I)EO
Ce texte, où le nom d’Arixo ligure seul, semble bien démontrer qu’il s’agit d’un dieu ayant son existence particulière, et non pas seulement, comme on pourrait l’inférer d’après l’autre inscription, d’une épithète locale ajoutée au nom du dieu Mars.
D’autre part, les nombreuses sources thermales qui jaillissent au pied du plateau permettent de supposer , sans trop de témérité, que le dieu qu’on y invoquait n’était pas sans avoir quelques rapports avec elles. Je dois ajouter cependant que Sacaze (les Anciens dieux des Pyrénées) voit plutôt dans Arixo une divinité gardienne du passage par le plateau, qui fait communiquer la vallée de Larboust avec l’Espagne.
Agho. — Ce dieu était invoqué à Bagnères-de-Bigorre, où son nom est mentionné dans les deux inscriptions suivantes (1) :
AGHONI
DEO
DEO
• GHONI
LABVSIVS
• • AVLINI
■ • AVRINI
Iluni. — Ce nom figure sur deux fragments de cippes trouvés à Cadéac-les-Bains (2) :
ILVNI
MARIN VNI- AXTO
VRI- LIB V- S- L--M
(1) Au Corpus I. L. sous la forme Ageioni :
deo ageioni
GEIONI UEO
(2) Sacaze, Inscriptions inédites des Pyrénées. Bulletin épigraphique, 1882.
SOURCES THERMALES ET MEDICINALES
Buàicorix. — Un marbre consacré :
DEO BVAICORIXE
a été découvert à Labarthe-de-Rivière, qui possède encore des vestiges de ses bains romains.
Aereda. — Un autel découvert au pied de la montagne de Gert, près du village de Siradan, porte la dédicace :
DEO
AEREDA
CVCVRVS
Du Mège (4), qui rapporte cette inscription, fait remarquer que les deux dernières lettres du nom de celui qui a fait le vœu sont peut-être, non pas la terminaison de celui-ci, mais les initiales votives Y. S.
Ajoutons enfin qu’un autel trouvé à Luchon, conservé au musée d’Auch, n’est peut-être pas sans rapport avec les eaux minérales, bien qu’il soit dédié aux montagnes :
MONTI BUS- Q- G AMOBNUS V- S- L- M
« Il paraît assez naturel, dit Greppo (op. cit., p. 67), que l’on ait associé au culte des Nymphes des eaux les divinités des montagnes qui présidaient au berceau de ces sources salutaires. »
--1TON-E- — Trois fragments épigraphiques, sur marbre
blanc, trouvés à Saint-Honoré, dans les débris de l’ancienne
église, dont un est conservé à l’établissement thermal (2) et
un autre encastré dans le mur occidental de l’église, après avoir été étudiés et publiés séparément, ont été juxtaposés et
(1) Archéologie pyrénéenne, t. II, p. 142.
(2) Communication de M. V. Gueneau, Mémoires <le In Société éduenne, N. s. t. Y, 1876, p. 510.
reconnus par M. Mowat (1) comme se raccordant parfaitement et faisant partie d’une meme inscription, dont la ligne supérieure manque, à l’exception de deux lettres.
N oici cette inscription telle qu’elle figure reconstituée au Corpus l. L., t. XIII, 2813 :
num in ib- au g- et- deæ
ITONflE- SUC ALBl//vS SILVIVS atbil LI F QVI AEDEM CUM SVIS OMNI bus ORNAMENT1S
DonaviT ex voto posvit
Cette inscription était évidemment la dédicace d’un temple, qui devait être d’une certaine importance, si l’on en juge d’après les dimensions de l’inscription.
M. Mowat ne lit pas numinibus à la première ligne, qui n’a conservé que les lettres in, il propose de lire alisinco, qui aurait été le nom du dieu du temple. C’est en effet, dit-il, le nom d ’Alisincim que l’Itinéraire d’Antonin donne à la station située entre Autun et Decize, qui a été identifiée avec Saint- Honoré-les-Bains.
A la deuxième ligne, les lettres iton e lui donnent l’idée de restituer ritonae, nom d’une divinité connue par une inscription du Gard, et le début de l’inscription serait le suivant :
Alisinco deo et Ritonœ sacrum...
