‹ La Gaule mérovingienneChapitre 3 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'établissement des barbares en gaule '

L'Empire romain ne s'effondra pas d'un seul bloc; miné longuement et de toutes parts, il se désagrégea peu à peu. Son ossature demeura, imposant sa forme aux nouvelles sociétés fondées sur ses ruines par les peuples germaniques. L'établissement des Barbares en Gaule fut l'œuvre de plusieurs siècles, multiple en ses formes, tour à tour et simultanément colonisation et invasion. Les Germains apparurent en Gaule tantôt comme alliés des Romains, tantôt comme ennemis ; les uns s'établissant pacifiquement en vertu de traités, les autres violemment, les armes à la main ; pénétrant par toutes les portes jusqu'à la complète soumission de la Gaule à leur autorité.

1. Origine des Germahis. — Les Germains qui occupaient les pays situés au delà du Rhin et au nord du Danube, appartenaient au rameau européen de la grande famille aryenne.

1. Bini.ioGRAPHiK GÉNÉRALE. Lcs pHncipaux ouvrages traitant de rensemhie dos institutions mérovingiennes sont: Waitz, Deutsche Verfassungsç/eschichte, 3" édit., t. I et IL — Piistel de Coulantes, Histoire des instilulions politiques de l'ancienne France. — J. Tardif, Etudes sui- les institutions politiques et administratives de la Finance. — P. \io\\et,Ilist. des institut, politiques et administratives de la France, t. L — H. Brunner, Deutsche Rechtsrjeschichte, t. I et IL — Esmein, Cours élémentaire d'histoire du droit fran{iais, 2* édit. — Lampreclil, Deutsche Geschichte, t. L — Les titres de ces ouvrages devraient ôtre répétés en tète de chaque chapitre ; nous les indiquons une fois pour toutes. Sur les invasions barbares on consultera en outre : Geffroy, Rome et les Barbares. — Momnisen, Histoire romaine, traduct. Gagnai et Toutain, t. IX. - Binding, Das Burtju7idisch-romanische Konigreich. — .Tahn, Die Geschichte der Burqundionen. — Longnon, Géographie de la Gaule au VI" siècle. — Junghans, Hist. critique des règnes de Childérich et de Chlodovech, traduct. Monod.

L'ÉTABLISSEMENT DES BARBARES EN GAULE b

Sortis de TAsie, ils s'étaient crabord établis dans les vallées de rOder et de FElbe, en môme temps que d'autres peuples, venus eux aussi de l'Orient, envahissaient l'Italie et la Grèce. Ils étaient divisés en petits groupes n'ayant d'autres liens entre eux que la communauté des, croyances religieuses. Ce sont les Gaulois qui leur ont donné ce nom de Germains qui ne signifiait probablement rien autre chose que voisins.

2. La Germanie romaine. — Ils furent constamment une menace pour la Gaule. Les Romains durent renoncer à la conquête de la Germanie, se bornant à soumettre quelques peuplades établies sur la rive gauche du Rhin et à réduire leur territoire en province romaine : ce furent les deux provinces de Germanie, la Germanie supérieure avec Mayence, la Germanie inférieure avec Cologne pour capitales. Au cours du second siècle après J.-C, une ligne de défense fut construite, composée d'une série de postes fortifiés, distants les uns des autres d'une demi-journée de marche, et reliés par une route protégée, là où les fleuves ne formaient pas une défense naturelle, par un retranchement en terre en avant duquel était creusé un fossé. Cette ligne, limite de l'Empire, limes^ du côté de la Germanie, s'étendait de Rheinbrohl sur le Rhin, en aval d'Andernach, jusqu'en un point voisin de Lorch (Wurtemberg) 011 elle se reliait au limes de Rétie.

3. Incursions des Germains en Gaule. — Grâce à cette ligne fortifiée, grâce aussi aux stations militaires établies en arrière, les Romains purent contenir pendant plus de deux siècles les Germains dans leur pays. Mais les luttes qui éclatèrent en Germaniç, luttes intestines dans l'intérieur de chaque peuple, luttes de peuple à peuple, comme aussi l'organisation de bandes guerrières formées d'hommes liés par des serments à des hommes plus puissants ou plus audacieux qui leur servaient de chefs, lancèrent sur la Gaule à partir du troisième siècle des troupes de pillards qui, franchissant le Rhin, s'avançaient jusqu'au cœur de la Gaule,

6 LA GAULE MÉRO VINGIENNK

ravageant les campagnes, s'allaquant môme aux villes, et retoiirnanl <laiis leur patrie cliai'^és de butin.

Il ne faiil jjms <-liei-(liei' la eause de ces invasions dans une haine de raee de la part des (ierniains à regard des Romains. Ces barbares se jelaienl sur ri^jn])ire, les uns chassés de leur doniieile par de nouveaux occupants, les autres alléchés par rap])àt des richesses accumulées dans les \illes gauloises. Ils étaient si peu les ennemis de la société romaine qu'on les

Fig-. 1. — Moiiiuiic eu bruiize do l'cinpoirur Maxiinin représentant cet empereur i cheval, précédé par la Victoire et t'uulant aux pieds deux Germains (236 après J.-C).

trouvaittoujours prêts à s'y introduire comme alliés etcomme colons dès qu'on leur faisait une place. A partir du milieu du troisième siècle après J.-C, c'en fut fait pour la Gaule de la paix romaine.

