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CHAPITRE IV

1. Ex-voto et offrandes. — II. Autels. Stèles. Tablettes votives. — 111. Monnaies. — IV. Statues et bustes en pierre et en marbre. — V. Statuettes en terre cuite. — VI. Poteries et débris céramiques. — VII. Statuettes en bois. — VIII. Statuettes en métal. — IX. Objets divers. — X. Exvoto à caractère médical.

Que les eaux auprès desquelles s’élevaient, les temples eussent des vertus médicinales, ou qu’elles fussent seulement l’objet d’un culte purement religieux, la vénération dont on les entourait se traduisait toujours par des offrandes, dont la naïve piété des dévots, ou la reconnaissance des malades soulagés de leurs maux remplissaient les bassins des sources ou tapissaient les parois des sanctuaires. Dans une lettre à son ami Romanus, Pline le Jeune donne d’un de ces temples bâtis à l’origine des cours d’eau une description charmante, qui, dans ses traits généraux, s’applique également à certains sanctuaires hydro-médicaux, qui font plus spécialement l’objet de nos études :

« N’avez-vous jamais vu la source du Clitumne ?... Du pied d’une colline, chargée d’un bois de cyprès fort touffu, est une fontaine dont les eaux, répandues par plusieurs veines inégales, forment un grand bassin pur et si clair que l’on y peut compter les pièces d’argent que l’on y jette et les cailloux que l’on y voit reluire...

« Près de là est un temple aussi respecté qu’ancien. Le dieu du fleuve lui-même y paraît vêtu d’une robe. C’est un dieu fort

secourable, et qui prédit l’avenir, ainsi que le témoigne tout l’appareil qu’on y voit, et qui est propre à rendre des oracles. Autour de ce temple sont répandues des chapelles en grand nombre : chacune a son dieu, chacune est célèbre, chacune est distinguée par quelque dévotion particulière. Quelques-unes môme ont leurs fontaines ; car, outre la principale, et qui est comme la mère de toutes les autres il s’en trouve encore plusieurs dont la source est différente, mais qui se perdent dans le fleuve.

« ... Vous pouvez même y étudier ; vous y lirez une infinité d’inscriptions gravées sur toutes les colonnes, par toutes sortes de personnes, à l’honneur de la fontaine et de la divinité. Vous louerez les unes, vous vous moquerez des autres; ou plutôt, selon cpie je connais votre bonté naturelle, vous ne vous moquerez d’aucune (1). »

Lettrées ou naïves les inscriptions ont suivi les murailles et les colonnes dans leur chute ; disparues aussi les tablettes de bois fixées aux parois, et sur lesquelles étaient inscrits des noms, des formules votives ou reconnaissantes, ou quelquefois meme, dans les sanctuaires des divinité médicales, des indications de maladies ou des récits de guérisons, accompagnés de l’indication du traitement suivi (2). Mais d’autres ex-voto de divers genres ont traversé les âges et sont parvenus jusqu'à nous : autels et stèles votifs; inscriptions sur pierre et sur marbre ; monnaies et objets en métal, dissimulés dans des cachettes ou demeurés au fond des bassins et des sources ; statuettes en terre cuite, à qui leur peu de valeur a permis d’échapper aux pillages et aux dévastations, etc. Nous allons examiner de plus près ces diverses classes d’offrandes, en étudiant d’abord celles qui dérivent surtout d’un sentiment

(1) Pline, Épist., lib. VIII, ép. vin.

(2) Strabon, Géographie, liv. VIII, chap. vi, 15. Traduction Tardieu, t. II, p. 171 : « Épidaure est aussi l’une des principales villes du pays; elle le doit surtout au prestige du nom d’Esculape et à la croyance généralement établie que ce dieu peut guérir toutes les maladies, ce qui fait qu’ici, comme à Cos et à Tricca, son temple est toujours plein de malades et de tableaux votifs indiquant le traitement suivi. »

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purement religieux, et, ensuite, celles qui se présentent à nous avec un caractère médical nettement accentué (1).

La première classe d’offrandes : autels, stèles, tablettes votives, nous a donné le plus grand nombre des inscriptions trouvées dans les débris des établissements élevés autour des sources. C’étaient là des objets représentant déjà une certaine valeur et qui devaient être consacrés par des dévots de marque, ou en reconnaissance de précieuses guérisons.

