‹ La Gaule romaineChapitre 19 sur 40 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Si la Gaule a cherché à s'affranchir.

Il ne faut pas juger de la Gaule soumise aux Romains comme de qnebpies nations modernes soumises à un joug étranger. 11 ne faut pas la comparer à la Pologne assujettie à la Russie, ou à l'Irlande sévèrement régie par l'Angleterre. Toute coiiiparaison de cette nature serait inexacte. Nous ne devons pas nous re|)résentcr la Gaule asservie, frémissante dans cet esclavage, et

« (Cr. Il 11.1 dola 1). 70.]

72 LA GAULE ROMAIINE.

toujours prêle à briser ses fers. Les faits et les documenls nous en donnent une tout autre idée.

Environ cent années après la conquête, l'empereur Claude, dans une harangue au sénat, prononçait cette parole : « La fidélité de la Gaule, depuis cent ans, n'a jamais été ébranlée; même dans les crises que notre Empire a traversées, son attachement ne s'est pas démenti ^ »

On compte, à la vérité, quelques tentatives de soulèvement; il les faut étudier de près pour voir si elles prouvent que la Gaule, prise dans son ensemble, voulut cesser d'être romaine.

La première est celle qui eut pour chef le Trévire Julius Florus et l'Eduen Julius Sacrovir. Ces deux Gaulois portaient des noms romains et ils avaient précédemment brigué et obtenu le droit de cité romaine ^ Dans leur révolte, ils ne manquèrent pas de raviver le souvenir de la vieille indépendance ; mais c'est surtout en parlant du poids des impôts et des abus de la perception qu'ils soulevèrent les hommes''. Il n'existait pas de troupes romaines en Gaule, sauf une cohorte à Lyon; la négligence ou les embarras de l'empereur Tibère laissaient aux Gaulois tout le temps et tout le loisir de s'insurger. Ils purent « discourir dans leurs assemblées et leurs réunions* w, faire fabriquer des armes ^ envoyer partout des émissaires. Cependant

* Discours de Claude, trouvé à Lyon : Ceniutn annorum immobilem fidem, obsecjuiumque muUis ircpidis rehus nostris plus quant cxperlum. — Tacite, Annales, W, 21 : Continua et fida pax. — Animien, XV, 12 : Qallias Cœsar societati nostrœ fœderibns jun.rit seternis.

* Tacite, Annales, lit, 40 : Amhobus Roniana civitas olhn data.

' Ibidem : Disserehant de continuatione tribulorum, gravilate feiioris, ssevilia py^esidcntiion.

* Ibidem : Pc? concilia cl cœlus sediliosa disserebant.

* Ibidem, III, 43.

aucune cité, aucun des 04 gouvernements régul.eis do la Gaule ne se déclara contre Rome. Les soldats gaulois qui servaient l'Empire restèrent presque tous fidèles'. Florus et Sacrovir n'avaient avec eux « que ce qu'il y avait de plus turbulent et ceux à qui le manque de ressources ou la crainte de châtiments mérités par des crimes faisait du désordre un besoin^ ^^- Il y eut peu de peuples où ne fussent « semés les germes de la révolte » : il faut pourtant que le nombre des insurgés ait été bien faible ; car, « pour réduire le peuple de l'Anjou, il suffit d'une seule cohorte venue de Lyon »; quelques compagnies envoyées des légions de Germanie « châtièrent les Turons' » ; « quelques pelotons de cavalerie eurent raison des Séquanes^ j). Le chef trévire ne put grouper autour de lui, dans son pays lui-même, « qu'un ramassis d'hommes qui étaient ses débiteurs et ses clients^ ». Une aile de cavalerie conduite par un autre Trévire nommé Julius Indus dispersa sans peine « cette foule confuse® ». Sacrovir fut un peu jjIus heureux : il réussit à se saisir de la ville d'Augustodunum^;

" Tacite, Annales, lit, 42 : Paiici corrnpti, plures in officio mansere. Les soldats dont pnrie ici Tacile avaient été levés chez les Trévircs. Il signale ailleurs des coliorlos gauloises au service de Rome [Annales, II, 17: Histoires, I, 70).