Les efforts des empereurs s'épuisèrent contre les afflux toujours nouveaux de Barbares. Les expéditions des empereurs en Germanie, encore qu'elles fussent le plus souvent marquées par des succès, n'imposèrent aux Germains que des arrêts provisoires dans leur poussée vers l'Occident. Ni Maximin (235-238), ni Gallien (253-268), ni Poslume (258- 2G7) ne parvinrent à les maintenir sur la rive droite du Rhin. Des bandes de pillards geimains couraient la Gaule, jetant partout l'effroi et ne laissant derrière eux que des ruines.

De CCS destructions, des preuves matérielles subsistaient encore il y a quelques années. Vers la fin du IIP siècle en effet, les villes de l'intérieur, jusque-là ouvertes, s'entourèrent de fortes murailles qui servirent pendant tout le moyen âge, et dont la plupart n'ont été jetées à bas que dans notre siècle. C'est une de ces rares démolitions que ne puissent déplorer les archéologues ni les histo-

mm

Fig. 2. — Monnaie on briinzc de 1 empereur Gailien. Au revers : Vicloire aux pieds de laquelle 11 , • deux Germains captifs (253-268 après J.-G.).

riens, car elles ont mis ' ^

aujour des monuments antiques, bas-reliefs et inscriptions qui nous ont fait pénétrer dans la vie même des cités romaines. En effet, les' soubassements de ces puissantes murailles étaient composés d'énormes blocs de pierres provenant d'anciens édifices, tombeaux, temples, arcs de triomphe.

Ces murailles avaient été édifiées rapidement, sous l'influence de pressantes nécessités, avec des matériaux empruntés aux édifices qui s'élevaient en dehors du périmètre de la nouvelle enceinte, et déjà à moitié ruinés par les Barbares.

Vers l'an 273, Aurélien détruisit un corps franc près de Mayence, victoire que les soldats romains célébrèrent dans une chanson qui courut les camps.

Probus (276-282) ne combattitpas les Germains avec moins

Fig-. 3. — Murs gallo-romains de Sens. Tour vis-à-vis le Clos-le-Hoi, aujourd'hui détruite.

(le succès. Il |>cnétra eu Cicriuaiiic cl coiilniiguit les rois barhai'cs à implorer sa clémence, à lui livrer des otages et à lui pascr (les coniributions. Le relranchemeiit ([ui couvrait les (erres Décumales fui relevé, des camps retranchés et des iiremers furent établis au delà du Rhin.

[/empereur dis! ribua des terres à des colons et livra à la culture des lerriloires jusque-là déserts ; enfin, il prit à sa solde IG.OOO Germains qu'il incorpora dans les légions. Les \icloires de Probus eurent un singulier retentissement; il semblait aux Romains que les Germains fussent à jamais fixés dans leur pays. Les nations barbares sont soumises, disaiton, à quoi bon forger des armes ? Il n'y a plus besoin de soldais. L'ère des guerres est close. La paix romaine va régner partout. Le monde entier est soumis aux lois de l'Empire. Espérances éphémères, optimisme auquel la recrudescence des invasions qui suivit la mort de Probus donna bientôt un ciuel démenti.

Aussi bien, les luttes intestines qui sévissaient en Gaule dans le même temps nécessitèrent qu'on dégarnît de troupes la iVontière du Rhin et favorisèrent les incursions des Barbares. Maximien Hercule, à qui Dioclétien avait confié le gouvernement de la Gaule, dut tout ensemble réprimer la guerre livile et faire face aux Hérules et aux Chaibons, aux Burgondes et aux Alamans qui, les uns au nord, les autres au sud, Iranchissaienl le Rhin.

Certains corps sont détruits ; la famine décime les autres. Mais en 288 les Barbares re])araissent aux ])ortes de Trêves. En 297, les Alamans s'avancent dans le voisinage deLangres. (constance Chlore les arrête.

En 357, le césar Julien rejeta au delà du Rhin une armée (le 35.000 Alamans, puis il pénétra en Germanie. Après Mvoir relevé les forteresses romaines, il conduisit ses troupes sur la basse Meuse contre les Francs Saliens, auxquels il abandonna la Toxandrie entre les embouchui-es de la Meuse

et de l'Escaut ; en retour, il exigea d'eux qu'ils se reconnussent sujets de l'Empire et qu'ils lui fournissent un corps de cavalerie. Les Francs Chamaves furent rejetés au delà du Rhin. Une dernière campagne en Germanie, l'an 359, acheva la pacification de la frontière. Mais, dès 367, Jovinus, général de Valentinien, dut arrêter un nouveau corps d'Alamans. L'année suivante, la ville de Mayence fut pillée ; Valentinien eut

r-iicnn rlp r-otfo nniivollp Fis. 4. — Monnaie d or de Constaiitln-le-Grand avec laiSOn ut CLllL nOUVtllt j.^ représentation de la Porta inclyta de Trêves.

bande. Quelques années

après, en 370, les Saxons se montrent en Gaule. En 377, 30.000 Alamans s'étant aventurés jusqu'à Strasbourg furent défaits par les troupes impériales.

