CHAPITRE III
1. Destruction des stations thermales. — II. Phénomènes naturels. — III. Invasions barbares. — IV. Prédications chrétiennes. — V. Survivance des eaux au moyen âge.
Les stations thermales de la Gaule ont sombré dans le néant sans que nous connaissions d’une façon certaine les causes de disparition d’aucune d’entre elles. Les documents écrits, les récits d’auteurs contemporains ou de date rapprochée des événements qui ont accompagné leur chute font complètement défaut. C’est à certaines conditions géologiques ou topographiques, à la disposition des lieux, aux états particuliers dans lesquels se rencontrent les ruines, aux objets découverts dans le sol que nous pouvons demander des indices propres à nous éclairer, mais toujours de façon assez hypothétique, sur les circonstances qui ont amené la chute de ces établissements, ainsi que sur l’époque probable de leur disparition.
Les résultats donnés par les constatations de ce genre poursuivies dans un certain nombre de stations permettent d’attribuer leur destruction à trois causes principales : des phénomènes naturels d’ordres divers: les invasions barbares; l’influence du christianisme triomphant. Nous allons examiner successivement à ces points de vue nos principales stations.
L’établissement d’Aix, en Savoie, semble avoir été détruit par un diluvium descendu de la montagne du Revard. Des
débris de constructions, des restes de piscines et de bains ont été trouvés enfouis dans les terrains d’alluvions dont l’épaisseur, sur certains points, atteignait plus de 5 mètres. Certains indices permettent de supposer un cataclysme soudain, notamment la présence, dans une baignoire antique découverte en 1776, du squelette d’un malheureux baigneur, qui fut vraisemblablement surpris par la catastrophe sans avoir le temps d’y échapper par la fuite (1).
Dans la même région, la perte des eaux minérales et la disparition de l’édifice balnéaire de Menthon semblent à U . Despine (2) devoir être attribuées plutôt à un éboulement du sol qu’aux désastres qui marquèrent l’invasion des barbares. A Saint-Galmier, au cours des fouilles qui amenèrent la découverte de l’ancien établissement balnéaire, on trouva « au-dessus de toutes les salles et presque à fleur de terre, un banc de sable peu profond qui semblait indiquer que la destruction de ces bains antiques fut le résultat d’une inondation de la Coise, petite rivière qui passe à Saint-Galmier » .
Dans les Pyrénées, le' petit établissement d’ Aldus, peut-être abandonné lors des bouleversements qui marquèrent l’invasion germanique du cinquième siècle, disparut sous les alluvions accumulées chaque année au bas de la colline où il s’élevait par les avalanches du printemps et les pluies d’orage. Les restes du captage antique reconnu à Ax furent également découverts sous une épaisse couche d’alluvions qui recouvrait le sol primitif.
La station d’Ydes, dans le Cantal, eut vraisemblablement à souffrir des invasions, mais elles ne paraissaient pas suffisantes à M. de Ribier (3), pour expliquer un effondrement aussi complet et surtout l’enfouissement de tous les débris sous le sol. « Il me paraît plus naturel de les attribuer, ajoute-t-il, dans une grande mesure au moins, à un cataclysme dont les
(1) Comte ue Loche, Histoire de la ville d’Aix-les-Bains. Mémoires de * l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, 4e série, l. VII, 1899.
(2) Notice historique sur Menthon-les-Bains et ses thermes, 1865.
(3) Y des, son histoire, ses eaux minérales, 1901 .
plaines de Saignes et d’Ydes portent encore les traces indéniables, sorte d’inondation diluvienne qui les aurait recouvertes de sable et de graviers à une époque reculée, peut-être vers l’an 580 de notre ère, d’après la tradition conservée dans le manuscrit de l’abbé Taillard. »
Enfin certaines stations isolées ou placées dans des vallées d’un abord difficile ont pu échapper aux coups des barbares, et s’éteindre lentement dans l’abandon et l’oubli. Il en fut probablement ainsi pour Châteauneuf, situé dans la vallée de la Sioule, à l’écart des voies qui servirent de routes d’invasions, et dont l’accès devait être autrefois particulièrement
difficile. Peut-être aussi pour Uriage, qui n’avait point encore complètement disparu au quatorzième siècle, si l’on en croit le naturaliste Guétard qui rapporte, d’après les traditions du pays, qu’il y avait à cette époque une source d’eau minérale et des bâtiments construits, disait-on, par les Romains, que le seigneur du lieu fit démolir pour se soustraire aux visites onéreuses des baigneurs.
Ces destructions accidentelles et ces lentes agonies par suite d’abandon ont été de rares exceptions, et la plupart des stations thermales ou des simples édifices élevés autour des sources ont péri de mort violente. Presque partout les colonnes sapées, les marbres arrachés et brisés, les traces d’incendie : couches de cendres, pierres calcinées, poutres carbonisées, métaux fondus, révèlent la destruction brutale par la main des hommes. La découverte fréquente de trésors monétaires ou d’objets précieux dissimulés dans des cachettes témoigne des craintes qu’inspirait l’approche de ces bandes sauvages qui, pendant plus de deux siècles, parcoururent les Gaules l’épée ’ et la torche à la main.
L’étude de ces trésors cachés, de leur composition, des dates auxquelles s’arrêtaient les séries monétaires et Inobservation des lieux de trouvailles ont permis à M. Adrîen Blanchet, dans un ouvrage rempli de faits et d’aperçus ingénieux (i ), de déterminer avec une réelle précision certaines des routes suivies par les envahisseurs et l’étendue des régions ou s'étaient exercés leurs ravages.
C’est en 213 que les hordes barbares entrent en scène, avec les Alamans qui envahissent les terres Décumates (entre Danube et Rhin) et sont refoulés par Caracalla. En 234, sous Alexandre Sévère, invasion des Germains, repoussée par Maximien, qid les poursuit jusqu’au fond de leurs forêts et prend, en 236, le nom de Germanicus.
En 237, les Alamans gagnent l’Italie et les Francs traversent la Gaule du nord-est au sud-ouest, entrent en Espagne et arrivent jusqu’en Afrique. Ce double torrent accumula les ruines sur son passage; c’est lors de cette invasion, dont la Gaule fut délivrée par Postume, que durent être détruits de fond en comble nombre d’établissements de l’Auvergne, sous les coups d’une troupe d’ Alamans, commandés, dit-on, par un roi nommé Chrocus, qui finit par être battu, pris et livré au supplice ( 2).
Après la mort d’Aurélien, en 275, une nouvelle invasion semble avoir dépassé celle de 237, par l’étendue des désastres
(1) Les Trésors de monnaies romaines et les invasions germaniques en Gaule, 1900.
