C. VLATTI. APPRI. SA
THERMVLAE. S
AQVA. FONT--.:.
Allmer a reconstitué ainsi le texte : In his prœdiis Caii Ulatlii Apri sacerdotis thermulœ salutares aqua fontis... Sur ce terrain se trouve le petit établissement thermal de C. Ulattius Aper, prêtre ; il est alimenté par les eaux salutaires de la fontaine de...
Le docteur Poucet fait remarquer que cette inscription a justement été découverte sur un point où coule encore une source, consacrée jadis à saint Epipode, et célèbre au moyen âge par ses vertus curatives.
l’expression de possessores aqueuses, gravée sur plusieurs inscriptions d’Aix? C’était l’opinion de M. Chaudruc de Cra- /annes (1), mais il est permis d’en douter et de voir plutôt dans les personnages désignés par cette expression des habitants de la cité jouissant d’un droit de propriété d’une nature particulière, mais n’ayant aucun rapport avec les eaux thermales (2).
Les sources thermales ou minérales étaient même quelquefois la propriété de particuliers, qui les exploitaient entièrement à leur profit. Nous savons par Plutarque que Caton possédait des eaux de ce genre, et ce que nous connaissons du génie financier de ce vieux Romain permet de supposer que ce devait être là un placement d’un bon rapport.
Quelquefois de généreux donateurs, que rien n’indique avoir été propriétaires des sources, contribuaient par leurs largesses à la construction ou à l’embellissement des édifices thermaux ou de leurs dépendances. C’est ce que nous voyons notamment à Néris, où une grande inscription au dieu Nerius, que nous citerons par la suite (3), consacre le souvenir de deux généreux citoyens, Equesler et Gimber, qui avaient élevé auprès des sources des boutiques et des portiques avec toute leur ornementation.
C’était là, sous les portiques couverts attenant aux bains
et dans les boutiques qui les avoisinaient que s’exerçaient, à
(1) Sur deux inscriptions gallo-romaines inédites récemment découvertes à Aix-les-Bains. Revue archéologique, X° année, lr0 partie, avril à septembre 1853.
(2) « On ne sait leur condition exacte (aux possessores aqueuses), mais c’étaient sûrement des possesseurs de biens ruraux, ayant un certain chiffre de fortune, et qui, n’étant pas propriétaires au sens romain du mot, devaient être tributaires. » — Desjardins, Sur quelques monuments épigraphiques d’Aix-en-Savoie. Bulletin épigraphique de la Gaule, novembre-décembre 1882.
(3) Voir p. 199.
coté de diverses industries de luxe qui devaient s’y rencontrer comme de nos jours, les différents métiers alimentés par la dévotion ou la reconnaissance des baigneurs. C’est là que se tenaient les tailleurs de pierre ou de marbre, les marmorarii, avec leur assortiment de petits autels et de stèles, ou tout prêts à exécuter les représentations de membres ou de torses atïligés de maladies, lorsqu'ils n’en possédaient pas des séries toutes préparées à l’avance.
A côté d’eux, les lapicides gravaient sur l’objet choisi l'inscription dédicatoire qui le consacrait à la divinité protectrice de la source. Ce devaient être, pour la plupart, des ouvriers des carrières voisines, venus s’installer pour la saison dans le voisinage des thermes. Les nombreuses erreurs qui se rencontrent dans les textes épigraphiques trouvés près des sources font présumer que ces graveurs n’étaient généralement pas des érudits (1), déroutés peut-être aussi qu’ils étaient par leur ignorance de certains noms de divinités rarement invoquées, ou, comme le remarque M. Mérimée (2), par la difficulté de rendre avec des lettres latines certains noms des idiomes celtes ou aquitains.
Là, aussi, se trouvaient les étaux et les enclumes des marteleurs et des ciseleurs de métal, d’où sortaient les plaques portant des inscriptions dédicatoires, comme à Plombières, des feuilles estampées, comme à Vichy, et les lames métalliques représentant des membres dont on demandait la guérison, si nombreuses, comme nous le verrons, autour de certains sanctuaires.
Sur les éventaires des marchands de terres cuites se pres-
(1) Les Inscriptions (le Luchon, dédiées aux Nymphes, nous donnent les variantes d’orthographe suivantes : Nymphis, Ninipis, Nympis, Nimphis.
(2) De antiquis aquarum religionibus in Galliâ meridioncili, ac prœsertim in Pgrenæis montibus. 1886. Et il ajoute : Quanquam vel in ipsis marmorariorum erroribus mimine spernendam mater iam invenient antiquarum linguarum curiosi, cum et in male transcripto vocabulo vulgaris pronunlialionis nonnunquam latent indicium. Singulare illius varietatis exemplum prœbet deus Baicorixus, quippe qui, quinquies lapidibus inscriptus, quadruplicem nominis formam exhibuerit : Baicorrix — Baicorixo — Baigoriso — Buaicorrix.
saient les effigies des divinités : Vénus, Déesses-Mères, Apollons, Hercules, des enfants emnmillottés et des petits personnages rieurs et joufflus, voisinant avec d’immobiles troupeaux d’animaux et de volatiles. C’est là que les petites bourses, incapables d’aborder les offrandes de pierre ou de marbre, venaient choisir les ex-voto, gages de leur reconnaissance, et les statuettes, emportées comme souvenirs du voyage et de la cure, et que, rentrés chez eux, les dévots malades plaçaient dans leurs demeures, à côté de leurs dieux familiers.
Les donateurs qui préféraient à ces effigies plastiques des tablettes peintes destinées à être suspendues aux parois des édifices sacrés, pouvaient y rencontrer des peintres prêts à exécuter leurs commandes. Peut-être connaissons-nous le nom d’un de ces artistes qui opéraient dans les stations thermales par une inscription funéraire trouvée à Bourbon-Lancy, conservée actuellement dans le petit musée lapidaire réuni dans l’ancienne église Saint-Nazaire (1) :