4. La grande invasion (406). — Déjà des peuples germaniques autrement compacts, nombreux et puissants, menaçaient l'Empire. Tandis que les Goths se jettent sur l'Italie, les Alains, les Suèves et les Vandales, appelés par Stilicon qui voidait porter son fils à l'Empire, envahissent la Gaule, la traversent tout entière comme un torrent, et arrivent jusqu'aux Pyrénées ; arrêtés par les montagnes, ils se répandent sur les provinces du sud (406). Cependant l'usurpateur Constantinus, que les légions de la Bretagne avaient proclamé empereur, les pousse en Espagne et les y enferme. Il fait reconnaître son pouvoir en Gaule ; mais bientôt, rem])ire lui étant contesté, il appelle à son secours les Barbares (411) ; la Gaule devient

Fig. 5. — Monnaie d'or de Constantin- Ic-Grand avec, au revers, les légendes Gaudium Romanorum et Francia et la représentation de la Francia vaincue (305-337 après J.-C).

Fi^. (). — Unicc'U'f en t)r tiuuvo à Pouan (Aube).

un cliamp clos où lultont Romains ol Gciinaiiis. La misère lui à son comble ; les villes furent détruiles, les cam|)agnes ravajiées, les ])oi»ulalions massacrées, lesV'jilisesmème pillées

el incendit'es. «. L'Océan tout entier, s'écrie un poète, s'il s'c'lail répandu sui' la (îaule aurait causé moins de ruines. » Les cris de détresse de la poi)ulaiion s'entendirent jusqu'en ()ri(>ntet vinrent troubler saint Jérôme dans sa solitude de Bethb'eiii ; nous en trouvons Téclio dans une de ses lettres où il déplore en termes *émus la destruction des plus somptueuses villes de la Gaule. L'ère des invasions n'était pas close. L'an 451, les Huns, sortis d'Asie, cbassant devant eux les Goi'mains, les poussant sur le Danube ou sur le Rbin, ou passant sur leur corps, envabirent la Gaule, conduits ])ar un cbel" redoutable, Attila, le tléau de Dieu. Ils s'avancèrent jusqu'en Cbam])agne. Les Romains se coalisèrent avec les Germains contre ces ennemis communs. Le général Aétius, un Ronuiin, avec une armée composée de AN'isi- ^otbs, de Burgondes, de Francs, de Saxons, les Fi?^. 7. — Poij?n(^c délit cojuplètement à Moirev *, près de Troyes,

de scrainasaxe ,, .', ii>it^i'

ttouvcc àPouan et Ics rejeta au delà du lilnn.

(.\ubc). g Résultats des invasions. — Vour n'avoir

laissé derrière elles aucun établissement durable, ces invasions n'en ont pas moins contribué à la cbute du pouvoir impérial en Gaide et à la fondation <ies royaumes barbares. Sans doute les Barbares aussi souvent qu'ils s'étaient avancés

1. C'est la bataille connue sous le nom ilc bataille des champs Catalauniques.

sur la rive gauche du Rhin avaient été repoussés. Mais ils semaient partout la terreur; le manque de sécurité faisait disparaître tout commerce et partant la richesse-. Les villes incendiées et pillées étaient déchues de leur antique prospérité. Au lieu de campagnes cultivées et fertiles, ce n'étaient plus que champs dévastés et incultes. Les envahisseurs ne s'en retournaient pas sans laisser derrière eux la misère. Ces coups répétés épuisaient les forces de la population galloromaine; de sorte qu'on peut dire que ces incursions et invasions ont amené par leur continuité la ruine matérielle et morale de la civilisation romaine.

6. Pénétration de l'Empire par l'élément barbare. — Plus encore que ces attaques à main armée, la pénétration pacifique de l'élément barhare dans l'Empire, et spécialement en Gaule, a préparé le terrain à l'établissement définitif des états germaniques.

Tout d'abord, c'est comme soldats que les Germains entrèrent dans l'Empire. Les troupes romaines ne pouvaient plus suffire ni à la défense des frontières, ni aux grandes expéditions entreprises par les empereurs. Aux Barbares, on opposa d'autres Barbares. Quand l'Italie, à la fin du second siècle, eut cessé de participer au recrutement des armées, que les provinciaux même eurent perdu le goût des armes et en vinrent à se racheter à prix d'or de l'impôt du sang, une armée suidée se substitua naturellement et nécessairement à l'armée nationale. Les Germains entrèrent au service de Rome, les uns librement, comme fédérés, les autres contraints, en vaincus. Dès le premier siècle, des peuplades germaniques s'étaient soumises comme alliées à l'Empire : par exemple les Bataves, les Mattiaci, les Ubiens, les Sicambres. Les conditions auxquelles ces fédérés devaient servir l'Empire étaient fixées par des traités. Ainsi Constance ayant mandé à Julien, qui résidait en Gaule, de lui envoyer, pour combattre les Parthes, des corps bataves

et lu'rules, Julien répoiidil que ceux-ci n'avaient quitté les iTgions trouti'o-Rhin qu'à condition de ne |)as être condidts au delà des Alpes. Une nation i)arl)ai-e était-elle vaincue, aussitôt on lui imposait de l'ournir un certain nombre de soldats. On incorporait aussi dans les légions des prisonniers de guerre; ainsi fit Probus ; ainsi encore Julien qui, après sa victoire sur Les Saliens et les Ouades, en enrôla une partie dans son armée. Un roi des Alamans, Vadaniaire, après avoir fait plusieui's incursions en Gaule, passa au service de TEnipire et termina sa carrière comme duc de Pliénicie. Bien d'autres Germains se sont élevés aux plus hautes dignités de FEmpirc. On compte au IV* siècle quatre consuls d'origine franque. Arbogaste, qui commanda les armées sous Valentinien II, était aussi un Franc. Est-il besoin de rappeler le nom du Vandale Stilicon? Des Germains ont revêtu la pourpre impériale : Magnence (350-353) et le Franc Silvanus (355).