Ils se présentent sous la forme de tablettes de pierre ou de marbre, qu’on fixait aux parois par des scellements ou des crampons de métal, de stèles plus ou moins ornées, ou de petits autels en forme de blocs à peu près cubiques, qu’on disposait dans la cella du temple du dieu guérisseur, sous le portique -élevé autour du sanctuaire ou près de la source elle-même. Sur la pierre ou le marbre étaient gravées les dédicaces contenant le nom de la divinité à qui l’offrande était faite, celui du consécrateur et une formule votive, composée soit de sigles comme v- s- l- m- ( votum solvit libens merito), soit d’une mention plus précise du but recherché, comme les inscriptions pro salvte, invoquant la divinité pour le rétablissement de la santé du donateur ou de celle d’un être qui lui était cher (fig. 23).

(1) Ces modes d’offrandes sont restés traditionnels dans notre pays, et nous n’indiquerons comme témoignage de cette survivance qu’un passage du poème latin du P. Aubery, sur Bavbotan-en-Armagnac, dans lequel le poète s’exprime ainsi, après avoir parlé des bains de boue et des sources auxquelles on va ensuite se laver : « Los uns boivent les eaux; d’autres croient suffisant de s’y plonger. Les sources ont presque la même vertu que les lacs boueux. Des ex-voto suspendus dans le temple sacré qui s’élève au milieu delà vallée, sur une hauteur modique toute voisine des eaux, témoignent de la santé recouvrée dans les sources elles-mêmes. « Traduction L. Couture. Revue de Gascoyne, t.XXXXI, 1900.

Outre l’inscription dédicatoire, les autels et les stèles étaient quelquefois ornés de figures ou d’ornements, empruntés le plus souvent aux accessoires des sacrifices, sculptés en basreliefs sur leur face antérieure ou leurs faces latérales.

Des monuments de ce genre ont été retrouvés sur presque

Fig. 23. — STÈLE DE B A GNÈ R ES-D E-B IG O RRE.

tous les points présentant des vestiges de l’utilisation galloromaine des sources; nous ne pouvons en donner l’énumération qui nous obligerait à répéter à peu près tout ce que nous avons dit, lorsque nous nous sommes occupés des divinités protectrices des sources thermales. Nous nous bornerons à rappeler deux stations où les monuments de ce genre, découverts en nombre considérable, permettent d’affirmer que ce genre d’offrandes était d’un usage extrêmement répandu. C’est, tout d’abord, Bagnères-de-Luchon, où l’on a pu recueillir

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toute une série de petits autels et de stèles votifs, remarquables souvent par leurs proportions et leur élégance, dont les uns sont conservés à l’établissement thermal et d’autres dans les musées de Toulouse et d’Auch, ou des collections particulières. C’est, ensuite, la station des Fumades, où dans un puits, gisaient vingt-quatre petits monuùients du môme genre, en forme d’autels carrés, de dimensions inégales, variant entre 17 et 63 centimètres de hauteur, et dont plusieurs étaient ornés de bas-reliefs.

Luxeuil a fourni une série de stèles à personnages sculptés en bas-relief, qui avaient été employées comme fondations lors de la construction des remparts de la ville, en 1229. Ce sont là, indiscutablement, des monuments funéraires qui, à ce titre, semblent étrangers au cadre de nos études, mais nous devons cependant en dire quelques mots, car un certain nombre d’entre eux représentent des personnages porteurs d’attributs qui « paraissent avoir un rapport direct avec le caractère, religieux peut-être, mais assurément curatif des eaux... Nous voyons, en effet, figurer sur un certain nombre de tombeaux romains des personnages des deux sexes, mais surtout des femmes, tenant un cyathus, le plus souvent de la forme d’un de nos verres à boire, de la main droite, et, fréquemment, delà main gauche, un vase plus grand qui semble destiné à remplir le verre, et affectant la forme d’amphores, de flacons, de seaux, de carafes même semblables aux nôtres. D’autres personnages n’ont pas de verre de la main droite, et semblent fermer avec cette main l'orifice du flacon, comme s’ils se proposaient de transporter l’eau en la préservant du contact de l’air extérieur » (1).