(2) Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, liv. II, II : « Le trône impérial fut occupé en vingt-septième lieu par Valérien et Gallien... Dans le même temps, Chrocus, roi des Alemans, ayant levé mie armée, envahit les Gaules... Il rassembla, comme nous l’avons dit, la nation des Alemans, se répandit dans toutes les Gaules, et détruisit jusqu’aux fondements tous les édifices anciens. Étant venu à Clermont, il brûla, ruina, renversa le temple que les Gaulois dans leur langue appelaient Yasso, monument d’un travail et d’une solidité admirables. »
M. A. de Barthélemy, la Campagne d’ Attila, 1870 (extrait de la Revue des questions historiques), est loin d’attribuer à Chrocus un rôle historique aussi certain. « Je ne crois pas être trop hardi, dit-il, en avançant que Chrocus est un personnage complètement légendaire, autour duquel, pendant plusieurs siècles, vinrent se grouper toutes les dévastations que causèrent les invasions germaines sur le sol gaulois. »
qu’elle laissa après elle. La Gaule entière dut être parcourue en tous sens, car Yopiscus parle de plus de soixante villes dévastées par les barbares, qui furent refoulés par Probus et • ses lieutenants, les Francs dans les marécages delà Batavie et de la Frise, les Alamans au delà du Rhin, jusque dans la vallée du Neckar. Sous le règne de Constance, les Alamans et les Francs reparaissent sur la rive gauche du Rhin et parviennent jusqu’à Autun, dont ils entreprirent le siège.
Battus et refoulés par Julien, en 359, on les voit de nouveau pousser jusque sur la Marne en 365-366. Les grands travaux de défense entrepris sur la ligne du Rhin, après que ces envahisseurs eurent été chassés de la Gaule par Valentinien, assurèrent la sécurité jusqu’en 406, époque à laquelle s’abattit sur notre pays une formidable invasion de Vandales, d’Alains et de Suèves, qui, pendant trois ans environ, parcoururent et dévastèrent la plupart des provinces de la Gaule (4).
En 451, apparut Attila, traînant à sa suite une cohue de peuples tar tares et germaniques, qui ravagea la Gaule jusqu’à la Loire, pour reculer devant Aëtius, vainqueur sous les murs d’Orléans et à Mauriac, près de Troyes.
La plupart de ces invasions semblent avoir été des incursions de pillards, marchant au hasard devant eux, sans plan préconçu ni but déterminé, mais laissant partout sur leur passage la désolation et la ruine (2). Une fois les lignes de défense
(1) Lettre de saint Jérôme. — Migne, Patrologie latine, t. XXIV, p. 1057 : « Des peuples innombrables et féroces ont occupé toute la Gaule. Tout ce qui est compris entre les Alpes et les Pyrénées, entre l’Océan et le Rhin, le Quade, le Vandale, le Sarmate, l’Alain, les Gépides, les Hérules, les Saxons, les Burgondes, les Alemans, les Pannoniens l’ont dévasté. Mayence a été prise et détruite, des milliers d’hommes ont été égorgés dans l’église. \Vorms a succombé après un long siège. La ville puissante de Reims, les pays d’Amiens, d'Arras, la Morinie si reculée, Tournai, Spire, Strasbourg sont devenus germaniques. L’Aquitaine, la Novempopulanie, la Lugdunaise, la Narbormaise, sauf peu de villes, ont été ravagées. »
(2) Fustel de Coulanges, Histoire des Institutions politiques de l’ancienne France, lre partie (1875) : « Tels sont les essais d’invasion hostile et à main armée que l’histoire peut compter. Il est facile de juger du mal qu’ils ont fait; les contemporains nous disent assez ce qu’il y eut de villes détruites, de provinces ravagées, d’existences humaines brisées.
du Rhin franchies, ces bandes circulaient librement, suivant les routes naturelles, connue les vallées, ou empruntant les voies romaines, sans rencontrer de résistance sérieuse dans un pays dépourvu de garnisons et de milices, et que ne défendait aucun réseau intérieur de forteresses (1). Sans doute après les premières invasions, vraisemblablement à la lin du troisième siècle, un certain nombre de cités restreignirent leur périmètre, en s’entourant de murs de délense élevés le plus souvent avec des matériaux provenant de la destruction de leurs édifices publics; mais ces travaux furent surtout exécutés pour mettre à l’abri les cités importantes comme points stratégiques ou comme centres routiers, administratifs ou commerciaux et rien de tel ne fut entrepris autour de beaucoup de villes secondaires, qui restèrent livrées sans défense aux coups des envahisseurs.
Parmi les villes thermales, cités de luxe et d’élégance qui durent attirer tout particulièrement les hordes pillardes, Dax est la seule qui possédait certainement, à notre connaissance, une enceinte murée aux temps gallo-romains. Il en était probablement de même à Aix-en-Provence, où Rouard avait découvert, au cours des fouilles de 1843-1844, une muraille
Que l’on cherche pourtant ce que sont devenus ces envahisseurs ; ils n’ont rien laissé d’eux
« Immenses déplacements d’hommes dont il n’est sorti rien de durable; beaucoup de tumulte et peu d’effets; beaucoup de ruines et pas une victoire. Les Germains qui s’établirent en Gaule et qui purent y laisser quelque chose de leur sang et de Leurs mœurs, furent seulement ceux qui y entrèrent comme laboureurs ou à titre de soldats de l’empire. »
(1) Blanchet, op. cit., p. 52 : «Les envahisseurs ont évité de préférence la grande foi'èt des Ardennes et les massifs montagneux des Vosges. Passant le Rhin, probablement au-dessous de Cologne, les Barbares se répandaient dans les pays formant le grand-duché de Luxembourg et les provinces de Liège, de Namur et du Hainaut, et de là pénétraient dans la vallée de l’Escaut, puis dans celle de la Seine, de la Marne, de la Saône et du Rliùne. C’est pourquoi les départements de la Seine-Inférieure, de l’Eure, de la Marne, de l’Aube, de la Côte-d’Or, de l’Yonne, de la Nièvre, de Saône-et-Loire, de l’Ain, de la Haute-Savoie et de l’Isère, sont parmi les plus riches en trésors monétaires. On comprend dès lors que les régions montagneuses formant nos départements de la Haute-Saône, du Doubs et du Jura aient pu demeurer presque toujours à l’abri du Ilot des envahisseurs. »
LA GAULK THERMALE
antique qu’il supposait avoir dû faire partie des anciennes murailles de la colonie.
Quant à Néris, les anciennes traces de fortifications qui y ont été relevées doivent être tenues pour très hypothétiques et le camp installé dans le voisinage de cette ville présente plutôt le caractère d’un ouvrage de stationnement temporaire que d’une défense régulière et permanente de la cité.
Bien incertaines aussi sont les données fournies par M. Charron (1), qui parle de murs garnis de guérites pour les sentinelles entourant la ville gallo-romaine occupant le site de Craon-Chenevières, au lieu où nous plaçons Aquæ Segestæ, ainsi que d’une forteresse crénelée et flanquée de tours, sorte de citadelle de la ville antique, placée au nord de l’amphithéâtre, et dont les ruines n’auraient disparu qu’en 1790. Quels étaient les caractères architecturaux de ces ouvrages? Quelles sont les constatations qui permettraient de les rattacher à l’époque gallo-romaine? Rien de tout cela n’est établi d’une façon assez précise pour nous permettre de classer Aquæ Segestæ parmi les anciennes places fortifiées de notre pays. M. Blanchet n’y a, du reste, même pas fait allusion dans son ouvrage sur les Enceintes fortifiées de la Gaule.
