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CHAPITRE II

I. Voies d’accès aux stations thermales. — II. Propriété des sources et des établissements. — III. Petites industries autour des sources. — IV. Clientèle des stations thermales. — V. Les plaisirs. — VI. Hospitalisation des étrangers.

On voyageait beaucoup dans la Gaule romaine, et, parmi les voyageurs qui sillonnaient les routes, nombreux étaient ceux qui se déplaçaient pour des raisons de santé. D’ailleurs les communications avec les sources thermales ou minérales de quelque importance étaient faciles, grâce à l’admirable réseau routier dont le génie romain avait couvert la Gaule. Il semble meme que,. sur certains points, la sécurité des routes fréquentées par les baigneurs ait été assurée d’une façon particulière. M. Bulliot (1) a signalé au pied du Beuvray, sur la route d’Autun à Saint-Honoré, l’existence de plusieurs cases en pierres, distantes d’environ 500 mètres l’une de l'autre, qui devaient servir de postes à des gardiens pouvant communiquer entre eux et assurer la surveillance dans ce lieu propice aux embuscades.

A coté des grandes routes stratégiques et commerciales ■signalées dans les itinéraires, une multitude de voies de moindre importance ont été reconnues, grâce aux bornes milliaires, aux débris de chaussées ou d’encaissements, aux traces de ponts ou de gués, qui ont permis d’en déterminer, sinon

(1 ) Les K arrêt de la voie romaine de Saint-Honoré, au pied du Beuvrau. Mémoires de la Société éduenne, t. VI.

les tracés toujours exacts, tout au moins les directrices principales. Ces questions de viabilité régionale ont attiré l’attention de nombre de savants locaux; elles ont fait l’objet de quantité de monographies, dont l’étude détaillée, même limitée à nos stations, pourrait à elle seule fournir les éléments d’un travail considérable. Aussi me bornerai-je à grouper, par régions déterminées, les principales données qui nous permettront de nous faire une idée d’ensemble des moyens de communication que la viabilité gallo-romaine offrait aux malades qui formaient la clientèle des eaux thermales, ainsi qu’aux simples visiteurs, attirés par l’attrait des distractions qu’on y rencontrait.

La grande station du sud-est, AquæSextiœ. était mise en relation avec le littoral méditerranéen et le nord de l’Italie par la voie Aurélienne, qui desservait aussi la station actuelle de Pioule, soit directement, si l’on admet que le Forum Voconii de la route doit être placé au Luc, soit par l’intermédiaire de la route de Telo Martius (Toulon) à Forum Voconii, si l’on place cette dernière station à Vidauban. A xYix, la bifurcation de la grande voie reliait cette ville à Marseille, d’une part, et à Arles, d’autre part. Une route nettement déterminée faisait communiquer Aix avec Reis Apollinaris (Riez), en passant par Griselum (Gréoulx), qui se trouvait aussi rattaché à la région de Fréjus et d’Antibes par la voie, indiquée sur la carte de Peutinger, reliant Riez à la voie Aurélienne, qu’elle atteignait à Forum Voconii.

Dans la région de la Savoie et du Dauphiné, Stabatio (Le Monétier) était situé sur la voie de Brigantio (Briançon) à Vigenna (Vienne), par le col du Lautaret, la vallée de la Romanche et Grenoble. Rricles et Salins, si l’on admet T utilisation médicale de leurs eaux à l’époque gallo-romaine, étaient traversés par une voie allant de Vienne au Grand Saint-Bernard. A l’Échaillon (Savoie) apparaissent nettement les traces d’une voie taillée clans la montagne (1), et l’existence

(1) Ducis, Mémoire sur Jes voies romaines de la Savoie : « De Grenoble une voie devait remonter l’Isère pour rejoindre la voie de Darcntasia a

d’un chemin antique, longeant la rive orientale du lac d Annecy et passant à Menthon, est démontrée par des traces irrécusables. M. Ducis (op.cit.) y voit la route qui allait de Darentasia (Moùtiers) à Genava (Genève) par Casuaria (Faverges) et Boutas, qu’il faut chercher dans le voisinage rapproché d’Annecy.

Dans la région du sud-ouest, les Aquœ Tarbellicœ (Dax) étaient en relation directe avec l’Espagne par la voie tendant vers Pampelune, qui traversait les Pyrénées parl’/mwm Pyrœneum (Saint-Jean-Pied-de-Port) et le Summum Pyrœneum (Roncevaux), et avec Tolosa (Toulouse), par la voie de l'Itinéraire d’Antonin qui passait à Lugdunum Convenarum. Les Aquœ Convenarum de l’Itinéraire, sur l’identification desquelles l’accord n’est pas encore fait, étaient desservies par cette même voie de Dax à Toulouse.

