TEMPLE DU MONT-DE-SÈNE
Croquis d’après le plan joint au mémoire de Bulliot.
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
fontaine sacrée dans le temple ni dans ses environs immédiats. En existait-il une dans l’antiquité? On l’ignore. Mais le caractère des ex-voto découverts dans l’enceinte consacrée, et dont nous parlerons plus loin lorsque nous nous occuperons des offrandes, ne permet aucun doute à cet égard (1).
L'édifice religieux se composait essentiellement de trois partie? : le sanctuaire ou sacellum proprement dit; un mur d’enceinte extérieur ; un petit bâtiment appuyé à ce mur extérieur et formant avant-corps dans l’intérieur de la cour. La cella était précédée d’un portique à colonnes, dont on a retrouvé des fragments considérables.
Derrière le mur du fond de la cella s’étendaient deux autres murs parallèles, séparés par une distance de 0 m. 40, dont la destination est assez problématique. M. de Caix de Saint- Avmour pense que ces doubles murs constituaient une chambre secrète destinée à rendre les oracles aux malades. On ne voit guère, en effet, d’autre explication plausible à cette disposition.
Aux deux angles N.-E.
etS.-E. du mur d’enceinte, des amas de tuiles et des fondations en maçonnerie indiquent qu’il a existé sur ce point deux petits bâtiments couverts, annexes du sanctuaire.
La petite construction
accolée au mur d’enceinte devait être une maison d’habitation, logement du prêtre ou du gardien du temple (fig. 19).
Croquis d après le plan joint au mémoire de M. Fautrat.
(1) La divinité protectrice d’Halatte n’était pas seulement invoquée pour les êtres humains, mais aussi pour les animaux domestiques. Parmi les ex-voto figurent un certain nombre de représentations animales, bœufs, chevaux, porcs, qui ont été spécialement étudiées dans une brochure technique par M. Cagny, vétérinaire à Senlis.
Aucune inscription n’est venue révéler le nom de la divinité protectrice de ce sanctuaire. M. de Caix de Saint-Aymour incline à penser, d’après certains indices, qu’il avait pour patron quelque Mercure topique.
D’autres temples de même nature semblent avoir comporté des aménagements bien plus vastes et des dépendances destinées à d’autres usages. On y trouve quelquefois de véritables thermes juxtaposés au sanctuaire ; des substructions révélant l’existence d’annexes beaucoup plus considérables que ne l’aurait comporté le seul service du temple ; des dispositions intérieures difficilement explicables dans l’hypothèse d’un édifice purement religieux. On peut admettre que, dans les édifices de ce genre, certains malades ne se bornaient pas à venir, en passant, implorer le dieu ou consulter son prêtre ; qu'ils y faisaient, au contraire, un séjour plus ou moins prolongé, soit pour suivre un traitement, soit pour obtenir un accueil favorable du dieu, qui ne se révélait pas toujours du premier coup aux suppliants.
C’étaient, en somme, de véritables maisons de santé, ayant quelque analogie avec nos modernes sanatoria, où les malades, les infirmes, les convalescents et les surmenés de l’époque gallo-romaine venaient chercher le repos, l’air pur et les eaux salubres, avec, pour les esprits dévots et croyants, l’espèce de suggestion produite par le caractère sacré du lieu et la communication intime avec les divinités secourables, dispensatrices de la santé et maîtresses des guérisons. Le développement des bâtiments et les dispositions particulières auxquelles nous venons de faire allusion étaient ainsi commandées par l’exercice de certaines pratiques imposées aux malades, et par la nécessité de loger ces derniers, ainsi que le personnel assez nombreux que nécessitait une semblable installation.
Deux de nos temples, situés dans la Côte-d’Or, à Essarrois et aux sources de la Seine, riches tous deux en ex-voto médicaux, peuvent être cités comme exemples, du moins très probables, d’édifices de ce genre.
Le temple dont on a retrouvé les vestiges près du village
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
d’Essarrois, en un lien dont nous ignorons le nom antique,
était situé au fond d’une sorte de petit cirque, près de la
source importante de la Gave. L’eau y jouait certainement un
grand rôle. D’après les indications résultant des fouilles, le ^ *
sanctuaire et sa cella étaient contigus à un bâtiment dont les dispositions semblent accuser nettement diverses parties constitutives de thermes (fig. 20). Dans les parties des fondations les plus rapprochées du ruisseau, on a retrouvé des naissances de voûtes annonçant que l’eau était conduite dans l’édifice sacré, après avoir été captée dans des aqueducs en pierre qui se dirigeaient vers l’édifice et dont on a retrouvé des restes sur le monticule de la cascade, et dansle sable du ruisseau, près de la source (1). De là l’eau passait dans le c o m p a r t i m e n t voisin , probablement consacré à la balnéation et à des pratiques hydrothérapiques. Des cendres, du charbon, des briques et des fragments de tuyaux de chaleur trouvés dans cette partie des ruines permettent de conclure à l’existence d’un hvpocauste.
A dix-sept mètres environ de cette partie de l’édifice, des fondations ont été mises à jour, annonçant la présence autour des bâtiments principaux de constructions annexes assez considérables, dont le déblaiement complet ne semble pas avoir été opéré.
D’après les inscriptions retrouvées dans les ruines, dont l’une notamment est tracée sur un genou votif, le lieu était sous la protection d’un dieu nommé Vindonnus (2), iden-
(1) Mignard, Historique d’un temple dédié à Apollon, près d’Essarrois. Mémoires de la Commission d' Antiquités de la Côte-d’Or, t. III, 1853.
(2) Thédenat, Mémoires de la Société des Antiquaires, t. XLIX, 1888, p. 211 et suiv.
Croquis d’après le plan joint au mémoire de Mignard.
tifié sur un des monuments épigraphiques à Apollon :
DEO APOLLINI VINDON 110 URBICI VS FLAGCVS V S l 111