C'était surtout pour la garde des frontières que les Romains avaient recours aux Barbares. Tibère au l" siècle, Alexandre Sévère au 111° siècle, établirent sur la frontière des Germains chargés de repousser les autres Barbares. Ce fut l'origine des colonies militaires, des Lœli. On désignait sous le nom de Lètes des troupes de Barbares à qui l'on donnait des terres à cultiver, à charge de service militaire. Le mot Lète est d'origine germanique ; il désignait chez les Francs, les Frisons et les Saxons, des hommes jouissant d'une demi-liberté. Ces Lètes s'établissaient dans les limites qui leur étaient assignées, avec leurs femmes et leurs enfants. En temps de paix, ils se livraient à la culture; en tem})s de guerre, ils devenaient soldats. Leur condition était héréditaire. A la tète de chaque corps de Lètes était un préfet ; mais ces barbares, pourvu qu'ils acquittassentles charges que l'Etal leur avait imposées et qu'ils avaient acceptées, formaient un corps indépendant, conservant son dioit piopre, vivant sui-

vant ses lois nationales. L'empereur seul avait le droit d'assigner des terres aux Lètes. Vers la fin du W" siècle, les Lètes eurent une tendance à élargir leur cantonnement, quelquefois avec la connivence des autorités municipales.

Au commencement du V" siècle, il y avait douze campements de Lètes en Gaule.

Le souvenir de certains de ces corps s'est perpétué dans quelques noms de lieux, par exemple dans le village de Tiffauges-sur-Sèvres qui tire son nom des Taifali, hommes de race scythique établis dans le Poitou.

Les Germains ne remplissaient pas seulement l'armée ; ils avaient pénétré dans la société civile, surtout comme agriculteurs et colons. Les marchés d'esclaves étaient alimentés par des Barbares. Ces esclaves étaient employés aux services de la maison ou à la culture des champs. D'autres Barbares jouissaient d'une condition meilleure. La population galloromaine, décimée par la misère, résultat des incursions des Barbares, ne pouvait plus suffire à la culture. Un grand nombre de terres étaient désertes : on y installa des Barbares. A la suite de chaque campagne en Germanie, on ramenait des captifs auxquels l'Etat assignait des terres du fisc, ou bien qu'il cédait aux grands propriétaires. Et comme c'était là une mesure d'intérêt public, défense était faite aux propriétaires de vendre ces colons qui étaient attachés de père en fds à leur lot de terre. Le rhéteur Eumène, à la fin du IIP siècle, félicitait Constance Chlore d'avoir établi des Barbares dans des lieux déserts. « De grands espaces incultes, dit-il, dans les territoires d'Amiens, de Beauvais, de Troyes, de Langres, reverdissent maintenant, grâce aux Barbares. » Ainsi les Barbares tenaient l'Empire par les colonies militaires et agricoles.

Quelques esprits perspicaces s'alarmaient d'un pareil état de choses. A la veille de l'invasion de 406, l'évêque Synésius s'écriait : « La garde de la patrie et des lois appartient à ceux

14 LA GAULE MÉRO VING lENNK

ijiii ont inlrrèl à los (UM'cndiv ; ce sont lu los chiens tlonl parle IMaton, prédestinés à la garde du troupeau. Que si le berger mêle les loups à ses chiens, il aura beau les prendre jeunes et chercher à les appi'ivoiser, malheur à lui ! Dès que les louveteaux auront senli la faiblesse ou la làciieté des chiens, ils les élrangleront, et avec eux le pasteur et le troupeau. »

Ce n'est i)as que les Barbares qui s'étaient attachés à la fortune de TEmpire n'y restassent fidèles. L'Empire trouva généralement dans les Barbares des serviteurs dévoués. Les révoltes parmi les soldats germains étaient rares ; on ne voit pas que le? Lètes ou les colons aient prêté main forte aux Barbares nouveaux venus. Il n'en est pas moins vrai que les races se mélangeaient, que ces Barbares, chaque jour de plus en plus nombreux, débordaient la population romaine, et tendaient à l'absorber. Leurs mœurs et leurs lois s'infiltraient dans les usages et les institutions romaines. Un rapprochement insensible s'opérait sourdement et lentement entre les deux civilisations romaine et germanique; l'élément barbare était pour l'Empire un dissolvant. 11 devait arriver que dans cette lutte entre deux sociétés, la plus jeune l'emporterait.

7. Fondation des royaumes barbares. — C'est ce qui eut lieu au V* siècle, quand trois royaumes barbares se fondèrent en Gaule, celui des Wisigoths, celui des Burgondes et celui des Francs.

