BUSTE D’APOLLON SUR TRONC
Dessin de Piébourg, d’après une photographie.
(1) Collection de figurines en argile, œuvres premières de l’art gaulois.
(2) Etude sur les figurines en terre cuite de la Gaule romaine, 1891.
(3) Apol Ion, dieu tutélaire de Vichy. Le Centre médical et pharmaceutique, 1er septembre 1897.
(4) Recherches sur les récipients monétaires. Revue archéolooiaue
tuaire était établi près de la source thermale, et où les malades venaient implorer leur guérison et déposer leurs offrandes.
Dans son ouvrage sur les figurines en argile que nous avons déjà cité, Tu dot donne le dessin d’une statuette en terre cuite, trouvée à Beaune, près de Montluçon, conservée au musée de Moulins, et la décrit ainsi : < C’est une nymphe qui tient un vase d’où s’échappe une source d’eau... Trois petits génies l’accompagnent : l’un est penché sur son épaule et s’occupe des ornements de la coiffure; l’autre, dont le corps est en grande partie brisé, ajustait sans doute le vêtement; le troisième se tient aux pieds de la déesse, il semble heureux de la félicité de cette nymphe bienfaisante. » Tudot voit dans cette statuette la figure allégorique de la source de Néris, « de cette déesse dont la puissance réparatrice des forces usées était surtout vénérée dans la vallée du Cher. »
Cette interprétation peut sembler hasardée, car la disposition de cette petite composition la fait ressembler singulièrement aux groupes connus sous le nom de « Toilettes de Vénus », et dont M. Blanchet a publié notamment un exemplaire du plus haut intérêt, provenant précisément de la station thermale de Saint-Honoré.
Même incertitude pour un autre bas-relief trouvé à Néris, représentant un homme assis, avec un bandeau sur la tête, accosté d’une figure demi-nue, qui s’appuie contre lui et lui pose la main sur la tête. L’homme a dans sa main droite une bourse pleine et retient de la gauche un serpent à tête de bélier. M. de Laigue (1) semble incliner à identifier ce personnage avec un dieu local des eaux, ayant pour attribut le serpent consacré aux divinités médicales, et associé à une parèdre semblable à l’Epione ou à l’Hygie dont on voit souvent Esculape accompagné. Dans cette hypothèse, la bourse pleine aurait représenté le stipes consacré aux sources bienfaisantes.
(1) Mémoire sur plusieurs antiquités trouvées à Néris. Mémoires de la Société des Antiquaires, t. XLIX, 1889.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 225
Pour M. A. Bertrand (1), ce serait tout simplement un Mercure. le serpent à tête de bélier étant un des attributs de la divinité gauloise identifiée à Mercure par les Romains.
M. Coudert-Lavillatte, dans son étude sur les Bains d’Évaux (2), signale une petite statue mutilée, trouvée au milieu des ruines des thermes, et représentant Une femme, dont il ne reste plus que le buste, couchée sur un lit de repos, une main posée à côté de la tête. « On n aurait pu, dit-il, donner une attitude plus convenable à la divinité des baigneurs » : aussi pense-t-il que cette image a pu représenter la déesse Ovahana qui, d’après Barailon, était très vénérée au centre des Gaules, surtout à Evahon. L’hypothèse semble ici se donner trop librement carrière, et, jusqu’à nouvel ordre, c’est au dieu Ivaus, dont nous connaissons authentiquement le nom, que nous réserverons le titre de divinité protectrice
des sources d’Evaux.
Dans l’ordre des simples présomptions, nous placerons encore une statue découverte à Bourbon-PArchambault, à laquelle manquent la tête et les pieds, et qui représente un homme vêtu d’une penula étroite, relevée dans les mains pour soutenir des fruits. Est-ce le dieu Borvo ou l’un de ses génies bienfaisants, comme le pensent quelques archéologues; ou bien le dieu Pan, comme le croient MM. Barbier de Montault et l’abbé Clément? Aucune des deux attributions proposées ne peut s’appuyer sur rien de bien concluant.
