lettres une église qui possédait yv. jusqu'à treize autels. L'autel consistait en une table de pierre rectangulaire, posée sur une base de maçonnerie ou sur trois dalles verticales. Le type le plus commun était une table soutenue par quatre colonnes ou pilastres ; certains autels n'étaient portés que par une colonne centrale.

Les tranches de la table de l'autel étaient ornées de sculptures, par exemple des colombes ou des agneaux symbolisant les douze ai^ôtres et accostant le monogramme du Christ. Souvent aussi une inscription gravée sur l'autel ra])pelait la date de sa consécration. C'est ainsi que sur un autel de l'église du Ham, près de Valognes, on lit que Fromond, évêque de Coutances, avait fait construire l'église et consacré l'autel la sixième année du règne de Thierry, soit l'an 676. Les pèlerins qui venaient prier près d'un autel

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Fig. 105. — Autel du Ham, près de Valognes (fin du VII'-" siècle).

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uimuioiil à ) ^i'unci- Icui-s noms. L'aiilcl de lu Minerve, dans le département de riléranlt, qni avait été consacré en 456 par Févèqiie Uuslicpie, est ainsi tout convert d'inscriptions à la pointe, on f/raf/iti^ donnant les noms de lidè^'S des tem})S mérovingiens. Le concile d'Kpone prescrivit l'emploi exclusif de la pieri'e pour la confection des autels; il est probable toutefois que; cette l'ègle ne fut pas immédiatement observée à la lettre et qu'on continua à se servir d'autels en bois recouverts de }»laques de métal. Pour célébrer le sacrifice de la messe, on recouvrait l'autel de linges de lin. En outre, aux jours de fêtes, on entourait sa base de tapisseries. L'autel était abrité sous un dais appelé ciborium^ sorte de baldaquin sup])orté par quatre colonnes et au plafond duquel était suspendu un vase en forme de colombe dans lequel on enfermait les liosties. De l'arcbitrave du ciborium pendaient des voiles qu'on tirait au moment de la consécration.

5. Les cryptes. — L'autel était plus élevé que le sol delà nef, car il était placé au-dessus d'une crypte qui renfermait le tombeau du saint auquel était dédiée l'église. Cette crypte, appelée martyrium, confessio, memoria^ était tantôt une très petite cbapelle, tantôt une véritable église souterraine avec un autel. Dans le mur antérieur de la crypte, au-dessous de l'autel de l'église supérieure, était pratiquée une petite fenêtre qui permettait aux fidèles d'apercevoir le tombeau ou même de passer des linges que le contact avec le tombeau douait de vertus miraculeuses. Certaines cryptes étaient accessibles aux fidèles. Rarement le sarcophage du saint était isolé dans la crypte ; d'ordinaire il était accompagné dequel- (pies tombeaux de ])ersonnages, laïcs ou ecclésiastiques, mais surtout des évoques, auxquels leur piété avait valu d'obtenir un lieu de sépulture recherché.

L'hypogée découvert à Poitiers en 1878 par le P. C. de la Croix [\v^. 94 et Oo) i)eut donner une idée de ce qu'était une petite crypte de réi)oque mérovingienne. Cette chambre se-

piilcrale,bfitie par un abbé du nom de Mellebaude pour lui servir de tombeau, mesurait cinq mètres de long sur trois mètres de large; un escalier y donnait accès. Le linteau de la porte placée au bas des degrés portait une inscription qui

Fig. 106. — Crypte de Jouarre.

indiquait la destination de l'édifice ; une autre inscription gravée sur l'un des pieds droits prononçait l'anathème contre celui qui oserait violer la sépulture. Au fond il y avait un autel au-dessus duquel s'ouvrait une petite fenêtre ; le long des murs latéraux, trois tombes en pierre, une à gauche et deux à droite (fig. 95). Les parois étaient décorées depeinture. Une inscription mutilée parlait de soixante-douze martyrs,

LA (JAULE MÉROVliNCIENNK

Fig. 107. — Sculptiire provenant de rhypoi^ée do Poitiei'.<.

yans doutolos victimes de la (('IM)!!' plialange des saints Chry-

sanlhe et Dui'ia et leurs soixantedix compagnons. Mellcdjaude avait lait placer dans la crypte des reli- (pies de ces saints pour s'assureileur i)rotection. D'une façon analogue à Vaison, un certain I*antagathus avait placé des reliques de saint Vincent dans rédifice funéraire qu'il s'était fait préparer'.

La crypte de Jo narre, encore existante (fig. 106), remonte peut-être au VIP siècle ; elle contient le sarcophage de Théodechilde, première abbesse de ce monastère.

Quant aux cryptes de Saint-Avit et de Saint-Aignan d'Orléans qu'on a souvent citées comme des constructions mérovingiennes, il est reconnu aujourd'hui qu'elles ne sont pas antérieures, dans leurs parties les plus anciennes, à l'époque carolingienne.

