Le costume. — L'orfèvrerie
Fig. 123. -Fibule en aroent, ornée jouj^jt un rôlc important dans le cos-
de grenats et pierres bleues. J ^ . .
tume de l'époque mérovingienne.
Sidoine Apollinaire, frai)j)é de la magnificence du costume que portait un ])rince goth ou franc, Sigismer, qui vint à Lyon en 470 pour épouser une i)rincesse burgonde, nous en
a fait la description. Le jeune prince portait un manteau rouge écarlate sur une tunique de soie blanche brodée d'or; ses cheveux, son teint, sa |)eau, répondaient par leur couleur à ce riche costume. L'aspect de ses compagnons avait quelque chose de terrible. Leurs pieds étaient liés de bandes de cuir non tanné attachées au-dessus du talon, les jambes et les genoux étaient nus; ils portaient un justaucorps de couleurs bariolées, sevré à la taille par un ceinturon orné de clous, et descendant à peine i\ la hauteur du jarre! ; les manches ne couvraient que le haut des bras. Cette tunique était recouverte d'un manteau appelé saga^ de couleur \ei'te avec des bandes rouges. Le glaive était sus-
Fig. 124. — Plaque de fibule avec filigranes et pierres.
pendu a un baudrier. De la main droite ils JDortaient une lance munie de crocs et une hache ; ils avaient au bras gauche des boucliers dorés au centre, garnis d'argent à la circonférence. L éclat de ces métaux attestait leur richesse et 1 importance qu'ils attachaient à leurs armes.
Ce costume est celui 'que supposent les ornements et les armes retrouvés par milliers dans les sépultures de l'époque mérovingienne. Les Romains durent conserver le costume long pendant une partie du W siècle ; mais dès le V^ siècle un grand nombre portaient un costume court. Et il est vraisemblable qu'au milieu du VP siècle, quand les rois francs réclamèrent le service militaire de tous leurs sujets sans disl tinction de race, tous adoptèrent le costume barbare. Les vêtements ongs devinrent l'apanage exclusif des clercs et des moines. Les bijoux et les armes furent pour tout le monde les mêmes. On ne distingue pas dans les cimetières de l'époque mérovingienne deux espèces de sépultures, les unes renfermant des objets barbares, et les autres des objetà rappelant ceux qu on recueille dans les cimetières purement gallo-romains.
C'était l'usage des temps mérovingiens que les morts fussent déposes avec __
leurs vêtements et ""
leurs armes dans
le tombeau ; les
vêtements ont été
rongés par le
temps, et on ne Fig. 125. - Boude de ceinturon en bronze damasnuiné retrouve g-uère " argent. (Musée de Saint-Germain.)
guère
que quelques fragments d'étoffes adhérents aux plaques métalliques ; le m domine, mais on a recueilli aussi des débris de larne, de drap et de soie. Pour les femmes, dont aucun auteur n a pris soin de décrire le costume, on ne sait guère comment elles étaient habillées ; les sépultures ne nous livrent
que loiirs bijoux. Pour les liominos, ^ràc<' au passade de Sidoine citi'' plus haut, nous sommes mieux reuscMgnés ; ce texte est corroboré et comijlété par les tombeaux.
20. Le>^ armes. — Les armes offensives étaient l'éj^ée, le coutelas, la lance, la hache ; la seule arme défensive, le bouclier.
L'épée (fig. 53 et 02) était en fer et à deux tranchants, généralement longue, renfermée dans un fourreau de cuir ou de bois garni de métal à son extrémité ; le fourreau de l'épée de Childéric était garni d'or; mais il présente une forme i)articulière, car au lieu de se terminer en pointe, son extrémité est plate, c'est là une exception. L'épée était suspendue du côté gauche à un baudrier orné de plaques de métal.
Le principal ornement du baudrier était la boucle qui servait à en attacher les extrémités ; cette boucle était ornée d'une })laque et d'une contre-plaque auxquelles était fixé le cuir du baudrier. Ces plaques ont de grandes Boucle dimensions : elles sont d'ordinaire rectfingude ceinturon. iCoii. Jaires, et Quelnucfois rondes et carrées. La
Baudot.) 1 \>
plupart sont en fer avec des ornements variés tracés en creux et souvent incrustés d'argent, brisures, entrelacs, chevrons, losanges, zigzags, enroulements, croix et même animaux fantastiques. D'autres sont en bronze, quelques-unes coulées dans des moules. Sur quelques plaques sont figurés des sujets pieux : Daniel dans la fosse aux lions, Daniel et Habacuc (tig. 07), les rois mages devant Hérode. On inscrivait aussi sur la plaque le nom du possesseur ou son monogramme, soit seul, soit accompagné d'un souhait de vie éternelle.
Le coutelas ou scramasaxe (fig. 54) était plus court que l'épée ; il n'avait qu'un seul tranchant. Un ou deux filets
creux étaient tracés sur la lame contre le dos.' Le fourreau était une gaine formée de deux plaques de bois recouvertes de cuir et réunies par une petite bande de fer ou de bronze rabattue de chaque côté et fixée à l'aide de clous. Le scramasaxe était pendu à la ceinture du côté droit.
Le ceinturon était muni de courroies ou de chaînettes auxquelles pendaient les ustensiles usuels, bourse, couteaux, ciseaux, peigne, alênes, même des curedents et des pinces à épiler. Hommes et femmes avaient ce même attirail. Le ceinturon était attaché par une boucle qui ne différait pas essentiellement de celle qui retenait le baudrier ; on l'ornait de clous de mJtal et de boutons en or cloisonné de grenats ou de verroteries.
La lance ou framée (fig. 16 et 50) affectait des formes variées. Elle avait toujours une douille dans laquelle s'emmanchait une hampe de bois. Certaines lances ont leur pointe munie à sa base de deux crochets. On ne doit pas les confondre avec l'angon (fig. 51 et 129), arme dont Agathias dit que les Francs étaient munis, dard monté sur une longue tige de fer, mince, effilée, munie de crocs sous la pointe ; c'était une arme de jet que le guerrier lançait contre son ennemi. A côté des fers de lances se rangent les fers de flèches ; on en a recueilli dans les tombeaux ; et, bien qu'on n'ait jamais trouvé traces ni de carquois ni d'arcs, certains récits de Grégoire de Tours impliquent l'usage de l'arc à l'époque mérovingienne.
Les Francs avaient tous une hache ou francisque (fig. 15 et 52). Ils s'en servaient comme arme de jet dans les combats. Les haches sont en fer; la forme varie; la plupart res-
— Boucle. (GoUcct.
Moreau.)