8. Le royaume des Wisigoths. — Les Goths apparaissent très anciennement dans le nord de la Germanie et en Scandinavie où ils ont laissé leur nom à l'île de Gothland. Dès le IIP siècle, une partie de ce peuple s'établit sur les côtes du Pont-Euxin. Mais en 375, les Goths de l'Ouest, qu'on désigne sous le nom de Wisigoths pour les distinguer des Goths de l'Est ou Ostrogoths, chassés parles Huns des pays qu'ils occupaient, se présentèrent en suppliants aux frontières de l'Empire, demandant à être admis sur les terres romaines; on les cantonna en Mésie. Plus tard leur roi Alaric, qui as-

pirait au commandement des forces romaines, passa en Italie, saccagea Rome et fit donner la pourpre à Attalus , gardant pour lui le litre de maître de la milice. Son successeur Ataulphe se jeta sur la Gaule en 412. Valence etNarbonne tombèrent en son pouvoir. Il devint Fallié de Fempereur Honorius dont il épousa la sœur, Placidie, puis il marcha à la conquête de l'Espagne. Wallia, son successeur, obtint en 419 de l'empereur Constance la cession de IWquitaine depuis Toulousejusqu'àrOcéan.

Toulouse devint la capitale des rois wisigoths qui, de 419 à 466, restèrent les sujets de l'Empire ; sujets insoumis toutefois, tournant sans cesse leurs armes contre leur suzerain, concluant des traités, mais pour les rompre aussitôt, assez puissants pour faire des empereurs ; grâce à l'appui de Théodoric II, un Arverne, Avitus, fut proclamé auguste à Toulouse en 455. D'ailleurs, nombre de Gallo-Romains favorisaient les accroissements de puissance des Barbares, les gens de médiocre condition par lassitude, les grands par ambition. Les rois wisigoths reconnurent la souveraineté de Rome jusqu'à Euric (466-484) qui s'affranchit de toute sujétion. Sous son règne, les Wisigoths étendirent leur domination sur toute l'Aquitaine se-

Pig-. 8. — Bas-relief du musée de Narbonne.

Fig. 9. — Pierre gravée du trésor de Guarrazar représentant l'Annonciation.

(Musée de Madrid.)

ronde, cl suiiinii'ciil iiiriuc la })()i'tioii de la Toiiraino sise au sud de la Loire ; dt^jà, en Tan i63, un IVrie de Théodorie s'était emparé de Chinon. Si la ])lupart des cités s'abandonnèrent volontiei's aux Barbares, quelques-unes ne se livrèrent pas sans résistance. Le clergé catholi(iue d'ailleurs ne se soumettait qu'à regret au-V W'isigollis qui étaient ariens. A l'instigation de Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, l'Auvergne se défendit vaillamment et avec succès. Les babitants de Clermont, soutenus par leur évèque et par son beau-frère Ecdicius, supportèrent avec courage les horreurs d'un long siège.

Vains efforts ! L'empereur Nepos, pour conserver la seconde IXarbonnaise et les Alpes Maritimes, sacritia l'Auvergne et la céda aux Wisigoths (475). Sidoine Apollinaire s'interposa; il écrivit à Gracus, évêque de Marseille, pour le prier de s'opposer à la conclusion de ce traité honteux qui rendait inutiles les sacrifices des Arvernes. Sa lettre, qui nous a été conservée, témoigne de la répugnance des plus distingués d'entre les Gallo-Romains à se soumettre aux Barbares.

Le royaume d'Euric s'étendait désormais sur tout le pays compris entre l'Océan, la Loire, le Rhône et la Méditerranée. Ses limites furent encore reculées. Le traité conclu entre le roi Kuric et l'empereur Nepos n'eut pas les résultats qu'on en attendait : il ne sauvegarda pas la Provence, car

Fig. 10. — Couronne du roi Heceswintlie, provenant du trésor de Guarrazar. (Musée de Cluny.)

pour les Barbares FEmpire s'identifiait avec Tempereur; ils ne s'élevaient pas jusqu'à la conception abstraite de l'Etat, de telle sorte que par les traités qu'ils signaient; ils ne se considéraient comme engagés que vis-à-vis de la personne même de l'empereur et non vis-à-vis de l'Empire. Nepos mort (i80), Euric se tint pour délié des engagements qu'il avait contractés envers lui ; il s'empara d'xVrles et de Marseille et soumit le pays compris entre la Durance, la mer et les Alpes Maritimes, qui d'ailleurs avait été déjà cédé partiellement aux Burgondes. A la mort d'Euric (484), la puissance wisigothique avait atteint son apogée; elle touchait à sa ruine, car Clovis s'approchait.

9. Le royaume des Burgondes. — Dans le même temps que les Wisigoths occupaient l'ouest et le sud-ouest de la Gaule, les Burgondes s'établissaient dans l'est. D'après Pline, les Burgondes [Burgiindiones] étaient une partie des Vindili^ peut-être les Vandales '.

Au IIP siècle, les Gépides les poussèrent vers l'ouest; mais, parvenus dans la région du Main, ils s'y heurtèrent aux Alamans, puis aux Romains. S'alliant à l'empereur Valentinien (370), ils résolurent d'attaquer les Alamans. Ils les prirent par derrière et se présentèrent sur le Rhin, réclamant l'entrée de la Gaule ; l'empereur la leur refusa; ils se replièrent, mais pour reparaître bientôt en nombre considérable, 80.000, diton. Au début du V siècle, après avoir pris part à l'invasion de 406, ils s'établirent en 413, comme fédérés, sur la rive gauche du Rhin : c'est là l'origine de ce royaume burgonde de Gunther, dont la capitale était à Wormsetdont les poèmes du moyen âge, les ISiebelungeii^ ont conservé le souvenir. Vers ce temps-là, les Burgondes se convertirent au christianisme. L'historien Orose les représente comme des gens tran-