La petite station de Saint-Christau (Basses-Pyrénées) était située au débouché d’une autre grande voie, allant de Saragosse à Oloron par le Somport (In summo Pyrœneo ) et la vallée d’Aspe. Il exista certainement aussi un passage pratiqué vers les sources de la Garonne, par le Val d’Aran, où les petites stations de Lez et d’Artias ont conservé quelques traces de leur existence antique.

Enfin, Luchon, les Thermes Onésiens de Strabon, était relié à Saint-Bertrand-de-Comminges par une route dont on a retrouvé des traces certaines en plusieurs endroits, notamment des culées de pont à Labroquère, et, près de ce même pont, une borne milliaire portant l’inscription suivante :

imp caes- p- li ci nio

val eriano • aug et imp- CAES p- l ICINIO gai LIENO VALER1A NO A VG- M- P

Genava,, au confluent de l’Arly. Un embranchement se détachait des bords de l’Isère pour remonter la vallée de l’Arc ; des tronçons ont été observés entre Hermillon et les eaux de TÉchaillon, en Maurienne. »

Dans la région Vivarais, Lozère, et Forez, Desaignes était situé sur n ne voie allant de Tournon auPuy, par la vallée du Doux, Saint- A grève et le Pont de Mars, et Saint-Laurent sur une voie qui conduisait de la Basse-IIelvie à la voieRegordane(l), par la Croix-de-Fer et le Petit-Paris, suivant à peu près la direction de la route actuelle des Vans à Saint-Étienne de Lugdarès (Mazon).

B agn ois - cl e - L q.z è r e était relié par un court embranchement a une voie qui, partant de Mende, longeait les croupes du mont Lozère et devait rejoindre la voie Begordane à Villefort ou dans ses environs immédiats. Bagnols se trouvait ainsi relié tant à la région vivaraise qu’à celle d’Uzès et de Nîmes.

Moind (Agita Sègetœ) était situé à peu de distance d’une voie dite Voie Bolène (chemin des bornes), par allusion aux colonnes itinéraires placées sur son parcours, qui, de Feurs, se dirigeait vers le Yelay. Un embranchement dont on a reconnu les traces reliait à cette route la station balnéaire, qui était également mise en communication avec Roanne, par La Bouteresse, et avec Saint-Rambert, par Saint-Romain-le- Puy.

En Auvergne, Royat, par sa proximité d ’Augusto Nemetum (Clermont) se trouvait naturellement desservi par les nombreuses routes qui aboutissaient à cette ville. Michel Bertrand, en 1819, signalait les vestiges nombreux et apparents encore d’une route qui reliait Clermont au Mont-Dore par Oloix, le lac Ghambon, les prairies de Diane et les flancs des puys de l’Angle. Au delà du Mont-Dore, la voie se retrouvait dans une gorge près de la Bourboule, au village de Saint-Pardoux- Latour, passait sur un pont antique dans la commune de Bagnols et se dirigeait probablement vers Aurillac (2).

La station de Pont-des-Eaux était située à peu de distance du point où la route marquée sur la Table de Peutinger, qui

(1) La voie Regordane mettait, selon toute apparence, Nimes en communication par Alais, Villefort, etc., avec la grande voie de Lyon à Toulouse.

(2) Mémoire sur rétablissement thermal du Mont-d'Or.

se dirigeait de Clermont vers le Limousin, traversait la Sioule.

Les vestiges de thermes mis à jour à Beauregard-Vendon (Puy-de-Dôme) appartenaient à un établissement situé à proximité de l’autre route que la meme carte fait partir de Clermont, et qui gagnait le Berry par Davayat et le Pont-de-Menat.

A Ydes (Cantal), on a découvert, en 1879, un fragment d’une voie qui partait également de Clermont et traversait la plaine de Vie pour se bifurquer en deux tronçons, se dirigeant, l’un vers le pays des Lémovices, l’autre vers celui des Ruthènes (De Ribier).