Il est cependant difficile d’affirmer que ces représentations soient inspirées par l’emploi ou le culte des eaux de Luxeuil, car il s’en est rencontré un grand nombre d’analogues sur d’autres points de l’ancienne Gaule, absolument dépourvus

(1) E. Desjardins, les Monuments des thermes romains de Luxeuil. Bulletin monumental, 1879-1880, avec la représentation d’un certain nombre des monuments décrits.

d’eaux médicinales. Montfaucori, dans son Antiquité expliquée , pensait que ces vases étaient placés dans les mains des Gaulois de certaines régions pour apprendre aux générations futures que leur pays était fertile en excellents vins.

« D’après le respect des Gaulois pour l’eau, disait X. Girault (1), l’un des plus grands principes de leur système religieux, principe de bonté et de protection, ce n’est présumer rien de trop que de regarder ces gobelets dans les mains des défunts comme la divinité bienfaisante elle-même, représentée par l’eau supposée contenue dans ce gobelet. »

Pour M. Graillot (2), le vase et le flacon sont bien des symboles. Les stèles gallo-romaines représentent, dans l’iconographie funéraire des anciens, la suprême dégénérescence des scènes figurées de banquets funèbres.

En résumé, l’interprétation de ces figures reste encore quelque peu dans le domaine de l’hypothèse. Leur présence sur des monuments consacrés à des défunts ne permet guère d’y voir un témoignage de reconnaissance pour les vertus curatives des eaux du pays. Il semble bien qu’elles n’aient été que le symbole d’une idée purement religieuse. « On pourrait croire, dit M. Desjardins (op. cit.), que la superstition des habitants, et sans doute aussi celle des visiteurs, les amenait à se munir de cette eau salutaire, et à l’emporter avec eux dans des vases fermés. Peut-être pensaient-ils que, si elle n’avait pas eu la vertu de les guérir de leurs maux physiques, elle possédait du moins le mérite d’adoucir le passage suprême et de leur servir, en quelque sorte, de viatique aux approches de la mort; en un mot, la dévotion aux sources sacrées de Luxeuil aurait été surtout un acte religieux. »

(1) Opinion sur les gobelets mis dans les mains des personnages représentés sur les monuments funèbres. Mémoires de la Société des Antiquaires, t. II, 1820, p. 358 et suiv.

(2) Poculum et lagena. Un type de stèles funéraires du pays èduen. Revue ëduenne, 1902, p. 251 et suiv., avec figures et catalogue des stèles avec figures tenant le gobelet et le flacon conservées à Autun.

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Le mode d’offrande le plus répandu, celui qui, à défaut de débris monumentaux, a permis de constater l’emploi antique du nombre de sources et dont les traces n’ont pas encore disparu de la superstition populaire, consistait à jeter dans les piscines ou dans le bassin même d’émergence des sources, des pièces de monnaie, qui constituaient une sorte de tribut payé à la divinité protectrice dont on venait implorer le secours (1). Ces pièces conservées dans les boues et les vases des sources sont d’un précieux secours pour permettre de dater, tout au moins approximativement, les périodes d’exploitation des eaux thermales ou minérales. Le bronze abonde dans la composition de ces trésors monétaires; l’argent y est infiniment plus rare et l’or ne s’y rencontre que tout à fait exceptionnellement.

La plus importante trouvaille de ce genre a été faite à

Bourbonne, dans le puits antique, dit le « Puisard romain »,

dont les boues ont fourni plus de 4,000 médailles, dont 4 en or,

265 en argent et le reste en bronze. Au-dessous du niveau où %

ces pièces se trouvaient en abondance, une couche de conglomérat en renfermait encore d’autres, dont certaines avaient disparu, en laissant leurs empreintes, pour donner naissance à diverses substances minérales.

(1) Le Bulletin de la Société nationale des antiquaires, 1904, p. 184 et 187, contient l’analyse d’une discussion sur le point de savoir si l’usage de jeter des pièces de monnaie dans les lacs ou cours d’eau est ou non celtique. M. Blanchet a fait remarquer que les monnaies recueillies dans les sources et gués de la Gaule sont, en majorité, des monnaies romaines, et que les monnaies gauloises qui sont mêlées aux autres dans ces découvertes sont généralement d’époque très basse. On ne peut donc affirmer que la coutume est celtique.

Pour M. Toutain, ce rite existait sans aucun doute possible en Italie, niais il était aussi populaire chez les populations celtiques et germaniques.

A Saint-Honoré, découverte de nombreuses médailles, dans les sources, notamment au fond du puits Marquise.