Il semble bien certain que iton- e, sous la forme Ritonœ ou une autre, était le nom d’une des divinités auxquelles était consacré l’édifice, et, probablement, d’une déesse topique thermale. La restitution nous semble moins sûre en ce qui concerne le dieu Alisincus, en présence des doutes qui peuvent encore subsister, comme nous l’avons vu précédemment, à propos de la lecture de ce nom sur la carte de Peutinger et sur son attribution à Saint-Honoré-les-Bains. En présence de ce doute, nous adopterons de préférence la leçon du Corpus, en n’attribuant à cette
(1) Bulletin de la Société des Antiquaires. 1895.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
'Station que la divinité topique dont le nom nous est parvenu ainsi mutilé dans sa première partie.
J'indique seulement pour mémoire le travail de M. l’abbé Morillot, publié dans le tome V des Mémoires delà Société acciiémique du Nivernais, et dans lequel les deux fragments sont examinés séparément, comme constituant deux inscriptions distinctes. L’auteur du mémoire croit y voir des monuments t funéraires, et il pense que l’un d’eux, à raison du mot lvdis qu’il lui a semblé y lire, devait être consacré à la mémoire d’un maître des jeux, à qui aurait été élevé un monument.
Niska-Niskat-Nikasa. — Ce nom, présenté sous ces différentes formes, a été lu à plusieurs reprises sur des inscriptions tracées sur des lames de plomb qui avaient été déposées dans une des sources d’Amélie-les-Bains, et que nous étudierions plus longuement au chapitre des ex-voto et offrandes (1). iLa répétition de ces mots, jointe à la présence de formules qui semblent avoir un caractère votif, ont suggéré à ceux qui ont ::enté de déchiffrer ces textes assez énigmatiques la pensée i p.ie ces noms désignaient les divinités protectrices des sources tbhermales d’Amélie. La supposition semble très vraisemblable, mais, cependant, l’incertitude qui règne encore sur la wéritable teneur et le sens précis de ces documents ne nous ] oermet d’enregistrer cette attribution que sous une forme très hypothétique.
Ucuetis. — L’inscription gauloise suivante, gravée sur une ( dalle de pierre trouvée en 1839 sur le plateau d’ Alise, l’an- • Cïienne Alesia, n’est peut-être pas sans rapport avec une ancienne divinité de source médicinale :
MARTIALIS- DANNOTALI IEVRV- VCVETE- SOSIN CELICNON ETIC GOBEDBI- DVGIIONTIIO VCVETIN
(1) Voir p. 285.
IN ALISI IA
Pour Allmer (1), la déesse ou le dieu Ucuetis est à chercher dans quelque particularité locale d’Alise, probablement dans quelqu’une de ses sources minérales. Après avoir exposé l'incertitude de toute interprétation de ce texte, le savant commentateur conclut ainsi : « Ne pourrait-on proposer, à tout hasard sans doute, ceci ou quelque chose d’approchant : « afin que (les dons) glorifient Ucuetis dans
« Alise ? * Il s’agirait des dons ou actions de grâces de personnes guéries par la vertu des eaux de la fontaine adorée à Alise sous le nom d’Ucuetis, et rendue plus accessible par les améliorations de Martialis. Ce n’est ni plus ni moins aventuré que tout ce qui a été imaginé déjà, mais avec quelque chance cependant, en s’appuyant sur des particularités locales connues, de s’approcher peut-être davantage de la vérité. »
Tutela-Nehà. — Une inscription de Dax est consacrée à la très sainte Tutèle :
TVTELAE
SANCTISS
CHRYSAN
Corpus I. L., XIII, 411.
Selon toutes probabilités, ainsi que le pense M. Jullian(2), la
(1) Revue épigraphique, n° 118, juillet 1905-juin 1906, p. 177. — Voir aussi Pro Alesia. Revue mensuelle dès fouilles A’ Alise, n° 5, novembre 1906, p. 71 et 77.
(2) Note sur l'origine des Déesses Tutelles dans le sud-ouest de la Gaule. Congrès archéologique tenu à Agen et Auch, 1901.
Pour M. Jullian, le culte des Tutelles doit son origine à la religion des sources.
Il cite, entre autres preuves, l’inscription suivante existant au Masd’Agenais :
TVTELAE- A VG VSSVBIO- LABBVM SILVINVS- SCI PIONIS- F- AN TISTES- D
Le monument consacré étant un labrurn, un bassin, il est très vraisemblable que le dieu était un génie de source et de fontaine. Tel est aussi l’avis de Greppo (op. cit., p. 141 à 143), qui reconnaît ici un dieu topique, Ussubius, protecteur d’une source qu’il place à la station d’Us-
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
divinité tutélaire d’Aquce Tarbelhcœ devait être la Fontaine- Chaude. La Tutela dacquoise s’identifierait ainsi avec la source divinisée.