L’existence à Luxeuil d’une enceinte fortifiée est peut-être moins problématique. Le moine Jonas, qui écrivit la Vie de saint Colomban, fondateur du monastère de Luxeuil à la fin du sixième siècle, y fait allusion en ces termes : Castrum firmissimo olini fuisse munimine cultwm... quern Luxomum prisca tempora nuncupabant. — Dom Grappin, dans son Histoire de l’abbaye royale de Luxeu. a donné un plan approximatif de la ville antique, à laquelle il attribue une forme circulaire et a même signalé la découverte, en 1740, à l’entrée du faubourg des bains, des jambages de la porte méridionale de l’enceinte ancienne.
Il n’en fut pas de même sur la ligne du Rhin, zone frontière où l’occupation romaine conserva toujours un caractère mili-
(1) Essai historique sur Monlbouy. Annales de la Société historique et archéologique du Gàtinais, t. XII, 1894.
taire très marqué. Des restes d’édifices fortifiés castra, castella, s’y rencontrent souvent sur des points pourvus de sources minérales (Creuznach, Godesberg', Wiesbaden, etc.), et, dans une région voisine, la ville de Tongres, où coulait la fontaine décrite par Pline, possédait une enceinte de murailles, où l’on croit reconnaître la trace de plusieurs remaniements successifs et dont il subsiste encore quelques vestiges (1).
La défaite d’Attila, qui semble avoir marqué la fin de la première période des grandes invasions, en attendant celles des Normands et des Sarrazins, n’amena cependant pas le calme dans l’intérieur de la Gaule et les luttes sans merci qui s’y livrèrent à tant de reprises durent avoir des conséquences désastreuses pour les monuments que les événements antérieurs avaient laissé debout. Ainsi l’Auvergne, si fertile en eaux minérales utilisées par les Gallo-Romains, eut à subir, vers 475, les ravages des Goths d’Euric, dont Sidoine Apollinaire nous a conservé le souvenir, et ce même pays fut dévasté de fond en comble, en 532, par Thierry, fils de Clovis, à la suite de la révolte d’Arcadius.
Les écrivains qui ont laissé des récits des invasions barbares des troisième, quatrième et cinquième siècles n’en ont retracé que les grandes lignes et n’ont conservé le souvenir que de certaines catastrophes retentissantes. Aucun document, aucun texte n’a mentionné la destruction d’une seule de nos anciennes stations ; c’est donc aux ruines elles-mêmes, ainsi qu’aux séries monétaires découvertes dans leurs décombres, qu’il faut tenter d’arracher le secret des causes et des dates approximatives de leur disparition.
A Bourdonne, la destruction des édifices thermaux est généralement attribuée aux Barbares; puis les inondations de la petite rivière de la Borne vinrent recouvrir de quatre mètres de détritus les édifices ruinés. Il semble résulter d’observations consignées dans la notice de M. l’ingénieur Rigaud (2) que cer-
(1) Blanchet, les Enceintes romaines de la Gaule, 1907.
(2) Notice sur les travaux exécutés à Bourbonne-les-Bains. Annales des Mines, VIII0 série, t. XVII, 1880.
taines parties des édifices auraient subi des réfections et des remaniements, peut-être après des ravages partiels qui auraient été suivis de restaurations.
Les traces d’incendie et de violence abondent à Luxeuil, dont la destruction est attribuée par la majorité des auteurs à l’invasion d’Attila, en 451 . Il semble certain aussi que la ville avait déjà dû être victime de précédents sinistres, car, à plusieurs reprises, les fouilles ont mis à découvert des ruines appartenant à des époques différentes, semblant indiquer des dévastations et des reconstructions successives. M. Delacroix (1) a fait également des remarques à cet égard à propos de la succession des poteries. Vers 1877, on découvrit une énorme amphore, contenant plus de trente kilogrammes de médailles (2), s’échelonnant de 235 à 268, probablement enfouie au moment de la grande invasion de 275.
/ Quoi qu’il en soit de sa date, le dernier orage qui s’abattit sur Luxeuil en amena la ruine complète, car un texte du moine Jonas, dans la Vie de saint Culomban à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure, rapporte que le saint Irlandais, en arrivant dans le pays vers 590, ne trouva que des bêtes féroces, ours, buffles et loups, au milieu des restes des thermes et des statues de pierres, jadis vouées au culte exécré des païens (3).
Les bains de Montbouy (Aguis Segeste) ont été certainement détruits par le feu. Ce sont, de toutes parts, des moellons noircis, du plomb fondu, des poutres carbonisées. D’après les indications données par les récits des fouilles (4), les séries
(1) Notice sur les foiiilles faites en 1857 et 1858 aux sources ferrugineuses de Luxeuil. Société d’ Emulation du Doubs, vol. 7, 1862.
(2) Revue archéologique, nouvelle série, 19e année, 36e vol., 1878. Lettre de M. Ch. Duhaut, p. 385.
(3) Hi aquæ calidœ cul tu eximio constructœ habebantur ; ibi imaginum lapidearum densitas vicina saltus densabat, quas cultu miserabili rituque prophano, vetusta paganorum tempora honorabant, quibusque execrabiles cœre-
monias litabant Solæ ibi bestiœ et ferœ ursorum , bubalorum, luporutn
multorum frequentabant.
(4) Dupuis, l'Aquis Segeste de la carte de Peutinger doit être placé à Montbouy, 1852. — Dupuis, Nouvelles découvertes à Montbouy. Bulletin monumental, 1862.
monétaires s’étendraient d’Auguste à Constance et ^ alens, ce qui permettrait de fixer comme dates approximatives de la disparition de cette station une invasion de 373, sous le règne de Valentinien, ou la grande invasion de 406.
Les eaux de Saint-Honoré durent subir le contre-coup des vicissitudes qu’éprouva la Gaule depuis le milieu du troisième siècle. M. Bulliot (1), en étudiant de près les séries de monnaies qui furent trouvées en grand nombre dans cette station et qui commencent au règne de Tibère, a remarqué l’absence des empereurs dont le règne fut marqué par les principales invasions. De Tétricus à Constantin (275 à 306;, abandon complet; aucune médaille ne se montre entre ces deux princes; puis on retrouve celles des successeurs de Constantin jusqu’à Valentinien Ier, ce qui reporte l’abandon délinitif de notre station au règne de ce prince, ou, au plus tard à l’invasion de 406.
A Moind, où nous pensons devoir placer l’antique Aquæ Segetæ, la destruction violente s’accuse sans conteste : poutres calcinées, colonnes brisées, inscriptions réduites en menus fragments, etc. Dans un édifice, que Ton suppose avoir été une hôtellerie, de nombreux ossements humains, épars sur le pavé des salles, au milieu de matériaux divers, semblent bien témoigner de morts violentes ayant accompagné le bouleversement de la construction. Au même endroit, on trouva dans un canal d’égout un vase en bronze, contenant un anneau en or et 1,328 monnaies d’argent de Caracalla à Gallien, évidemment déposé là comme dans une cachette à l’approche d’un péril imminent. Le point d’arrêt de ce trésor autorise à fixer avec quelque vraisemblance la destruction de Moind à l’époque de l’invasion à laquelle est resté attaché le nom de Chrocus. D’autres découvertes de monnaies, parmi lesquelles celles d’Auguste très abondantes, indiquent que Moind était occupé par les Romains dès le commencement du premier siècle. Une longue lacune suppose ensuite une accalmie de
(1) Essai sur le système défensif des Romains dans le pays éduen.
près d’un siècle, puis la prospérité reprend avec Trajan, Hadrien cl les Antonins, dont les monnaies se rencontrent en grand nombre (1).
