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Le droit de gîte. — On doit encore ranger le droit de

1. Ce dernier mot venait du grec, mais latinisé, il s'était répandu dans tout TEmpire.

L'AUMLMSTRATION PROVINCIALE 71

gîte au nombre des impôts qui frappaient la population. C'était un usa«:e de Tadministration romaine que l'Empereur en voyage et sa suite, les gouverneurs des provinces, les soldats se rendant à l'armée, les agents et courriers du gouvernement, les ambassadeurs fussent logés et défray('s par les habitants. 11 est vrai qu'il y avait une poste publique, cursus publicus, evecdo publica^ établie sur les principales routes, et comportant des relais avec des hôtelleries, mansiones^ destinées au logement des agents impériaux ; mais ces stations étaient entretenues par les contribuables. Là où ne passait pas le cursus publicus^ les fonctionnaires pouvaient se faire héberger et nourrir par les particuliers, réquisitionner leurs chevaux et bêtes de somme. Les personnes que l'Empereur autorisait à se servir de la poste impériale, obtenaient une lettre appelée tractorïa. La poste persista sous les Mérovingiens, et il est encore question de y evectio publica dans Grégoire de Tours. Mais ce service se désorganisa peu à peu, de sorte que le droit de gîte pesa de plus en plus sur les particuliers ; les rois barbares l'exigeaient pour eux et leur suite comme pour leurs agents. Ce droit s'appelait ma?isionaticum, et la fourniture des vivres, parafa. La loi des Ripuaires frappe de l'amende de 60 sols tout homme qui aurait refusé d'h('berger un ambassadeur du roi ou un ambassadeur étranger allant vers le roi.

Les rois mérovingiens délivraient aux personnes qu'ils voulaient gratifier du majismiaticum une tractorïa qui généralement indiquait les objets à fournir à l'impétrant.

19. L'émission des moîinaies. Les moniinies rorjales. — Une dernière source de revenus pour la royauté était la frappe des monnaies. Dès les premiers temps de leur établissement en Gaule, les rois francs mirent la main sur les ateliers monétaires, et sur les profits qui pouvaient naître de la transformation des métaux précieux en monnaies ; mais les rois wisigoths, burgondes et francs se bornèrent à contrefaire

LA GAULE MÉROVINf.IENNE

Fi^. '12. — Tiers dp sol d'or do l'i'iiiporeui' Anastasi". Prototype d'une partie du inoiuuiyag-e mc'roviiisien.

k's espèces impériales sur lesquelles ils eonlinuèrent de faire inserirele nom de l'empereur, ('e n'esl pas (pie les Barbares

voulussent par là témoigner de leui' sujétion à l'Empire, Enlaissaiitle nom de rempereursurlos monnaies fra])pées dans des villes soumises à leur autorité, ils obéissaient à des considérations purement économiques et agissaient dans Fintérèt même de leur fisc. En etTet les sols et tiers de sol impériaux étaient acceptés dans toute Tétendue de l'Empire ; ils servaient au

commerce de tous les peuples.

Une monnaie d'or propre aux rois barbares, inventée par eux, n'aurait eu aucun crédit : à peine aurait-elle été reçue dans leur royaume. Les monnaies frappées par les rois barbares ne se distinguent des monnaies impériales contemporaines que par leur style grossier, l'altération des légendes, leur poids plus faible.

La frappe de la monnaie d'or était un privilège de l'empereur; l'émission des monnaies d'argent était abandonnée aux villes ou aux rois vassaux de l'Empire. Aussi voyons-nous que les rois francs inscrivirent leurs noms sur des monnaies d'argent avant

Justinien "tVappô en Gaule îi (j'oscr Ic failT SUr IcS mOUnaicS

la Un du VI' siècle. ,. ^, , , , s -,

d'or. Théodebert (534-5 i 8), le premier, substitua son nom à celui d(> l'empereur sur les sols d'or. Il n'y a rien là de surprenant : Tliéodebert était un prince ambitieux ; il ne songea à rien moins qu'à s'emparer de Byzance, i\u inoinsau dii»' d'Agalhias ; cl cet auteur ajou

Fig. 43. — Tiers de sol d'or pseudoimpérial au nom de Justin l''', frappé en Gaule à la fin du "VI" siècle.