^ Ihidcni, Kl, 40 : Ferocissitno qnoqne assumpto aut quihus oh ecjestalem acmelum ex flagiliis ma.vinia peccandi necessiiuclo.

3 Ibidem, 111, 41; Ilf, 46 : Una cohors rebellem Turonum profligavit.

* Ibidem, III, 46 : Paucse iuvmœ profligavere Se(inanos.

^ Ibidem, 111, 42 : Vnhjus olnvralormn aut clientinm.

6 Ibidem, III, 42 : Julius Indus e civilate eadeni, discors Flori, et oh id navandse operse avidior, incondilam multitudinem disjecii.

'' 11 n'est pas exact que Sacrovir « ait enrôlé la jeunesse des écolci », ainsi qu'on l'a dit (Henri Martin, t. I, p. 22 i). Tacite dit qu'il « garda ces jeunes gens en otage )), ce qui est fort dilïérent.

il pul rassembler jusqu'à 40000 Gaulois, mais dont les qualrfe cinquièmes n'étaient armés que d'épieux et de couteaux; les meilleurs d'entre eux, paraît-il, étaient des gladiateurs bardés de fer, du genre de ceux que l'on appelait crupcllaires. Deux légions écrasèrent facilement celle mullilude qui ne combattit même pas; les gladiateurs seuls, sous leur épaisse armure de fer, tinrent debout quelques instants ^ — Il nous paraît impossible de reconnaître à ces traits une véritable insurrection nationale. Si la Gaule eût voulu redevenir indépendante, les choses sans doute se seraient passées autrement. Tacite fait même remarquer que le gouvernement impérial donna peu d'attention à ces impuissantes émeutes, qui furent peut-être « grossies par la renommée S>.

Caius Julius Vindex, qui se révolta à la fin du règne de Néron, ne pensa pas à l'indépendance de la Gaule. Ce Gaulois, originaire d'Aquitaine et descendant d'une grande famille du pays, était sénaleur romain et gouver-

* Le récit de cette singulière bataille est dans Tacite, Annales, HT, 45-40. Sacrovir avait mis en première ligne ses gladiateurs au milieu, ses cohortes bien armées sur les ailes ; derrière, les ])an(les mal armées. Silius attaqua de front; les ailes gauloises, c'est-à-dire les cohortes bien armées, ne tinrent pas un moment, tiec cuuclaium apvd lalern; les gladiateurs seuls retardèrent un instant le soldat romain, paiihim morœ altulere ferrati \ ces cnipcllaiies qu'une armure de fer conviait complètement [Aiinales, III, 45) ne pouvaient ni fiapper ni fuir; l'épée du légionnaire n'avait pas de prise sur eux ; il fallut les abattre avec la hache ou bien, à l'aide de leviers ou de fourches, les lenverser à (erre a où ils restèrent comme des masses inertes sans pouvoir se iclevcr ». Quant à la seconde ligne de l'armée gauloise, Tacite n'en parle, même pas.

- Tacite, Annales, III, 4i : Cnncla, ut mos famie, in majus creiUla. L'historien ajoute que Tibère affectait une grande sécurité, soit « par fermeté d'iliiie, soit qu'il sîil que le mouvement se réduisait à peu de chose ». Le mot de Velléius, (jikuiJ.t niolis bcllnm (II, 129), a peu de valeur historique. Il est digne de leinarque que ni Suétone ni Dion Cassius n'ont cru devoir parler de ces événeinentSi

neur de province \ Il n'avail pas lieu de souhaiter le renversement de l'Empire ; il ne voulait que changer d'empereur. Profitant de ce que les Gaulois avaient à se plaindre de l'administration de Néron, il les excita à la révolte. Les historiens anciens montrent avec une parfaite clarté la vraie nature de ce soulèvement. Yindex réunit les conjurés et commença par « leur faire prêter serment de tout faire dans l'intérêt du sénat et du peuple romain* ». Il les harangua; sans dire un mot de l'indépendance gauloise, il leur énuméra les crimes de Néron : il dépeignit surtout la vie privée de ce monstre qui « déshonorait, disait-il, le nom sacré d'empereur» ; il les adjura enfin « devenger lepeuple romain, de délivrer de Néron l'univers entier^ »; puis il proclama empereur Sulpicius Galha. Les Gaulois du Centre acceptèrent le nouveau prince ; mais ceux du Nord lui préférèrent Yitellius et s'armèrent ])our le soutenir \ De liberté nationale il ne fut pas question.