1. Orose prétend qu'ils tiraient leur nom des burgs qu'ils avaient élevés sur les bords du Rhin, étymologie qu'il faut reléguer dans le domaine de la fantaisie, puisqu'ils portaient ce nom dès le premier siècle, quand ils étaient encore cantonnés entre l'Oder et la Vistule.

iS

quilles, aux mœurs douces, respectant les clercs el leur obéissant, vivant en paix avec les Gaulois. Us s'avançaient toutefois rapidement vers le sud. En 413 ils obtinrent des Romains la

cession de la ^^^' Savoie. Ils devinrent les bûtes des Romains, s'établissant à côté d'eux sur leurs terres. La perte d'une portion de leurs domaines, les Gallo- Romains s'en seraient facilement conso- It's; il fallait subir ce qu'on ne pouvait éviter, a b a n d o n n e r une partie de ses biens pour garderie reste.

Le regret qu'ils en éprouvaient n'était rien en comparaison

de la gêne que leur causait le voisinage de gens grossiers, d'une culture inféHeure àla leur. Aun ami qui lui avait demandé un épitbalame, Sidoine Apollinaire répondait ([u'il ne pouvait cbanter Tbymen au milieu des bordes cbevelues, assourdi par les cris rauques et les chants du Burgonde aux cheveux graissés de beurre rance.

Fij. 11. — Chapelle de Saint-Laurent à Grenoble.

Forts de l'appui de Théodoric II, roi des Wisigoths, ces Barbares s'avançaient de Genève à Ambérieux et de là à Lyon. Cette ville ne tomba en leur pouvoir probablement qu'en 470. quoiqu'ils eussent poussé plus au sud, et qu'avant 463 leur domination s'étendît au sud de l'Isère. En 474, l'autorité de leur roi Chilpéric était reconnue jusqu'à Vaison. Marseille leur appartenait en l'an 500.

D'autre part ils gagnaient vers le nord :

Langres tomba en leur pouvoir. De telle sorte qu'en 517, le royaume burgonde comprenait la vallée de la Saône et celle du Rhône.

L'Empire rencontra dans les Burgondes des alliés aussi sûrs que les Wisigoths l'étaient peu.

Les Burgondes s'étaient installés en Gaule avec le consentement de Rome. Ils s'honoraient de ramitié des Romains

et prétendaient à une origine commune avec eux. Leurs rois se considéraient comme les lieutenants des empereurs, ils recherchaient les titres romains et en tiraient vanité. En 463, le pape Hilaire, écrivant à Gundioc, l'appelle vir illuster ma- Qister mUitum. Chilpéric fut, lui aussi, maitre de la milice. Et

Fis'. 12- — Vase de saint Martin au Trésor de Saint-Maurice d'Asaune.

20 LA GAULE MÉHO V INf.IENJ^E

j)liis laid les l'ois bur^oiulcs (îonsidéraiciiL coimnc un devoir (rinl'oniici' h's omporoiirs de leur avènement et de se j)iacer SDUS la proleetion impériale au début de leur règne. A une épc)({ue où les liens de subordination qui ratlaebaient la (laule à rKm})ire s'étaient singulièrement l'idàeliés, où déjà les Fi'ancs avaient assis leur juiissance, Sigismond, roi des iUii'gondes, ('erivait à Anaslasi' : « Le dévouement à vos prédécesseurs et à vous-même est de tradition dans ma famille ; rien ne nous a paru plus glorieux que de tenir de Votre Grandeur les titres des fonctions impériales. Mes ancêtres ont toujours recherché avec plus d'ardeur les titres qu'ils tenaient de vous que ceux qu'ils avaient hérités de leur père. » Le même Sigismond écrivait encore à l'empereur : « Mon peuple est vôtre, et j'ai plus de plaisir à vous servir qu'à lui commander. »

Sans doute il faut faire la part de la phraséologie en usage dans les chancelleries, mais tout au moins doit-on reconnaître que les rois burgondes considéraient leur royaume comme une partie intégrante de l'Empire. La suzeraineté de l'Empire était purement nominale; ce n'était guère qu'une apparence qui flattait l'orgueil impérial. Mais au moment même où les rois burgondes prodiguaient aux empereurs les marques de déférence, leur puissance touchait à son déclin. Un autre peuple germanique occupait déjà les trois quarts de la Gaule et s'apprêtait à soumettre la Burgondie, le>> Francs, qui, malgré les efforts des empereurs pour les maintenir dans leur sujétion, fondèrent un royaume indépendant appelé à supplanter en Occident l'empire romain.