Vi^. 44. — Tiers de sol d'or pseudo-impérial, au nom de

qu'il ne pouvait supporter que l'empereur Justin, en tète de ses édits, prît les titres de Francisque, Alémanique, Gepidique, Langobardique, comme s'il avait soumis- toutes ces nations. L'usurpation du monnayage de For par Théodebert, ou plutôt l'audace de ce roi qui osa inscrire son nom sur les espèces d'or, frappa les contemporains.

La tentative de Théodebert ne fut pas couronnée de succès ; on continua après

lui et jusqu'au commence- fi- 45. — Sol d'or de Théodebert !«>•

ment du VIP siècle, de frapper en Gaule des monnaies au nom des empereurs, soit au nom des empereurs contemporains comme à Marseille où l'atelier monétaire émit encore des sols au nom d'Héraclius I" (610-641), soit au nom des empereurs dont les pièces avaient été le plus

répandues dans le com- WÊBSÊSÊÊIM I^P''''"T'^'''iHi merce, comme Anastase, W^^^^^Ê pr<S "- 'Î^B Justin et Justinien.Lesmon- »"'*'-:- ^^.1 ffj ' ^-^ -•'"'«

naies avec des noms de rois ne se rencontrent à l'époque mérovingienne qu'à l'état sporadique . Seul l'atelier fï?- ^^- - So\ d'or frappé ^ Mai;sciiic au

T»r -Il o ' "°"^ ^'^ Ghildcbert III (695-/11).

de Marseille fournit une série continue de monnaies royales depuis Clotaire II jusqu'à Childebert II. Partout ailleurs les monnaies royales sont des exceptions, on pourrait dire des accidents. Au VIP siècle, le nom d'un agent appelé monétaire prit la place du nom impérial.

20. Les monétaires . — Nous ne savons pas exactement ce qu'étaient ces monétaires. Les premiers furent sans doute des ouvriers échappés des anciens ateliers impériaux.

mmi

Au Virsiî'('l('J)i(Mi(|irils ne fiisscnl pas des officiers royaux, ils ne jouissaient pas (riiuc complMe indépendance vis-à-vis (lu pouNoir ceulral. Quchpics aiclicrs soûl (pialifirs [)ul)lies, cequi marque assez qu'ilsélaicul j)laeéss()us l'autorité royale. On ne conçoit pas un Klat où le monnayaj^e serait complètement libre, ]niisque la monnaie ne tire sa valeur que d'une t'slam|)ille oflieielle qui en fiarantit le titre et le poids. ÏI est donc |)robaljle que les mouiHaircs devaient être accrédités auprès des représentauls du pouvoir public, et qu'ils payaient au lise une redevance.

Les monétaires ne restèrent pas confinés dans les anciens centres (le fabrication de la monnaie.

Au V° siècle, il n'y avait en Gaule que quatre ateliers monétaires : Trêves, Arles, Lyon et Xarbonne ; mais aux \[V et Vlll' siècles, on constate IVxis- Fi^'. 47. — Tiers de sui dur tcuce dc plusicurs ceutaincs d'atelicrs.

Irappé à Amboise, par le ^ ,, . , ,1 ,

inoaétaiic Patoiiiimis (Yii« On Irappc mounau^ dans la plupart ■ ^'^^^^^^- dos cités, dans les centres commer-

ciaux, dans les ports de mer, dans une foule de localités de moindre importance, castra, vici, et même dans les grands domaines ou vilhv. Mais beaucoup de ces ateliers n'eurent qu'une existence épbémère ; on y appelait sans doute des monétaires suivant les nécessités du commerce.

21 . Les monnaies frappées au nom des églises. — Le roi, en principe, devait avoir seul le droit d'autoriser l'ouvertui-e d'une officine monétaire. Mais il s'était dépouillé en faveur des églises d'une partie de son droit ; tout au moins en avaitil ali(''né l'exercice, car un grand nombre des monnaies des VIP et VHP siècles nous sont parvenues qui portent les noms d'évc^ques ou plus souvent d'i'glises. On relève sur des tiers de sol ou des deniers les noms des églises épiscopales de C.luilon, du Mans, d'Angers, de Noyon, de Senlis, de Clermont-Ferrand, de Limoges, de r»(>i'deau\. de Toulouse, et

aussi les noms de basiliques ou de monastères, comme Saint- Marcel de Clialon, Saint-Martin de Tours, Saint-Mesmin d'Orléans, Saint-Denis, Saint-Médard de Soissons, Saint-Maurice d'Agaune, Saint-Yrieix, Saint-Maixent, etc. Il est probable que ces églises ne faisaient qu'exploiter, en vertu d'une concession royale, des ateliers publics :

souvent même, elles se bornaient à prélever une partie des bénéfices du monnayage de ces ateliers.