Il faut tenir également pour à peu près certain, bien qu’aucun texte épigraphique ne nous en ait donné la preuve absolue, que la source chaude devait également porter le nom d'une divinité protectrice, Neha. analogue à la lutèle. Ce nom se retrouve sans changement dans les documents latins du moyen âge, et, modifié dans sa terminaison, il a donné la dénomination Nèhe, sous laquelle la fontaine est encore connue aujourd’hui. « Que la Fontaine-Chaude soit curée, dit Taillebois (1), et on y trouvera des monuments votifs à la déesse guérissante. »
Le même auteur a fait justement remarquer que ce nom de Nèhe, avec toutes ses variantes : Nez, Néez, Nées, Nest, Né, Nay, s’applique partout à des cours d’eau, à des fontaines, à des endroits maritimes, et M. Jullian(2) l’a rapproché de celui de la déesse Nehalennia. adorée dans la région du Rhin, qui devait être une divinité de source.
Cernunnos. — Devons-nous comprendre dans notre Olympe thermal le dieu foncièrement gaulois Cernunnos, que nous voyons représenté, le chef orné de cornes de cerf, sur un certain nombre de bas-reliefs trouvés en divers points de la Gaule ? 11 semble bien probable que ce dieu, comme beaucoup de ses congénères gaulois, était une divinité de sources,
subium, portée à l’Itinéraire d’Antonin, sur la voie de Bordeaux à Agen.
Une autre inscription à la déesse Tutelle, découverte récemment à Lourdes, et publiée dans la Revue des Hautes-Pyrénées, 1907, p. 60, est ainsi conçue : Tutelœ pro sainte, iustini. iul. pa(t)ris V. S. L. M. « 11 me paraît probable, dit M. Jullian ( Revue des Etudes anciennes, t. IX, n° 2), que cette Tutelle était la source sacrée de Lourdes, non pas celle d’en bas, du Gave et de Bernadette, mais celle d’en haut, de la vieille ville. Voilà les deux cultes rivaux, païen et chrétien, face à face, celui-ci dans sa splendeur, celui-là dans ses ruines, et tous deux attachés à une source. »
(1) Quelques mots sur le nom de Nèhe que porte la Fontaine-Chaude de Dax. Bulletin de la Société de Borda, 26 année, 1887.
(2) Note sur la topographie de Dax gallo-romain. Revue des Études anciennes, 1901, p. 211 et suiv.
LA GAULIv THERMALE
mais je ne crois pas qu’il ait été jusqu’à présent, découvert aucune de ses images auprès de fontaines à vertus médicales.
Un archéologue de Moulins, M. Pérot (1), a été plus loin et, se fondant sur la présence d’un personnage cornu sur un certain nombre de fragments de poteries rouges, provenant des officines de la vallée de l’Ailier et trouvées à Vichy, Royat et Néris, le considère comme la représentation du Cermmnos, qui serait, d’après lui, « le génie des eaux minérales et thermales, le dieu populaire de nos antiques stations balnéaires. »
Cette assertion me semble, je l'avoue, singulièrement hasardée. 11 y a lieu de se demander, d’abord, si des représentations de dieux indigènes ont jamais figuré sur les vases sigillés du centre et du sud de la France, exécutés avec des moules, ou sur des motifs et des dessins de provenance étrangère. Je remarque, en outre, que certains de ces personnages cornus portent le caducée de Mercure; que d’autres ont des jambes de bouc, détails qui semblent bien les identifier avec des divinités venues de l’autre côté des Alpes (2). En résumé, les preuves me paraissent trop peu décisives et les raisons de douter trop sérieuses pour que je puisse admettre, actuellement du moins, une relation aussi étroite entre les représentations en question et les sources thermales auprès desquelles ont été trouvés les fragments de vases qui les portent.
Épona. — De même la déesse Épona, qu’on représente à cheval et dont on a fait la protectrice des chevaux et des écuries, ne fut-elle pas aussi, dans une certaine mesure, une divinité de source? Cette terminaison ona, si fréquente dans les noms de fontaines et de cours d’eau, ne la rattache-
(1) Revue médicale du Mont-Dore, 7e année, n° 1, avril 1906 (figures).