A Néris, l’examen des constructions thermales indique nettement une première disparition par suite de destruction violente, suivie d’une restauration, qui semble avoir eu le caractère d’une réfection presque complète. La ville dut participer également à ces vicissitudes, et Forichon (2) signale sur plusieurs points l’existence de murailles construites au-dessus de tronçons de murs plus anciens, dont elles n’étaient séparées que par une mince couche de décombres.
Le grand établissement thermal, le plus voisin des sources, fut reconstruit sur les ruines d’un premier édifice, sans qu’on ait meme pris le soin d’enlever les marbres et les colonnes renversés. Ce fait apparut clairement lors des travaux de 1820, au cours desquels on rencontra d’anciennes piscines remblayées avec des décombres, des salles fondées sur des fûts de colonnes et des débris d’entablement, des fragments d’inscriptions employés à la couverture d’un aqueduc qui suivait l’axe de l’établissement et était fondé, en plusieurs points, sur les marbres qui pavaient d’anciens bassins. Le second établissement, plus voisin du camp, portait également des traces de restauration. « Les piscines, dit Forichon, avaient été, en plusieurs points, manifestement mutilées et ensuite restaurées avec un ciment, qui faisait contraste avec l’autre comme une pièce de grossière étoffe sur un habit fin. »
La date de cette première destruction est absolument imprécise. Quant à la restauration, la plupart des auteurs l’attribuent à l’époque qui suivit les succès de Julien, après qu’il eût chassé les Germains de la Gaule, entre 360 et 365; mais ce n’est là qu’une pure affirmation, que ne vient corroborer aucune preuve, et qu’il faut retenir à titre de simple hypothèse. L’établissement ainsi réédifié ne dut pas avoir une bien longue durée d’existence, car les séries monétaires de
(!) Bulletin de la Diana, t. V, 1889-1890, p. 38 et suiv.
(2) Monuments de l’antique Néris, 1859.
NNéris ne nous conduisent que jusqu’au règne de Valens.
Les bains d’Évaux, dans le voisinage de Néris, ont dû, j comme tant d’autres, être livrés aux flammes. Lors des fouilles, [ on a trouvé dans les piscines des charbons, des bois et des f pierres noircis, des morceaux de bois carbonisés, et « auj dessus et dans tous les interstices des terres et des pierres j amoncelées, une quantité très considérable de charbon entiè- I : rement semblable au noir de fumée du commerce ».
Bien qu’il paraisse évident qu’on soit là en face de témoi- | .gnages incontestables d’incendie, je dois cependant signaler f qu’un des premiers auteurs qui ont étudié les anciens thermes d’Évaux, M. Coudert-Lavillatte (1), s’est demandé, d’après les observations d’un chimiste, M. Legrip, s’il ne s’agissait pas là de phénomènes dus à la réaction des agents minéralisateurs des eaux thermales, phénomènes qui auraient suivi l’abandon des thermes après la chute de la puissance romaine dans les Gaules, et leur lente dégradation.
Quoi qu’il en soit, les thermes d’Évaux cessèrent vraisemblablement d’être fréquentés à la suite des invasions qui se 'Succédèrent pendant le premier quart du quatrième siècle. Les monnaies les plus récentes qui en proviennent sont de Constance Chlore.
Au Mont-Dore, il y a probablement lieu de distinguer deux i causes dans la destruction des édifices thermaux. Un éboulelement de la partie supérieure de la montagne qui les dominait a laissé des traces évidentes, reconnues au cours des travaux de 1823 : amas confus de murs renversés, de voûtes abattues et de pierres énormes descendues des hauteurs, dont on pouvait suivre le trajet sur le flanc de la montagne (2).
1 D’autre part, M. Ledru (3) a vu des indices certains d’une dévastation accomplie avec une violence sauvage dans les
(1) Les Bains d Beaux. Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, t. I, 2e partie, p. 186 et suiv.
(2) Bl’utrand, Note sur les antiquités du Mont-d’Or.
(3) Note sur la mise au jour d'une partie de l’établissement thermal romain du Mont-Dore. Mémoires de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand, nouvelle série, t. X, 1868.
sculptures et les chapiteaux brisés, les mosaïques bouleversées, les colonnes renversées et leurs liens de métal arrachés, etc. Quels furent les auteurs de cette œuvre sauvage? Faut-il l’attribuer aux Mamans de Chrocus, au troisième siècle, ou bien aux Gotbs d’Euric, au cinquième? Les textes sont muets; la dispersion des médailles trouvées au Mont-Dore ne permet de tirer aucune conclusion des séries monétaires : aussi doit-on se borner à de simples conjectures en face de ces questions restées jusqu’à présent sans réponse.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, d’après M. de Ribier, la ruine d’Ydes semble devoir être attribuée, du moins en partie, à des phénomènes naturels. Peut-être aussi la main des Barbares y fut-elle pour quelque chose, et il est vraisemblable, en tout cas, si l’édifice subsistait encore au commencement du sixième siècle, qu’il dut être détruit lors de l’invasion de l’Auvergne par Thierry, en 532, et du siège de Castrum Meriolacense (Chastel-Marlhac), qui n’en est situé qu à peu de distance.
A Balaruc, l’abbé Bousquet (1) attribue la ruine de la station aux invasions barbares, entre 362 et 375. D’après une note de l’ouvrage de Greppo (p. 249), une seule découverte de médailles dans cette localité en aurait fourni quatre cents, représentant une série de tous les âges, depuis Auguste jusqu’à Constantin.
A Rennes-les-Bains, les restes des constructions exhumées sont généralement recouverts d’une couche de cendres et de débris calcinés, qui témoigne de la destruction par le feu.
D’après les monnaies découvertes en assez grand nombre dans cette station, sa ruine devrait être placée vers 408, à l’époque où quelques-unes des hordes qui avaient pénétré dans les Gaules, lors de la grande invasion de 406, atteignirent les Pyrénées.
Les causes de la disparition des Thermes Onésiens, que je place à Bagnères-de-Luchon, nous apparaissent moins claire-
(1) Notice et précis historique sur Balaruc-les-Bains et ses sources thermales.
ment. Les récits des fouilles qui mirent à découvert les anciens thermes ne semblent mentionner aucune particularité susceptible de nous éclairer sur les circonstances qui ont pu accompagner leur ruine. M. Sacaze signale, d’après Salvien (1), l’état de prospérité dans lequel se trouvait la région où est situé Luchon, la Novempopulanie, à la fin du quatrième siècle, et au commencement du cinquième; la dévastation lui semble dater de la grande invasion qui marqua le début de ce dernier siècle ou de l’époque du siège et de la prise de la capitale des Convènes, Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand-de-Gomminges) par les Francs du roi Gontran, en 585. Greppo (op. af,p. 61), d’après le président d’Orbessan, semble plutôt attribuer la destruction de ces thermes à un éboulement de terre et de rochers qui aurait tout enseveli, les édifices et les sources elles-mêmes.
