E. Babelon, La gravure en pierres fines
Fipj. 115. — Plaque d'ivoire sculpté l'oprésentant la descente de Jésus aux Enfers et la rcsui'rection de Lazare. (Ane. coll. Soltykofl.)
et les inlaillcs aiiliques. Brimehuul olIVil à l'église Saint- Etienne (rAuxerre un calice d'onyx monté sur un ])ie(l en or. La monture de ce calice devait être quehiue chose d'analogues à celle d'un vase de Saint-Maurice d'Agaune connu sous le nom de vase de Saint-Martin (lig. 12). Quant aux camées et intailles, grecs ou romains, on s'en servait pour orner les châsses, les croix, les vases sacrés, les couvertures de manuscrits.
17, L'orfèorerie. — Aucun art n'était plus prisé que l'orfèvrerie. On sait la fortune de saint Eloi. Si son intelligence,
ses vertus, sa piété, lui acquirent la faveur des rois Clotaire II, Dagol)ert I" et Clovis II, on j)eut ])enser que son talent d'orfèvre ne contrihua pas peu à le mettre en relief et à lui donner au Palais une position prépondérante. Les objets de métal, surtout les objets d'or et d'argent, étaient particulièrement recherchés pai' les Barbares ; leur éclat exerçait sur eux comme une fascination. Les rois accumulaient dans leur trésor les lingots, les vases j)récieux, les joyaux de toutes sortes. On gardait avec soin les vases antiques, les grands plats d'argent. Parmi les nombreux objets d'orfèvrerie que Didier, évèque 603-021), offrit à son église, et dont la longue liste nous a été conservée, la plupart étaient romains ou byzantins ; ])eut-étre même y avait-il des o])jets d'origine orientale. Cliilpéi-ic montrait avec orgueil à Grégoire <le Tours les richesses de son trésor; il lui faisait admirer de magnifiques médaillons que lui avait envoyés l'empereur
.Fig'. lll). — Aif^uiôro on verre ii i
provenant du cimetière d'Her- ^i AUXCrre
pes (Cluirente). (GolL Ph. De-
hunaiu).
Tibère, portant crun côto l'effigie de l'empereur, de l'autre un quadrige avec la légende Gloria Romanorum. Si Chilpéric était fier des œuvres d'art qu'il devait à la libéralité de l'empereur, il l'était plus encore de celles que lui-même avait fait faire. Il ne voulait pas qu'on crût que le roi des Francs eût à son service de moins bons artistes que l'empereur byzantin. Montrant à Grégoire un grand mïssor'mm^ c'est-à-dire un large plat, exécuté sur son ordre et composé d'or et de pierres précieuses et qui ne pesait pas moins de cinquante livres : « Je l'ai fait, disait-il, pour donner du relief et de l'éclat à la nation des Francs. J'en ferai encore bien d'autres si Dieu me conserve la vie. » La reine Brunehaut avait fait fabriquer un bouclier en or décoré de pierres précieuses, et d'une grandeur extraordinaire, qu'elle envoya au roi des Wisigotbs avec deux patères de bois ornées également d'or et de pierreries.