Faut-il compter comme une révolte de la Gaule l'émeute soulevée par le Boicn Marie? Faut-il la présenter comme un effort de la démocratie ou du druidisme?

• Dion Cassius, LXIII, 22 : BouXsur/); xôiv Twjiatwv... npoirjTt] xwv FaXaioiv. — Suétone , Nero, 40 : Gallium provinciam pro prxlure ohlinehal.

• /,on;ir;is, VI, 13: 'llpaOtaev aÙToùj xot'. ojpzto'je Tuavrot uTîèp t% [jouXrjç xoH Toù ôt)[j.ou twv 'Poj[i.a'.'o-)v TTotrjTS'.v. On sait ijuc Zonaras est un ccrivain fort postérieur à ces événements; mais on sait aussi que Zonaras s'est servi de Dion Cassius, dont le vérilalilc teste nous manque sur ce point.

5 Dion Cas-<ius (abrégé par Xiphiiiu), LXlil, 2'2-25. Tacite ne nous donne pas le récit de celte révolte; mais les allusions qu'il y fait {Histoiies, I, 51), confirment le récit de Dion Cassius. Il en est de même de Suétone (Galba, 9) et de Pline l'Ancien (XX, 57, 100). 11 n'y a pas en tout cela un seul trait qui permette devoir en Viudex un partisan de l'indépendance.

• Tacite, Hisloircs, I, 51 : Pars Gallianim qux Rhcnum accolil, secnla easdcm parles (le parti de Vitellius), ac lum accrrima instùjalrix ad" versus Galbianos; hoc enim nomen, faslidilo Vindice, indidcranl.

Mieux vaut s'en tenir au récit de Tacite, le seul que nous ayons sur cet événement. « Un certain Marie, Boïen de la plus basse classe du peuple, osa, en simulant l'inspiration divine, provoquer les armes romaines. Il prétendait être libérateur des Gaules, il prétendait être un dieu ^ » On aperçoit bien dans ces premiers mots de l'historien que ce Marie avait le sentiment de l'indépendance gauloise et probablement de la religion nationale. Tacite ne prononce pourtant pas ici le nom des druides, et la suite montre combien ce mouvement était local et peu profond. « Il rassembla 8000 partisans, et entraîna quelques cantons voisins des Eduens ; mais cette cité à l'esprit très réfléchi arma l'élite de sa jeunesse et, aidée de quelques cohortes Vi tel Hennés, dispersa cette foule que la superstition avait rassemblée. Marie fut pris ; le stupide vulgaire le croyait invulnérable; il n'en fut pas moins mis à mort^ »

La grande majorité des populations restait étrangère à tous ces mouvements de la Gaule et ne semblait pas penser à s'affranchir. Ce n'était pourtant pas la force matérielle qui la retenait dans l'obéissance. Rome n'avait pas d'armée pour la contenir. Quelques légions défendaient ses frontières contre les Germains; mais il n'y avait pas de garnison dans l'intérieur du pays. Les troupes de police elles-mêmes étaient composées de Gaulois, entretenues et commandées par les autorités municipales. Si la Gaule avait regretté son indépen-

* Tacite, Histoires, 11, 61 : Mariccus quidam, e pîebe Boiorum... provocare arma roinann simulalione niiminum ausus est. Jamque asserlor Galliarum eldcus, nom id sibi indiderat

* IbidiMîi : Concilis octo millibus hominum pro.vimos Mduorum pagos trohebat, cum çiravissima civilas e.lecla jiivenlule, adjeclis a VilelHo coliorlibus, fanalicam multiluditiein disjecit....

dance perdue, il lui eût été facile de se soulever tout entière avant que les légions romaines eussent été à portée de combattre l'insurrection. Elle fut fidèle parce qu'elle voulut l'être. Un historien de ce temps-là dit d'elle : « La Gaule entière, qui n'est pourtant ni amollie ni dégénérée, obéit volontairement à 1200 soldats romains ^ »