La région du centre était sillonnée par une série de voies, assurant entre les diverses stations des relations et des communications faciles. Si, en raison de l’incertitude sur la situation exacte de la station d Aquis Nisincii, nous laissons de côté l’indication fournie par la carte de Peutinger, il n’en est pas moins certain que la ville qui s’élevait au lieu actuel de Saint-Honoré communiquait, d’une part, avec Decize, d’autre part, avec Autun, par une route qui passait au pied du Mont- Beuvray. Des traces de voie relevées près d’Anisy semblent prouver l’existence d’une voie partant de Saint-Honoré, qui se serait dirigée vers le Bazois (1). D’après Ragut (2), Saint- Honoré aurait été également traversé par une voie allant de Chàteâu-Chinon à Bourbon-Lancy. Cette dernière station était également reliée à Autun et à Decize et devait avoir une communication avec le point, situé entre Périgny et Diou, où la Loire était traversée par la voie allant d’Autun à Bourbon l’Archambault, par Toulon-sur-Arroux, Diou, Thiel et Mou* lins. D’après la Carte des Voies romaines de V Allier, de Tudot, Bourbon-l’Archambault aurait été un important carrefour de routes, assurant les relations de cette cité thermale avec Bourges, par Sancoins; avec Decize; avec Allichamp, par Ainay-le-Château ; avec Clermont, par le Montct, Target et Chantelle; avec Néris, par Cosne-sur-l’OEil.

(1) Mémoires de la Société éduenne. Séance du 7 février 1873.

(2) Statistique du département de Saône-et-Loire.

Le tracé de la carte de Peutinger, corroboré d’ailleurs parles découvertes de bornes milliaires que nous avons mentionnées, nous apprend que Vichy, AquœCalidæ, était relié à Clermont par Aigueperse, Effiat et Vaisse et à Lyon par Varennes, Roanne et Peurs. La route y traversait l’Ailier sur un pont, dont les pilotis étaient encore visibles sur la rive droite, avant la construction des quais. Des traces nettement déterminées ont également permis de reconnaître la direction d’une voie de Vichy à Arfeuilles et d’une autre de Vichy à Chantelle, par Escurolles (Tudot, loc. cil.).

Les nombreuses traces de voies reconnues autour de Néris montrent qu’il y eut là un nœud de routes important à l’époque gallo-romaine. La voie de la Table de Peutinger, de Clermont à Poitiers, la traversait. D’autres voies la reliaient à Bourges, par Allichamp ; à Moulins, par Cosne-sur-l’OEil et à Évaux, par Arph.euilles et Sainte-Thérence.

La station cTÉvaux se rattachait à la grande voie de Clermont par une route, peut-être assez hypothétique, qui serait venue s’y souder, en passant près d’Ébreuil (1). Une autre route, restituée d’une façon conjecturale d’après quelques fragments retrouvés de son substratum , semble s’être dirigée vers Limoges par La Chaussade, Ahun et Le Chalard (2).

Dans la région des Vosges, Indes ina, où nous n’hésitons pas à voir Bourbonne, était en communication avec la voie de Metz à Langres par deux routes partant, l’une de Noviomagus (Notre-Dame-des-Piliers?) l’autre de Mose, probablement la source de la Meuse. D’après Dugas de Beaulieu, deux voies, non mentionnées dans les itinéraires, auraient traversé Bourbonne : l’une allant de Langres à Argentoratum (Strasbourg); l’autre allant de Durocortorum (Reims) à Vesontio (Besançon).

Deux voies, reconnues par M. Fournier, passaient dans le voisinage de Vittel : l’une vers Mandres et Outrancourt,

(1) Tudot, Carte des voies romaines du département de V Allier, 18b9.

(2) Greleet-Duaiazeau, Recherches sur deux voies romaines de Clermont à Limoges et de Limoges à Èvaux. Mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, t. II.

l'autre sur la crête des Faucilles, au sud du village de Ligné ville. De son coté, M. l’abbé Chapiat, dans son ouvrage sur Vittel, donne le tracé de tout un réseau de routes, qui reliaient le bourg gallo-romain aux stations environnantes et dont l’une établissait une communication avec la grande voie de Langres à Strasbourg.

Luxeuil était traversé par la route d’Augusta Rauracorum (Augst) à Metz, qui se poursuivait par Saint-Loup et Dompaire vers Charmes, où elle rejoignait une autre route venant de Luxeuil par Remiremont et Épinal. Une voie aurait également existé dans la direction de Langres (Delacroix), et d'autres voies, dont on retrouve les traces au sud, l’une dans la direction de Roncliamps, l’autre vers Ehuns et Visoncourt, établissaient des relations, d’une part, avec Epomcinduodurum (Mandeure), d’autre part, avec Besançon.