A Aix-en-Provence, Rouard signale la découverte, au cours de plusieurs fouilles, de couches de cendres et de terre brûlée recouvrant les décombres, et conclut à une incendie qui aurait suivi ou précédé le pillage de la cité. La série des médailles rencontrées dans ces fouilles va d’Auguste à Magnence. La ville subit peut-être alors une première atteinte qui ne dut pas la ruiner entièrement, puisque Sidoine Apollinaire (2) en parle encore au cinquième siècle. La destruction plus complète eut lieu probablement, d’après Robert (3), au sixième siècle, lors des invasions des Saxons et des Lombards.
(1) Nemini dubium est Aquitanos ac Novempopulos medullam fere omnium Galliarum et uber totius fecunditcitis habuisse; nec solum fecunditatis, sed, quœ præponi inter dum fecunditati soient, jucunditatis , voluptatis, pulchritudinis. .. Ut vere possessores ac domini terrœ illius non tam soit istius portionem quam paradisi imaginem possedisse videantur. Salvien, De Gubernatione Dei, liv. VII, 2. Cité par Sacaze dans Études sur Luchon, 1887.
(2) Ntiper quadrupedante cum citato 1res Phocùla Sextiasque Baias,
Illustres titulis prœliisque Urbes, per duo consulum tropœa.
Carm., XXIII, v, 13.
(3) Essai historique et médical sur les eaux thermales d’Aix, connues sous le nom d’Eaux de Sextius, 1812.
Le christianisme, lors de son triomphe définitif et de son établissement officiel en Gaule, fut également, comme nous l’avons dit, un puissant agent de destruction pour les cités thermales et les éditices élevés près des sources. Si, vers la fin du quatrième siècle, la religion nouvelle avait déjà profondément pénétré les populations des villes, il n’en était pas de meme dans les campagnes dont les habitants, les pagani, étaient restés, pour la plupart, attachés aux anciens cultes. « Le druidisme avait depuis longtemps perdu sa vitalité, mais, du mélange de la mythologie romaine avec la mythologie celtique s’était formée une religion populaire dont les monuments abondent sur notre sol, bien que l’interprétation en soit encore obscure (1). »
Pour vaincre ces résistances, les empereurs eurent recours à des mesures légales de destruction, comme le rescrit d’Arcadius, en 399 : Si qua in agris templa sunt, sine tnrba et tumultu diruantur ; his enim dejectis atque sublatis. omnis superstitionis materia consumitur ; et celui de Théodose le Jeune, complétant en 426 l’œuvre de son père : Cuncta eorum fana, templa delubraque. si qua etiam nunc restant integra , j tissu magistratnum destrui , conlocationeque venerandœ christianæ religionis signi expiari prœcipimus.
Mais avant même que ces prescriptions fussent passées dans le domaine législatif, de fougueux chrétiens avaient entamé la croisade contre le paganisme encore debout, et le grand Apôtre des Gaules, saint Martin, avait commencé ses audacieuses expéditions dont les traces ont été relevées dans tant de contrées de notre ancienne Gaule (2). Les cités et les édifices qui
(1) Lavisse, Histoire de France, t II, lro partie, p. 13.
(2) Legov de la Marche, Saint Martin, 1881. « En se bornant auxrésul-
font l’objet de nos études ne furent certainement pas oubliés dans l’œuvre dévastatrice. Le luxe des stations thermales, avec leurs jeux et leurs plaisirs, la vie libre et facile qu’on y menait, le culte dont on y entourait tant de divinités latines ou indigènes; les temples médicaux, où les malades venaient demander à de surnaturelles interventions la guérison de leurs maux; les simples sources, avec leurs modestes sanctuaires auxquels présidaient ces divinités des eaux et des bois, objets d’exécration de la part des fidèles chrétiens, tout cela était bien de nature à attirer les coups des bandes fanatiques qui marchaient sur les pas du saint et s’appliquaient à venger -sur les monuments du paganisme expirant les persécutions et les longues années d’oppression dont avaient souffert leurs frères en croyance. Bien que la plupart des panégyristes de saint Martin représentent sa prédication comme une œuvre de douceur, exempte de toutes violences de la part de l’apôtre ou de ses auxiliaires (1), il est permis de douter que, sans une pression énergique, les païens, attachés à leur foi, aient modifié aussi vite leurs idées religieuses et leurs sentiments et opposé aux destructeurs une aussi molle résistance. Aussi je crois plus près de la vérité le portrait du grand missionnaire que nous trace de Broglie dans son livre sur l’Eglise et y Empire romain : « Conduisant à l’assaut des temples de
tats absolument certains de notre investigation, voici les contrées où il a mis le pied : la Touraine, l’Anjou, le Maine, le pays Chartrain, l’Ile-de- France, la Picardie, le pays de Trêves, le Sénonais, la Bourgogne, la - Suisse, le Dauphiné, l’Auvergne, le Berry, le Poitou, la Saintonge, le Bordelais. Et si l’on veut tenir compte des résultats reposant sur des probabilités plus ou moins grandes, mais dont quelques-unes approchent de la certitude, il faut encore ajouter à cette liste l’Artois, la Flandre, une partie de la Belgique, la Lorraine, la Champagne, la Franche-Comté, la Savoie, le Forez, le Nivernais, et même un coin de la Normandie et de la Bretagne moderne. «
(1) Sulpice Sevère, De vita B. Martini. « Le plus souvent les paysans s’opposaient à la suppression des lieux sacrés, mais il captivait avec tant ;de douceur l’esprit des païens par sa sainte prédication que, finissant par ouvrir les yeux à la lumière, ils portaient eux-mêmes la main sur 1a, demeure de leurs idoles. « Cité par Bulliot et Thiollier dans la Mission et le culte de saint Martin d’après les légendes et les monuments populaires dans le pays éduen. — Voir aussi Lecoy de la Marche, op. cil., p. 332 et 333.