La révolte de Civilis, au milieu des luttes entre Vitellius et Yespasien, eut quelque gravité. Mais Civilis était un Batave, c'est-à-dire un Germain*. C'étaient aussi des Germains qui composaient son armée : Bataves, Frisons, Caninéfates,Cattes, Tongres, Bructères, Tenctères, Chauques, Triboques^ C'était toute l'avant-garde de la Germanie qui « courait au pillage de la Gaule* ». Velléda aussi était une Germaine et elle prédisait la victoire aux Germains ^ Ils franchirent le Rhin, brûlant et saccageant. Ils s'emparèrent de Cologne, ville que les Romains avaient récemment fondée pour arrêter leurs incursions et qui par ce motif leur était particulièrement odieuse ^

En tout cela il ne se' pouvait agir d'affranchir la

^ Josèphe, De bello judaico, II, 16.

* Tacite, Hisloires, lY, 1-2-13. Ce Germain était d'ailleurs au service de Rome et avait obtenu un commandement de cohorte (ibidem, 16 et 3'2).

3 Ibidem, VI, 16, 21, 37, 61, 70, 79.

* Ibidem, IV, 21 : Excita ad prsedam famamque Germania. — il)idem, 28 : Civilem hnmensis auctibus utiiversa Germania exlollebat.

5 Ibidem, IV, 61 : Veleda, virgo nationis Brucierœ, late impcvilabat, velere apud Germanos more, quo plerasque feminarum fatidicas arbi-

Iranlnr Veleda prospéras res Germanis prsedixerat. — Tacite, Ger-

manie, 8 : Yeledam, diu apud plerosque iiuminis loco habilam. — Nous ignorons absolument d'où est venue la singulière légende qui a fait de Velléda une Gauloise.

s Ibidem, IV, 65 : Tratisrhenanis gentibus inmsa civilas opnleiitia (luduque ; îieqiie aliuiii finem belli rebanlur quam si pwiniccna ea sedes omnibus Germanis furet.

firaile; ces Germains n'étaient pas des libérateurs. Ils étaient même plus dangereux pour la Gaule que pour l'Empire. Civilis prétendit pourtant gagner les Gaulois à sa cause. C'était, au jugement de Tacite, un ambitieux qui voulait se faire roi des Gaulois et des Gcimains*. Pour attirer à lui les Gaulois, il leur parla de liberté, fit luire à leurs yeux l'abolition des impôts et du service militaire, leur rappela leur ancienne indépendance et leur en promit le retour*.

Les Gaulois ne se laissèrent pas prendre tout de suite à un piège si grossier. Leurs auxiliaires coururent d'abord se joindre à l'armée romaine, et ils servirent l'Empire avec zèle"'. Mais c'était le temps où l'Italie était eu proie à la guerre civile; la bataille de Crémone avait été livrée déjà, mais la Gaule l'ignorait et croyait servir encore Yitellius vivant*. Bientôt on sut que l'Empire avait un nouveau maître, Yespasien, dont le nom même n'était pas connu de la Gaule; c'était la troisième fois depuis une année qu'il fallait changer de serment. En même temps on voyait Civilis et les Germains faire des progrès; ils avaient détruit plusieurs légions ^ Il y eut alors un moment où beaucoup de Gaulois penchèrent vers la révolte, refusèrent aux Romains l'impôt et le service militaire% et « prirent les armes, avec l'espoir de s'afTranchir ou l'ambition

* Tacile, Histoires, IV, 18 : In Gallias Germaniasque infestas, validixxlmririim nation um regno imminebat.

- Ibiik'in, 17 et 52.

3 Ibidem, IV, 25 : Affluentibus auxiliis Gallorum, qui primo rem vnmanam enixe juvabant. Plus loin, c. 37, Tacile montre les Trévires i'.illanl vaillamment contre les Germains.

* Ibidem, 57.

5 Mox, valescenlibus Germants (ibidem, 25).

* Deleclum tribulaque aspernantes (ibidem, 26).