Aux Fumades, les fouilles de 4865 avaient amené la découverte de trois pièces dans la piscine antique; en 1876, dans le puits où gisaient les petits monuments votifs, on en recueillit un millier environ, dont une douzaine en or et les autres en bronze. Quant aux pièces d’argent, dont il devait exister une certaine quantité, elles ont été complètement anéanties par suite de leur séjour prolongé dans l’eau sulfureuse.

A Menthon, trouvaille dans le bassin d’un certain nombre de pièces, placées pour la plupart dans des vases.

A Saint- Alban, toutes les opérations de curage des puits amenèrent la découverte de médailles antiques : 35, en 1834; 250, en 1850; 11, en 189@, lors de la mise à découvert du fond des quatre puits.

A Coren (Cantal), 149 monnaies de cuivre ont pu être réunies et conservées, parmi celles, certainement plus nombreuses, qui avaient été recueillies dans ou sous une cuve en bois placée sur les griffons de la source, et qui servait à son captage.

A Bully-sur-l’Arbresle (Rhône), trouvaille, dans les restes de piscines antiques, de 28 médailles, dont 6 en or et 22 en bronze.

A Saint-Amand, la tradition signale la découverte de médailles impériales dans les boues et dans le bassin de la source, et, aux environs de Bagnols-sur-Cèze (Gard), l'intérieur d’un bassin présentant l’aspect d’une œuvre romaine avait fourni, lors de son déblaiement, un plein boisseau de pièces anciennes.

A Desaignes, une assez grande quantité de médailles romaines fut découverte dans la fissure même du rocher par laquelle jaillit l’eau minérale.

Dans une note manuscrite rapportée par M. l’abbé Clément, Esmonnot signalait l’existence d’une citerne antique, servant au captage d’une source minérale d’eau froide, à deux kilo-

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mètres de Bourbon-1’ Archambault, clans laquelle on avait trouvé des médailles romaines très frustes de différentes époques.

Au Mont-Dore, une quarantaine de monnaies ont été extraites de la grande piscine.

La région de l'Est a également fourni son contingent de trouvailles du meme genre :

A Plombières, lors d'une fouille pratiquée en 1818, clés monnaies ont été recueillies dans un puits d’eau chaude, auquel on a donné le nom de Puisard des médailles.

A Bains, en 1752, on découvrit environ 600 médailles « les unes bien conservées, les autres collées par la rouille », sous la colonne cylindrique cpii donnait issue à l’eau minérale.

A Niederbronn, le curage des bassins antiques, en 1592,, procura plus de 300 monnaies de bronze.

Enfin, sur les bords du Rhin, à Nierstein, on a retrouvé dans le bassin une suite cle monnaies qui avaient été déposées clans la source thermale et qui se présentaient entourées cle globules cle gypse.

Comme on le voit par cette longue nomenclature, nos sources thermales et minérales contenaient cle véritables trésors monétaires, mais il est cependant permis cle supposer que toutes les offrandes monnayées ne prenaient pas le meme chemin. On devait certainement en déposer entre les mains des ministres du culte ou clans ces récipients analogues aux troncs cle nos églises, dont nous avons déjà signalé un exemple à Vichy, à la hase d’un buste de jeune dieu, et dont un autre spécimen existe encore à Bourbonne (1). Ce dernier.

(1) Il existe plusieurs autres exemples de récipients monétaires du même genre. Le docteur Petit (Recherches sur la découverte à Roy ai des substructions d’un établissement thermal gallo-romain) dit avoir vu une tirelire en terre micacée entre les mains des terrassiers. — A Vertault (arrondissement de Châtillon-sur-Seine), l’antique Vertillum, on a trouvé un groupe en pierre calcaire, représentant deux personnages assis sur un banc, entre lesquels est pratiquée une fonte communiquant avec une cavité creusée dans l’intérieur du bloc. — On peut voir au Cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale (n° 689) une statuette en bronze d’Épona, trouvée à Loisia, dans le Jura, reposant sur une base carrée

taillé clans du grès, comportait une partie inférieure en forme de petite cuve rectangulaire, et un sommet, en forme de pyramide tronquée, avec une ouverture de O m. 06 de long sur O m. 15 de large. La rusticité du travail de ce tronc a suggéré à M. l’ingénieur Rigaud l’idée que c’était une œuvre postérieure à la belle époque de l’empire romain, et qu’elle avait pris place dans le temple lorsqu’avait disparu l’usage de jeter des pièces de monnaie dans les sources.