Le roi et les églises étaient sans doute les seules autorités, le roi en F'?- ^^- — Tiers de soi d'or

, . . , frappé à Tours au nom de la

vertu de son pouvoir souverain, les basilique de Saint-Martin (VII*

églises par délégation, qui eussent ^lecie). le droit de faire frapper des monnaies et d'établir des ateliers sur les territoires soumis à leur puissance. Les ateliers si nombreux qui fonctionnaient dans de petites localités ou dans de simples exploitations agricoles, devaient être les uns des ateliers royaux, les autres des ateliers ecclésiastiques. Au reste, l'établissement par le roi ^^^^^ ^— -—— ou les églises dans leurs domaines "i^^^^^l ||^v>v>^ d'officines monétaires n'a rien qui f i; S^ ] i-v^dh-' soit en désaccord avec ce que nous I^^^J^ '^ "

savons de l'état économique des Fi°. 49. grands domaines. Les monétaires exerçaient aussi le métier d'orfèvres, témoins Abbon de Limoges et son élève saint Eloi, dont le nom apparaît sur des monnaies de Clotaire II, de Dagobert I" et de Clovis II. Il y avait dans chaque domaine tous les artisans nécessaires à l'exploitation, et spécialement des orfèvres et des argentiers. Quelle était la part prélevée parle fisc sur les profits du monnayage, c'est ce que nous ignorons complètement ; mais il est certain que le fisc royal exerçait un contrôle sur la frappe des monnaies et en tirait un revenu.

Tiers de sol d'or frappé au nom de l'église de Saint- Julien de Brioude (VIP siècle).

76 LA CAUI.E MÉllO VINGIENMî

L'armée. — L'b]nipii'e ronmiii avait (U'iivrc' les populations de l'impôt du sang. Il n'avait pour maintenir l'ordre dans les provinces et pour défendre les frontières que des armées permanentes de soudoyers. Il en fut tout autrement dans les royaumes mérovingiens.

22. La composïtioji de l'armée. — Clovis avait conquis la Gaule avec une armée composée de Francs auxquels s'étaient peut-être joints les débris des corps de troupes romains. Sous ses fds, il semble que les Francs seuls aient suffi à la formation des armées ; mais dès le temps des fils de Clotaire, la population tout entière, sans distinction de race, fut appelée à remplir le service militaire. Jamais les guerres ne furent plus nombreuses ni plus continues, et cependant il n'y avait pas d'armée véritable. Tous les hommes en état de porter les armes devaient le service d'ost. C'est uiie erreur de dire que les hommes libres étaient seuls astreints au service militaire ; il était également exigé des affranchis, et même des hommes placés dans la dépendance des églises.

Il n'y avait pas de limite d'âge pour le service militaire. Il fallait, pour qu'un vieillard ne fut pas tenu à le remplir, qu'il obtînt du roi un privilège spécial. La durée du service n'était pas davantage limitée. Les hommes étaient tenus de rester à l'armée aussi longtemps que durait l'expédition ; et le roi pouvait les envoyer aussi loin qu'il lui plaisait.

23. La convocation de l'armée. — L'armée „. ^„ était convoquée sur l'ordre du roi. Le roi déci-

Fig. 50. -Fia- , ., , , ^ , , . w, ., ,,

mcctioiivéeà dait dc Kl gucrrc ou de la paix ; c était la un

Londinièns. ^|j.^y,j absolu. On voil bien qu'au VP siècle les

rois, avant d'enlrepi'cndre une expédition, en expliquent les

causes à leurs guerriers; nuiis ce n'est pas un conseil qu'ils

leur demandent. Les discours que Grégoire de Tours leur prête en ces occasions sont des harangues de généraux qui veulent enflammer leurs troupes et les exciter au combat ; ce sont de véritables proclamations. Certains faits tendraient à prouver que le roi ne pouvait entreprendre une expédition que de l'aveu du peuple. Ainsi Thierry ayant refusé de marcher avec ses frères contre les Burgondes, les Francs menacèrent de le quitter. Pour les retenir, il dut les conduire en Auvergne dont le pillage promettait un butin abondant. Glotairel" guerroyait contre, les Saxons; il voulait conclure la paix ; les Francs, qui voyaient un butin leur échapper, se révoltèrent. Us envahirent la tente du roi, proférant contre lui des menaces de mort ; le roi dut leur céder et continuer la guerre. Mais ce sont là des mutineries comme il s'en est produit en tout temps, même et peut-être surtout dans les monarchies absolues. Le roi n'en avait pas moins le droit de déclarer la guerre ou de signer des traités de paix. Il était le chef de l'armée.