SI LA r.AUr.E A CIIERCIIÉ A S'AFFRANCHIR. 7U

de commander* ». Un souffle de liberté et d'orgueil national semble à ce moment avoir passé sur la Gaule*. Â la nouvelle de l'incendie du Capitole, on crut que les dieux abandonnaient Rome el que l'empire du monde allait passer à des nations transalpines; telles étaient les prédictions des druides'. On ne voit pourtant pas dans le récit de Tacite que la Gaule se soit insurgée; mais il y avait dans les armées romaines des cohortes gauloises; après avoir été jusque-là fidèles, ces cohortes firent tout à coup défection. Les trois chefs gaulois Julius Classicus, Julius Sabinus et Julius Tutor étaient des officiers au service de l'Empire*. Se trouvant au milieu de légions fort affaiblies par de récents revers, ils s'entendirent avec Civilis, mirent à mort leur général et forcèrent les restes de ces légions à s'insurger comme eux. Ce fut une révolte militaire et non pas un soulèvement de la population ^

Ces hommes parlaient de liberté ; ils se promettaient de rétablir la vieille indépendance et même de fonder un empire gauloise Le serment militaire, que les soldats avaient l'habitude de prêter aux empereurs, ils le firent prêter « à l'Empire des Gaules'' ». Cependant l'un d'eux, Classicus, revêtit les insignes « de général

* Plerseque civitates adversus nos armatse, spe libertatis et cupidine imperiUnuli (Tacite, Histoires, IV, 25).

^ Tacite, Histoires, 54 : Galli sustulerant animos. ^ Ibidem : Fatali igné siçjiium cœlestis irse datum et possessîonem rerum Inuiiaiiarum transalpinis genlibus portendi druidœ canebant.

* Ibidem, 55.

s Voir Iniil le récit de Tacite, du chapitre 55 au chapitre 62.

® Tacite, Histoires, c. 55 et .^8.

' Ibidem, r)9-60 : Juravere qui aderanl pro imperio Gnlliarum... In verha Galiiarum juravere. T toile ne parle ici que des soldats, soit ceux des légions romaines, soit ceux des cohortes auxiliaires. 11 ne dit pas qu'un serment de cette nature ait été prêté par la population gauloise.

80 LA GAIII.R ROMAINE.

romain », et un autre, Sabinus, « se fit saluer César* ». Ces deux faits, attestés par Tacite, diminuent beaucoup la valeur du serment prêté à l'Empire des Gaules. L'historien ne dit pas non plus que la majorité de la population se soit soulevée à l'appel des trois chefs. Il fait bien voir que pendant plusieurs semaines il n'y eut aucun soldat romain en Gaule, que par conséquent la Gaule pouvait s'affranchir, si elle voulait, et qu'elle était maîtresse de ses destinées; mais il ne dit nulle part qu'elle se soit insurgée. Il la montre hésitante; on devine bien que tout un parti pencha vers la révolte et que quelques hommes individuellement prirent les armes; mais, des quatre-vingts cités, il n'en nomme que deux, celle des Lingons et celle des Trévires, qui se soient décidées pour l'insurrection.

Cette insurrection fut réprimée d'abord, non par des troupes romaines, mais par les Gaulois eux-mêmes. Les ^'équunes, restés fidèles à Rome, s'armèrent pour elle et mirent en déroute Sabinus et les Lingons*.

Quant à Civilis et à ses Bataves, ils refusèrent de prêter serment « à la Gaule ». Ils aimaient mieux, dit Tacite, se fier aux Germains. Ils annonçaient môme qu'ils allaient entrer en lutte avec les Gaulois; ils disaient tout haut que la Gaule n'était bonne qu'à leur servir de proies

La fidélité des Séquanes et leur victoire, peut-être aussi la crainte des Germains, ramenèrent la Gaule du

* Tacite, c. 59 : Classiciis sumptis romani imperii insignibus in castra venit ; c. 67 : Sabinus Cœsarcm se salulari jubet.

* Idem, c. 67 : Sequanos civitalem nobis fidam.... Fusi Lingones,

5 Idem, c. Gl : Civilis ncque se neqiie qucmquam Balaviim in verba (kdliarum adigil; fisiis Germanorum opibus... cerlandum adversus Gallos de possessione rerum; c. 76 : Gallos quid aliud quam prœda,n vivloribus.

Page 1