Ces offrandes formaient, à la longue, de véritables trésors, qui ont été, pour la plupart, la proie des diverses hordes dévastatrices qui se sont acharnées sur les sanctuaires du paganisme. Il en est un, cependant, cpii est parvenu jusqu’à nous dans l’état où il avait été laissé par les prêtres, désireux de le soustraire à la rapacité de quelque bande d’envahisseurs.

En 1842, le 23 août, on découvrit dans les fouilles du Temple des sources de la Seine, dans la Côte-d’Or, une amphore de terre cuite, de 54 centimètres de hauteur, qui renfermait un nombre considérable de petites tablettes votives en bronze que nous étudierons par la suite, et un autre vase plus petit contenant environ 800 médailles de bronze. La partie supérieure de l’amphore était fermée par une lame de plomb, rabattue sur les bords de façon à former couvercle, et, sur le col du vase, on lisait, grossièrement tracée à la pointe, l’inscription suivante :

DEAE SEQVANA RVFVS DON A VIT

C’était là, à n’en pas douter, le modeste trésor de ce temple campagnard, mis à l’abri au moment d’une alerte qui fut suivie probablement de la destruction totale de l’édifice et du massacre ou de la disparition de ses serviteurs (T).

dans laquelle a été pratiquée une entaille permettant d’y introduire des pièces de monnaie. Enlin, de Longpérier (Recherches sur les récipients monétaires. Revue archéologique , 1868-1869), signale un autre tronc en pierre, découvert en 1775 dans les fouilles du Châtelet, près de Saint- Dizier.

(1) Laiuube, Notice historique sur le monument érigé par la ville de Paris aux sources de la Seine, en 1867-1868. Copie du procès-verbal des fouilles, ouvert le 10 août 1842, clos le 30 juillet 1844.

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Parmi les nombreux débris sculptés dans la pierre ou le marbre, trouvés dans les ruines de nos édifices thermaux, ou dans leur voisinage, il en est certainement qui ont appartenu à des statues ou à des bustes ayant un caractère votif, et dédiés au dieu secourable par la piété ou la reconnaissance de malades dont ils offraient l’image. Ce caractère est assez difficile à déterminer quand il s’agit d’effigies ne présentant rien de particulier dans les gestes ou l’attitude. Il se précise plus nettement dans un certain nombre de monuments, trouvés principalement auprès des sources voisines de temples médicaux, où les personnages sont figurés portant dans leurs bras ou ayant à leurs pieds des fruits, des corbeilles, des lapins ou autres petits animaux, représentations symboliques des dons offerts aux divinités bienfaisantes.

On a trouvé à Rennes-les-Bains (Aude), un avant-bras complet avec une main tenant un œuf, une main tenant un serpent dans une patère et une autre main tenant uyi linge, tous trois en marbre blanc. Cette dernière est intéressante à rapprocher d’une main aux doigts ornés de bagues, tenant également un morceau d’étoffe, trouvée, avec plusieurs autres mains portant divers objets, dans les ruines du Temple des sources de la Seine (1).

Les mains de Rennes, comme celles du Temple, sont considérées comme ayant appartenu à des statues brisées. Il est possible également qu’elles aient toujours existé à l’état isolé, car on connaît un certain nombre d’exemples de mains tenant et offrant des objets, qui ne sont certainement pas des membres détachés de statues, mais des œuvres complètes par elles-mêmes.

(1) Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côted'Or. Rapport sur les découvertes faites aux sources de la Seine, pl. IX. 12.

La fabrication des statuettes en terre cuite eut une grande importance dans la Gaule romanisée. Bien que certains auteurs, entre autres Tuclot (1), qui a fait de ces figurines une étude toute spéciale, leur attribuent une origine purement gauloise, il semble certain que la fabrication n’en commença en Gaule que postérieurement à la conquête, probablement sous les premiers empereurs (2).

Les principaux centres de fabrication se rencontrent dans l’ouest de la France, dans la vallée du Rhin et surtout dans la vallée de l’Ailier, où des ateliers importants ont été reconnus notamment à Toulon-sur-Allier, Saint-Remy, Lezoux et Vichy, et dont les produits, d’une argile blanchâtre, se reconnaissent du premier coup d’œil.