A Chassenay, le puits où a été découverte l’inscription sur un vase de bronze consacrée au dieu Albius et à Damona (3), contenait également des débris d’une statue de marbre représentant un personnage dont le bras était entouré d’un serpent (4). Il s’agit évidemment là de divinités ayant un caractère médical, mais cette statue représentait-elle l’une des
(1) L’autel de Saintes et les Triades gauloises. Revue archéologique , 40e vol., 1880, p. 14, figure, p. 16.
(2) Mémoires de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse. 1838-1847.
(3) Voir p. 194.
(4) Allmer, les Dieux de la Gaule celtique. Revue épigraphique , t. III.
divinités protectrices que nous révèle l’inscription, ou bien un Esculape ou une llygie dont l’image se trouvait dans le temple consacré à Albius et à Damona? Rien ne peut nous éclairer sur ce point. Le serpent est l'attribut général d’Escidape et d llygie, mais il n’est pas impossible que cet emblème ait été également attribué à des divinités de sources, dont l’aide était invoquée pour la guérison des maladies (1).
Allmer (2) mentionne également la découverte dans la source thermale de Maizières, à 5 ou G kilomètres de Chassenay, d’une statuette en bronze représentant un personnage assis sur un rocher, peut-être l’image de la source divinisée.
Bégin (3), parle d’un autel à quatre faces, trouvé à Niederbronn, portant les figures de Mercure, Apollon, Minerve et Hercule, ou peut-être, ajoute-t-il, de divinités topiques inconnues.
Enfin, mentionnons en terminant des représentations symboliques d’une nature particulière, découvertes à Aix-en-Provence dans le voisinage des bains.
La première, trouvée en 1705 dans les décombres d’anciens thermes, était « un bas-relief en pierre, d’environ 3 pieds de long sur 2 de hauteur, représentant un autel, sur lequel le symbole de Priape est étendu, chargé de ces trois lettres :
I II C ; au plan de cet autel s’élève de chaque côté une espèce de flamme » (4).
Plus tard, en 1818, on découvrit, dans un jardin voisin des bains, un piédestal en pierre, sur le devant duquel était sculpté en demi-relief un phallus soutenu par deux pieds de bouc (5).
(1) Une statue en pierre, grandeur naturelle, provenant du Temple des sources de la Seine, nous présente aussi l’image d’un homme, ayant à sa gauche un serpent, et un arc dans sa main droite, généralement identifié avec un Apollon guérisseur.
(2) Allmer, les Dieux de la Gaule celtique. Revue épigraphique, t. III.
(3) Histoire médicale du sud-est.
(4) L.-J.-M. Robert, Essai historique et médical sur les eaux thermales connues sous le nom d'Eaux de Sextius. 1812.
(5) L. P. D. S. V., Description des antiquités , monuments et curiosités de la ville d’Aix. 1818.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
Comme nous avons pu le constater déjà, d’après des ex- -voto trouvés près de certaines sources, la guérison de la stérilité et de l'impuissance devait être au nombre des faveurs qu’on venait solliciter de leurs divinités protectrices. Les eaux le ces sources étaient vraisemblablement l’objet d’un vendable culte spécial, cpii se traduisait par l’offrande d’images phalliques, sur lesquelles nous aurons à revenir lorsque nous îous occuperons des offrandes cà caractère médical. Cependant •es phallus d’Aix, et peut-être aussi l’objet du même genre, en marbre blanc incrusté dans du marbre rouge, qui fut découvert, en 1854, dans les ruines d’une chambre souterraine des hernies d’Aix-les-Bains, ne nous paraissent pas avoir ce caractère d’objets votifs et seraient plutôt, pour nous, des •représentations figurées, sous forme symbolique, d’une diviîité à attributions particulières invoquée auprès de certaines sources.