véritables croisades rustiques, les guidant lui-rnème dans son costume de solitaire qu’il n’avait pas quitté, les cheveux en désordre, la tunique sale et déchirée, la torche ou la hache à la main, mais le regard brillant d’un feu plein de douceur. » Les modes de dévastation monumentale étant toujours les mêmes : le renversement ou l’incendie, il est malaisé de faire la part des barbares et des chrétiens dans ces œuvres néfastes qui couvrirent de ruines notre sol gaulois. 11 y a cependant des indices qui peuvent faire attribuer avec quelque certitude à ces derniers la destruction de certains des édifices qui nous intéressent. C’est, tout d’abord, la situation géographique des stations détruites sur le trajet du saint, qui a pu fréquemment être déterminé avec une assez grande précision. C’est, ensuite, la concordance entre la fin des séries monétaires et des dates se rapprochant sensiblement du passage des bandes chrétiennes, car Teffervescence causée parleur venuene dutpas se calmer immédiatement et des disciples zélés continuèrent et étendirent certainement l’œuvre dévastatrice. La présence, près des lieux ravagés, de sanctuaires dédiés à saint Martin doit aussi être prise en considération. Enfin, certains caractères particuliers dans la destruction : la mutilation systématique des sta tues, leur précipitation dans les puits, le martèlement voulu des inscriptions peuvent également être retenus comme des indices d’une dévastation ayant un but déterminé et visant plus spécialement le côté religieux des établissements auxquels elle s’appliquait. Il noos est impossible de suivre pas à pas la marche du christianisme vainqueur, chassant de leurs temples les vieilles divinités chères aux malades et mettant en fuite les nymphes protectrices des sources salutifères. Si nous nous bornons à jeter un coup d’œil sur la Bourgogne et le Morvan, pays dans lesquels la mission de saint Martin a été tout particulièrement étudiée par MM. Bulliot et Thiollier dans l’ouvrage que nous avons déjà cité, nous voyons que l’apôtre des Gaules dût parcourir ces régions à partir de l’année 377, et nous remarquons : que Saint-Honoré, dont nous avons attribué la destruction aux Barbares, tomba peut-être sous les
coups des chrétiens, car la série monétaire se clôt avec Valentinien 1er; qu’à Bourbon-Lancy, où la plus récente des monnaies recueillies est de Magnence, des statues mutilées ont été trouvées dans un puits et que M. Bulliot signale, sur remplacement du Bourbon romain, les restes d’une ancienne église dédiée à saint Martin; que les temples d’Essarrois et du Montde-Sène, d’après les séries monétaires, ont été ruinés à la fin du quatrième siècle; qu’à Sainte-Sabine, levicus gallo-romain prit le nom de Sanctus Mar tirais Lassus, qu’il porta jusqu’au treizième siècle; qu’au temple des sources de la Seine, enfin, où les séries monétaires se terminent à Maximus, la présence d’objets précieux retrouvés dans les décombres détourne l’idée d’un pillage, tandis que la mutilation des statues, à peu près toutes décapitées, révèle le désir bien net d’anéantir les imagesextérieures d’un culte odieux.
Les premières invasions qui, nous le savons, furent surtout des incursions de pillards, traversant les pays sans s’y fixer, pas plus que les progrès sans cesse croissants de la religion du Christ, n’amenèrent d’ailleurs la disparition absolue de toutes les stations thermales ou minérales. Quelques-unes subsistèrent sans doute, grâce à leur situation à l’écart des routes suivies par les envahisseurs ou de leur position dans des vallées peu accessibles. D’autres, qui ne furent pas ruinées de fond ‘en comble, purent être totalement ou partiellement reconstruites; nous avons vu à Néris, notamment, un exemple certain de restauration de ce genre. Ce qui n’est pas douteux, c’est que les sources médicinales n’étaient pas complètement délaissées au cinquième siècle, au temps où Sidoine Apollinaire fait allusion aux eaux d’Aix et demande à son ami Aper, dans la lettre que nous connaissons, s’il s’est rendu aux eaux
salutaires aux malades soutirants de la poitrine et du foie. Ainsi donc, à cette époque, les eaux de PArvernie étaient encore fréquentées, bien que cette contrée eàt été déjà le théâtre de désastres retentissants.
Mais, avec l’effondrement de l’empire romain et l’établissement des Barbares en Gaule, la nuit complète se fait sur les stations d’eaux de notre pays. Les changements apportés dans les mœurs par les nouveaux occupants, les modifications introduites dans la vie sociale comme dans la vie privée amenèrent la disparition d’habitudes qui n’étaient plus en harmonie avec les conditions nouvelles de l’existence.
Cependant, à la ruine des thermes et des sanctuaires survécut le culte des sources, la vénération dont on entourait les eaux à caractère médical ou seulement , sacré. L’Église mit tout en œuvre pour déraciner ces croyances superstitieuses. La chevauchée de saint Martin et l’édit d’Arcadius avaient commencé le mouvement; d’autres prohibitions suivirent, mais la continuité même des anathèmes prononcés contre les fervents des sources est une preuve de leur inefficacité (1). Bien souvent, l’Église eut recours à une sorte de subterfuge, et, reconnaissantl’impossibili té de déraciner l’antique croyance, la prit pour son propre compte et substitua à la Nymphe ou au Génie tutélaire du paganisme un Saint protecteur investi des mêmes fonctions (2). L’oratoire chrétien s’éleva sur les
(1) « Que nul chrétien, dit saint Éloy, évêque de Novon au septième siècle (dont saint Ouen, archevêque de Rouen, a écrit-la vie), ne fasse des vœux dans les temples, ou auprès des pierres, des fontaines, des arbres... Chaque fois que vous tomberez dans quelque infirmité,... ne faites point de cérémonies diaboliques aux fontaines, aux arbres et aux carrefours des chemins. »
Non licet inter sentes, aut arbores sacrivos, vel ad fontes vota exsolvere. (Concil. Antissiod., c. 3.)
Si alicujus episcopi territorio infidèles aut faculas accendunt, aut arbores, fontes vel saxa venerentur, si hac eruere neglexerit, sacrilegii reuin se esse cognoscat. (2e concile d’Arles, vers 452.)
Le deuxième concile de Tours (567) condamne ceux qui se livrent à des pratiques païennes : Ad nescio quas petras, aut fontes, aut arbores, désignât a loca gent ilium.
(2) A cultu dœmonum in obsequium Dei veri debeant commutari et
deum verum cognoscans et adorans, ad loca quæ consuevtt familiarius concussat. (Bède le Vénékable, Hist. Eccles. Angolorum, lib. 1, chap. xxx.)
ruines de l’édicule païen, orné quelquefois même de statuettes ou de bas-reliefs empruntés à l’édifice antique (1).
Cette dévotion a traversé les siècles pour venir jusqu’à nous. On ne peut compter les sources sacrées où la foi populaire va chercher la guérison des fièvres, des maladies des enfants, des maladies de la peau ou des yeux, de la stérilité, des suites de couches, etc. (2). En bien des endroits, les rites sont restés analogues à ceux que pratiquaient les anciens fidèles des sources : les dévots ont continué à déposer leurs offrandes auprès d’elles ou dans leurs bassins mêmes (3), à briser leurs tasses ou à les abandonner sur les bords (4), à suspendre dans les édicules protégeant les sources ou aux branches des arbres voisins de menus objets votifs, ou des représentations en cire ou en métal des membres atteints de
' (1) Sur le plateau du Mesvrin, l’ancien autel du Génie des eaux est enclavé dans l’abside de la chapelle de saint Ploto.
Au pied du Mont-de-Sène (Côte-d’Or), près de l’église, on remarque dans le mur d’une fontaine une figurine grossière de travail gallo-romain. C'est l’ancien Génie de la source, qui prit le nom de saint Éloi après l’abolition du culte païen.
Près de Massingy (Côte-d’Or), dans une chapelle voisine de la fontaine de Notre-Damc-dc-la-Roche-d’Y, on a incrusté dans la maçonnerie deux bas-reliefs en pierre, anciens ex-voto trouvés certainement près de la source.
On pourrait encore citer bien d’autres exemples de cette nature.
(2) Ignon, Notice sur les monuments antiques de la Lozère. Mémoires
de la Société de Mende, t. XI, 1830-1840. — Bulletin de la même
Société , t. IX, 1858. — Bulliot, le Culte des eaux sur les plateaux éduens. — De Boisvillette, Statistique archéologique d' Eure-et-Loir. Sources et fontaines , 1864. — Du Mège, Archéologie pyrénéenne, t. II. — Le culte des fontaines dans l'Aube. Revue des Traditions populaires, t. XVI, p. 183, etc-, etc.