18. L'orfèvrerie cloisonnée. — Quelques objets se sont conservés jusqu'à nos jours qui permettent de se faire une idée de la tecbnique de l'orfèvrerie mérovingienne. On qualifie cette pj„ j^^^j^. orfèvrerie de cloisonnée : c'est un travail qui sic en forme
. , , ^ - , 1 r 1 17 d'oiseau avec
consiste a enchâsser dans des alvéoles d or ou grenats cioidans une plaque de métal à jour des pâtes vi- ^"™^^treuses, des lames de verre, des pierres, des cabochons. Ce genre d'orfèvrerie n'était pas propre aux orfèvres de la Gaule ; on en a trouvé des monuments en Crimée, sur les côtes de la mer du Nord et de la mer d'Azov, dans le Caucase, en Italie, en Afrique, en Espagne, en Angleterre, et jusqu'en Suède et en Danemark. Cet art a eu son point de départ en Orient, car les objets découverts dans l'Europe orientale sont plus anciens et d'une exécution plus finie que ceux qu'on
FiK
rencondc dans riùiroix' occidentale. Le trésor dccouvort à PiHrossa (Valachio) on 1837, contenait, avec dos vases antiques, doux tasses en or incrustées de ])ierres, saphirs, émoraudos et grenats, qui remontent |)roba})Iement au IV" siècle. Les ohjels qui coni|)osent le trésor de Szilagy- SoMilyo en Hongrie sont aussi ])arnii les lis IT liame iii- 1*^"^ aucions qu'aîont |)roduits les Barbacriistéc de grenats pio- ivs. Si los i)ou|)les fi-ornumiquos out donné
venant du cimetière , ,, .., '. ' . *- , '■
d'Herpès (Chaientc). a 1 orievrerio cloisonnoç un caractère pro- (Cou. Ph. beiamain.) ^^^^^ cependant ils n'en sont pas les inventeurs ; ils n'ont été que les imitateurs des artistes orientaux. L'art j)orsan de la période sassanide a été sans doute le i)oint de dé})art do l'orfèvrerie barbare. C'est par les peuples germaniques que le cloison- ,^ ,^ nage s'est répandu en Europe. On a trouvé à ^&mj^B] ^^ olfsheim, près de Mayence, une plaque de ^•"^SWty ceinturon ornée de hyacinthes et de grenats ou verres rouges en tables ; au dos est inscrit en caractères ])ohlvis le nom d'Artaxercès, probablement Artaxercès I" qui régna de 223 à 240 après Jésus-Christ : cet objet remarquable est aujourd'hui au musée de Wiesbaden. Il faut encore noter que l'art
persan s'était imposé aux Grecs de Byzance ; dans cette ville qui, au VP siècle, tenait la tête de la civilisation, les orfèvres de l'Occident pouvaient trouver des modèles qui procé- Fis-. 120. - Poisson avec gic- daiont oux aussi de l'art oriental, car
nais cloisonnes. ^ . '
l'art byzantin fut le résultat d'une fusion d'éléments néo-grecs et d'éléments ])ersans. La Gaule entretenait dos relations commerciales suivies avec Byzance ; les produits de son industrie arrivaient dans nos pays non seulement par mer, mais plus encore par la voie commer-
Fig. 119. — Bouton d'argent avec grenats.
Fig. 121. — Perroquet.
ciale de terre qui suivait la vallée du Danube etcelle du Rhin, et qui était incessamment sillonnée de caravanes. C'était aussi la route qu'avaient suivie les Barbares dans leur poussée de l'Orient à l'Occident. Tout concourt donc pour témoigner de l'origine orientale de l'art barbare.
Quelques monuments de l'orfèvrerie cloisonnée trouvés en Gaule ou conservés dans les trésors de ses églises, méritent une mention spéciale : l'épée (fig. 13) et quelques bijoux provenant du tombeau du roi Childéric (fig. 17), une autre épée et un poignard (fig. 14 et 7) découverts à Pouan (Aube), un calice d'or avec son plateau trouvés à Gourdon ( Saône- et- Loire) (fig.
122), une châsse conservée à l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune (fig. 90 et 91).
Les couron-
Fig. 122. — Trésor de Gourdon. (Cabinet des Médailles.)
nés wisigothiques découvertes à
Guarrazar en Espagne (fig. 10), qui sont aujourd'hui au musée de Cluny et dont l'une avait été offerte à une église par le roi wisigoth Receswinthe, mort en 672, nous permettent de prendre une idée de ce qu'étaient les couronnes que les orfèvres de la Gaule fabriquaient pour être suspen-
LA GAULE MEROVINGIENNE OS éiiliscs. CcrluiiK's cliùsses chiionl oriK'os de
dues dan
ii{;ui'os au repoussé. On peul ci 1er par exemple cidle dont
une certaine Mumma fit présent au monastère do Saint-
Benoît-sui-Loire (fig. 61), et qui vraisembiablemiînt remonte au Vlir siècle.
Enfin les inscriptions concouraient à l'ornement des objets de métal précieux, car les donateurs aimaient à laisser sur les objets mêmes offerts par eux aux églises des traces de leur libéralité.