Les vestiges des temples découverts dans les anciennes cités hermales ne présentent rien de bien particulier au point de ue spécial qui nous occupe, sauf au Mont-Dore, et peut-être Bourbonne et à Montbouy, où la situation de ces édifices les e d’une façon directe et intime aux thermes eux-mêmes.
1 fans les autres stations, on ne peut établir entre les sources t les lieux de culte d’autres rapports que ceux que permet ’admettre la vraisemblance de la consécration, dans ces mieux spéciaux, des édifices sacrés, ou de quelques-uns d’entre - ux tout au moins, aux divinités des sources thermales. Nous 1 pus bornerons donc à résumer ce que nous savons sur ces difices en quelques mots, que nous placerons ici, afin de éunir en un seul chapitre tout ce qui a trait à la religion et u culte pratiqué dans les cités thermales ou auprès des ources.
Au Mont-Dore, le temple se présente comme accolé à l’édifice thermal, auquel il était relié par sa partie antérieure (lt. C'est dans le cours de l’année 1824 que ses restes furent découverts sous des maisons particulières que l’on venait de J démolir. L’édifice était orienté de l’est à l’ouest; on y accédait par cinq marches, et, lors de la découverte, plusieurs tronçons de colonnes et les murs de la cella étaient encore debout sur une hauteur de près d’un mètre. La pierre angulaire du fronton, plusieurs pierres de l’entablement, un aigle aux ailes l éployées et les débris d’une statue équestre furent recueillis dans les ruines. Une mosaïque en pierres de taille a été > placée à fleur de terre à la place qu’occupait le monument, pour en indiquer les contours et la distribution (2).
Le temple du Mont-Dore était un Panthéon, consacré à tous ' les dieux. D’anciens registres terriers du quinzième siècle parlaient déjà de ce monument.
Un médecin, le docteur J. Mate, qui écrivait en 1616 (3), le : signalait en ces termes : « Plusieurs sources d’eaux chaudes j qui ont été adjencées pour se baigner... depuis le temps que i les Romains, sous l’empire des Césars, subjuguèrent les Gaules, ainsi que... les pierres tout entières çà et là éparses 1 du vieux Panthéon le tesmoignent assez, et mesme de toute ] mémoire on a appelé le Bain-Bas la Croix du Panthéon. » Jusqu’en 1789, un quartier du Mont-Dore avait conservé le : nom de Tellement du Panthéon. Enfin, l’inscription divo pan | teo, que nous avons citée plus haut, nous renseigne complè- ] tement sur le culte qui était pratiqué dans cet édifice.
A Bourbonne, l’union était peut-être encore plus intime et le j sanctuaire était placé au cœur même de l’établissement j thermal, entre des salles renfermant des piscines et des étuves I mises à jour lors de fouilles importantes exécutées en 1874 (4). J
(1) Voir le plan, p. 401.
(2) Bertrand, Noie sur les antiquités découvertes au Mont-d’Or. — Le ; Mont-Bore historique et archéologique.
(3) L’Entelechie des eaux chaudes du bourg de Bains, près du Môl-d’Or. Tulle, 1616.
(4) Voir le plan, p. 460.