Quand il voulait entreprendre une expédition, il donnait ordre aux ducs et aux comtes de convoquer les hommes du territoire qu'ils avaient charge d'administrer. Cela s'appelait coïiwiovere ou bannire exercitiim. Les agents royaux publiaient le ban ; le lieu de réunion était fixé par le roi. Suivant qu'on avait besoin d'un plus ou moins grand nombre d'hommes, on appelait à l'ost les hommes d'un plus ou moins grand nombre de comtés. Généralement, on convoquait les populations les plus voisines du théâtre de la guerre.

Le refus d'aller à l'ost entraînait le paiement d'une

Fig. 5L — Angon. (Musée d'Artillerie.)

LA CAUI.E MÉROVINGIENNE

Fig-. 52

vovinsienne.

aiiu'iulc. (lonlraii avail coiivoqué les lioinmcs de (lifirrciils comti's pouf marclicr coiilrci Gondovald ; rcxix'dilioii Icrinint'c, il lit publier un ôdit qui |)i()U()n(;ail uiu' prualilt' contre îous ceux (jui îivuionl négligé de se rendre ù raj)pel du roi. D'après la loi des Ripuaires, l'amende (pii ri'ap|)ail les l'éealeitrants était de soixante sols.

2i. Les chefs de l'armée. — Les hommes de clKuiue pagus marchaient sous la conduite de leur comte. Le roi prenait lui- ! j même le commandement de l'armée ; ou I 1 bien il y délé'i;uait soit l'un de ses fds, soit t]a( 1k' mé- quelque grand officier du Palais, tel que le connétable ou un référendaire, et plus ordinairement un ou plusieurs ducs.

23. L'équipement. — Les soldats s'équipaient à leurs frais. Ils ne recevaient aucune solde. Cependant, à beaucoup le service militaire ne semblait pas une charge, car c'était l'occasion de s'enrichir parle pillage, sans compter la part qui revenait à chaque homme sur le butin.

Aussi les Tourangeaux n'ayant pas été appelés à une expédition, beaucoup d'entre eux se joignirent volontairement à l'armée royale, alléchés par l'appât du gain, et comptant bien tirer quelque profit de la campagne.

26. lîidlscipline et déprédatioJis. — C'étaient de véritables bandes de pillards que ces armées mérovingiennes. Formées de gens de toutes races, de conditions diverses, de pays différents, n'ayant môme pas l'uniformité de l'armement, conduites par deshommesle plus souvent inexpérimentés et ignorants de la tactique, elles ne remportaient la victoire que parleurmasse, semblables à des torrents qui renversent tout sur leur passage, redouhibles pour toutes les contrées qu'elles traversaient. Obligés de vivre sur le pays, n'ayant d'autre but que de s'enrichir, ces guerriers ne laissaient derrière

L'ADMIxNISTRATION PROVINCIALE

eux que des ruines. Leurs chefs étaient impuissants aies retenir et à arrêter leurs excès. La crainte, pourtant si grande que ces barbares avaient des saints dont ils redoutaient la colère, n'était pas toujours pour les églises et leurs biens une protection suffisante. Clovis seul fut assez puissant pour maintenir la discipline dans son armée.

Il n'y avait dpnc pas d'armée proprement dite sous les Mérovingiens ; l'armée n'était autre chose que la population civile „„ arrachée momentanément et brusque- [^ ment à ses occupations. La levée en masse comme moyen de recrutement ne peut fournir que des troupes peu aguerries et indisciplinées. 11 serait singulier que de tous les organismes d'une monarchie essentiellement guerrière, le plus grossier eût été l'organisme militaire, si l'on ne songeait que dans ces temps barbares les hommes, rompus aux exercices du corps, étaient suflisamment entraînés par leur nature et leur mode habituel de vie, et qu'il n'était pas besoin d'apprendre le ma- 1^ j ^- niement des armes à des individus qui, ne trou- W vant pas auprès des pouvoirs publics une protec-

Fig.53.— É- ^ion suffisante, devaient continuellement veiller à vée à la leur propre sécurité et se tenir en état de défense.

Tiefenau.

îwMfl

Fig. 5i.

Scramasaxe.

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