La crypte de Saint- Laurent de Grenoble (fig. i 1) est bien un édifice du VI' ou du Vil' siècle ; mais il est probable qu'à l'origine c'était une le petite église, élevée audessus du sol, et non

Fis-. 108.

Cliapiteaii et Ijasc dune colonne la crypte de .louane.

1. Le niant, Xouveau recueil des inscriptions cfiréliennes de la Gaule, p. 250 et

une crypte. Cette chapelle est sur plan rectangulaire avec quatre absides.

Les basiliques les plus considérables de la Gaule avaient des dimensions assez restreintes. La basilique de Saint-Martin de Tours n'avait qu'une longueur totale de 1 Gl) pieds (environ 48 mètres) et une largeur de 60 pieds; la hauteur jusqu'à la vo Lite était de 45 pieds; il y avait 52 fenêtres, 120 colonnes et 8 portes. L'église cathédrale de Clermont, construite par saint Niimatius, mesurait 150 pieds de longueur sur 60 de large, et une hauteur de 50 pieds jusqu'à la voûte; elle était soutenue par 70 colonnes, éclairée de 42 fenêtres; 8 portes y donnaient accès.

6. Les baptistères. — Les baptistères étaient des édifices isolés, distincts de l'église épiscopale, mais d'ordinaire assez rapprochés d'elle. Il n'y avait avant le VL siècle qu'un seul édifice de ce genre par diocèse, établi dans la cité, c'est-à-dire au siège de l'évêque. Les évêques seuls conféraient le baptême. Au cours du VP siècle, on commença à édifier des baj)tistères dans les campagnes. Ces sanctuaires étaient placés sous l'invocation de saint Jean-Baptiste. Ils affectaient le plus souvent la forme ronde ou octogonale. A l'intérieur il y avait un autel et au centre une large piscine, car le baptême se donnait par immersion.

Il existe en France un baptistère de l'époque mérovingienne, le temple de Saint-Jean à Poitiers (fîg. 84 à 86). Cet édifice est rectangulaire ; il est précédé d'un avant-cor})s pentagonal construit au XP siècle ; au mur opposé à la façade s'appuie une abside ; deux absidioles, reconstruites récemment, s'ouvrent sur les murs latéraux. A l'extérieur les murs sont ornés d'une remarquable décoration géométrique et de chaînes en briques. A l'intérieur, les colonnes, empruntées à des monuments antiques, sont surmontées de cha])iteaux dont quelques-uns sont gallo-romains. Le sol était pavé de mosaïques. Les murs étaient peints. Au centre, une piscine

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h la<iii('ll<' ahoiilissaiciil deux conduits dont l'un amenait l'eau, cl dtuil Taulrc scrvail à rcuinicncr.

L'inilucncc l)y/.antin(', couinic l'a observé M. Courajod, est marquée dans rareliiteclure i-(di^ieuse. Si « le |)rocédé de construction, ra|)i)areil, reste lalin' », le plan de certaines églises et leur élévation découlent d'une autre source. Ainsi le temple de Saint-Jean de l^oitiers, l'hypogée de la même ville découvert par le P. de lu Croix, la chapelle de Saint- Laurent (1(» Grenoble rappellent le plan des édifices grécosyriens et byzantins. De plus la ligne verticale tend à se substituer à la ligne horizontale : « ce n'est certainement pas l'art gallo-romain, l'art exclusivement latin, sans alliage étranger, qui a inspiré le procédé de la tour lanterne dont fut surmonté le carré du transept » ^ de certaines églises. C'est là une disposition empruntée aux basiliques de Constantinople et de l'Orient. Quant à l'ornementation et à la sculpture, les trop rares monuments qui nous en ont été conservés présentent la plus grande analogie avec les œuvres du même genre que l'Orient chrétien nous a laissées en j)lus grand nombre.

7. Larchilecture civile. — Nous sommes mal renseignés sur l'architecture civile de la période mérovingienne. Les églises étaient presque les seuls monuments publics. Si les rois continuaient d'entretenir les anciens |)alais impériaux et ceux des gouverneurs, ils préféraient résider dans leurs villas. Cependant Chilpéric fit construire à Soissons et à Paris des cirques où il donna des si)ectacles au peu])le.

8. Les enceintes des villes. — Les villes avaient été munies au III'' siècle de fortes enceintes qui ont été utilisées à l'époque mérovingienne ; par leur solidité elles défiaient les ravages du temps. Les foi'tilications élevées à répo(jue mérovingienne ont dû l'être suiviint la méthode romaine. On voit

1. Les oriçjities de l'art (joUiique (Paris, 1892, in-S"), p. 20.

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