(3) M. T h or. i.\. Causeries sur les origines de l'Agenais. Revue de l’Agenais, t. XXII, cite plusieurs fontaines sacrées dans le Lot-et-Garonne, entre autres trois sources (près de l’église de Goux, commune d’Allons), à vertus miraculeuses, auxquelles on fait offrande en jetant des pièces de monnaie dans leurs bassins. Dans la même région, à Ambrus, on jette encore dans l’eau des pièces de cuivre, d’argent et d’or.
(4) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1886, p. 174 : « M. Buhot de Kersers entretient la Compagnie d’une fontaine existant dans le département du Cher, appelée les Baptisés, qui est encore l’objet de pèlerinages. Ou a trouvé, dans son voisinage, une grande quantité de petits vases en terre grossière et d’époque certainement fort ancienne. M. Gaidoz suggère l’idce que ces vases avaient pu servir autrefois aux pèlerins pour boire l’eau sacrée de la source et ensuite être laissés en ex-voto. »>
maladie, et, près des fontaines les plus fréquentées, les petits saints d argile ou de plâtre ont remplacé sur les éventaires des marchands les Vénus, les Maires et les bébés emmaillotés, modelés autrefois pour les dévots païens par les céramistes de la vallée de l’Ailier.
Il semble bien qu’au moyen âge une sorte de renaissance se produisit dans l’usage des eaux thermales. La nécessité de combattre l’horrible fléau de la lèpre fut sans doute pour beaucoup dans ce retour à l’emploi des eaux chaudes; les noms caractéristiques donnés à certaines piscines sont très significatifs à cet égard (1). Mais, en dehors même de ces cas spéciaux, il n’est pas douteux qu’une certaine vie se manifesta autour de quelques sources à l’époque médiévale ét qu’on mit à profit les travaux gallo-romains, en décomhrant les vieilles piscines et en nettoyant tant bien que mal les conduites anciennes.
Je me bornerai à citer rapidement quelques preuves de cette survivance de la vie thermale, dont l’étude m’entraînerait trop loin et est trop en dehors du sujet de mes recherches pour que je tente même de l’aborder plus complètement.
Les eaux d’Aix-en-Provence ne furent jamais abandonnées au moyen âge. De 1112 à 1245, sous les princes de la maison d’Aragon, elles étaient très fréquentées pour le goitre et les écrouelles (2). Ruffi, dans ses Essais sur V histoire de la Provence , rapporte qu’aux douzième et treizième siècles on y venait de diverses nations de l’Europe, notamment d’Angleterre et d’Allemagne.
Les eaux de Gréoulx virent leurs bains rétablis par les Templiers. Dans un Traité sur les eaux minérales de Gréoulx, sans nom d’auteur ni date, il est dit qu’on voyait encore près
(1) Ax, Bassin des Ladres. — Moind, Fontaine des Ladres. — Neyrac, Piscine des lépreux. — Plombières, Bain des Ladres, des Lépreux ou des Bonnes gens.
Près de Dax, les eaux de Tercis furent utilisées pour soigner les lépreux au retour des Croisades. On y voit encore les vestiges d’une ancienne léproserie.
(2) Robert, Essai historique sur les eaux thermales d’Aix.
des bains les vestiges de l’établissement qu’ils y avaient construit. Les restes imposants de leur château ou couvent fortifié couronnent le sommet de la colline où est bâti Gréoulx.
A Digne, des lettres patentes de Charles II, comte de Provence., de 4293, assignent à son médecin une rente sur les revenus des bains, à charge de les surveiller. En 1312, il intervient un compromis permettant l’usage des bains aux Juifs, à condition qu’ils contribueraient aux travaux de réparation (1 ) .
Dans l’Ardèche, les bains de Neyrac sont mentionnés dans un acte de 1340 (2). 11 existait déjà auparavant en ce lieu une léproserie fortifiée, dont on voit encore des restes, avec, tout à coté, contre un rocher, le banc de bois où les lépreux, sortant du bain, allaient se sécher au soleil (3).
Les eaux de Saint-Laurent, dans la même région, étaient connues et fréquentées au quinzième siècle.
Dans le Rouergue, de pieux solitaires qui se retirèrent en 1132 dans la vallée de Sylvanès y trouvèrent un hameau, sorte de caravansérail, destiné à recevoir ceux qui allaient boire, dans la belle saison, l’eau de Sylvanès, et inhabité le reste de l’année (4).
Au Mont-Dore, le seigneur de Murat fait don, en 1328, au chapitre d’Orcival, d’une rente importante à prélever sur les bains du lieu de Bains (ancien nom du Mont-Dore). D’après des registres terriers (1423 et 1463), il y a avait alors quatre sources minérales utilisées.
A la Bourboule, en 1643, le seigneur s’engage à faire construire une maison de bains à l’usage des habitants, à charge par eux de payer une redevance.
Au onzième siècle, le seigneur de Bourbon-Lancy donne à
(1) Arnoux, Etude historique sur les bains thermaux de Digne, 1886.
(2) Docteur Francus, Voyage aux pays volcaniques du Vivarais, 1878.
(3) Morin, Notice historique et thérapeutique sur les eaux minérales et thermales de Neyrac, 1868.
(4) Abbé Bousquet, Anciennes abbayes de l'ordre de Citeaux dans le Rouergue. Mémoires de la Société des lettres, sciences\et arts de l’Aveyron,
t. IX.
l'abbé de Cluny les bains situés dans le voisinage de son château, à charge d’entretenir cinq religieux de son ordre au prieuré de Saint-Nazaire et d’y faire aumône générale trois lois par semaine.
Il existait au Vernet un édifice thermal voûté, dont la construction est attribuée au douzième ou au treizième siècle. Au meme lieu, en 1309, Guillaume de Novelles reçoit l’autorisation de construire des bains dans la maison qu’il possède au Vernet, près des bains de ce lieu, et de recevoir une source chaude qui est hors des grands hains (1).
Les bains de Bagnères-de-Bigorre étaient soumis, en 1317, à un règlement de police municipale, édictant des peines contre ceux qui salissaient l’eau (2), on molestaient les baigneurs.
Au Yieux-Barèges, d’après le Guide Joanne, on voit encore de sombres piscines, construites probablement au moyen âge. Les bains de Cauterets sont mentionnés dans une charte de 943, par laquelle le comte Raymond donne à l’abbaye de Saint-Savin « la vallée de Cauterets, à condition que les moines y élèvent une église à saint Martin et y conservent toujours des cabanes convenables pour les baigneurs (3). » Reveil (4) signale l’ancien Bain de César, « qui se rapporte par son ordonnance et sa construction à la fin du treizième siècle,
(1) Cros, le Monument thermal du Vernet. Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, t. IV.