Ces statuettes, fabriquées en quantités considérables dans des moules en terre bien cuite et devenus d’une grande dureté, représentent des sujets extrêmement variés : divinités, bustes d’enfants, cl’hommes et de femmes, femmes drapées, figures caricaturales, traités le plus souvent d’après des types empruntés à l’Italie, à la Grèce ou même à l’Orient, plus rarement d’après une inspiration personnelle ou un génie local.

La véritable destination de ces figurines de terre cuite dans l’antiquité a été et est encore l’objet de vives discussions dans lesquelles nous ne pourrions entrer sans nous écarter singu-

(1) Collection des figurines en argile, œuvres premières de l’art gaulois.

(2) D’après les conclusions d’un article de M. Décheletto sur l’officine de Saint-Remy (Revue archéologique, janvicr-jui’n 1901), la fabrication des figurines d’argile aurait débuté en même temps que celle des premiers vases moulés, entre la fin du principat d’Auguste et le milieu du premier siècle.

M. Pottier pense également qu’il est peu probable qu’il y ait eu des fabriques d’ex-voto religieux ou funéraires1 avant la conquête de César. (Les Statuettes de terre cuite dans l’antiquité, 1890.)

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lièrement de notre sujet. Bornons-nous à dire que nous adoptons entièrement sur ce point les conclusions de M. Bottier (1), qui n’admet pas que les statuettes aient eu une seule destination, aient répondu à un besoin unique, mais ■ qui considère, au contraire, qu’elles n’avaient aucune destination spéciale dans l’esprit de celui qui les façonnait : « C’est l’acheteur, dit-il, qui leur donnera une signification précise, en les plaçant dans une maison, dans un temple, dans un tombeau. Ces images seront un cadeau d’amitié, une idole protectrice du foyer, un exvoto pieux, une offrande funéraire, suivant l'intention du donateur. »

En nous inspirant de ces idées, nous pouvons tenir pour certain que, parmi ces statuettes découvertes dans les stations thermales, il en est qui y furent apportées et déposées à titre d’ex-voto. Il

est bien évident qu il ne près d une source.

faut pas attribuer ce ca- D’après une peinture de vase antique.

x' ' x~ x^^ Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines.

ractere a toutes les figu- Hachette, édiJeur*

rines recontrées dans les

centres de population qui s’étaient formés autour des sources, surtout lorsque, comme à Vichy, par exemple, il y existait des ateliers de fabrication céramique. Mais je crois que ce caractère apparaît nettement lorsqu’il s’agit de découvertes faites dans les ruines des bâtiments environnant les sources, autour de -celles-ci ou dans leurs bassins memes. Nous savons, d’ail-

Fig. 24. — STATUETTES VOTIVES

(1) Les Statuettes de terre cuite dans l'antiquité.

leurs, par des monuments figurés que ce rite de la consécration par le dépôt près des sources était usité dans l’antiquité. Il existe notamment des peintures de vases qui nous montrent, placées auprès des fontaines à l’eau jaillissante, des statuettes dont une idée votive peut seule expliquer la situation en semblable place (ficj. 24).

Trois types principaux, fournis fréquemment par les stations thermales, et quelquefois par les sources ou les piscines elles-mêmes, semblent avoir eu un rapport direct avec les eaux médicinales, les vertus qu’on leur attribuait et les hommages qu’on avait coutume de leur rendre.

Ces trois types sont les Vénus, les Déesses-Mères et des représentations assez énigmatiques d’enfants à la figure souriante.

Fig. 25. — STATUETTE DE VÉNUS.

Dessin de Piébourg, d’après une photographie.

Vénus. — La déesse est représentée nue, debout sur un petit socle, les bras pendants le long du corps, ou l’un d’eux replié sur la poitrine et tenant une fleur ou une pomme: certaines ont la pose de la Vénus pudique, voilant de sa main ou d’un léger voile certaines parties de son corps, ou celle de la Vénus Anadyomène, tordant ses cheveux au moment où elle vient de sortir de l’onde.

Dans un certain nombre de sujets, la déesse ést placée dans une sorte de niche peu profonde, disposée au centre d un petit édicule orné d’un fronton et de pilastres, disposition

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très particulière, et qui ne se retrouve qu’ exceptionnellement pour les autres divinités (fig. 25).