(2) M. Déchelette, dont le nom fait justement autorité en matière de céramique gallo-romaine, a bien voulu me donner son sentiment sur cette question. Pour lui, le pseudo-Ccrnunnos des vases de l’Ailier est un Pan. « On ne trouve jamais, ajoute-t-il dans sa communication, la moindre divinité indigène sur les vases sigillés de cette région. Il n’y a d’exception que pour une fabrique de la vallée du Rhône et pour les vases en terre grise de la région du Nord. »
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 211
-elle pas à notre groupe spécial cle divinités? M. S. Reiîach ne semble pas éloigné d admettre cette hypothèse, u laquelle il consacre un raisonnement des plus ingénieux (1) : « En Gaule, dit-il, comme en beaucoup d’autres oays, la source jaillissante a été assimilée à un animal impeueux et rapide, en particulier au cheval. Épona a été d a- >ord, non la source du cheval, mais la source-cheval, représentée par une cavale. Avec les progrès de 1 anthropomorohisme, on mit une femme sur le cheval et la source-cheval levint la déesse équestre, protectrice des chevaux et de leur uultiplieation. »
Si, comme je le pense d’ailleurs, la protection des sources ut un des rôles dévolus à Épona, nous pourrions rattacher à son culte, au point de vue thermal, un bas-relief découvert à Luxeuil, un autre à Néris, et un groupe de même provenance, n° 31635 du musée de Saint-Germain), décrits dans les excellents catalogues d’Éponas donnés par M. S. Reinach dans la Revue archéologique (1895, 1898, 1899 et 1902).
Nous résumons ci-dessous le chapitre précédent, en indi- :r {uant, pour chaque divinité, le nombre de textes épigra- Iphiques, trouvés aux environs de sources ou dans les stations thermales, qui mentionnent son nom, soit seul, soit accolé à i un surnom ou associé au nom d’autres divinités. Il est bien présumable que quelques-unes des inscriptions relatives h ces ; divinités protectrices des fontaines salutaires ont pu nous échapper, mais le champ des recherches, en pareille matière, est tellement étendu que des omissions de ce genre, dont nous nous excusons par avance, sont à peu près inévitables.
(I) Nouvelles Éponas. Revue archéologique, 4e série, t. II, juilletdécembre 1903, p. 348.
Apollon, seul 2
Apollon Toutiorige \
Apollon, avec Borvo et Damona \
Apollon, avec Sirona 2
Apollon avec Sirona et les Nymphes 1
Apollon, avec les Nymphes « Volpinis » \
Esculupe , avec Hygie \
Hercule, avec Silvain et Mercure 1
Jupiter, seul 3
Jupiter Sabasius \
Jupiter Beisiris 1
Jupiter Dolicocenus 1
Jupiter, avec Junon 1
Mars, seul 1
Mars Vorocius 1
Mars Bolvinnus 1
Mars Bolvinnus, avec Duna 1
Mars Arixo .... 1 1
Mars, avec Vénus et Mercure 1
Mars, avec les Nymphes 1
Mercure, seul 7
Mercure Alaunus 1
Mercure Cissoniüs 1
Mercure, avec les Nymphes 1
Mercure, avec Mars et Vénus 1
Mercure, avec Hercule et Silvain 1
Neptune, seul 2
Neptune, avec les Nymphes 1
Panteo, avec Hercule, Mercure et Silvain 1
Silvain, seul 1
Silvain, avec Hercule et Mercure 1
Vulcain, seul , 1
Diane, seule 4
Diane Abnoba 1
Diane Mattiaca 1
Hygie, avec Esculape 1
/sis, seule 1
Junon, avec Jupiter 1
Mère des Dieux, seule 2
Minerve, avec les Nymphes 1
Cornedovœ 1
Diis inferis 1
Dominer 1
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
Junones
Matres
Nymphes, seules
Nymphes Griselicis
Nymphes Perçernibus?.
Nymphes Volpinis, avec Apollon
Nymphes, avec Mercure
Nymphes, avec Neptune
Nymphes, avec Mars
Nymphes, avec Minerve
Nymphes, avec Apollon et Sirona . . .
Æreda
Agho
Albius, avec Damona
Arixo , seul?
Arixo, avec Mars?
Borw, Bormo, Bormanus, seul
Borvo et Damona
Apollo Borvo et Damona
Borvo et
Brida, avec Lussoius
Buaicorix
Damona, seule
Damona, avec Borvo
Damona, avec Apollo Borvo
Damona, avec Albius
Duna, avec Mars Bolvinnus
Ibosus
Ilixo
Iluni
Ivaus
Lex
Lussoius, avec Bricia
Nerius
Sirona, seule
Sirona, avec Apollon
Sirona, avec Apollon et les Nymphes
. . . Iton.e ?
Niska ?
Ucuetis ?
Tutela ?