(2) Le souci d’éviter la pollution des eaux des piscines est certain au moyen âge. Il nous semble bien apparaître dans la légende des eaux de Vichy. Une tradition constante dans le pays plaçait les eaux et les bains, aux temps anciens, non loin de Rongères, près de Varennes-sur-Allier, où l’on a découvert, près d’une source, de vastes piscines cimentées, des tuyaux et de nombreuses antiquités. D’après la légende, il y eut là des sources chaudes, sous la protection d’une fée blanche, qui avait défendu formellement qu’aucune femme y lavât son linge particulier. Un jour, au temps des Gaulois, la fée planant au-dessus des sources aperçut une femme qui lavait du linge maculé dans la grande piscine. Irritée, la fée enleva aussitôt les sources chaudes et les transporta à Vichy, où elles n’ont pas cessé de couler depuis lors.
Ne peut-on pas voir dans cette légende comme cm reflet du soin pris par nos ancêtres de préserver les eaux des sources thermales de tout contact pouvant les contaminer ?
(3) Docteur Miqitel-Dalton, Cauterets dans le passé, 1890.
(4) Analyse chimique des eaux de Cauterets. Annales de la Société d’hydrohgie médicale de Paris, t. VI, 1859-1800.
époque à laquelle un grand nombre de maladreries furent fondées près des sources minérales. »
La Cosmographie de Qazwînî, auteur arabe du treizième siècle, parlait en ces termes des eaux de Dax, auquel il donne le nom de Efsch : « Il y a là une source chaude, très riche en eau, sur laquelle est bâtie une maison avec une cour spacieuse. Dans cette maison les habitants prennent des bains chauds, mais en se tenant assez loin de la source chaude, par crainte de la haute température de l’eau qui sort de la source chaude (1). »
A Rennes-les-Bains, des séries monétaires du moyen âge semblent établir que les bains ne cessèrent pas d’être fréquentés pendant cette période (2).
En Savoie, à l’Échaillon, une charte de 1344 prouve l’existence à cette époque d’un établissement de bains.
A Uriage, d’après Guétard (3), il y avait, au quatorzième siècle, une source d’eau minérale et des bâtiments construits par les Romains, que le seigneur du lieu fit démolir pour se soustraire aux visites onéreuses des baigneurs.
Nous connaissons par le roman de Flamenca, écrit au treizième siècle, la vie qu’on menait à cette époque à Bourbonl’ Archambault, où il y avait « des établissements où tous, gens du pays et étrangers, pouvaient prendre les bains très confortablement. Pas de boiteux ni d’éclopé qui ne s’en retournât guéri, s’il n’abrégeait pas trop son séjour. On pouvait se baigner quand on voulait dès que l’on avait fait marché avec le patron d’un hôtel concessionnaire^des sources. Dans chaque bain jaillissaient de l’eau chaude et de l’eau froide. Chacun était clos et couvert comme une' maison, et il s’y trouvait des chambres tranquilles où on pouvait se reposer et se rafraîchir à son plaisir (4). »
(1) C. Jullian, Notes sur V Aquitaine.
(2) Mémoires de la Société des Antiquaires, t. III, 1821, p. 56 et suiv.
(3) Minéralogie du Dauphiné, 1779.
(4) Langlois, la Société française au treizième siècle d’après dix romans d’aventure. Sur Flamenca, p. 130 à 185. — Chambon, Bourbon au moyen âge. Quinzaine bourbonnaise, t. VI, 1897, p. 12 à 17.
A Luxeuil, l’existence des bains au quinzième siècle est prouvée par différents titres conservés aux archives de la ville (1).
A Plombières, un fragment de la chronique manuscrite des dominicains de Colmar porte qu’en 1292, le duc Ferri 111 * fit construire un château à Plumers, au-dessus des bains, pour protéger les baigneurs contre les méchantes gens » (2).
J’arrête ici ces citations, déjà trop longues, et qui pourraient être multipliées sans doute pour d’autres stations. Il en résulte que l’usage des bains, en général, et celui des eaux thermales en particulier, ne fut pas, au moyen âge, aussi abandonné qu’on l’a dit bien souvent (3), et qu’il est bon de n’accueillir que sous de prudentes réserves les phrases à effet comme : « Mille ans et pas un bain ! » ou des assertions comme celle de Bordeu, parlant de l’abandon des cures thermales au moyen âge, alors, dit-il, que l’esprit était ailleurs et que la magie, les songes et l’astrologie judiciaire formaient le fond des connaissances médicales (4).
(1) Dey, Mémoires pour servir à l’histoire de 'la ville de Luxeuil. Mémoires de la commission d’archéologie de la Haute-Saône, t. IV.
(2) Haumonté, Plombières ancien et moderne. Édition refondue par
J. Parisot, 1905.
(3) Enlart, Manuel d’archéologie française, t. II. Architecture civile et militaire, p. 86 : « Parmi les nombreuses traditions romaines que les barbares furent heureux d’accepter et que le moyen âge tenait à perpétuer, il faut compter l’usage, sinon quotidien, au moins hebdomadaire, des bains, tels que les Turcs ont continué de le pratiquer. Rien n’est plus faux et plus injuste que de juger, comme on l’a souvent. fait, le moyen âge, d’api'ès la période qui nous sépare de lui ; en cette matière, spécialement, rien ne ressemble moins aux habitudes du treizième et du quatorzième siècles, que la malpropreté dégradante du dix-septième siècle. »
De même, Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française, termine ainsi l’article Étuve : « De toutes les citations qui précèdent on peut conclure ceci : que pendant le moyen âge, l’usage des
bains, comme on les prend aujourd’hui, était fort répandu; qu’il existait des établissements publics de bains dans lesquels on trouvait des étuves, tout ce qui tient à la toilette; que dans les châteaux etles grands hôtels il y avait des salles affectées aux bains, presque toujours dans le voisinage des chambres à coucher. »
(4) J’emprunte aux Mémoires de la Société Èduenne, t. XXX, 1902, une intéressante note sur des étuves du moyen âge et leurs rapports avec les établissements romains similaires : « M. Garnier ( Etuves dijonnaises,
Dijon, Jobard, 1867) a pu montrer que les étuves du moyen âge, aussi fréquentées que les anciens thermes, et qui ne s’annonçaient extérieurement que par une auge en pierre, étaient loin de présenter la complication et le confort des bains l'omains.
« Elle comportait généralement un rez-de-chaussée sur cave, un étage et des greniers dessus. Dans la cave, qui remplaçait l’hypocauste antique, se trouvaient deux fours ou fourneaux bâtis en briques et ciment, dont le massif traversait la voûte et ne dépassait point le niveau du rezde-chaussée. Ce rez-de-chaussée était ordinairement divisé en deux grandes pièces avec mie antichambre commune.
« La salle de bains se composait d’une grande piscine en bois qui rappelait plutôt le labrum que Yoceanum des anciens. L’eau chaude puisée dans la chaudière placée à l’extrémité de la salle, et l’eau froide y étaient amenées par des corps en bois. Autour de la pièce, et quand les locaux le permettaient, il y avait encore des baignoires aussi en bois destinées aux personnes riches ou malades.
« La salle des étuves proprement dites rappelait davantage le laconicon. Au lieu de supporter une chaudière ouverte comme dans la salle précédente, le massif de maçonnerie, je dirai presque le poêle, se terminait en coupole, percé de trous au travers desquels s’échappait l’air chaud. Des sièges et des gradins s’élevaient autour du massif et permettaient aux baigneurs de s’exposer, comme ils le voulaient, aux effets de la chaleur. »