A Saint-Honoré, on a découvert, en 1891, en même temps que deux statuettes de Vénus Anadyomène, un groupe en terre cuite : la toilette de Vénus, dans lequel la déesse est représentée debout, entourée de trois Éros et d’un quatrième personnage féminin, qui la regarde en lui tendant de la main droite un miroir muni d’un manche (1).

D'autres découvertes de statuettes de Vénus ont été faites à Vichy, qui possédait, nous le savons, des fabriques de terres cuites et où il en a été trouvé un nombre considérable ; à Néris (2), où elles abondaient également ; à Montbouy, dans les ruines de l’établissement balnéaire qui fut probablement celui d’Aquæ Segestæ ; près du temple médical qui existait aux sources de la Seine; à Bourbonne-les-Bains, Bourbon- Lancy, Ydes, etc.

Cette abondance des représentations de Vénus auprès des sources thermales peut s’expliquer par quelques-unes de ses nombreuses attributions : protectrice de la jeunesse, dispensatrice de la fécondité (3), ainsi que de la beauté et des grâces

(1) Blaxchet, Statuette en terre cuite et bronze trouvée à Saint- Honoré - les - Bains . Revue archéologique, 3° série, t. XXI, janvierjuin 1893.

(2) Le musée Guimet et les musées de Saint-Germain et de Moulins, notamment, possèdent de nombreuses statuettes en terre cuite provenant de ces deux stations.

(3) Certains édicules entourant les statuettes de Vénus sont couronnés d’un fronton portant pour décoration une série d’S affrontés, séparés par des bâtonnets. Cet ornement a été considéré par certains archéologues comme ayant un sens symbolique ou hiératique, en relation avec l’idée de fécondité et de vitalité. Flouest, dans un mémoire intitulé : Deux stèles de laraire ( Revue archéologique , 1886, t. I), a cru reconnaître dans cette double volute « l’image de la vrille ou gemmule, qui est la manifestation première de la vie expansive de la graine. » Ce sont là, à propos d’un détail ornemental, de bien subtiles théories, qui ne reposent que sur de fragiles conjectures, et dont M. Déchelette nous semble avoir fait justice en remarquant que si le signe en S est commun dans l’art gaulois, c’est simplement que cet art avait une prédilection marquée pour tous les motifs curvilignes, et qu’il préférait aux lignes droites les tracés onduleux, les enroulements, les méandres serpentins et les volutes. ( Congrès archéologique de France, LXXh session, Le Puy, 1904, p. 237.)

de la femme, etc. Peut-être aussi certains types, comme celui de l’Anadyomène, étaient fréquemment choisis à cause de leur rapport direct avec les sources, dont ils personnifiaient la divinité tutélaire. Les anciens représentaient fréquemment les divinités des eaux sous les traits de femmes tordant leurs cheveux pour en exprimer l’eau ; je n’en citerai comme exemple que la figure sculptée sur un autel cà deux faces trouvé en pays éduen, sur le plateau du Mesvrin, figure qui présente le même type que nos statuettes de terre blanche et dans laquelle Bulliot (1) reconnaissait « la fée » de l’un des bras du ruisseau.

C’était, en quelque sorte, un symbole thermal, comme l’indique très bien M. Mazard (2) : « Une figure, connue par tradition et peut-être acceptée simplement en raison de sa composition pour celle d’une femme sortant de l’eau, Anadyomène, ne pouvait être mieux choisie comme divinité d’un établissement thermal, dont elle personnifiait et protégeait les sources ■et symbolisait les effets bienfaisants. Sans avoir rien de commun avec la Vénus classique, que d’être des reproductions d’une de ses images, ces statuettes, consacrées comme ex-voto sur le lieu même, emportées comme souvenir de guérison pour figurer dans les laraires, devaient être très recherchées, se répandre au loin et devenir sans doute l’objet d’imitations, puisqu’on les retrouve en bien des localités. .»

En résumé, ces statuettes, considérées comme ex-voto, pouvaient répondre, suivant l’intention des donateurs, à deux ordres de pensées très différentes, idée abstraite de jeunesse, de fécondité, de beauté, etc., ou bien représentation matérialisée, sous une forme convenue, de la divinité dont l’appui secourable donnait à l’eau de la source ses vertus bienfaisantes et salutaires.

Déesses-Mères. — Après les Vénus, les figurines qui se ren-

(1) Le Culte des eaux sur les plateaux éduens.