10. Le royaume des Francs. — Les \A'isigoths et les Burgondes n'avaient fiiit que préparer la nouvelle constitution du monde occidental que les Francs achevèrent. Oi-iginaires de la Pannonie, les l'rancs s'avancèrent peu à peu jusque sur les bords du Uhin (ju'ils traversèrent. Ils étaient divisés

en plusieurs tribus doiiL les plus importantes étaient celle (les Saliens et celle des Ripuaires; les premiers s'établirent dans la Toxandrie sur la rive ffîuu'he du Rhin, m

les seconds aux environs de la ville de Trêves, qu'ils occupèrent définitivement en l'an 464. Chacun des groupes qu'ils formaient avait à sa tête un roi choisi toujours dans la même famille, famille à laquelle on attribuait une origine fabuleuse et divine. Le roi Clodion, qui, au milieu du Y" siècle, siégeait en un lieu appelé Dispargitm^ s'empara de Cambrai et étendit son pouvoir au sud jusqu'à la Somme. L'un de ses successeurs, Childéric, fds de ce Mérovée* qui a donné son liom à la famille royale des Francs, apparaît plusieurs fois comme allié des Romains; en cette qualité, il combattit les Wisigoths sous les murs d'Orléans l'an 463, puis il délivra Angers dont le Saxon Odoacre s'était emparé. Childéric occupa la ville d'Angers, mais probablement au nom des Romains. A Childéric succéda Clovis (481). Les Romains ne possédaient plus que les pays entre Somme et Seine, enserrés entre les Francs Saliens au nord, les Ripuaires à l'est, les Burgondes et les Wisigoths au sud, la ligue armoricaine à l'ouest. Ils obéissaient à un certain Syagrius que Grégoire de Tours qualifie roi des Romains.

1 1 . Les conquêtes de Clovis. — Jusqu'à l'avènement de Clovis, les Francs s'étaient étendus Fig. i3.— Épéede par voie de colonisation. Leur race s'était mul- binèt^des mé' tipliée, envahissant progressivement et sans Vailles.) secousse les territoires au nord de la Somme", la seule nécessité de trouver des terres à cultiver les avait poussés en

iiNuiil. A parlir (le (iluvis, c'esl \mv voie de conquùU' que les Francs étendent leur dominalion ; à l'initiative populaii'e se sidjslilue l'initialivc royale. Volontairement et pour salisfaire son ambition, Clovis entraîne ses sujets à la conquête de la Gaule. Du royaume de son père, il n'avait eu que le pays de Tournai ; allié à un autre roi l'ranc, Ha^nachaire, qui régnait à Cambrai, il marche d'abord contre le Romain Syagrius qui avait établi sa résidence à Soissons. Syagrius est vaincu : les Francs dominent jusqu'à la Seine (480). Des campagnes successives livrent le pays d'entre Seine et Loire. En 491, Clovis dirige une expédition

IDODOC

Fig. li. — Poignée (i'épée trouvée à l'ouan (Aube).

contre les Tliuringiens établis aux embou-

chures du Rhin et de la Meuse ; il les soumet.

\i. Le mariage et le baptême de Clovis. — C'est alors qu'il

contracta un mariage qui eut

sur les destinées du peuple franc une influence décisive :

il épousa une princesse catholique, Clotilde, lille d'un roi burgonde, Chilpéric, que son iVère Gondebaud avait fait mettre à mort. Clovis était païen ; Clotilde le convertit au christianisme.

11 re(;ut le baptême de la main de l'évéque de Reims, Rémi, le jour de Noël 496. Ce fui là un événement capital et qui renforça le pouvoir de (Jovis en lui donnant j)Our alliés les évèqiu^s catholi(iues de la Gaule contre les rois \visigoths et les Burgondes, ciiréticns sans doute, mais qui suivaient l'arianisme. La conver-

Fig. 15. — Hache de Ghildéric. (Cabinet des médailles.)

sion de Clovis au catholicisme contribua singulièrement à la fondation de la monarchie franque, non seulement en lui gagnant l'appui du clergé catholique, mais en le mettant à • même de tenir en Gaule, vis-à-vis du clergé, la place de l'empereur. En effet, dans l'Empire, l'empereur était le chef temporel de l'Eglise. Les rois barbares ariens ne pouvaient songer à reprendre ce rôle dans l'étendue des territoires soumis à leur domination, car aux yeux des catholiques ils n'étaient que des hérétiques aux ordres desquels ils ne se soumettaient qu'avec répugnance. Si l'Eglise avait profité de cette situation pour gagner son indépendance, elle avait perdu d'autre part l'appui que lui prêtait l'empereur, le secours du pouvoir souverain. Elle avait eu à souffrir quelques Fig. 16. — Framée

,. , , . 1 . . 1, clcChildéric.{Ca-

persecutions de la part des rois ariens ; elle binet des mépouvait toujours craindre qu'elles ne se renou- ^^^^^^^-^ vêlassent; son existence était menacée. Aussi ce fut avec une joie éclatante que le clergé catholique accueillit le baptême de Clovis. Le fait que ce prince déjà célèbre et puissant par ses victoires, déjà mailre d'une partie de la Gaule, avait embrassé le catholicisme, apparut comme un gage du triomphe prochain de cette doctrine sur l'arianisme. L'évêque de Vienne, Avit, écrivit au roi des Francs pour le féliciter et pour lui exprimer les espérances ^'en^or ^t^-ren^ que l'épiscopat fondait sur lui. L'évêque de provenant du

■A 1 , TT '.A 1 ^ > /Il tombeau de Chil-

Kome Anastase 11 aurait même adresse a Clo- déric. (Cabinet vis des vœux de bonheur : « Continue, afin que '^^^ m3iiiUej.) le Dieu tout-puissant accorde à Ta Sérénité et à ton royaume la céleste protection et confie à ses anges le soin de te garder dans toutes les voies que tu suivras, qu'il te donne la victoire sur tes ennemis. » Du premier coup, Clovis apparaissait

LA GAULE MÉIUn INClEiNNE

Fiu. IS. — Moiiiuiio on bronze do Thierry 1" (511-534).

comino le champion ck' la foi ; ses Irioniphes seraient ceux de ri''^liso. Le roi des Francs fit tourner à son profit ces dispositions des évêques, véritables maîtres des eilés ; car tous ap])elaient de leurs vomix la domination franque. A})runeuliis, éveque de Lan<::res, soup(;onné par les Bur^ondes de

souhaiter la venue des Francs, fut mis à mort. Pour la môme raison, Volusianus, évêque de Tours, fut exilé à Toulouse parle roi des Wisigoths.

