Gourajod, IbkL, p
encore clans le département de l'Yonne, sur le territoire de Saint-Moré (fig. 68), une enceinte antique dans un lieu aujourd'hui abandonné et qu'on croit être l'emplacement de C/iora. Cette enceinte présente les caractères des constructions romaines : blocage, petit appareil, chaînes de briques; mais le travail est ])lus grossier, et il est vraisemblable que c'est là un ouvrage des temps mérovingiens.
9. Description cViin château fort. — Fortunat a consacré l'une de ses poésies à la description d'un castelliim que l'évèque de Trêves Nicetius, mort en 566, avait établi pour servir de refuge aux paysans sur une des montagnes qui dominent la Moselle, probablement en un endroit appelé aujourd'hui Bischoffstein, non loin de Coblentz. <( Une enceinte flanquée de trente tours environne la montagne où s'élève un bâtiment qui occupe la place que couvrait naguère une forêt; le mur allonge ses ailes et descend jusqu'au fond de la vallée pour rejoindre la Moselle dont les eaux ferment de ce côté le domaine. A la cime du roc est bâti un magnifique palais, pareil à une autre montagne posée sur la montagne. Ses murailles enveloppent d'immenses espaces, et la maison forme à elle seule une sorte de château fort. Des colonnes de marbre supportent l'imposant édifice, du haut duquel, pendant les jours d'été, on voit les barques glissera la surface du fleuve. Il a trois étages, et quand on arrive au faîte il semble que l'édifice couvre les champs qui sont à ses pieds. La tour qui commande la rampe par laquelle on monte au château renferme la chapelle consacrée aux saints et les armes à l'usage des hommes de guerre. Là aussi est une double batiste dont le trait vole, donne la mort en passant et fuit au delà. L'eau est amenée par des conduits qui suivent les contours de la montagne et fait tourner une meule qui broie le blé destiné à la nourriture des habitants du pays. Sur ces coteaux jadis stériles, Nicetius a planté des vignes au suc généreux et les pampres verdoyants tapissent le rocher
LA CAULE MEROVINGIENNE
qui ne portait que des hroiissaillcs. Dos vergers d'arbres h fruits eroissent (;à et là et remplissent l'air du pjirfum de leurs fleurs. » C'était en même temps qu'un château, un domaine : une vii/a fortifiée.
10. Les maisons de /i/(iisa?jce. — Les i;rands domaines ou villas n'étaient pas seulement de grandes ex|)loitations agricoles, c'étaient aussi des maisons de ])laisance. Au centre s'élevait l'habitation du maître, souvent très luxueuse, aménagée de façon à procurer au propriétaire tout le confort qui convenait à ses goûts.
Fortunat a chanté les charmes de la villa de Bessan, dans le Bordelais, qui appartenait à l'évèque Léonce. Il y avait là un bâtiment ruiné; l'évèque le remplaça par une maison
Fis. 10:>. - Vase on lerro provenant du '^"Ssi belle qUO Solidc COmcimetièrc d'Herpès (Charente). Collée- pn^naut plusiours COrpS de tion Pn. Uclamani. i , i '
bâtiments le long desquels régnaient trois ])ortiqueT^ qui, en même temps qu'ils donnaient de réh'gance à la construction, i)ermettaient de se promener à l'abri des ardeurs du soleil. L'architecte avait mis un soin tout particulier à la construction des salles de bains. Le même Léonce poss('dait d'autres villas, spécialement celle de Verago^ agréablement située sur une colline (jui dominait la Garonne. La maison était bâtie à mi-côte; on y acct'dait |)ar un senlier louruant. Tue triple arcade soutenait l'édifice du cot('' de la déelivilé; sous celle ai'cade il y avait un bassin dans lequel se précii)itait une eau vive; un trompe-l'œil occui)ait le mur du fond, représ(Mitant la mer. Les hommes du Vf'" siècle ne se contentaient pas d'enlre-
tenir les vieux bâtiments que leur avait légués le monde romain ; ils en construisaient de nouveaux. Les temps les |)lus troublés nous paraissent à distance plus troublés et plus malheureux qu'ils ne l'ont été réellement, et cela par suite du groupement que l'éloignement donne à des événements assez espacés. Sans doute il y eut des guerres terribles au VP siècle, mais en somme elles étaient passagères et locales ; il restait encore du temps pour jouir de la paix. Les sujets des rois francs n'étaient insensibles à aucune des jouissances de la civilisation, et leur vie était certainement moins agitée qu'on ne le croit généralement. Notre illusion a toujours la même source : les historiens, de quelque époque qu'il s'agisse, ne racontent que les faits exceptionnels ; leur récit des crimes et des excès de quelques grands personnages n'a pas pour contre-poids le tableau de la vie journalière des gens du commun.
11. La sculpture. — Si l'architecture a dû produire à l'époque mérovingienne des œuvres notables et qui ne manquaient ni de grandeur, ni d'élégance, il n'en fut pas de même de la sculpture :
il faut ici prononcer le mot de décadence, quelque ré- ])Ugnance qu'on y ait. Les monuments de la sculpture ne nous sont parvenus qu'en petit nombre, mais de ces quelques monuments on est autorisé à Fi^ prendre une conclusion générale ; car il serait étrange qu'il ne nous fût pas parvenu une seule œuvre de mérite, s'il y en avait eu. Deux caractères frappent dans les œuvres de sculpture mérovingienne : l'incapacité des artistes à rendre les êtres animés, et leur
110. — Fragment de sarcophage, montrant la technique de la sculpture.
LA r.AULE MÉROVINGIENNE
iiii|>iiissanco à lailloi* la iticrre on ronde bosse. La figure liuinaine ii'a[)i)araît que rarement à partir du VI' siècle. On n'était guère i)lus habile à tracer les contours des animaux. Les artistes se bornaient donc à sculpter des dessins géométriques, des bandes combinées de mille manières, des entrelacs, des feuillages; la scul|)ture devient purement ornementale. De plus, tous ces motifs de décoration sont sculptés à ])lat ; ce sont comme des découpures qui se détachent sur le fond de la ])ierre (fig. 1 10).