(2) La Céramique. Musée des antiquités nationales de Saint-Gcrmain-cn- Laije, 1873.

contrent le plus fréquemment près des sources sont celles qui représentent une femme assise dans une sorte de fauteuil, et allaitant un ou quelquefois deux enfants. On en a trouvé, notamment, à Vichy, à Royat, à Bourbon-Lancy, à Montbouy, à Néris, etc. (fig. 26).

Quelques archéologues ont voulu y reconnaître Lucine ; d’autres Latone nourrissant

Apollon et Diane; d'autres encore l’Isis des Gaules allaitant Horus et Typhon. Mowat (1) se demande s’il ne convient pas d’attribuer ces images à la déesse de la nativité, Fortuna , primigenici ou Natio. Je pense qu’il faut plutôt y voir des représentations individuelles de i ces Déesses-Mères, Matres ou Mairœ, si vénérées en Gaule, où i on les rencontre généralement : groupées, quelquefois par deux, plus souvent par trois, et por- : tant dans leurs mains des frtiits i ou des cornes d’abondance. Ce i culte, peut-être d’origine celtique, semble avoir eu pour ber- . ceau la Gaule, d’où il se serait t répandu dans la Germanie occidentale (2).

Ces divinités, ancêtres de Fig. 26.— déesse mère. nos Fées et de nos Dames du

moyen âge, étaient regardées comme des génies tutélaires

(1) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1884, p. 245.

(2) Allmer, les Dieux delà Gaule celtique , art. Matres : « M. Ch. Friedrich, qui vient de publier à Bonn une monographie intitulée : Matronurum monumenta, constate que les Matres se rencontrent à peu près partout dans les provinces du Nord, mais font complètement défaut dans la Haute-Italie. On trouve là à leur place, dans la Cisalpine oricn-

des familles, des bourgs et des villes; comme des esprits protecteurs dont l’empire s’étendait sur la campagne et suites bois. Leur caractère bienfaisant et secourable explique facilement qu’elles aient joué le rôle de deœ medicœ, auxquelles on adressait des .vœux pour la guérison des malades, et qu’on remerciait de leur intervention. « Les médecins, dit Florian Vallentin (1), les vénéraient aussi comme de saintes patronnes (2). Divers monuments, recueillis auprès des fontaines qui avaient des propriétés médicinales, indiquent que ces déesses, considérées comme génies aquatiques, devenaient les amies bienfaisantes de l’homme, calmaient ses douleurs, lavaient ses q blessures et guérissaient ses maladies. »

Auprès des sources, leur rôle semble avoir eu, dans la] Gaule, une profonde analogie avec celui que jouaient les j Nymphes dans la religion romaine. Cette similitude apparaît ' frappante aux Fumades, où, sur les autels sculptés dont nous ] avons déjà parlé, on a rencontré, figurant par triades, des 1 Nymphes demi-nues, tenant devant elles des vasques en forme I de coquilles ainsi que des divinités dont le costume, l’attitude J et les attributs sont en tout point semblables aux représenta- ] tions connues que nous possédons des Mères Augustes.

Indépendamment de la conception abstraite d’une divinité ] d’essence particulière, il est très possible que cette effigie |

d’une mère qui allaite son enfant, perdant tout caractère sym- i bolique, ait semblé l’ex-voto le plus convenable pour les’] nourrices, les femmes stériles qui venaient demander aux

taie, des Junones, et dans la Cisalpine occidentale ainsi que dans les 4 Germanies, des M'atronœ. A la Gaule lyonnaise appartiennent presque 4j exclusivement les autels où les noms des mères apparaissent au datif sous la forme Matris. Cette orthographe est fréquente aussi dans la Narbonnaisc. Le nominatif n’est pas connu; c’est par induction qu’on a suppose Matrœ. »

(1) Le Culte des Matrœ dans la cité des Voconces, d’après les monuments épigraphiques, 1880.

(2) Voir notamment une inscription de Lyon, figurant au-dessous d'un bas-relief représentant trois Matros assises, avec des fruits sur leurs genoux : Mat[ris] Aug[ustis ] Phlegon med[ieut}. Allmer, Revue épigraphique, t. IV, p. 44. Le bas-relief et l’inscription sont figurés dans les Documents pour servir à l’histotre de la médecine à Lyon, du docteur

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