Quand Clovis marcha contre les Wisigoths, il le fit, si nous en croyons Grégoire, au nom des intérêts de l'orthodoxie. Alaric, roi des Wisigoths, vaincu à la bataille de Vouillé en 507, Toulouse prise, il ne resta aux Wisigoths que la Narbonnaise, Toulouse exceptée, et la partie de la Provence située au sud de la Durance. En même temps, Thierry, le fils aîné de Clovis, soumettait l'Auvergne.

Enfin Clovis faisait reconnaître son pouvoir par les tribus franques du nord-est, encore soumises à des rois particuliers.

il était réservé à ses fils de réduire en la puissance des Francs la Burgondie contre laquelle il avait échoué ; en trois campagnes successives de 523 à 532, le royaume bourguignon fut anéanti. En 531, les Thuringiens avaient été soumis par le roi Thierry. A la faveur de la guerre entre l'empereur de Byzance etlesOstrogoths, les rois francs Théodebert, Childebert et Clotaire acquirent la Provence qu'ils se partagèrent. Vers le même temps, les Bavarois furent rendus tributaires. La monarchie mc-rovingienne avait atteint l'apogée de son extension territoriale.

Les rivalités qui éclatèrent alors entre les l'ois francs, les

Fig:. 19. - Boucle on or provenant du tombeau de Cbildoric. (Cabinet des nicdail- Ics.)

luttes intestines qui les occupèrent tout entiers arrêtèrent l'expansion de leur pouvoir. Il n'en restait pas moins que Clovis en fondant une monarchie dont l'action s'étendait sur les divers peuples qui habitaient la Gaule et débordait jusque sur les territoires de la Germanie, avait jeté les bases de l'empire carolingien.

CIÏAPITIŒ II

LE GOLVERNEMEiNT CENTRAL *. LE ROI. LE PALAIS

1 . Caractère de l' Etat franc. — L'Etat franc était régi par des lois d'origines aussi diverses que les hommes qui le composaient. C'était non pas un tout homogène, non pas un cor])s compact de nation, mais une simple agglomération d'hommes ditlerentsde race, de mçeurs et d'idées, Romains, Francs, Burgondes, vivant côte à côte, chacun suivant sa loi particulière. Le droit germanique réglait leurs relations concurremment avec le droit romain. Il y avait une monarchie franque, mais on chercherait en vain à désigner d'un nom unique l'ensemble des hommes qui, au VP siècle, étaient soumis à ce pouvoir lui-même divisé. Cependant, au milieu de cette société bigarrée, la royauté apparaissait comme un principe d'unité, maintenant la cohésion entre des éléments que leur nature séparait et éloignait les uns des autres, et qui, sans elle, se seraient désagrégés. Elle fut, aux VP et YIP siècles, le centre autour duquel gravitaient ces corps qui finirent par se grouper et se pénétrer jusqu'à, former plus tard la nation française.

2. La royauté chez les Francs. Lutte entre le principe de l'élection et celui de T hérédité. — Chez les peuplades germa-

1. BiBL. : Fuslel de Coulan^^es, La monarchie franque. Les transformations de la royauté. — Fahlbeck, La royauté et le droit royal francs. — J. llavet, Questions mérovinffiennes : la formule N. rex francorum, V. inl. — Dclochc, La trustis et Vantrustion royal, — W. Sickel, Die merowingische Volksversamitilung. — Giry, Manuel de dijplomalique.

niques, la royauté, là où elle existait, était élective ; mais chez les Francs, au moment où ils s'établirent en Gaule, l'hérédité du pouvoir royal tendait à supplanter l'élection. Le principe électif était en lutte avec le principe héréditaire, ou plutôt ces deux principes se combinaient pour régler la succession au trône, comme on le voit par ce que nous dit Grégoire de Tours de la façon dont Clovis se ht reconnaître roi par les Francs Ripuaires.

Après Clovis, le principe d'hérédité triomphe. Le peuple n'interviendra plus normalement pour déterminer la succession au trône ; s'il intervient, ce sera dans des circonstances exceptionnelles : il n'a aucun droit à le faire.

3. La succession au trône dans la monarchie mérovingienne. — Les fds d'un roi sont qualifiés rois dès après leur naissance; de même, les filles portent le titre de reines. Les fils succèdent de droit à leur père sans que l'aîné ait aucun avantage; c'est là la raison des partages du royaume. Les fils de rois sont à ce point considérés comme les héritiers du royaume de leur père, que lorsque d'autres rois veulent s'emparer de leur royaume, ils n'ont d'autre ressource que de les mettre à mort ; crime inutile s'ils avaient eu l'espérance de se faire élire par le peuple qui, dans ces temps-là, préférait avoir à sa tète des hommes faits plutôt que des

Fig. 20. — Victoire en i)ronze du VP siècle. (Cabinet des médailles.)

Page 1