« C’était une grande construction, de forme rectangulaire, ayant, dans œuvre, 30 mètres de long et 25 mètres de large. Cette salle était partagée en trois parties par deux rangées composées chacune de cinq colonnes... Dans chaque rangée, les trois colonnes de l’est mériteraient plutôt le nom de pilastres; les deux autres étaient montées sur piédestaux et taillées en forme de cœur (1). » Une porte cintrée donnait accès dans cette pièce, qui présentait une mouluration très soignée et dont le sol était pavé de grandes dalles de grès sur une mince couche de béton fin, avec réserve de petits canaux d’assainissement. Bien que la situation de cette salle, par rapport aux piscines et aux étuves, permette peut-être d’y voir simplement une sorte d’atrium, de vaste vestibule, sa disposition architecturale semble bien confirmer l’hypothèse de M. 1 'ingénieur Rigaud, qui y voyait un temple. En outre, un tronc en grès, présentant des traces de scellement au plomb, a été découvert au pied du dernier pilier, à l’est. Une ouverture creusée dans la partie supérieure formant couvercle permettait d’introduire les pièces de monnaie qu’on apportait comme offrandes aux divinités protectrices des sources thermales (2)
(fig- 16)-
A Montbouy (Loiret), où l’on retrouve vraisemblablement l’Aquæ Segestæ de la Table de Peutinger, s’élevait, attenant presque à l’édifice balnéaire dont il n’était séparé que par un espace de 2 mètres (3), un bâtiment de 13 mètres carrés, que M. Dupuis décrit ainsi : « Extérieurement, ce bâtiment est orné de colonnettes engagées, formées de briques rondes et de pierres taillées. Le mur offre quatre entrées, dont deux à 1 est et deux à l’ouest. Dans cette première enceinte est contenu un batiment ayant six ouvertures, deux au sud, deux au nord, une â l’est et une à l’ouest. Le milieu est complètement vide; elle était dallée de larges pierres dont quelques-unes
(1) Rigaud, Notice sur les travaux exécutés à Bourbonne-les-Bains. Annales des Mines, 7e série, t. XVII, 1880.
(2) Plusieurs tronçons de colonnes dressées sur leurs socles, ainsi que le tronc à offrandes, ont été placés dans le jardin des bains.
(3) Voir le plan, p. 478.
restent encore. De grandes pierres de taille carrées et reposant Fune sur l’autre, comme les marches d’un escalier, fondent les panneaux du mur extérieur, dont l’appareil est d’une régularité et d’une solidité parfaite (1). » Pour l’auteur, il est difficile de voir là autre chose qu’un temple, des plus simples d’ailleurs, qui formait un accessoire, une dépendance de 1’établissement thermal. M. Vachez (2) estime que cette attribution n’est rien jnoins que certaine, parce qu’on pourrait croire, avec autant de vraisemblance, qu’il y avait là tout simplement une pièce destinée aux baigneurs privilégiés.
Dans un autre mémoire publié en 1862 (3), M. Dupuis signale la découverte des fondations d’un édifice où l’on remarque, dans la pièce centrale, un massif de maçonnerie ayant 2 mètres en tous sens, derrière lequel sont alignées six grosses pierres plates taillées, presque appuyées au mur.
De Gaumont (. Abécédaire cl’ archéologie. Ère gallo-romaine , ; p. 246) classe cet édifice parmi les temples incertains, M. Dupuis incline plutôt à le considérer comme un prétoire.
Aix-les-Bains possède encore les restes d’un édifice, compris autrefois dans l’ancien château des marquis d’Aix, devenu aujourd’hui l’Hôtel de Ville. Cette construction formait un rectangle de 11 m. 94 sur 9 m. 32, dont il reste actuellement trois côtés. Elle était élevée en pierres de grand appareil, taillées avec soin et placées par assises, sans autre liaison que des crampons de fer dont on voit encore la place. Un petit appareil de marbre formait le revêtement intérieur et la muraille était couronnée d’un entablement d’ordre ionique (4).
(1) Dupuis, VAquis Segeslœ de la carte de Peutinger doit être placé à Montbouy. Orléans, 1852.
(2) Note sur les bains romains de Monbouis. Congrès archéologique, Auxerre, 1850.
(3) Nouvelles découvertes à Montbouis. Bulletin monumental, 1862.
(4) Général comte de Loche, Recherches historiques sur les monuments romains d’Aix-en-Savoie. Mémoires de la Société royale académique de Savoie, t. III, 1828. — Comte de Loche, Histoire de la ville d'Aixles-Bains. Mémoires de V Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, 4e série, t. VII, 1889.