Plombières était rattaché par des chemins d’embranchement avec les deux routes dont nous venons de parler, qui conduisaient de Luxeuil à Charmes. Jollois pensait qu’en outre une communication directe existait entre Plombières et Luxeuil.

Bains était relié par un chemin de traverse à la voie d’ Augst à Luxeuil. D’après Le Vaillant de Bovet, on aurait relevé les traces d’une route qui, passant le Côné à une lieue de Bains, sur le Pont-des-Fées, se serait dirigée vers Bourbonne.

Pour les édifices thermaux et les sources aménagées, certains devaient être la propriété de l’État, qui les employait à de véritables services publics, notamment au traitement des soldats malades ou blessés. Les légions furent souvent employées à la construction des thermes de ce genre, surtout dans les villes des bords du Rhin, où l’occupation romaine eut

toujours un caractère principalement militaire. En France, des travaux de ce genre furent exécutés à Néris par la légion \lli Auguste (1), dont on a retrouvé des briques portant les estampilles suivantes :

LEG VIII A VG

LEG VIII A VG L APPIO LEG

Les établissements, pour le plus grand nombre, devaient être la propriété des villes, qui en tiraient profit, soit en les exploitant elles-mêmes, soit en les affermant sous certaines conditions à des tenanciers. Nous savons que les villes se faisaient un revenu avec les distributions aux bains des eaux ordinaires (2); il devait en être certainement de même des eaux minérales, dont l’iitilisation représentait un rapport sans aucun cloute plus considérable.

Le colonel de Fabert, qui a écrit sur les antiquités de Luxeuil, avait cru retrouver la trace d’un fonctionnaire municipal des eaux de cette ville dans une inscription funéraire, placée au bas d'une stèle à personnage, qu’il lisait ainsi :

MVSINII RII AHIIII

et dont il donnait la paraphrase suivante (3) : « Ce monument a été érigé en l’honneur d’un Musinius, lequel, pendant sa vie,

(1) Des quatre légions envoyées en Gaule pour combattre Civilis à r avènement de Vespasien, trois furent employées; la quatrième dut être laissée dans le centre de la Gaule comme arrière-garde. C’est pendant ces années que la VIIIe Augusta résida à Néris et qu’elle y construisit des édifices.

Desjardins, Géographie de la Gaule romaine. — L. Rénier, Académie des inscriptions et belles-lettres. Comptes rendus des séances de 1872, 3e série, t. I, p. 423-427.

(2) L’eau de l’un des deux autres réservoirs ira aux bains publics, dont la ville tire un revenu tous les ans. — Vitruve, De V Architecture, liv. VIII, chap. vi.

(3) Notice sur la ville de Luxeuil et les antiquités qui s’y trouvent. Congrès archéologique, Metz, 1846.

avait exercé deux fois l’emploi exprimé par l’initiale R, que je crois signifier Recuperator , juge-commissaire, et quatre fois celui qu’ indiquent les deux lettres A 11, que j’ai cru pouvoir expliquer par Aquariœ Honoratus. intendant des eaux. » M. Duhaut (1), en signalant la découverte, en 1877, d’une amphore contenant plus de trente kilogrammes de médailles, de 235 à 268, a repris l’hypothèse, en se demandant si le trésor n’appartenait pas au Recuperator en question.

La lecture ainsi rectifiée de l’inscription :

Musini Ire (ni) 1 (1) i fi (1)

(Corpus I. L.. XIII, 5440,) ruine cet ingénieux mais fragile échafaudage et ne permet guère de conclure à l’existence du fonctionnaire dont l’image serait ainsi venue jusqu’à nous.

En dehors de l’établissement public, il existait, dans certaines stations, des petits bains privés appartenant à des particuliers. A Vichy, des piscines isolées ont été découvertes sur plusieurs points de la ville antique, à peu de distance des sources. De même à Bourbon-1’ Archambault, où une exploitation de ce genre, procédant vraisemblablement des traditions antiques, se pratiquait encore au treizième siècle. De même aussi à Aix-les-Bains, où l’on a reconnu des canaux qui amenaient les eaux thermales à des thermes particuliers situés à

une certaine distance des bains principaux (2).

Etait-ce aux propriétaires de ces bains que s’appliquait

(1) Nouvelles archéologiques... Lettre de M. Duhaut. Revue archéologique, nouvelle série, 19e année, 361 2' vol., 1878, p. 385.

(2) Une inscription de Lyon fait allusion à dos petits thermes possédés par un prêtre. Les fragments qui en existent au Musée de cette ville se présentent ainsi :

in. ms. prae

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